Une usine de pâte utilise des déchets pour produire de la bioénergie

Par : Chantal Hunter
septembre 2013

Un producteur de pâte réduit ses coûts d’exploitation en produisant de l’énergie renouvelable sur place, avec l’aide de micro-organismes et d’une subvention de Ressources naturelles Canada.
Photo de la réalisation du projet de bioénergie de la société Millar Western à Whitecourt (Alberta).

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Réalisation du projet de bioénergie de la société Millar Western à Whitecourt (Alberta).

Comme bien d’autres installations à haut rendement où l’on réduit le bois en pâte, l’usine de pâte de Whitecourt (Alberta) de la société Millar Western Forest Products Ltd. rejette des effluents de déchets. L’entreprise dispose déjà d’un système aérobie efficace qui lui permet de traiter et de transformer ces effluents, et elle profitera bientôt d’un procédé appelé digestion anaérobie pour produire de l’énergie verte qu’elle utilisera dans le cadre de ses opérations. 

La digestion anaérobie est un processus lors duquel la matière organique est décomposée par des micro-organismes, généralement des bactéries, dans une cuve hermétique ne contenant pas d’oxygène. Grâce au processus de digestion, il sera possible d’obtenir du biogaz à teneur élevée en méthane qui servira à produire de l’électricité et de la chaleur, ce qui permettra à l’usine de réduire sa consommation de combustibles fossiles.

Transformer les effluents en énergie

Grâce à une subvention du programme Investissements dans la transformation de l’industrie forestière (ITIF) de Ressources naturelles Canada, la construction d’une installation de traitement anaérobie des effluents adjacente à l’usine de pâte existante de Millar Western a débuté. Cette installation, qui devrait être entièrement fonctionnelle au début de 2014, se composera d’un clarificateur par flottation à l’air dissous pour retirer les matières solides des effluents liquides, de trois cuves de digestion, d’un épurateur de biogaz et d’une centrale électrique. 

Le biogaz produit par l’entremise du procédé anaérobie alimentera les moteurs à mouvement alternatif de la centrale. Cette source d’énergie renouvelable remplacera l’électricité d’origine fossile et le gaz naturel que l’usine emploie actuellement pour ses activités. En outre, ce projet donnera lieu à une réduction de 50 p. 100 des frais de traitement des boues et de 10 p. 100 de la consommation d’eau douce. Enfin, grâce à l’ajout du prétraitement anaérobie, le procédé aérobie existant nécessitera 70 p. 100 de polymères et de sels nutritifs de moins pour traiter les boues.

Économies d’énergie et avantages environnementaux

« Ce projet constitue un précédent car il s’agira de la première fois qu’un système de digesteur anaérobie hybride est employé à l’échelle commerciale dans le secteur forestier au Canada, mentionne Jean-François Levasseur, directeur et conseiller principal en ingénierie du programme ITIF.  En fait, cette technologie n’a jamais été mise en œuvre auparavant dans une installation de pâte ou de papier d’Amérique du Nord, d’Amérique du Sud ou d’Europe. »

Vue aérienne de l’usine de pâte Millar Western

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Vue aérienne de l’usine de pâte Millar Western

Le système anaérobie produira non seulement du biogaz qui permettra de générer 5,2 mégawatts (MW) d’électricité renouvelable, il aidera aussi l’usine à diminuer sa consommation d’énergie de 1,7 MW additionnel en réduisant le nombre de ventilateurs requis dans le système aérobie.  Les économies totales sont équivalentes à la quantité d’électricité consommée annuellement par plus de 7 000 foyers. De plus, le projet entraînera une réduction directe de 10 300 tonnes d’émissions de gaz à effet de serre (GES) par année.

« En employant cette nouvelle technologie, nous nous attendons non seulement à réduire nos émissions directes de GES de près de 17 p. 100 parce que nous consommerons moins de combustibles fossiles, mais nous espérons aussi diminuer nos coûts d’exploitation », indique Ron Reis, vice-président principal, secteur de la pâte, Millar Western.

Un modèle pour l’avenir

L’intégration de cette technologie dans une usine de pâte canadienne illustre bien comment il est possible d’utiliser un flux de déchets pour produire de la bioénergie. Le projet accroîtra également la viabilité économique et la compétitivité de cet employeur clé dans une région rurale.

« La technologie de digestion anaérobie hybride pourrait être utilisée efficacement dans d’autres usines de pâte et papier du Canada, affirme Glenn Mason, directeur général du Service canadien des forêts de RNCan. Des projets comme celui-ci contribuent à renforcer les capacités de l’industrie forestière car ils permettent de tirer parti des activités courantes d’une installation pour produire de l’énergie renouvelable et, du même coup, réaliser d’importants gains sur le plan environnemental. » 

Pour plus d’informations, consulter le site du programme ITIF de RNCan.

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