Assurer la durabilité des infrastructures dans le nord du Canada

Par Chantal Hunter
mars 2013

Des scientifiques évaluent les effets du changement climatique sur les infrastructures dans le nord du Canada et élaborent des stratégies d’adaptation pour y développer l’exploitation des ressources.
Photo de la route 3 des T. N.-O. menant à Yellowknife traverse une couche de pergélisol

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La route 3 des T. N.-O. menant à Yellowknife traverse une couche de pergélisol.

L’exploration minérale dans le nord du Canada atteint des niveaux sans précédent. Toutefois, il n’est pas facile d’accéder aux gisements de ressources : les routes de glace, l’enneigement et les détroits non navigables l’hiver ne sont que quelques‑unes des difficultés logistiques particulières du nord. Dans un paysage où il est déjà difficile de se déplacer, les effets du réchauffement climatique nuisent aux infrastructures nécessaires à l’exploitation des ressources.

Les chercheurs du Programme de géoscience des changements climatiques (PGCC) de Ressources naturelles Canada (RNCan) collaborent avec leurs homologues des territoires et de l’industrie pour aider les habitants du nord à s’adapter aux changements climatiques. Ces géoscientifiques cherchent à réduire les risques qui pèsent sur les infrastructures de transport terrestre et maritime et à élaborer des solutions pour les adapter aux changements climatiques.

Réduction des risques pour le transport terrestre

Des facteurs comme le dégel du pergélisol et l’érosion des sols nuisent à la sécurité et à la durabilité des infrastructures essentielles au transport des marchandises et des personnes. Par exemple, le réchauffement qui cause le dégel du pergélisol sous une route peut la rendre instable et susceptible de s’effondrer.

Prenons par exemple, la route d’hiver qui mène aux mines de diamant au nord de Yellowknife, dans les Territoires du Nord‑Ouest. Cette route, que l’on construit chaque hiver sur des lacs gelés et sur le pergélisol, a subi les effets de températures anormalement chaudes en 2006 : l’état de la route s’est détérioré au point où il a fallu la fermer prématurément aux camions transportant du carburant et d’autres marchandises aux camps miniers éloignés.  

On crée actuellement des cartes spécialisées des corridors routiers existants et proposés afin d’offrir des trajets terrestres pouvant servir de solutions de rechange aux tronçons de route de glace.

Photo d’un tronçon abandonné de la route 4 des T. N.-O., à l’est de Yellowknife

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Un tronçon abandonné de la route 4 des T. N.-O., à l’est de Yellowknife; les dommages causés par le dégel du pergélisol sont examinés.

La science des routes nordiques

Les scientifiques se servent de divers types de données géoscientifiques pour évaluer les solutions de rechange, notamment en dressant des cartes des caractéristiques écologiques et des dépôts de surface afin de localiser les terrains de pergélisol. Ils déterminent également, par télédétection, le tassement du sol et l’épaisseur de la glace couvrant les lacs afin de déterminer les risques pour les routes. Ces travaux sont soutenus par des validations sur le terrain, des levés géophysiques et des mesures du pergélisol.

Jusqu’ici, une bonne partie du terrain argileux potentiellement instable dans la région de Yellowknife a été cartographiée, et on a relevé des terrains riches en glace qui nuiraient à d’éventuelles routes. En évitant ces terrains, les routes présenteront moins d’instabilité. Une fois ces connaissances de base acquises, la prochaine priorité des scientifiques sera de comprendre comment le changement climatique modifiera le pergélisol et les processus connexes et comment ces effets influeront sur les infrastructures routières.  

Selon Steve Wolfe, chercheur du PGCC, les données obtenues et les cartes produites dans le cadre du projet offriront plus d’assurance à l’industrie et aux investisseurs, et le projet profitera aux collectivités nordiques en proposant des mesures d’adaptation pour les routes nordiques existantes. 

Photo d’un levé GPS le long du trait de côte du Yukon.

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Levé GPS le long du trait de côte du Yukon illustrant les processus du dégel et de l’abrasion marine.

Évaluation d’autres caractéristiques géographiques

Le pergélisol n’est qu’une des caractéristiques géographiques du nord que les scientifiques étudient. Les caractéristiques des côtes changent également, et les scientifiques ont commencé à cartographier et à évaluer les régions qui possèdent des infrastructures côtières ou où l’on pourrait en construire. En outre, les scientifiques surveillent et évaluent les glaciers et l’enneigement.

Comme l’affirme Réjean Couture, chef de sous-section du PGCC, « le changement climatique entraîne d’importants changements dans le nord du Canada, notamment la réduction de la couverture de glace marine, de la masse des glaciers et de l’enneigement. RNCan collabore avec ses partenaires des territoires et de l’industrie afin de réduire les risques pour les infrastructures existantes et de recommander des solutions plus sûres pour les futurs projets de développement. »

Pour lire des articles similaires, voir Changement climatique.

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