Protégeons nos frênes (Éléments Naturels)

Depuis deux décennies, les frênes sont en danger. Un prédateur menu, mais redoutable, l’agrile du frêne, a déjà tué des dizaines de millions de frênes et représente une menace pour nos arbres dans un avenir rapproché. Dans cet épisode, nous apprendrons l’importance de la conservation de graines de frênes pour de futures activités de restauration.

Transcript
  • Lisa Edwards (animatrice) : Les frênes sont un élément important de l’identité canadienne. Ils font partie intégrante de nos paysages urbains et ruraux. Leur bois entre dans la fabrication de nombreux objets de la vie courante tels que les meubles, les guitares électriques et les bâtons de hockey – difficile de faire plus canadien que ça! Les Autochtones utilisent le frêne pour tisser des paniers depuis des générations.
  • Cependant, depuis deux décennies, les frênes sont en danger. Un prédateur menu, mais redoutable, l’agrile du frêne, a déjà tué des dizaines de millions de frênes et représente une menace pour nos arbres dans un avenir rapproché.
  • Comment se défendre? En utilisant la science!
  • C’est ce dont nous parlerons dans cet épisode d’Éléments naturels.
    • Intro musicale
  • Vous écoutez Éléments naturels, et je suis votre animatrice, Lisa Edwards.
  • Éléments naturels est une série balado de La science, tout simplement, le cybermagazine de Ressources naturelles Canada. Nous parlons avec nos experts d’un aspect important de leur travail et des liens entre ce qu’ils font et ce qui se passe autour de nous. Nous vous donnerons simplement un aperçu du sujet et vous guiderons ensuite vers des sources d’information plus complètes.
  • Revenons au sujet d’aujourd’hui, l’agrile du frêne.
  • La lutte contre les effets de ce minuscule insecte se déroule sur plusieurs fronts. L’un des aspects importants est la conservation de graines de frênes pour de futures activités de restauration.
  • Pour en apprendre davantage, nous avons communiqué avec l’un de nos experts au Centre national de semences forestières, situé à Fredericton, au Nouveau-Brunswick :
    • Bernard Daigle : Mon nom est Bernard Daigle. Je travaille pour le Service canadien des forêts au Centre forestier de l’Atlantique. Le Centre national de semences forestières a été établi en 1967. Son rôle, c’est de récolter des semences. C’est fait à travers le personnel du Centre, ainsi qu’avec des collaborateurs. Et puis de tester ces semences-là, les entreposer, et c’est fait pour des espèces d’arbres et d’arbustes canadiens. Les graines vont servir pour des projets de recherche et pour la conservation génétique.
  • Lisa Edwards : Comme Bernard l’a souligné, nous devons mobiliser un maximum de ressources pour lutter contre l’agrile du frêne, car cet insecte a des impacts graves dans une grande partie du pays.
    • Bernard Daigle : On sait que l’agrile du frêne est un insecte originaire d’Asie et il a été détecté au Canada pour la première fois en 2002, en Ontario, près de Windsor. C’est un insecte qui pose un risque économique et environnemental important pour toutes les espèces de frênes au Canada, en milieu urbain ainsi qu’en forêt. L’agrile du frêne, depuis 2002, on le trouve maintenant dans cinq provinces canadiennes : en Ontario, au Québec, au Manitoba et depuis l’an dernier, au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse. L’autre chose avec, l’agrile du frêne, c’est que l’insecte est difficile à détecter parce que le dommage se fait sous l’écorce par les larves. À cause de ça, ça peut prendre plusieurs années avant qu’on puisse détecter ces insectes. Lorsque l’insecte se nourrit sous l’écorce, ça va créer des galeries. Lorsqu’on a une population qui est assez élevée, ces galeries vont étouffer l’arbre en coupant la circulation d’eau et de nutriments. Toutes les espèces de frênes au Canada sont susceptibles. C’est pour ça que c’est important de récolter des graines maintenant avant qu’il soit trop tard.
  • Lisa Edwards : L’un des moyens utilisés pour combattre cet insecte est de collecter les semences d’une grande variété de frênes et de les entreposer afin de préserver la diversité génétique de l’espèce. Ces efforts sont essentiels à la préservation des frênes. Voici pourquoi :
    • Bernard Daigle : La conservation de semences est très importante parce que ça pourrait nous permettre de réintroduire des frênes dans le futur. En récoltant des semences à travers l’aire de répartition de chaque espèce, on peut retourner les frênes aux mêmes endroits d’où les semences ont été récoltées. Par exemple, ce ne serait pas une bonne idée de prendre des frênes qui ont été récoltés au Cap Breton pour réintroduire l’espèce en Ontario. Une autre raison, c’est à cause que les semences servent pour la recherche, on ne sait pas ce que la recherche et la technologie pourraient nous apporter dans le futur. Ce serait possible, par exemple, avec le temps, de produire des semences qui seraient résistantes à l’agrile du frêne. On ne sait pas ce qui est possible pour le futur. Les semences de frêne, c’est quelque chose qui s’entreposent très bien. On a des lots, ça fait plus de 25 ans qu’ils sont entreposés au Centre. Et puis le taux de germination est resté essentiellement le même.
  • Lisa Edwards : En attendant une solution, les scientifiques continuent d’approfondir leurs connaissances sur la conservation des semences. La qualité est essentielle. Bernard nous explique comment maximiser la viabilité à long terme des semences :
    • Bernard Daigle : L’objectif à long terme, c’est de stocker des lots de semences à travers l’aire de répartition de chaque espèce d’arbres et d’arbustes canadiens. C’est un objectif qui est très ambitieux. On va réaliser ça en récoltant des semences de façon stratégique en fonction de leur importance et de leur distribution écologiques et géographiques. Une fois que les semences ont été récoltées, apportées dans notre laboratoire, et nettoyées, on va les sécher si c’est possible. Il y a des types de semences qu’on ne peut pas sécher. On va déterminer la teneur en eau, le poids et le taux de germination de chaque lot. Une fois que les semences sont séchées, on va les entreposer à -20 degrés C°. On pense que si on récolte des semences de bonne qualité, on pourrait les entreposer jusqu’à une centaine d’années.
  • Lisa Edwards : Il est bon de collecter des semences provenant d’une grande variété d’arbres, et ce, pour plusieurs raisons. La diversité génétique revêt une importance capitale. Il y a différentes espèces de frênes et chacune d’entre elles est importante pour différentes raisons.
    • Bernard Daigle : Au Canada, on a cinq espèces de frênes. Il y a deux espèces que l’on trouve seulement dans le sud de l’Ontario. C’est le frêne bleu et le frêne pubescent. Les trois espèces les plus communes se trouvent dans l’est du Canada. Même jusqu’au Manitoba, et une espèce s’étend jusqu’en Saskatchewan. C’est le frêne blanc, le frêne noir et le frêne vert. Le frêne blanc, c’est une espèce qu’on trouve avec des essences plus tolérantes. Plutôt en forêt. C’est associé avec l’érable à sucre et le bouleau jaune. Ce n’est pas quelque chose qu’on trouve pur, c’est plutôt un composant de plusieurs espèces dans ces peuplements-là. Le frêne blanc, ça va des Maritimes jusqu’en Ontario. Le frêne vert, ici au Nouveau-Brunswick, c’est une espèce qu’on trouve surtout dans les plaines inondables. Et puis, c’est aussi le frêne qu’on va trouver dans des milieux urbains. C’est le frêne qui est le plus souvent planté dans les villes. Le frêne vert, on le trouve dans le reste du Canada jusqu’au Manitoba. Le frêne noir, c’est le frêne que les gens des Premières Nations se servent pour des produits d’artisanat, comme des paniers. Son aire de répartition va des Maritimes jusqu’en Saskatchewan. Et puis, on le trouve plus au nord que les autres espèces. Alors c’est probablement l’espèce avec l’aire la plus grande au Canada.
  • Lisa Edwards : Si cela vous intéresse, il est possible de contribuer à la conservation des frênes. Bernard nous explique comment :
    • Bernard Daigle : À cause que nos ressources sont assez limitées, on a besoin de l’aide du public et d’individus qui travaillent pour des organismes provinciaux et des parcs. Et puis la première chose à faire pour quelqu’un qui veut nous aider avec les récoltes de semences, parce que c’est quelque chose de très important, c’est de s’informer. Il faut savoir reconnaître c’est quoi un frêne. Et puis comment reconnaître qu’est-ce qui constitue une bonne graine. Et puis à quel temps de l’année récolter des graines pour assurer que les semences sont de bonne qualité. Aussi, on est seulement intéressés dans des semences qui proviennent des peuplements naturels. Ça, c’est à cause qu’on a beaucoup de frênes qui sont plantés dans des milieux urbains. On ne connaît pas nécessairement d’où ils viennent. On n’a pas la source des graines, la provenance des graines. Alors ce n’est pas quelque chose dont on peut se servir pour l’objectif qu’on a de représenter la diversité génétique de l’espèce à travers son aire de répartition. Pour ceux qui sont intéressés, notre site Web, c’est une excellente source d’information. Vous avez tout simplement à chercher « Centre national de semences forestières » et puis cliquez sur « conservation des frênes ». Et puis vous trouverez comment identifier des espèces de frênes, à déterminer la qualité des graines, et puis aussi quel est le meilleur temps pour les récolter. Parce qu’on a commencé à faire nos récoltes en 2004, on a déjà couvert pas mal de territoire, en particulier dans les Maritimes et un peu au Québec. On a quand même des trous dans ces collections-là. C’est des zones de récolte qu’on aimerait pouvoir trouver des peuplements dans ces régions-là. Sur le site Web, on a des cartes, et ces cartes-là vont montrer où ces trous sont situés. Alors si quelqu’un sait où se trouvent les peuplements dans ces zones-là, ça sera très utile de nous contacter. Il y a de l’information sur notre site Web pour savoir qui contacter. L’individu, c’est monsieur Donnie McPhee et ses coordonnées sont sur le site Web.
  • Lisa Edwards : Pour en savoir plus sur l’agrile du frêne ou sur le Centre national de semences forestières, consultez les liens figurant dans la description de cet épisode.  
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  • Merci à toutes et à tous de votre écoute! Nous vous donnons rendez-vous le mois prochain pour un tout nouvel épisode.
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