Peut-on prévoir un tremblement de terre? (Demandez à RNCan)

Dans cet épisode, nous parlerons de tremblements de terre. Le sismologue Maurice Lamontagne nous expliquera les causes des tremblements de terre et où ils sont susceptibles de se produire. Il répondra aussi à la grande question : peut-on les prévoir?

Transcript

- Joël Houle

Bonjour tout le monde et bienvenue à l’émission Demandez à RNCan! Dans cette série de balados, nous discutons avec nos experts du travail qui se fait ici à Ressources naturelles Canada. Je suis votre animateur, Joël Houle. Dans cet épisode, nous parlerons de tremblements de terre. Un sismologue nous expliquera les causes des tremblements de terre et où ils sont susceptibles de se produire. Il répondra aussi à la grande question : peut-on les prévoir? Avant de commencer, j’aimerais souligner que le balado s’appelle Demandez à RNCan pour la simple raison que nous voulons recevoir vos questions. Le but de l’émission est de vous faire découvrir les activités scientifiques de notre ministère. Alors, à la fin de l’épisode, si vous avez des questions sur le sujet abordé aujourd’hui, vous êtes invités à nous en faire part sur Twitter avec le mot-clic #DemandezÀRNCan. Le premier mardi de chaque mois, nous diffusons habituellement un épisode de l’émission Demandez à RNCan. Alors abonnez-vous pour ne pas manquer d’épisode. C’est bon? Parfait, allons-y…

- Joël Houle

Notre invité aujourd’hui est le sismologue Maurice Lamontagne de la Commission géologique du Canada. Maurice, merci d’être avec nous aujourd’hui.

- Maurice Lamontagne

Ça me fait plaisir.

- Joël Houle

Avant d’entrer dans le vif du sujet, commençons par le début. Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est un tremblement de terre?

- Maurice Lamontagne

Un tremblement de terre représente le mouvement abrupt, très bref, le long d’une faille – qui est une fracture qui existe dans le rocher. Et puis, lorsque les deux côtés séparés par cette faille-là bougent l’un par rapport à l’autre, ça fait du frottement et ce frottement engendre les ondes sismiques. Et si ces ondes sismiques sont assez fortes, elles vont être ressenties par les gens et, parfois même, vont causer des dommages aux édifices par exemple.

- Joël Houle

La question du jour : est-ce qu’on peut prévoir un tremblement de terre?

- Maurice Lamontagne

À court terme, non. Il n’y a toujours pas de méthode qui nous permette de dire qu’un tremblement de terre est imminent dans une région donnée. Cependant, avec nos recherches, on a mieux défini les ondes qui sont plus susceptibles de connaître des tremblements de terre dans l’avenir. Et dans le cas par exemple de la Californie, on peut même établir des probabilités que certaines failles en particulier pourraient être réactivées dans l’avenir. Ça, c’est le mieux qu’on peut faire. Mais dans tous les cas, c’est toujours en termes de dizaines d’années. Ce n’est pas en termes de quelques jours d’avance malheureusement. Mais ça, ça incite les gens à être toujours prêts, à savoir comment réagir si un tremblement de terre survenait.

- Joël Houle

Alors on a une bonne idée des zones qui sont plus susceptibles. Au Canada, quelles régions sont plus vulnérables aux tremblements de terre?

- Maurice Lamontagne

Bien, il y a la côte Ouest. Parce que sur la côte Ouest au large des côtes de l’île de Vancouver, il y a ce qu’on appelle la tectonique des plaques. Donc, brièvement, c’est que la Terre est divisée en grands ensembles, et ces ensembles-là, lorsqu’ils bougent rapidement l’un par rapport aux autres, ça fait des grands tremblements de terre. Donc, la côte Ouest est spéciale dans ce cas-là. Et puis à l’est et au nord du Canada, on est à l’intérieur d’une plaque tectonique. Donc on ne s’attend pas à des grands tremblements de terre de magnitude 8 ou 9, mais il y a des zones qui sont bien définies comme étant susceptibles d’avoir ces tremblements de terre là, plus modérés. Une de celles-là, c’est la région de Charlevoix près de Québec. Il y a aussi ici à Ottawa, même Montréal. On appartient à ce qu’on appelle la zone de l’ouest du Québec où on a eu dans le passé des tremblements de terre qui ont atteint 6 sur l’échelle de Richter.

- Joël Houle

Alors c’est quoi cette différence? Dans l’Ouest, c’est des plaques tectoniques qui rentrent l’une sous l’autre. Mais à Charlevoix, Ottawa, et Montréal, c’est quoi la situation et pourquoi est-ce que l’on a des tremblements de terre ici?

- Maurice Lamontagne

C’est qu’à l’intérieur des plaques, il y a quand même des failles très anciennes qui existent. Et puisque le continent subit des déformations, il est poussé justement par les différentes forces géologiques. Et à ce moment-là, dans ces zones de faiblesse-là, qui sont des anciennes cicatrices de mouvement, c’est parfois là qu’a lieu le relâchement d’énergie lors de tremblements de terre. Lors de tremblements de terre modérés, on a vu des tremblements de terre atteindre 7 sur l’échelle de Richter dans Charlevoix et même 7,2 au sud de Terre-Neuve en 1929.

- Joël Houle

Qu’est-ce que fait Ressources naturelles Canada pour la recherche sur les tremblements de terre?

- Maurice Lamontagne

Ce que l’on fait, c’est certainement en fonction du Code national du bâtiment du Canada. Donc mieux définir les zones sismiques et aussi pouvoir définir le niveau de mouvement de sol qu’un édifice pourrait subir lors de sa vie active. Mais on a aussi maintenant un programme de recherche pour ce qu’on appelle les alertes précoces, ou « early warning » en anglais. Donc, lorsqu’un tremblement de terre se produit, les zones sismiques voyagent beaucoup moins rapidement que les télécommunications. Donc, on pourrait dire à l’avance à des régions : « Attention, les ondes sismiques qui pourraient causer des dommages arrivent ». Cela permettrait par exemple d’avoir 10, 20, 30 secondes, ou parfois même une minute d’avance pour, par exemple, arrêter des trains, arrêter des centrales nucléaires avant que justement les ondes sismiques dommageables arrivent. Donc ça, c’est un sujet de recherche qui est actuellement en cours à Ressources naturelles Canada.

- Joël Houle

C'est super intéressant! Du point de vue des codes des bâtiments, c’est quoi le but de faire de la recherche pour influencer les codes?

- Maurice Lamontagne

Dans le Code national du bâtiment, il y a des normes parasismiques. Donc, lorsque vous construisez un édifice, vous devez tenir compte du potentiel d’avoir des tremblements de terre. Pour vous donner un exemple, si vous construisez une maison à Winnipeg, il n’y a jamais eu de tremblement de terre à Winnipeg, donc généralement des édifices vont avoir des normes plus basses que si vous construisez dans des zones actives comme Victoria, Vancouver ou même la région de Charlevoix, où le potentiel de tremblement de terre est plus élevé. C’est pour ça que, à ce moment-là, les édifices auront toutes sortes de façons de faire face à ces vibrations sismiques qui pourraient être importantes. Donc, ça c’est une protection du public qui est apportée par nos recherches sur les mouvements de sol lors de tremblements de terre.

- Joël Houle

Alors, on ne peut pas prédire les tremblements de terre, mais on peut s’assurer que l’infrastructure peut résister aux tremblements de terre. C’est une façon de nous protéger, c’est bien ça?

- Maurice Lamontagne

Absolument. Et comme individu, c’est aussi notre responsabilité à savoir quoi faire si jamais on se faisait surprendre par un tremblement de terre, qui peut survenir ici au Canada ou ailleurs dans le monde.

- Joël Houle

C’est une très bonne question. Un de mes collègues m’a posé la question suivante : qu’est-ce que je devrais faire dans un tremblement de terre? Est-ce que je vais dans un cadre de porte, est-ce que je vais sous un pupitre? Il me semble qu’il y a beaucoup d’information et cette personne n’est pas trop certaine de l’approche recommandée.

- Maurice Lamontagne

Autrefois, on parlait des cadres de portes. Mais maintenant, dans les édifices modernes, les maisons modernes, le cadre de porte n’est pas plus résistant que le reste du mur. C’est pour ça que si on est à l’intérieur, on se protège des objets qui pourraient tomber en se réfugiant sous un bureau ou une table solide. Et à ce moment-là, si des objets tombaient, on serait protégé. L’affaire à éviter, c’est vraiment si vous êtes à l’intérieur, c’est de se mettre à courir en direction de la porte parce que souvent les vibrations vont être assez intenses que vous pourriez tomber et vous blesser. Alors on recommande toujours d’aller sous un bureau ou une table solide. Si on est à l’extérieur, on essaie de s’éloigner des édifices parce que des parties de l’édifice pourraient se détacher. Comme par exemple, ça pourrait être des briques, ça pourrait être du verre qui pourrait éclater et vous tomber dessus. Donc on s’éloigne à ce moment-là. Si on est en automobile et puis on sent que ça brasse vraiment fort – c’est vraiment dans un séisme de magnitude 6 et plus –, à ce moment-là, c’est recommandé de s’arrêter sur le bord de la route et loin naturellement des ponts et des autres structures semblables.

- Joël Houle

Parfait. Pour nos auditeurs qui sont intéressés à obtenir plus d’information sur les tremblements de terre, sur la recherche que l’on fait ici à Ressources naturelles Canada, ou quoi faire durant un tremblement de terre, est ce qu’il y a des sources d’information disponibles?

- Maurice Lamontagne

Certainement! Il y a notre site Web à tremblementdeterre.ca, où là vous allez avoir des descriptions de l’histoire des tremblements de terre au Canada. Qu’est-ce qu’un tremblement de terre? Et même des listes de tremblements de terre à mesure qu’ils se produisent. Mais si vous voulez vous préparer et savoir comment réagir, il y a le site grandesecousse.org. Et ça, c’est un exercice citoyen qui a lieu à chaque mois d’octobre, où les gens sont appelés à se préparer ou à réagir comme s’il se produisait un tremblement de terre. Et là vous trouverez toutes sortes d’informations sur comment vous préparer, comment réagir, comment même rendre votre maison plus résistante aux tremblements de terre.

- Joël Houle

Super! Merci beaucoup Maurice d’être venu nous visiter aujourd’hui.

- Maurice Lamontagne

Ça m’a fait plaisir. Bonne journée.

- Joël Houle

On arrive à la fin de l’émission, mais ça ne veut pas dire que le sujet est fermé. On vous invite à poursuivre la conversation dans les réseaux sociaux. Si vous avez des questions pour nos experts, ou des commentaires sur cet épisode, vous pouvez nous les adresser sur Twitter, accompagnés du mot-clic #DemandezÀRNCan. Également, si vous souhaitez en apprendre davantage sur les activités scientifiques de Ressources naturelles Canada, nous vous encourageons à visiter notre cybermagazine La science, tout simplement! Vous allez trouver une mine d’informations intéressantes, incluant les épisodes précédents de notre balado, des articles et des vidéos. La page spécifique à cette émission contient des liens électroniques à des ressources pertinentes pour en apprendre davantage sur le sujet discuté aujourd’hui. Vous pouvez accéder à La science, tout simplement directement à partir de notre site Web à rncan.gc.ca, ou en effectuant une recherche sur Google. Si vous nous écoutez sur Apple Podcast, Google Play, Stitcher ou SoundCloud, nous vous invitons à écrire un avis et à vous abonner à notre émission pour prendre connaissance des épisodes antérieurs et futurs. Voilà qui conclut cet épisode de Demandez à RNCan. Merci de nous avoir écoutés aujourd’hui et revenez-nous au prochain épisode!

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