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Mystère au cœur des thuyas géants du Canada

par Vanessa Greebe, Sensibilisation aux sciences, Communications, Région du Pacifique

Cosmin Filipescu au milieu de jeunes thuyas poussant dans les serres du Centre de foresterie du Pacifique

Le Canada possède la plus importante réserve de thuyas géants au monde, mais cette essence autrefois prédominante (Thuja plicata, se trouvant principalement le long de la côte ouest de la Colombie-Britannique et à l’intérieur de la province) montre des signes alarmants de détresse. Après plusieurs années de sécheresse, les arbres dans les régions peu élevées de l’est de l’île de Vancouver meurent lentement. Les scientifiques du Centre de foresterie du Pacifique tentent de trouver la cause de ce problème.

« Le thuya géant est une essence unique et emblématique », explique Cosmin Filipescu, chercheur de Ressources naturelles Canada (RNCan) en écophysiologie forestière pour le Centre canadien sur la fibre de bois. Il fait partie d’un groupe de travail qui comprend des scientifiques et des représentants de Premières Nations, de l’industrie, d’instituts de recherche, d’universités et d’administrations publiques qui se rencontrent régulièrement pour échanger leurs connaissances sur cette essence importante et largement utilisée.

Un arbre imposant et impressionnant à feuillage persistant

« Le thuya géant est une espèce très précieuse revêtant une grande importance économique, sociale et écologique », ajoute M. Cosmin. Ces arbres peuvent vivre plus de mille ans et mesurer près de 60 mètres de hauteur. Ces arbres figurent régulièrement dans les aménagements paysagers et sont utilisés comme haie de jardins attrayante d’entretien facile. Leur bois est un matériau de construction prisé utilisé dans les habitations de luxe et représentant une grande valeur pour les Premières Nations, qui l’utilisent depuis longtemps pour fabriquer des canoës, des pagaies, des totems, des outils, des boîtes, etc. Au total, l’espèce constitue près de 20 % des récoltes forestières des côtes de la Colombie-Britannique, générant plus de 1 milliard de dollars chaque année.

Ces arbres gigantesques sont très résistants à la plupart des insectes et des maladies. Ils enregistrent cependant un taux élevé de pourriture, causée par un champignon se nourrissant du cœur de l’arbre, sa partie la plus précieuse. Un grand nombre de champignons différents peuvent les toucher, en général dès que l’arbre a entre 20 et 40 ans. Alors que cette maladie ne tue pas l’arbre, ses effets peuvent être aggravés par des sécheresses graves ou prolongées et cela réduit considérablement la valeur économique du thuya.

On en sait étrangement peu sur cette essence

Moisissure à la base d’un thuya géant adulte et déformation de l’écorce indiquant la présence éventuelle de champignon.

La relation exacte entre l’arbre et le champignon demeure un mystère entraînant plus de questions que de réponses : Comment le champignon pénètre-t-il dans l’arbre? À quelle vitesse se répand-il? Après quel délai les dommages économiques apparaissent-ils? Comment minimiser ces conséquences?

« Malgré l’importance du thuya géant, nous en savons en fait étrangement peu sur lui, ajoute M. Cosmin. Nous travaillons fort pour fournir des preuves scientifiques qui orienteront la gestion et l’utilisation du thuya géant à l’avenir. »

Deux études de RNCan sont en cours. L’une se concentre sur le thuya géant de deuxième venue ainsi que sa réaction à divers climats, alors que la deuxième se penche sur les gènes activés au cours de sécheresses.

Première étude : Certains arbres résistent mieux que d’autres

Jeune plan de thuya géant. c. Taikoko Shoin Co. Ltd.

Pour mieux comprendre les effets des sécheresses au niveau génétique, des chercheurs inoculent le champignon à de jeunes plans de thuya qu’ils font pousser dans les serres du Centre de foresterie du Pacifique. Trois ans plus tard, ils examinent les jeunes arbres, qui mesurent alors près de trois mètres, pour y détecter d’éventuelles traces du champignon dans les racines et vérifier si l’agent pathogène s’est établi dans le tronc et en fait pourrir le cœur. Puisque certains arbres résistent mieux que d’autres à l’exposition à cette tension fongique ou hydrique, comparer l’expression génétique des arbres résistants peut accroître notre compréhension des mécanismes génétiques qui interviennent. D’autres points à prendre en compte, comme les propriétés physiques du bois et la xylochimie, signalent également les arbres qui survivront à des conditions plus sèches à l’avenir.

Deuxième étude : Mesure de la réaction des thuyas adultes

Pendant ce temps, dans les terres sèches de la Colombie-Britannique, une plantation de thuyas géants de 50 ans fournit des renseignements sur la façon dont les thuyas adultes atteints réagissent dans des conditions de sécheresse. Les scientifiques de RNCan recueillent des échantillons des arbres infectés afin d’identifier l’expression génétique responsable des effets combinés de la pourriture et de la sécheresse. Ces connaissances aideront les producteurs à trouver les meilleures façons de gérer les thuyas en déterminant la semence la plus adaptée à des conditions climatiques futures.

Les chercheurs souhaitent également savoir si le thuya peut devenir naturellement résistant au broutage des chevreuils, aux maladies et à la sécheresse et si les arbres de deuxième venue présentent la même qualité de bois et de résistance aux maladies que leurs aïeux. En enquêtant sur ces questions ainsi que d’autres, les scientifiques de RNCan explorent les façons d’assurer la survie du thuya géant et la gestion de cette essence comme ressource durable et de qualité pour les générations futures.