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Grâce à Facebook, des chercheurs sont aux premières loges pour observer la débâcle dans le Nord

Par Jerri Southcott
Juin 5, 2018

Quiconque a déjà vu une débâcle dans le Nord sait à quel point il s’agit d’une expérience incroyable. D’énormes blocs et plaques de glace flottent alors le long de la côte et dévalent les cours d’eau tumultueux. Et pour les habitants des collectivités qui connaissent un isolement saisonnier et qui ne bénéficient pas d’un accès routier, le dégel printanier s’accompagne d’attentes élevées et fébriles : les horizons glacés s’effacent pour faire place au transport maritime, les traversiers entament leurs allers-retours et les denrées alimentaires et autres nécessités de la vie sont plus facilement accessibles et moins coûteuses.

Le printemps est également synonyme d’inondations. Dès le début d’avril, les collectivités riveraines de la région de Mackenzie-Beaufort se tiennent en alerte alors que la neige et la glace fondent, que le niveau de l’eau monte et que des embâcles se forment lorsque de gros morceaux de glace restent bloqués dans certaines parties encore gelées des cours d’eau.

Dustin Whalen, spécialiste des sciences physiques à la Commission géologique du Canada, étudie le phénomène de la débâcle dans le delta du fleuve Mackenzie et le sud-est de la mer de Beaufort depuis plus de 12 ans. Lui et ses collègues Paul Fraser, spécialiste de la télédétection, et Don Forbes, chercheur scientifique, connaissent l’importance que la débâcle revêt pour les habitants de la région.

« La majorité de cette zone peut être dangereuse durant cette saison, explique M. Whalen. Même la route de Dempster, la principale artère du Nord, demeure fermée pendant la débâcle parce que le pont de glace qui enjambe le fleuve Mackenzie n’est évidemment plus praticable. »

La science de la débâcle

Les travaux de M. Whalen portent sur la science physique de la débâcle et sur les répercussions que celle-ci peut avoir sur la géologie du fleuve, la zone sublittorale et les autres parties du cours d’eau. La progression de la débâcle peut effectivement avoir des conséquences importantes sur les caractéristiques du fleuve : elle peut entraîner l’érosion du lit et des berges du fleuve, l’inondation des terres et l’afflux de nouveaux sédiments dans le réseau fluvial.

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De la glace forme une barrière naturelle le long du littoral.

En outre, dans le nord de la région, la rive de la mer de Beaufort est constamment soumise à des changements, et le moment où la débâcle survient peut influer sur la durée et l’intensité des mouvements de marées et sur l’érosion de la rive. Enfin, lorsque la glace fond et se détache dans l’océan, elle peut perturber les fonds marins peu profonds et affecter le transport maritime et les écosystèmes marins vitaux.

Après avoir collaboré pendant plusieurs années avec les habitants de la région désignée des Inuvialuit, dans l’ouest de l’Arctique canadien, M. Whalen a constaté que la débâcle a de nombreuses répercussions sur leur quotidien.

« Lorsque nous réalisions nos recherches afin de mieux comprendre comment la glace affecte l’environnement physique et naturel, nous avons découvert que cette question trouvait écho au sein de la collectivité. Les gens s’intéressaient non seulement à nos travaux, mais aussi à l’information qui concernait le comportement des glaces », explique M. Whalen.

Médias sociaux et science citoyenne

Afin de mobiliser les habitants du Nord, Jen Lam, coordonnatrice de la gestion des ressources de l’Inuvialuit Regional Corporation, un organisme qui défend les intérêts collectifs des Inuvialuit, a proposé de faire appel à Facebook, un outil déjà très prisé dans la collectivité. L’objectif consistait à partager des données scientifiques avec la collectivité et à faire participer cette dernière à la collecte de données et au processus de recherche. De plus, grâce à ce mode de communication, les habitants de la région pouvaient échanger des informations pratiques à propos de la débâcle avec les autres membres du groupe.

Lancé il y a deux ans, le groupe public Facebook dédié à la débâcle dans la région de Mackenzie-Beaufort a connu un essor rapide : il compte désormais 615 membres, et des gens continuent de s’y inscrire tous les jours.

M. Whalen administre le site et l’alimente en information. L’initiative suscite un intérêt considérable et va bien au-delà du simple partage d’images satellites et de mises à jour. Les membres du groupe proposent des comptes rendus en temps réel des événements qui se produisent dans leur région et ils s’appuient sur leurs connaissances pour faire état des changements qui sont survenus dans leur environnement au cours des dernières décennies.

Bon pour la science, bon pour les collectivités

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Des morceaux de glace échoués sur le bord du fleuve Mackenzie, à Norman Wells.

La page Facebook permet aux chercheurs de surmonter un obstacle de longue date en matière de recherches sur le terrain : elle leur donne la possibilité de recueillir des données et de trouver réponse à des questions sans être constamment sur place. « Les membres de la collectivité peuvent effectuer un suivi qui procure des avantages à leur propre région et qui contribue à l’atteinte d’objectifs de recherche », mentionne M. Whalen.

« Avant que la page soit en fonction, nous ne pouvions compter que sur des images satellites, des données en ligne sur les niveaux d’eau et parfois sur quelques photos. Nous avons maintenant accès à des éléments tangibles qui nous permettent de comprendre ce à quoi ressemble la débâcle sur le fleuve, dans l’océan et sur les terres. »

De plus, le site produit lui-même du matériel qui est utile dans le cadre de la recherche : depuis son lancement en 2016, le groupe a reçu plus de 225 photos et messages.

Dresser un portrait plus complet

Ce projet informel de science citoyenne a débouché sur la compilation d’un éventail de données utiles et à jour.

« Au début, nous recevions parfois une photo qui montrait une cour arrière inondée, indique M. Whalen. Maintenant, lorsque quelqu’un affiche une photo du genre, vingt autres personnes affichent elles aussi des photos des inondations qui se produisent dans leur cour arrière. Nous avons donc un portrait de la situation à l’échelle de toute la région. » Il est maintenant fréquent que des gens se rendent sur la rive et prennent une photo afin de la partager avec le reste du groupe.

La science avec les gens

« Quand nous travaillons dans la région, nous sommes assurément des chercheurs au service des gens. Lorsque nous sommes dans le Nord et que nous avons des contacts avec les gens qui y habitent, nous faisons de la science avec les gens. J’aime vraiment cette approche, et je pense qu’eux aussi », ajoute-t-il.

Note de la rédaction

Lisez la seconde partie de l’article intitulée Les prévisions aujourd’hui : blocs de glace dispersés avec 80 % de possibilités d’inondations.

 


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