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Déterrer des preuves incriminantes contre la tordeuse

La tordeuse des bourgeons de l’épinette est un insecte qui se nourrit d’aiguilles de sapins et d’épinettes. Il affaiblit les arbres et, au bout de quelques années, finit par les tuer. Comme si ça ne suffisait pas, les chercheurs examinent maintenant l’impact que les épidémies de tordeuses pourraient avoir sur les changements climatiques. Au menu aujourd’hui : insectes meurtriers, collaboration scientifique et riche plateau de fromages…

Transcript

Joël Houle Si vous habitez dans l’est du pays, vous avez sûrement déjà entendu parler de la tordeuse des bourgeons de l’épinette. C’est un insecte qui se nourrit d’aiguilles de sapins baumiers et d’épinettes. Il affaiblit les arbres et, au bout de quelques années, finit par les tuer. Comme si ça ne suffisait pas, les chercheurs examinent maintenant l’impact que les épidémies de tordeuses pourraient avoir sur les changements climatiques. Deux scientifiques de deux ministères différents ont remué ciel et terre – carrément – pour vérifier si la bestiole a un impact sur les niveaux de carbone dans les sols forestiers. Au menu aujourd’hui : insectes meurtriers, collaboration scientifique et riche plateau de fromages…

Bienvenue à un nouvel épisode de La science, tout simplement! Le balado qui discute du travail scientifique incroyable qui se fait ici à Ressources naturelles Canada. Je suis votre animateur, Joël Houle.

La tordeuse des bourgeons de l’épinette est un insecte indigène du Canada. Elle passe l’hiver sous forme de minuscule larve hibernant dans les fissures et les crevasses des branches des arbres. Au printemps, les larves émergent et se mettent à manger les nouvelles aiguilles et les nouveaux bourgeons des sapins et des épinettes.

Les larves grandissent et deviennent des chenilles brunes d’une longueur d’environ 2 cm puis subissent une nymphose pour se transformer en papillons gris-brun dans les deux semaines qui suivent. Les papillons se reproduisent, et la femelle pond jusqu’à 200 œufs, généralement sur la face inférieure des aiguilles des conifères. Les œufs éclosent deux semaines plus tard, et les jeunes larves se cachent pour passer l’hiver.

Vu la quantité d’œufs pondus et les dommages que peut causer l’insecte, ce n’est pas étonnant que la tordeuse ait un impact sur les écosystèmes forestiers. Maintenant, accueillons notre spécialiste pour qu’il nous explique le travail qu’il fait.

Joël Houle Notre invité aujourd'hui est Louis-Pierre Comeau, chercheur scientifique à Agriculture et Agroalimentaire Canada. Louis-Pierre, merci d'être avec nous aujourd'hui!

Joël Houle Est-ce que tu peux commencer par nous expliquer le type de travail que tu fais?

Louis-Pierre Comeau Moi, j’étudie la topographie du paysage et le carbone dans les sols à Agriculture et Agroalimentaire Canada. Ma spécialité repose sur les balances de matières organiques du sol, et le carbone dans le sol. Je me dévoue aussi à quantifier les différents « pool » de matières organiques dans le sol.

Joël Houle Et puis tu es situé à Fredericton, c'est bien ça?

Louis-Pierre Comeau Je travaille au Centre de recherche d'Agriculture et Agroalimentaire Canada à Fredericton, oui.

Joël Houle Toi, tu collabores avec un de nos scientifiques ici à Ressources naturelles Canada. Est-ce que tu peux nous expliquer les détails de votre collaboration?

Louis-Pierre Comeau Je collabore au projet de Michael Stastny sur la tordeuse des bourgeons de l'épinette qui est un insecte du groupe des choristoneura, qui mange les petites épines de l'épinette puis qui fait des dommages dans les forêts d'épinettes et de sapins.

Joël Houle Et puis, est-ce que tu peux nous en dire un peu plus sur la tordeuse?

Louis-Pierre Comeau La tordeuse est un insecte qui a commencé à faire des ravages il y a un peu plus de deux cents ans. À tous les 30 ans, environ, il y a des booms de tordeuses d'épinette qui font des ravages et qui tuent un gros nombre d'arbres. Pas tous les arbres meurent quand il y a un boom, mais ça cause des dommages dans la forêt et des dommages économiques pour les compagnies forestières qui font de la coupe.

Joël Houle La tordeuse se trouve à l'est du pays, du Québec jusqu'aux maritimes, c'est ça?

Louis-Pierre Comeau Il y a différentes espèces à travers le Canada et l'Amérique du Nord, mais les forêts de l'est de l'Amérique du Nord sont particulièrement touchées.

Joël Houle Est-ce que tu peux nous parler du travail que tu as fait avec Michael?

Louis-Pierre Comeau Je me spécialise sur les effets de la tordeuse des bourgeons de l'épinette sur la dynamique du carbone du sol, et la dynamique de la matière organique dans le sol. Quand la tordeuse attaque les forêts, il y a plus de petites épines, puis les déchets produits par la chenille tombent par terre et apporte un influx supplémentaire au début du ravage et cela influe sur le sol. Un apport supplémentaire de matières organiques. Mais à long terme, comme la forêt n'est pas en bonne santé, il y a probablement une perte de matière organique dans le sol. Donc, ma spécialité, c'est d'évaluer l'effet de la tordeuse des bourgeons de l'épinette sur la matière organique du sol à court, moyen et long terme.

Joël Houle Alors, ce que tu essaies d'établir, c'est un lien entre les dommages de la tordeuse et les changements climatiques, c'est ça?

Louis-Pierre Comeau Oui, c'est ça. Quand on fait des inventaires à un niveau national des émissions d'effet de serre, c'est important de savoir ce qu'on appelle en anglais les « emission factors » de différents produits de gestion  des différentes forêts ou des différents écosystèmes. Donc, il faut savoir si on contrôle la tordeuse en appliquant du BTK ou d'autre, ou si on ne la contrôle pas. Quel sera le résultat sur la balance de carbone dans l'écosystème, spécifiquement dans le sol, dans mon cas. Et ma spécialité, ce n’est pas juste le total de carbone qui est touché dans le sol par la tordeuse, mais les différentes matières organiques qui pourraient être affectées. La matière organique qui tourne vite, qui est vite perdue, mais vite regagnée et aussi de la matière organique qui est plus stable et qui reste là plus longtemps dans le sol.  Donc ce qu'on veut, c'est l'effet de la tordeuse directement sur l'influx de carbone, mais aussi indirectement. Il y a moins de couverture forestière là où il y a moins d'épines pour bloquer les rayons au sol. Les rayons du soleil où la tordeuse est présente arrivent directement sur le sol. Donc, ils réchauffent plus la surface du sol, qui peut avoir un effet aussi sur l'accélération de la décomposition de la matière organique due à une accélération des microbes dans le sol.

Joël Houle Est-ce que vous êtes rendu au point où vous avez des résultats? Ou est-ce que vous êtes encore dans le stade d'amasser l'information?

Louis-Pierre Comeau On commence à avoir des résultats, petit peu par petit peu. On a fait notre première saison l'été passé. Et puis on commence à voir les résultats, mais il va falloir faire un suivi à moyen ou à long terme pour pouvoir arriver à des conclusions.

Joël Houle Est-ce que tu peux nous donner un aperçu de ton travail sur le terrain? Comment ça fonctionne, est-ce que vous travaillez ensemble toi et Michael? Est-ce que tu peux élaborer là-dessus?

Louis-Pierre Comeau Quand on va sur le terrain, dans les forêts, on est toujours des grosses équipes entre 12 et 15. Normalement, les équipes sont divisées plus ou moins en trois groupes : les groupes qui viennent avec les professeurs de l'Université du Nouveau-Brunswick, les groupes qui sont avec Michael et Ressources naturelles Canada, puis les groupes moins spécialisés sur le carbone du sol. Quoiqu'une fois sur le terrain, tout le monde aide tout le monde, mais moi je suis responsable des groupes qui collectent les échantillons de sol et qui mesurent les effluves de dioxyde de carbone qui sortent directement du sol avec « un gas infrared spectrometer ». On mesure le CO2 émis par les microbes du sol et par les racines des arbres.

Joël Houle Est-ce tu as des bonnes histoires pour nous au sujet du travail que tu fais avec l'équipe à Michael et puis avec ton équipe?

Louis-Pierre Comeau Ah, il y a toujours plein d'histoires à raconter! Chaque sortie est tout le temps une aventure avec des crevaisons, des routes sur lesquelles on reste coincé. Mais l'aventure qui se produit tout le temps, c'est qu'à l'heure du lunch, on fait des dégustations de fromages. Parce qu'on travaille au Québec, puis dans en Gaspésie et au Québec, ils produisent des bons fromages! Donc les gens du Nouveau-Brunswick sont tout le temps heureux de goûter aux fromages du Québec à l'heure du lunch. Donc tout le monde achète dans les villages où on se trouve différentes sortes de fromages. On fait des dégustations de fromages, mais il n'y a pas de vin.

Joël Houle C'était pour être ma prochaine question! Ce n’est quand même pas pire de travailler sur le terrain. Je pensais que c'était plus « tough » que ça. Mais s’il y a des dégustations de fromages, ce n’est pas si pire.

Louis-Pierre Comeau Il faut qu'il ait des bons côtés parce que les étudiants trouvent cela difficile. Des fois la quantité de moustiques est incroyable. Il fait chaud, il faut travailler fort, il faut marcher longtemps dans la boue. C'est très demandant. Donc l'heure de la dégustation de fromages est appréciée. C'est mérité.

Joël Houle Merci beaucoup d'avoir pris le temps de jaser avec nous.

Joël Houle Pour en savoir plus sur la tordeuse des bourgeons de l’épinette ou sur le carbone du sol, consultez les liens figurant dans la description de cet épisode. Un des liens suggérés vous dirige vers un épisode précédent de notre balado intitulé « Ralentir l’épidémie de la tordeuse des bourgeons de l’épinette ». C’est une entrevue avec Véronique Martel du Centre de foresterie des Laurentides à Québec où elle discute de la stratégie d’intervention précoce.

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Merci de votre écoute! Ne ratez pas notre prochain épisode.

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