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Combattre l’agrile du frêne à l’aide de la science

Par Shirley Pegler
Le 31 mai 2018

Combattre l’agrile du frêne à l’aide de la science

Depuis 16 ans, des bataillons d’agrile du frêne, un insecte provenant d’Asie, envahissent l’Ontario, le Québec, le Nouveau-Brunswick, et maintenant la Nouvelle-Écosse, tuant des dizaines de millions de frênes.

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Agrile du frêne

Les scientifiques du Service canadien des forêts (SCF) et d’autres secteurs ont déclaré la guerre à cet insecte et envisagent de lutter sur plusieurs fronts : mettre au point des méthodes de piégeage pour détection précoce; introduire des guêpes parasites comme armes de biocontrôle et utiliser un champignon naturellement présent qui s’attaque à l’agrile du frêne.

Il n’y a que 126 espèces d’arbres indigènes au Canada, dont le frêne; la disparition du frêne serait donc une perte énorme pour la biodiversité. De plus, les coûts pour le traitement, l’enlèvement et le remplacement des arbres touchés par l’agrile du frêne dans les municipalités canadiennes pourraient atteindre 2 milliards de dollars sur une période de 30 ans.

La perte des frênes a des répercussions tant dans les régions urbaines que rurales. Les paysages urbains seront altérés pendant des décennies par la réduction des zones d’ombres et la présence d’arbres morts dangereux. Les peuples autochtones n’auront plus de frênes pour fabriquer des paniers. Et les fabricants de meubles, de bâtons de baseball et de nombreux autres produits devront trouver d’autres espèces de bois franc.

Voici comment la science contribue à atténuer les effets de cet insecte.

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Kate Van Rooyen et Dr. Lucas Roscoe avec un piège à agrile du frêne

Des phéromones pour des pièges plus efficaces

Les municipalités et les provinces ont besoin de savoir où se trouve l’agrile du frêne et à quelle vitesse il progresse. Grâce à un appât fait au Canada et à un concept de piège unique, les experts-forestiers disposent maintenant d’un nouvel outil de détection. Peter Silk, Ph. D., chimiste spécialisé en écologie au Centre de foresterie de l’Atlantique du SCF, a identifié la phéromone sexuelle de l’agrile du frêne et a par la suite synthétisé cette signature chimique unique afin de créer un appât efficace pour le piégeage.

Afin de trouver le piège le mieux adapté à cet appât, il a collaboré avec Krista Ryall, Ph. D., chercheuse au Centre de foresterie des Grands Lacs à Sault Ste. Marie. Ensemble, ils ont découvert qu’en combinant l’appât de phéromone à un piège en forme de prisme vert, placé au milieu de la partie supérieure du couvert forestier, la capture des insectes était grandement améliorée. Ces pièges – une boîte toute simple faite de plastique ondulé recouvert d’un produit adhésif et imbibé de l’appât spécial – sont maintenant offerts sur le marché et utilisés à l’échelle de l’Amérique du Nord.

Contrôles biologiques

Inspirée par la recherche menée aux États-Unis, Mme Ryall a entrepris un programme de biocontrôle traditionnel visant à utiliser des guêpes parasites pour attaquer l’agrile du frêne. Conscients qu’il s’agit là de la seule option éventuellement durable pour assurer la gestion à long terme de l’agrile du frêne, Mme Ryall et ses collègues ont mis au point leur propre colonie de deux espèces de guêpes parasites pour ralentir ou limiter la propagation de l’agrile du frêne : de minuscules guêpes Tetrastichus planipennisi qui viennent à tuer les insectes hôtes dont ils s’alimentent, et les guêpes Oobius agrili qui attaquent les œufs de l’agrile du frêne.

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Dommage causé par l’agrile du frêne

Les résultats préliminaires aux États-Unis sont prometteurs, affichant des taux élevés d’établissement pour au moins deux espèces parasitoïdes et une réduction du taux de croissance des populations de l’agrile du frêne. Depuis 2013, plus de 100 000 guêpes ont été relâchées dans 20 sites en Ontario et au Québec, et d’autres devraient l’être à Winnipeg en 2018.

Au Centre de foresterie des Laurentides à Québec, Robert Lavallée, Ph. D., a mené des recherches très fructueuses sur une solution de rechange aux pesticides synthétiques : des champignons pathogènes naturels. Il suffit d’ajouter des spores de ces champignons aux pièges pour provoquer une maladie mortelle chez l’agrile du frêne. Le processus est simple : lorsqu’un insecte adulte entre dans un piège, il est exposé aux spores létales et les transmet par la suite aux autres insectes lors de l’accouplement; les populations d’agrile du frêne infectées meurent ensuite en quelques jours. Le but est de commercialiser les pièges qui contiennent les champignons pathogènes.

Cet été, M. Lavallée prévoit d’établir un laboratoire à ciel ouvert dans la ville de Québec et aux alentours afin de mener une recherche intégrée sur la détection et la dispersion de l’agrile du frêne en régions urbaines. Des projets exploreront neuf avenues de recherche sur l’agrile du frêne, y compris l’utilisation de différents pièges, les contrôles biologiques et la science citoyenne. Ils feront également intervenir de nouvelles stratégies, comme la modélisation de la dispersion de l’agrile en milieu urbain et la conception d’un outil de détection moléculaire.

Insecticide ciblé

Pour ralentir l’impact de l’agrile du frêne, les scientifiques du SCF ont collaboré avec BioForest Technologies Inc. afin de mettre au point TreeAzinMC, un insecticide systémique injecté dans l’arbre. Ce produit protège individuellement les frênes de grande valeur et les arbres qui se trouvent au sein d’infestations isolées. TreeAzinMC est dérivé de l’huile des semences de margousier à feuilles de frêne, qui fait partie de la famille des Méliacées. Maintenant accessible sur le marché, TreeAzinMC fait partie de la stratégie de lutte contre l’agrile du frêne de nombreuses municipalités et entreprises de traitement des arbres.

Conserver les semences de frêne

Le Centre national de semences forestières du SCF a pris les devants au Canada en récoltant des semences de frênes en prévision d’activités de rétablissement futures. Le public et les organisations peuvent en apprendre plus à ce propos en visitant la page sur la conservation du frêne et la récolte de ses semences.

Comment aider

Les espèces envahissantes comme l’agrile du frêne se propagent souvent accidentellement dans de nouveaux environnements lorsqu’on déplace du bois de chauffage. L’infestation par l’agrile du frêne continuera vraisemblablement de s’étendre, mais il n’en demeure pas moins important de faire tout ce que nous pouvons pour en réduire le risque. Pour savoir comment aider, visitez Ne déplacez pas le bois de chauffage et Identification de l’agrile du frêne et mesures à prendre pour prévenir sa propagation.

 


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