Cartographie des inondations : chaque minute compte

Une ferme au Manitoba inondée par la Rivière Rouge

Une ferme au Manitoba inondée par la Rivière Rouge

« Attention – vous êtes mobilisés : nous avons besoin de cartes pour une inondation », dit une voix de Sécurité publique Canada à l’autre bout du fil. Quand il reçoit cet appel, ce qui arrive immanquablement, l’agent du service de géomatique d’urgence (SGU) de Ressources naturelles Canada (RNCan) Simon Tolszczuk-Leclerc est déjà en alerte. Depuis des semaines, lui et ses collègues du SGU surveillent de près le dégel printanier et la débâcle. Ils savent exactement quoi faire et sont tout de suite prêts à agir.

Chaque minute compte

Habituellement, le téléphone sonne quand les crues arrivent à un niveau où les municipalités s’aperçoivent qu’elles auront besoin de toutes les ressources disponibles pour gérer les urgences imminentes. Et quand les secours demandent des images de la situation sur le terrain, chaque minute compte.

Le service de cartographie d’urgence du Centre canadien de cartographie et d’observation de la Terre (CCCOT) de RNCan est particulièrement bien placé pour fournir rapidement ces informations essentielles à Sécurité publique Canada, aux services de secours et aux collectivités locales pour leur permettre de prioriser leurs mesures d’atténuation et leurs interventions.

Un véritable travail d’équipe

« S’il s’agit d’une petite crue dans un petit ruisseau, la municipalité peut s’en occuper, dit Simon. Par contre, si c’est à plus grande échelle, si les cours d’eau sont plus gros, alors les services de protection civile des provinces sont souvent appelés en renfort. Et quand ça prend encore plus d’ampleur, comme à Ottawa–Gatineau en 2017, Sécurité publique Canada entre en scène et nous appelle. »

Le service de cartographie d’urgence du Centre canadien de cartographie et d’observation de la Terre (CCCOT) de RNCan doit intervenir rapidement pour déterminer les secteurs touchés par les inondations.

Le service de cartographie d’urgence du Centre canadien de cartographie et d’observation de la Terre (CCCOT) de RNCan doit intervenir rapidement pour déterminer les secteurs touchés par les inondations.

Au total, il faut à l’équipe moins de quatre heures – souvent beaucoup moins – pour traiter les données de télédétection collectées par le satellite d’observation de la Terre canadien RADARSAT-2, mettre à jour les services Web puis communiquer l’information aux services de secours et en ligne. La célérité est de mise pour cartographier rapidement l’étendue des inondations et délimiter les secteurs les plus touchés. Si en plus il faut jongler avec plusieurs inondations dans différents fuseaux horaires, alors la cadence peut être assez intense.

Chaque année, chaque inondation, chaque appel a ses particularités

« On dirait un crescendo, affirme Simon. Les premiers jours sont cruciaux. On fait une démarche exploratoire pour tenter de découvrir ce qui est touché. C’est bien beau l’imagerie, mais encore faut-il savoir l’interpréter. C’est ici que mon équipe entre en jeu. On interprète la scène de l’inondation : on cherche des indices pour déterminer avec précision où se trouve l’inondation sur le terrain. C’est là que notre science et nos capacités de déduction interviennent. »

Le printemps finit toujours par arriver… et les crues aussi. En 2017, l’appel à l’aide venait de Gatineau (Québec). En 2018, c’était au tour de Saint John (Nouveau-Brunswick) et d’autres petites municipalités.

Chaque année, il y a des crues, mais ce n’est jamais pareil, et les appels en 2019 pourraient venir de n’importe où au pays. L’équipe se fie donc à l’imagerie spatiale radar pour produire des cartes des inondations. Les radars peuvent voir au-travers des nuages et observer les inondations au centimètre près, même quand il pleut à verse. Par temps clair, le SGU peut aussi compter sur les satellites, les aéronefs ou les drones pour obtenir des images optiques précises au mètre près.

De gauche à droite : une image satellite brute de l’inondation survenue à Gatineau/ Ottawa le 22 avril, suivie de l’image comprenant les premières données d’analyse, puis la carte définitive.

De gauche à droite : une image satellite brute de l’inondation survenue à Gatineau/ Ottawa le 22 avril, suivie de l’image comprenant les premières données d’analyse, puis la carte définitive.

Les yeux au ciel, les oreilles au sol

S’il faut avoir une hauteur de vue, il est également important d’avoir des antennes sur le terrain. À cette fin, le SGU épluche les canaux de communication, les sources de nouvelles, Internet, les réseaux sociaux (Twitter, Instagram, Facebook) – tout ce qui est accessible. L’appli pour téléphone intelligent qu’il met au point lui permettra bientôt d’associer ses données satellitaires spécialisées à des photos prises par le public et aux réponses des travailleurs d’urgence à des sondages. Grâce à ces renseignements additionnels fournis par des gens sur le terrain, le SGU pourra peaufiner ses cartes en ajoutant ou en supprimant des secteurs pour brosser des portraits plus à jour, plus complets et plus précis de la situation.

Transcript

Lisa Edwards (animateur) :

Le printemps au Canada — quelle merveilleuse saison! Le temps s’adoucit, les jours allongent et la nature semble sortir de son sommeil hivernal.

Par contre, pour ceux et celles d’entre nous qui habitent près de cours d’eau ou sur des basses terres, l’arrivée du printemps marque aussi le début d’une période moins réjouissante : celle des inondations.

Chaque année au Canada, les inondations touchent des centaines de milliers de Canadiens et causent pour des millions de dollars de dégâts.

Le gouvernement du Canada, notamment Ressources naturelles Canada, aide les gens touchés par les inondations à gérer les risques.

Vous en saurez plus en écoutant l’épisode d’Éléments naturels d’aujourd’hui.

Music intro

Vous écoutez Éléments naturels et je suis votre animatrice, Lisa Edwards.

Éléments naturels est une nouvelle série balado de La science, tout simplement, le cybermagazine de Ressources naturelles Canada. Comme dans notre autre balado, Demandez à RNCan, nous parlons à nos experts d’un aspect important de leur travail et des liens entre ce qu’ils font et ce qui se passe autour de nous. Tandis que Demandez à RNCan creuse des sujets, Éléments naturels propose plutôt de brefs survols pour vous en donner un aperçu d’un sujet et vous orienter vers des sources d’information plus complète.

Nos balados suivent maintenant un nouvel horaire. Les épisodes de Demandez à RNCan seront mis en ligne le premier mardi du mois, tandis que ceux d’Éléments naturels, le troisième mardi du mois. Songez à vous abonner pour être certain de n’en rater aucun.

Passons maintenant au sujet du jour.

Les inondations sont le danger naturel le plus fréquent au Canada. Même si elles sont naturelles et essentielles à la santé des écosystèmes, elles peuvent être source de détresse et de pertes économiques.

Simon Tolszczuk-Leclerc, du Service de géomatique d’urgence de Ressources naturelles Canada, est ici pour nous éclairer un peu sur le sujet.

Simon Tolszczuk-Leclerc :
Oui les inondations au Canada c’est un phénomène ou un risque majeur. Et puis ça peut être causé par plusieurs facteurs. Notamment la fonte du couvert neigeux, la pluie ou encore la saturation préalable des sols ou même la présence d’un embâcle de glace. Donc, en fait, tous ces facteurs-là sont assez imprévisibles et puis souvent ça va être une combinaison de plusieurs de ces facteurs-là qui vont venir crée une inondation. Et puis c'est à ce moment que Ressources naturelles Canada va être appelé à supporter ces parties prenantes pour aider à la réponse dans les catastrophes majeures qui sont causées par les inondations.

Lisa : Dans certaines situations, les administrations locales demandent de l’aide pour gérer les risques d’inondation.

Simon : Nous à Ressources naturelles Canada en est là pour supporter la Sécurité publique du Canada, et les différents départements de sécurité publique provinciaux dans leur plan d’intervention d'urgence en cas d'inondation. Notre mandat principal à mon équipe au Centre canadien de télédétection, c'est en fait de faire la cartographie de l'étendue des inondations à partir de l'imagerie satellitaire. Au Centre canadien de télédétection on a l'expertise nécessaire pour procéder à ces analyses sur l'imagerie satellitaire. C'est pas nécessairement une tâche qui est évidente, mais nous on travaille fort avec nos scientifiques pour créer les algorithmes, les techniques et les logiciels qui nous permettent d'effectuer cette tâche rapidement.

Lisa : En 2019, le gouvernement du Canada lancera la Constellation RADARSAT, un groupe de trois satellites d’observation de la Terre identiques. Ces nouveaux satellites vont améliorer notre capacité d’aider les pouvoirs publics et les services de secours d’urgence à intervenir en cas d’inondation.

Simon : Au Canada, on a un satellite qui s'appelle RADARSAT2, ce satellite-là qu’en fait est vers la fin de sa vie utile et va être remplacé bientôt par la constellation RADARSAT. Ce qu'on espère c'est qu’on va avoir encore plus d'imagerie de plus en plus rapidement pratiquement à tous les jours. Pour nous c'est bien important de travailler à améliorer nos processus pour être en mesure de gérer ce flot d'informations-là accrues qui vont être générées par la constellation RADARSAT mais c'est une bonne chose pour nous, les Canadiens, parce que en fait avec cette mission-là on est capable d'observer presqu'à tous les jours les zones qui sont inondés et puis ça permet d'avoir une vue synoptique, une vue d'ensemble du désastre qui est en cours et puis ça, les produits de cartographie que l’on fait, ça permet aux policiers et aux pompiers même à l'armée de savoir elle est où les inondations et les intervenants en sécurité publique, avec les cartes, sont en mesure de prendre de meilleures décisions et d'apporter de l'aide nécessaire.

Lisa : Les cartes des inondations que produit notre Service de géomatique d’urgence peuvent être utiles même après le retrait des inondations.

Simon : À terme en utilisant les archives qui sont aussi hébergés sur le portail de cartes ouvertes du Canada, c'est possible d'avoir la progression d’inondations. Nos produits peuvent être utilisées oui en réponse mais aussi pour faire l'analyse a posteriori d'un évènement d’inondations par exemple. Donc les produits d'analyse ont une certaine valeur scientifique et puis avoir cet archive-là, ça permet aussi de prendre des décisions plus éclairées dans le futur.

Lisa : Si vous vivez dans un secteur inondable, assurez-vous de prendre les précautions qui s’imposent. Nous vous recommandons vivement de consulter notre page « Prévention Inondation » du site Web du gouvernement du Canada.

Des liens vers les cartes d’inondations de notre Service de géomatique d’urgence et aussi de l’information à propos des recherches sur les inondations et de la cartographie à RNCan sont fournis dans la description de cet épisode.

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Pour en savoir plus sur le travail scientifique exceptionnel qui se fait à Ressources naturelles Canada, jetez un coup d’œil à notre site Web La science, tout simplement, où vous trouverez d’excellents articles, et regardez notre chaîne YouTube La science, tout simplement pour voir nos experts à l’œuvre. Ces liens se trouvent aussi dans la description de cet épisode.

Merci à tous de votre écoute! Nous vous donnons rendez-vous le mois prochain pour un tout nouvel épisode.

Un travail quatre saisons

Au terme de plusieurs mois de travail intensif, vers la fin mai, l’équipe du SGU recevra un nouvel appel de Sécurité publique Canada : « La décrue s’amorce, alors vous pouvez faire relâche. » Après un bref soupir de soulagement, l’équipe amorce une phase de récupération, procède à des réexamens et produit des rapports. Elle se remet aussi à la recherche de moyens d’améliorer la cartographie des crues. Parce qu’il y a de plus en plus d’information à traiter. Plus tard cette année, l’équipe intégrera de nouvelles données qui proviendront des nouveaux satellites de la mission de la Constellation RADARSAT du Canada. Ces données accroîtront la précision des cartes et la fréquence de leurs mises à jour.

Pendant ce temps, dans un autre service du CCCOT, l’équipe de géoanalyse se prépare en vue d’un autre genre d’appel d’urgence : « Avertissement – la saison des feux de forêt commence… et il nous faut des cartes. »