Le caribou canadien est en péril, mais des solutions se dessinent

Le 17 janvier 2019

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Denys Yemshanov, chercheur, Centre de foresterie des Grands Lacs de Ressources naturelles Canada.

Le caribou boréal du Canada est engagé dans une course contre la montre. Sa population a diminué de plus de 30 % au cours des vingt dernières années, et il figure aujourd’hui sur la liste des espèces menacées de la Loi sur les espèces en péril.

Le caribou est confronté à plusieurs difficultés. Si certaines d’entre elles n’ont rien de nouveau – p. ex. la prédation et la compétition, l’influence de l’activité humaine sur l’habitat, les feux de forêt qui modifient l’écosystème et les épidémies d’insectes forestiers et de maladies –, d’autres sont plus récentes, notamment les effets divers des changements climatiques actuels.

Passer à l’action pour restaurer les habitats

Heureusement, la science moderne peut être d’un grand secours. Dans deux institutions spécialisées de Ressources naturelles Canada (RNCan) – le Service canadien des forêts (SCF) et le Centre canadien de cartographie et d’observation de la Terre – des scientifiques et des chercheurs planchent sur des moyens de venir en aide aux caribous.

Denys Yemshanov, chercheur au Centre de foresterie des Grands Lacs du SCF, à Sault Ste. Marie, en Ontario, se sert de puissants programmes de modélisation informatique pour trouver des solutions.

Par exemple, la modélisation bioéconomique l’aide à déterminer les stratégies les plus efficaces et les plus économiques pour restaurer l’habitat du caribou dans les régions boréales.

« Ce n’est pas seulement une question de restauration écologique ou de superficie des habitats; il faut aussi se demander où et comment relier ces milieux naturels, précise-t-il. Il y a d’innombrables points de connexion possibles entre les divers sites qui conviennent au caribou dans la zone boréale. Nous cherchons la meilleure façon d’établir les connexions pour concentrer les efforts de restauration sur les points critiques qui permettront au caribou de se déplacer et d’atteindre les habitats. »

Brosser un portrait d’un monde en évolution

our brosser un portrait plus à jour et plus précis de l’habitat du caribou, M. Yemshanov se sert d’images satellitaires, de cartes et d’autres sources d’information qui lui permettent de définir les limites de l’aire de distribution du caribou, de constater d’éventuelles perturbations et de voir comment se déplacent les troupeaux.

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Caribou aperçu au Québec (photo de Jérémie LeBlond-Fontaine).

Il intègre ensuite dans son portrait les facteurs humains en appliquant différents calculs économiques, ou scénarios, qui permettent de prendre en compte les perturbations anthropiques, les coûts de restauration, l’approvisionnement commercial en bois d’œuvre et l’exploitation forestière.

Enfin, il compare ces différents scénarios pour trouver la manière la plus rentable de restaurer l’habitat fragmenté du caribou.

Prendre des décisions sur le terrain en se fondant sur la science

Malgré son apparente simplicité, la démarche est extrêmement complexe en raison des variables très nombreuses et très diversifiées en interaction; un programme informatique peut mettre des semaines à traiter l’information.

« C’est un défi, admet M. Yemshanov. Une forêt est un système dynamique où tout évolue dans l’espace et dans le temps. La carte des habitats change d’une journée à l’autre. Il s’agit en quelque sorte de prendre des instantanés d’une forêt à différents points dans l’espace et dans le temps et de s’appuyer sur la science pour prendre, sur le terrain, des décisions économiquement fondées. »

Un domaine en pleine croissance

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Au Canada, 14 populations locales de caribous (en vert) sont viables. D’autres (en bleu) devront être stabilisées pour arriver au même point.

Cette technique spécialisée novatrice revêt à la fois un intérêt scientifique et une importance pratico-pratique.

M. Yemshanov élargit maintenant le cadre de ses travaux pour inclure les habitats du caribou d’autres régions du pays. Il élabore aussi un modèle de planification à long terme capable d’intégrer à la fois les besoins de l’industrie forestière et les impacts des changements climatiques. La récolte forestière pourrait augmenter la fragmentation du territoire et réduit la superficie des habitats convenables disponibles pour le caribou. Ce genre de modèle peut nous aider à comprendre comment réduire ces impacts au minimum.

« De mon point de vue de scientifique, je trouve particulièrement réjouissant d’aider à résoudre des problèmes concrets de politiques publiques », confie-t-il. Un jour, des décideurs et des aménagistes forestiers pourraient se servir de ses conclusions pour fixer l’ordre de priorité des activités de restauration et de protection.

Une relation spéciale

Le caribou revêt une importance particulière pour la vie et l’histoire naturelle du Nord canadien. L’espèce est importante aussi pour tout le Canada. Pendant des milliers d’années, le caribou avait une importance particulière pour les peuples autochtones. C’est aussi un symbole national, qui figure sur nos pièces de 25 cents. La conservation et la restauration de son habitat profiteraient également à d’autres espèces qui évoluent dans le même écosystème.

Pour toutes ces raisons, les scientifiques canadiens, les provinces, le gouvernement fédéral, les peuples autochtones et l’industrie collaborent de différentes façons dans le but de protéger et de rétablir l’habitat du caribou boréal et d’ainsi soutenir les collectivités locales.

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