La sociologie forestière : L’importance de l’échange de connaissances et de la collaboration (Vlogue de la scientifique principale)

Pendant la semaine nationale de l’arbre et des forêts, renseignez-vous sur la sociologie forestière avec la scientifique principale, Donna Kirkwood.

Transcript

Intro with Jacinthe

Jacinthe : De plus en plus, on a le souci d’intégrer nos partenaires dans l’élaboration de projets et dans la réalisation de nos projets. Pour les intégrer – c’est-à-dire qu’on a une notion d’acceptabilité sociale qui ne faisait pas nécessairement partie de la façon que l’on voyait nos projets – de plus en plus, on est conscient l’importance que cela procure d’avoir avec nous nos partenaires du début à la fin de nos projets.

Donna : Donc, pour la science que l’on fait – déjà en partant de notre planification – on intègre les besoins des utilisateurs.

Jacinthe : Plus on les implique, plus on est conscient de leurs besoins et plus on est en mesure d’essayer d’y répondre. Mais pour cela, ça nous prend des scientifiques qui ont disons, un bagage complètement différent de celui de nos forestiers ou de nos chercheurs traditionnels. En autre ici, on une chercheure en sociologie forestière. Il y en a très peu au Service canadien des forêts. On est très fiers de l’avoir avec nous, à Québec, parce que c’est quelqu’un qui nous aide beaucoup à développer cette dimension qui est complètement différente de nos traditions.

J’aimerais donc de présenter Solange Nadeau. Solange est chercheure en sociologie forestière, comme je le mentionnais. Elle a un projet extraordinaire en développement actuellement que j’aimerais qu’elle te présente si tu es d’accord.

Donna : Oui, d’accord. Bonne idée!

Donna : Bonjour Solange. Ça me fait plaisir de te rencontrer, premièrement. J’ai fait une visite aujourd’hui, très intéressante; j’aimerais que tu nous parles un peu, en commençant par te présenter, ensuite ton projet, ses objectifs puis le contexte.

Solange : Mon nom est Solange Nadeau. Je travaille au Service canadien des forêts depuis presque que 16 ans maintenant, tout ce temps sur les aspects sociaux qui, comme on le mentionnait, prennent un peu plus de place dernièrement. Le projet dont on parle, c’est un projet qui se déroule en Alberta et qui vise la restauration des sites après l’exploitation pétrolière. Il y a beaucoup de sites qui ont besoin d’être restaurés et il y a des difficultés à décider comment on fait et qu’est-ce qu’on fait.

Du côté qu’est-ce qu’on fait, c’est une bonne question pour pouvoir entrer en dimension sociale. Le projet, comme il se déroule sur le territoire d’une première nation – en fait sur un territoire qui est du Traité numéro six – on a recruté un partenaire autochtone pour nous aider à mieux comprendre que serait la restauration qui serait acceptable et qui permettrait de refléter leurs valeurs et leurs besoins.

Donna : Donc, c’est la région Cold Lake je crois ?

Solange : Oui, le partenaire est la Cold Lake First Nations et ils ont travaillé avec moi étroitement pour le développer – moi, j’avais l’idée de base, le côté scientifique et la méthode –pour l’adapter pour que ça soit plus approprié pour leurs communautés et assurer que nous avions une bonne participation de la communauté. Ce n’est pas une communauté que je connaissais beaucoup vu que c’est en Alberta et que je suis dans l’est du Canada.

Donna : Est-ce que l’industrie a joué un rôle dans ce projet ?

Solange : Oui, elle joue un rôle. Moi, je suis une petite composante dans un plus grand projet. J’ai commencé juste avec Cold Lake First Nations mais dans le grand projet on a des industrielles et des gouvernements. Je pense que nous avons plus de 25 partenaires.

Plus loin – c’est un projet de cinq ans et on est dans notre deuxième année – on va intégrer plus de gens et on va être capable, au fond, d’amener la perspective des premières nations pour soit qu’elle soit prise en considération dans les pratiques de restauration. On a une bonne ouverture des différents partenaires qui sont intéressés de voir qu’est-ce qu’on pourrait faire de différent et de mieux, pour que soit plus acceptable.

Donna : C’est donc d’intégrer, dès le départ, les besoins des gens qui vont utiliser la forêt une fois que ce sera restauré et remis comme c’était avant l’exploitation ?

Solange : Oui, autant que possible. C’est beaucoup ce que l’on entend de la part des Premières Nations qui aimeraient que ça soit, autant que possible, ce qu’ils avaient avant. Est-ce que ça sera faisable ? C’est un gros point d’interrogation qu’on va essayer de résoudre. Mais oui, c’est d’être à la table quand les décisions se prennent : où se fait la restauration, comment elle se fait et par qui. Il y a peut-être des chances pour du développement économique aussi qui serait intéressant pour la première nation. Donc c’est d’avoir ces conversations, avoir tous les gens intéressés à la table et d’être capable de construire cela ensemble.

Donna : Ton background est un background de sociologie, mais une sociologie appliquée au domaine de la forêt, que tu connais aussi. Donc, tu travailles avec les partenaires, mais tu travailles aussi avec des forestiers, des gens de la forêt ?

Solange : Oui, mais là on me démasque car mon premier diplôme est en foresterie – en aménagement du territoire forestier – et c’est après, en voyant l’importance des questions sociales que j’ai migré vers la sociologie. C’est sûr qu’il me reste des racines forestières et que je comprends ces concepts et le cadre dans lequel ce fait l’aménagement forestier. On a un partenaire qui est une compagnie forestière et qui a une certification FSC (Forest Stewardship Council) qu’ils aimeraient garder, donc ce sont d’autres considérations à prendre en compte quand on pense à restaurer un territoire à l’échelle du paysage.

Donna : Les bénéfices finalement de ce projet, pour nous, ils nous semblent évident; mais à travers ce que tu as fait à date en travaillant avec les partenaires, et puis les premières nations, pour eux les bénéfices sont lesquels ?

Solange : Le bénéfice le plus direct pour la communauté a été qu’on a amené une nouvelle méthode pour la collecte des données. On a utilisé beaucoup d’outils graphiques comme l’infographie, pour présenter les résultats et les faire valider. Mais aussi, on a eu une personne qui est venue pour dessiner la conversation au lieu de prendre des notes pendant notre rencontre de groupe. On a fait un dessin des concepts et des idées et ça vraiment porté avec les autochtones. Ils ont une tradition orale très forte donc en capturant (les idées), ça a vraiment aidé à avoir des gens plus engagés. La communauté nous a dit que c’est un outil qu’ils n’ont jamais utilisé avant et, probablement, qu’ils vont l’utiliser dans le futur. D’un côté de restauration, c’est sûr que l’on espère qu’avec les données que l’on a ramassées et la vision que l’on a été capable de développer, que l’on espère que l’on va voir ça se transposer un peu – pour que ça influence les pratiques de restaurations sur le territoire et le territoire traditionnel de la Cold Lake First Nations.

Donna : C’est super intéressant, ce projet. À mon avis, on va voir de plus en plus d’apport de la sociologie dans ce qu’on fait en sciences naturelles et physiques parce qu’en bout de ligne, les bénéficiaires de notre science : c’est des personnes, c’est des gens. Donc un apport de la sociologie pour aider à améliorer nos produits scientifiques, tant qu’à moi, ça va aller en augmentant.

Je te remercie beaucoup Solange. C’était super intéressant.

Solange : Ça m’a fait plaisir.