L'impact du changement climatique sur les feux de forêt (Demandez à RNCan)

Dans cet épisode de la série « Demandez à RNCan », Sylvie Gauthier et Yan Boulanger, deux scientifiques du Centre de foresterie des Laurentides, nous parlent de l'impact du changement climatique sur le comportement et la fréquence des feux de forêt.

Transcript

Joel Houle: Bonjour tout le monde et bienvenue à l’émission Demandez à RNCan, notre série de balados où l’on discute avec nos experts du travail qui se fait ici à Ressources naturelles Canada, ou RNCan. Dans l’épisode d’aujourd’hui, nous allons discuter des feux de forêt. Plus précisément, nous allons poser la question « est-ce que les changements climatiques ont un impact sur les feux de forêt? »
Avant de commencer, j’aimerais souligner que le balado s’appelle Demandez à RNCan pour la simple raison que nous voulons recevoir vos questions. Le but de l’émission est de vous faire découvrir les activités scientifiques du Ministère.
Alors, à la fin de l’épisode, si vous avez des questions sur le sujet abordé aujourd’hui, vous êtes invités à nous en faire part sur Twitter, avec le mot-clic #DemandezÀRNCan.  C’est bon? Parfait, allons-y…

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Aujourd’hui, nous avons le privilège de parler avec Sylvie Gauthier et Yan Boulanger, deux scientifiques du Centre de foresterie des Laurentides à Sainte-Foy. Sylvie et Yan, ça va bien?

Yan Boulanger: Oui, très bien merci.

Joel Houle: Parfait! Bon, pour commencer, est-ce que vous pouvez nous expliquer la recherche que vous faites à ce qui a trait aux changements climatiques et aux feux de forêt?

Yan Boulanger: Oui, effectivement, comme vous l’avez mentionné, on travaille sur l’impact des changements climatiques sur les feux de forêt. Évidemment, les feux seront quand même très impactés par les changements climatiques. Pourquoi? Parce qu’évidemment le feu va être causé par des températures qui sont plus élevées, une réduction des précipitations, ce sont deux choses qui risquent de survenir en fonction des changements climatiques. Et donc, on prévoit une augmentation des températures substantielles au court des prochaines décennies au Canada. Une certaine augmentation des précipitations, mais qui ne sera pas suffisante pour compenser l’augmentation des températures. Ce qui fait que les conditions seront beaucoup plus sèches, et par conséquent, les conditions seront beaucoup plus propices à des feux plus fréquents et sur une plus grande superficie. Et c’est un peu là-dessus que nos recherches se concentrent, à savoir jusqu’à quel point l’augmentation des feux sera importante, à quel endroit au Canada ces augmentations-là sont plus importantes, et quel seront les impacts ensuite sur le secteur forestier, sur les paysages forestiers, d’une telle augmentation des feux de forêt.

Sylvie Gauthier: De plus en plus, on regarde aussi quels pourront être les impacts de ces changements-là sur les ressources forestières, comme Yan le disait. Sur notre capacité à récolter la forêt au même niveau qu’on fait aujourd’hui. Mais aussi sur les impacts que ces feux-là peuvent avoir sur les communautés qui vivent en forêt.  Notamment les communautés autochtones. Et aussi, sur l’établissement des infrastructures qu’on a, comme le réseau routier, le réseau hydro-électrique par exemple.  

Joel Houle:Vous en avez parlé au début, je pense que c’est Yan, vous avez mentionné le fait que vous essayez de déterminer quelles parties du pays seraient les plus affectées par les changements climatiques et les feux de forêt. Selon vous, est-ce qu’il y a une partie du pays qui est plus susceptible, qui est plus affectée par ces changements?

Sylvie Gauthier: En gros, on sépare souvent le Canada en deux grands territoires : à l’ouest du lac Nipigon, qui est au centre de l’Ontario, puis l’est de ce lac-là. Donc, à l’est du Canada actuellement, on a des fréquences de feux qui sont moins élevées que ce qu’on a dans l’Ouest canadien. Notamment l’ouest de l’Ontario, le Manitoba, la Saskatchewan, et l’Alberta. On prévoit qu’il y aura des augmentations à l’échelle du pays de l’ordre de deux fois d’ici la fin du siècle. Mais ces augmentations-là sont plus importantes encore dans l’ouest du Canada qui est déjà une région qui brule d’avantage que l’Est. 

Joel Houle: Alors, dans une situation comme ça où il va y avoir plus de feux de forêt, j’imagine que ça va avoir un impact significatif sur l’écologie des forêts? Surtout dans l’ouest?

Yan Boulanger: Oui, en fait, les impacts sont multiples. Si on commence par l’attitude du point de vue écologique au niveau des paysages forestiers, on sait que certaines espèces forestières par exemple sont favorisées par le passage du feu. On parle d’espèces pionnières en ce moment-là. Donc, on peut parler par exemple du peuplier faux-tremble, du bouleau à papier, ou encore du pin gris qui vont être très favorisé par le passage du feu. Donc, évidemment, si le feu devient plus fréquent, ces espèces-là vont être favorisées dans le paysage au détriment, par exemple, d’espèces qui se reproduisent moins, ou pas du tout, après un feu, comme le sapin baumier.  
Donc ça, c’est une chose. Deuxième chose, si le feu est beaucoup plus fréquent, les paysages seront beaucoup plus jeunes dans le territoire. Donc la proportion de vieilles forêts sera beaucoup moins importante. Cela aura des impacts sur la structure d’âge du paysage et, par conséquent, sur la grosseur du bois qu’il y a dans la forêt. Cela m’amène justement à l’autre impact. Si les forêts sont plus jeunes, il y aura un impact sur le secteur forestier en soit, sur la productivité des paysages, sur la capacité, dans le fond, de l’industrie forestière à récolter du bois qui est de taille suffisante, suffisamment vieux dans un certain sens, pour être amené au moulin. C’est une partie de nos travaux qui démontre justement qu'à la suite d'une augmentation des feux de forêt dans certaines régions du Canada, notamment où on coupe déjà beaucoup, par exemple dans le nord-ouest du Québec, dans certaines portions aussi de la Colombie-Britannique, une augmentation des feux serait suffisante pour affecter l’approvisionnement dans ces régions-là dans quelques décennies.     

Sylvie Gauthier: Un autre élément que l’on voit venir, c’est que si les feux augmentent en superficie et en fréquence, l’intervalle entre deux feux au même endroit peut être relativement court. Ce que ça veut dire, c’est que même les espèces qui sont adaptées à revenir après des feux de forêt pourraient ne pas avoir suffisamment de temps pour reconstruire le stock de graines, ou le stock de jeunes, pour assurer le retour d’un couvert forestier équivalent à ce qui avait avant le feu. Donc, cela peut mener à, d’une part, la création de forêts ouvertes par rapport aux forêts fermées que l’on connait actuellement, ou carrément le changement de types d’écosystèmes, passage de type forestier par exemple à un type prairie. Ce qu’on pressent pour l’ouest du Canada.

Joel Houle: Avec l’information que vous m’avez donnée, il me semble qu’il va y avoir des changements significatifs qui vont affecter les populations d’animaux, les communautés, l’industrie du bois. Est-ce qu’il y a des éléments mis en place pour essayer de réduire l’impact de ces changements? 

Sylvie Gauthier: En fait, pour ce qui est des communautés comme telles, il y a tout un programme qu’on appelle le Fire Smart Management (l'aménagement forestier intelli-feu) qui vise justement à, d’une part, faire prendre conscience aux gens et aux communautés dans certaines régions. On vit dans des forêts qui brulent à une fréquence à laquelle on n’a peut-être pas tendance à envisager comme humain, qui brule à des intervalles de retour de 100 ans, ce qui équivaut à quatre générations de personnes. On n’a pas nécessairement tendance à voir venir ces événements-là.
Il y a des programmes, comme je disais, qui vise à faire prendre conscience aux gens qui vivent dans des milieux qui ont un risque de bruler, et des façons de mitiger l’impact potentiel. Par exemple, en contrôlant le combustible que l’on va avoir autour des résidences, en diminuant la quantité de ce combustible, puis de plus en plus on pense aussi à changer les normes de constructions pour répondre au fait qu’on est dans un milieu qui a des chances de bruler. Ça, c’est un aspect directement lié aux communautés. En français, on appelle ça l’aménagement intelli-feu.
Mais là aussi, on sait que les forêts feuillues en cours d’été ont tendance à moins bruler que les forêts résineuses. Il y a des travaux qui montrent que si on reboisait une coupe sur cinq avec des feuillus, on pourrait, dans le futur, maintenir le risque de feu au niveau qu’on connaît actuellement, et ce, même si le climat est plus propice aux incendies de grande taille. Il y a donc possiblement des moyens de faire en sorte que ces feux-là ne se produisent pas de manières aussi extrêmes qu’on projette en tenant seulement compte du climat. Toutefois, dans l’exemple des feuillus, ces feuillus-là ne sont pas une panacée si l’on veut parce qu’au printemps, quand les feuillus n’ont pas de feuilles, ce sont quand même des forêts qui risque de bruler. Donc, il va toujours demeurer dans les zones forestières, dans les écosystèmes qui brulent, un risque qu’il y ait des feux et le fait d’être conscient de ce risque peut permettre aussi d’avoir des plans d’évacuation ou des plans à mettre en place au cas où ce type d’événement arrive à proximité d’infrastructure ou à proximité de communautés.

Yan Boulanger: C’est particulièrement important dans le contexte où les mesures dont parlait Sylvie parce qu’on va observer une augmentation des risques de feu autour de certaines communautés. Les risques sont déjà importants autour de certaines communautés et ils vont augmenter aussi dans le futur. C’est important de faire face à cela parce que justement, nos études projettent qu’il y a quand même une grande proportion de la population, surtout autochtone, qui risque de se retrouver dans des cycles de feu qui seront particulièrement courts.
Donc, ils vont être particulièrement exposé à des feux fréquents. On a calculé ces différentes proportions et on se rend compte que, vers la fin du siècle, la proportion de gens qui vont se retrouver à l’intérieur d’un cycle en bas de 100 ans risque de pratiquement quadrupler sous le scénario climatique particulièrement agressif. Ce n’est pas rien. On pourrait projeter que cette proportion-là de la population se rapprocherait de pas mal 25 à 30 % de la population des premières nations qui se retrouverait sous un cycle de feu qui est quand même très court. Toutes les mesures que Sylvie a mentionné précédemment, ça devient particulièrement important de les considérer dans ce contexte-là.

Joel Houle: Merci beaucoup Yan et Sylvie. Comme dernière question, pour les auditeurs qui aimeraient en savoir davantage sur le travail que vous faites, ce travail que l’on fait à Ressources naturelles Canada à ce qui a trait aux feux de forêt, est-ce que vous avez un site Internet ou une section de notre site où vous voulez les diriger?  

Sylvie Gauthier: On peut consulter le site « changement forestier » qui parle entre autres des conditions climatiques qui vont changer, des conditions climatiques propices aux grands feux qui vont changer, et qui donne un peu un aperçu des changements qu’on pourrait voir dans les régimes de feux au Canada dans les 100 prochaines années. 

Joel Houle: Merci beaucoup encore Yan et Sylvie.

Sylvie Gauthier: Un plaisir!

Yan Boulanger: Merci à vous!

Joel Houle: On arrive à la fin de l’émission, mais ça ne veut pas dire que le sujet est fermé. On vous invite à poursuivre la conversation dans les réseaux sociaux. Si vous avez des questions pour Yan et Sylvie ou des commentaires sur cet épisode, vous pouvez nous les adresser sur Twitter, accompagnées du mot-clic #DemandezÀRNCan.

Également, si vous souhaitez en apprendre davantage sur les activités scientifiques de Ressources naturelles Canada, nous vous encourageons à visiter notre cybermagazine La science, tout simplement! Vous allez trouver une masse d’information intéressante : y comprist les épisodes précédents de notre balado, des articles et des vidéos. La page spécifique à cette émission contient des liens électroniques à des ressources pertinentes pour en apprendre davantage sur les feux de forêt.

Vous pouvez accéder à La science, tout simplement directement à partir de notre site Web à rncan.gc.ca, ou en effectuant une recherche sur Google.

Si vous ne nous écoutez sur Apple Podcast, Stitcher ou Soundcloud, nous vous invitons à vous abonner à notre émission pour prendre connaissance des épisodes antérieurs et futurs.

Voilà qui conclut cet épisode de Demandez à RNCan. Merci de nous avoir écoutés aujourd’hui et revenez-nous au prochain épisode!