La puceron, la pruche et le traitement

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Une infestation de la puceron lanigère de la pruche. Photo : Chris Evans, Illinois Wildlife Action Plan

Par Julie Root
Le 15 juin 2018

Le puceron lanigère de la pruche (PLP) est un minuscule insecte envahissant qui s’attaque à la pruche du Canada. Facilement propagé par le vent, les animaux et les activités humaines, le PLP se nourrit des fluides de la pruche, ce qui peut causer la mort des arbres infestés quatre ans à peine après le premier établissement. D’un point de vue écologique, la pruche du Canada est un élément essentiel de milieux naturels sensibles, comme les habitats riverains le long des cours d’eau et des lacs. Découvert en Virginie en 1951, le PLP s’est propagé le long de la côte est jusque dans le sud-ouest de la Nouvelle Écosse, où il a été détecté à l’été 2017. Des chercheurs du Centre de foresterie de l’Atlantique de Ressources naturelles Canada ont lancé trois nouveaux projets pour détecter, contrôler et combattre le PLP et pour en gérer les dommages.

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Lucas Roscoe, Ph. D., tient l’un des pièges mis à l’essai cette année pour contrôler les populations de PLP dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse.

Contrôle

La détection précoce des populations est la meilleure façon de limiter les dommages et la mortalité des arbres. La surveillance des populations de PLP là où leur présence a déjà été confirmée fournit des renseignements précieux sur leur développement et leur propagation. Le chercheur scientifique Lucas Roscoe, Ph. D., et son équipe sont à élaborer des outils de contrôle à partir de pièges à insectes offerts sur le marché.

Ces pièges attirent les PLP à l’aide d’odeurs attrayantes provenant de diverses espèces de conifères. L’objectif est de concevoir des méthodes de piégeage spécifiques au PLP de manière à pouvoir détecter les populations le plus tôt possible et les contrôler d’année en année afin de déterminer comment elles se développent et se propagent. Ces renseignements aideront les chercheurs à mettre au point des solutions de traitement pour endiguer les populations de PLP.

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Traitement d’un frêne au TreeAzin® en Ontario.

Lutte

Le chercheur scientifique Jon Sweeney, Ph. D., met à l’essai TreeAzin®, un insecticide dérivé d’extraits de semences du margousier, dans le but d’en évaluer l’efficacité sur la pruche du Canada. Conçu au Canada, TreeAzin® a été approuvé pour protéger les frênes contre l’agrile du frêne. L’insecticide est injecté directement dans le tronc des arbres, puis, grâce à la montée de la sève, il est dispersé jusqu’aux fines branches de leur couronne, où une protection est nécessaire. Les premiers traitements devraient commencer à l’automne 2018 dans un site infesté de la Nouvelle Écosse.

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Graines et cônes de pruche du Canada

Gestion

Michael Stastny, Ph. D., étudie l’écologie des insectes forestiers, c’est-à-dire les interactions entre les insectes, les arbres et leur milieu qui sous-tendent le fonctionnement de nos forêts. Il s’intéresse à la manière dont les conditions des sites, en particulier les sécheresses, exacerbent les répercussions du PLP sur la santé de la pruche. « Si nous savons qu’un peuplement en particulier est soumis à un stress hydrique ou affaibli par d’autres facteurs, affirme-t-il, nous pourrions être en mesure de prévoir l’importance du déclin et de la mortalité de la pruche attribuables au PLP. Cette information nous aiderait à cerner les peuplements les plus vulnérables et à orienter nos interventions. »

Les coupes d’éclaircie, c’est-à-dire la récolte de certains arbres concurrents pour donner aux pruches restantes accès à davantage d’eau et de lumière, sont l’une des interventions possibles. En effet, elles pourraient accroître la capacité des pruches à tolérer les PLP. M. Stastny mettra cette stratégie d’aménagement forestier à l’essai dans des parcelles d’expérimentation au cours de l’année.

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Forêt ravagée par le puceron laineux de la pruche. Photo : Justin Smith, Nova Scotia Department of Natural Resources.

En plus de déployer des efforts pour gérer le PLP, RNCan s’est doté d’un plan de secours. Le Centre national de semences forestières compte 195 lots de graines de pruche du Canada soigneusement conservées dans son laboratoire, où la température, la lumière et l’humidité sont rigoureusement contrôlées. Au cours des prochaines années, les chercheurs du Centre préserveront davantage de graines de pruche du Canada, de manière à ce que l’espèce puisse être réintroduite dans des milieux adaptés lorsque le PLP sera endigué ou éliminé.

Les scientifiques et leurs partenaires cherchent à ralentir la propagation du PLP et à préserver la pruche du Canada, mais le public a lui aussi un rôle extrêmement important à jouer. En effet, en sachant où le PLP et d’autres insectes nuisibles ont été détectés et en prenant quelques précautions simples, le public peut contribuer notablement à la protection de nos forêts. Par exemple, limiter le déplacement du bois de chauffage d’un endroit à un autre peut aider à ralentir la propagation du PLP.

Pour en savoir plus sur la détection du PLP en Nouvelle-Écosse, consultez la page Questions et réponses.