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Les prévisions aujourd’hui : blocs de glace dispersés avec 80 % de possibilités d’inondations

Note de la rédaction

Voici la suite de l’article Grâce à Facebook, des chercheurs sont aux premières loges pour observer la débâcle dans le Nord. Cet article de La science, tout simplement explique comment Dustin Whalen, spécialiste des sciences physiques à la Commission géologique du Canada, utilise Facebook et la science citoyenne pour étudier la progression de la débâcle dans le delta du fleuve Mackenzie.

Par Jerri Southcott
Le 7 juin 2018

L’analyse des données que les membres de la collectivité recueillent et affichent sur Facebook permet à M. Whalen et à ses collègues Paul Fraser et Don Forbes de faire de nouvelles découvertes. En combinant les résultats de leurs recherches aux informations produites par les citoyens, ils sont en mesure de prédire avec beaucoup plus de facilité où, quand et pendant combien de temps les embâcles et les inondations qui en résultent surviendront.

Bien que les images satellites puissent donner un aperçu des zones qui seront probablement inondées dans une région donnée, jusqu’à maintenant les tentatives visant à préciser le moment où ces événements allaient se produire reposaient en grande partie sur des hypothèses approximatives. Toutefois, les chercheurs peuvent désormais étudier les photos d’embâcles affichées sur Facebook pour localiser les endroits où des inondations sont susceptibles de se produire en aval du fleuve trois jours plus tard.

« Nous pouvons maintenant suivre l’avancée des inondations parce que les gens nous envoient des photos de leur collectivité et de leur cour arrière », explique M. Whalen.

Les images fournies par les citoyens valident les connaissances scientifiques

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Fonte de la route de glace sur le fleuve Mackenzie.

Comme les chercheurs disposent de plus de données, ils ont une meilleure compréhension de la progression de la débâcle et d’autres facteurs pertinents : le comportement du fleuve pendant la débâcle, le débit de l’eau et les risques potentiels pour les collectivités en aval.

« Cela recoupe à merveille les scénarios que nous envisagions déjà », indique-t-il.

Ces observations et leurs retombées continuent de susciter un enthousiasme croissant chez M. Whalen. Cette année, il a installé une caméra qui relaie en temps réel des images de l’embouchure du chenal à l’est de l’estuaire du delta du fleuve Mackenzie dans le but d’observer les glaces et l’océan. La station d’observation météorologique et océanographique qui se trouve à cet endroit est gérée en collaboration avec le ministère des Pêches et des Océans.

« Jusqu’à la mi-juin environ, dans l’estuaire du delta du fleuve Mackenzie, il y a de la glace aussi loin qu’on puisse voir. Nous allons continuer à observer cette glace au fil du temps et voir comment elle se brise, explique M. Whalen. Mais ce que les observations des membres de la collectivité nous ont déjà appris, c’est qu’à l’endroit où la caméra est placée dans la baie Kugmallit, la glace fondra où elle se trouve dans l’océan. »

Des prédictions liées au débit, à la glace et à la fonte

Ces données utiles communiquées en temps réel et les images transmises par la collectivité permettent de compléter le portrait car les chercheurs peuvent non seulement établir quand une inondation pourrait se produire, mais aussi savoir exactement comment la fonte surviendra.

« Ce qui est formidable avec ces images, c’est qu’elles nous permettent presque de cibler les endroits où la glace va tout simplement fondre et ceux où elle s’effritera et causera des dommages », affirme M. Whalen.

La science citoyenne a aussi permis de recueillir des observations qui illustrent que la taille des blocs de glace et l’importance du débit peuvent varier. Après le lancement de la page Facebook, M. Whalen a été en mesure de comparer les blocs de glace d’Inuvik à d’autres blocs photographiés par les membres du groupe. Les différences s’avèrent parfois étonnantes.

« En m’appuyant sur les images que j’avais vues au fil du temps, je me disais que ces blocs étaient assez gros et que cela expliquait peut-être pourquoi il y avait certains changements dans le milieu naturel le long du fleuve, mentionne-t-il. Mais, grâce à la page Facebook, d’autres habitants de la région se sont mis à afficher leurs propres photos de la débâcle, et les blocs de glace d’Inuvik sont beaucoup moins volumineux que ceux de Norman Wells [qui se trouve à 3 000 km en amont d’Inuvik sur le fleuve Mackenzie, près du Grand lac de l’Ours, dans les Territoires du Nord-Ouest]. »

Des citoyens ordinaires qui collectent des données scientifiques au sein de leur propre collectivités sont maintenant perçus comme de précieuses ressources par des chercheurs comme M. Whalen. Mobiliser le public autour d’enjeux scientifiques est un outil puissant pour relever les défis liés à la conservation, tout particulièrement dans le Nord où presque tout le monde vit avec les répercussions de la débâcle. Les volontaires ne manquent pas, et M. Whalen et ses collègues sont toujours heureux de recevoir leurs contributions car ces dernières facilitent leurs recherches et produisent des avancées.

Un insulaire qui est un fin observateur

Gerry St. Amand vit à Inuvik. Il s’est joint au mouvement de la science citoyenne du Nord bien avant la création du groupe Facebook. S’il y a un habitant de la ville qui a besoin de savoir quand surviendra la débâcle, c’est bien M. St. Amand car il navigue jusqu’à son chalet qui se trouve au milieu du delta du fleuve Mackenzie lorsque l’eau est libérée des glaces.

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Embarcation de Gerry St. Amand hors de l’eau.
Photo de Gerry St. Amand

Il y demeure jusqu’à ce que la débâcle lui permette de regagner le rivage. Tout au long du printemps, alors qu’il est encerclé par les eaux gelées, M. St. Amand suit la progression de la débâcle et participe à la collecte de données en partageant ses photos et ses vidéos sur Facebook.

Durant la débâcle printanière dans le delta du fleuve Mackenzie, il est parfois très complexe de décider s’il vaut mieux utiliser une motoneige ou un bateau.