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Quand savoir scientifique et savoir autochtone communiquent : la collaboration en recherche misant sur la co-création de connaissances

Faire communiquer le savoir scientifique et le savoir autochtone n’est pas chose facile! Le Service canadien des forêts (SCF) a pourtant décidé de relever le défi en osant faire autrement la recherche en sciences forestières. Depuis plus d’un an déjà, le SCF travaille sur l’implantation dans ses pratiques d’une approche de collaboration fondée sur la co-création de connaissances entre les chercheurs scientifiques et les communautés autochtones.

Le Centre de foresterie des Laurentides (CFL) est l’un des six centres de recherche du SCF dont les travaux s’articulent autour d’axes de recherche touchant en grande majorité le territoire forestier. Un moyen que le CFL désire implanter dans ses pratiques est la collaboration avec les communautés autochtones puisque plus de 70 % des Autochtones au Canada vivent à proximité ou dans des forêts et possèdent des savoirs sur la forêt de leurs territoires traditionnels.

Approche de collaboration en recherche

En partenariat avec la Chaire de leadership en enseignement en foresterie autochtone de l’Université Laval, le CFL a entrepris un processus pour cibler les bonnes pratiques sur la façon de mener les collaborations en recherche avec les Autochtones.

Par des ateliers de travail avec les chercheurs scientifiques et des membres de la Première Nation de Pessamit, l’approche de collaboration privilégiée tendait vers la co-création de connaissances. Cette approche suggère une participation active des collaborateurs dans toutes les étapes du processus de recherche, soit de l’élaboration du design de projet à la publication et diffusion des résultats.

Les participants de l'atelier ont alors comparé les cartes localisant les territoires traditionnels et revendiqués des communautés autochtones du Québec avec les sites d'expérimentation appartenant aux chercheurs du CFL. Cet atelier a montré que de nombreuses activités des équipes de recherche ont lieu dans des territoires autochtones traditionnels et revendiqués.

Carte montrant les territoires autochtones traditionnels et revendiqués au Québec et dans les Maritimes. Ces limites ne correspondent pas entièrement à celles reconnues officiellement par le Gouvernement du Canada.
Territoires autochtones traditionnels et revendiqués. Ces limites ne correspondent pas entièrement à celles reconnues officiellement par le Gouvernement du Canada.
Carte présentant l’emplacement des sites d’expérimentation du Centre de foresterie des Laurentides (Service canadien des forêts) et des communautés autochtones du Québec.
Les sites d’expérimentation du CFL et les communautés autochtones du Québec.
Résumé des cartes

Le premier des deux graphiques en forme de carte présente les territoires traditionnels autochtones au Québec. Ces limites ne correspondent pas tout à fait à celles reconnues officiellement. Le second des deux graphiques en forme de carte présente l’emplacement des sites d’expérimentation du Centre de foresterie des Laurentides, du Service canadien des forêts et des communautés autochtones du Québec. Ces deux cartes permettent de constater que les sites d’expérimentation se trouvent tous dans au moins un territoire traditionnel ou indigène.

Un guide pratique

À la suite des ateliers de travail, le CFL a proposé à ses équipes scientifiques des outils et des pratiques à utiliser et à considérer dans les collaborations en recherche avec les communautés autochtones fondés sur des principes éthiques. Un guide a été produit pour appuyer les chercheurs dans leur démarche de co-création de connaissances avec les communautés autochtones : Démarche de co-création de connaissances avec les communautés autochtones. Approche de base : éthique de la recherche.

Ce guide aborde différents aspects de tout processus de recherche allant des premiers contacts avec les communautés à la formulation des questions de recherche, de l’établissement des objectifs de recherche à la collecte et à l’analyse de données, de la publication à la diffusion des résultats de recherche. Ces aspects sont abordés sous la loupe des principes de propriété, contrôle, accès et possession (PCAP), mais aussi en fonction des lignes directrices provenant des protocoles de recherche qui ont été produits par différentes organisations autochtones. Ce guide discute non seulement de l’importance des retombées dans les communautés autochtones, mais aussi des bénéfices communs qu’il peut y avoir.

Ce guide pratique sur la co-création de connaissances aidera sûrement la création des nouveaux projets plus complets et inclusifs. Soyez curieux; lisez ces guides et apprenez! La forêt canadienne ne pourra qu’en être gagnante!

Une démarche qui porte fruit

Quelques projets ont déjà pu bénéficier de cette approche novatrice de co-création des savoirs avec des communautés autochtones. L’un de ces projets concerne l’habitat du caribou des bois. La Première Nation de Pessamit a accueilli une équipe de recherche du CFL avec une visite en forêt sur son Nitassinan (territoire traditionnel) dans le but d’établir un premier contact où des échanges de savoirs sur des enjeux d’intérêt commun ont eu lieu.

Ce partage de savoirs a permis la conception conjointe d’un projet sur l’analyse de la qualité de l’habitat du caribou des bois. De cette manière, le projet a été ajusté en considérant les savoirs empiriques de Pessamit sur l’utilisation saisonnière du territoire par le caribou des bois. Ainsi, l’implication de la communauté et de son savoir a non seulement alimenté les objectifs de recherche, mais a aussi facilité la mise en œuvre du projet.

Pour la communauté de Pessamit, cette approche est différente. Ils ont le sentiment que les chercheurs souhaitent davantage apprendre à les connaître et prendre le temps de comprendre leurs intérêts et leurs besoins en recherche sur le territoire. Les intervenants de Pessamit mentionnent que le travail se fait ensemble et qu’ils participent réellement à la recherche. Ils sentent que leur expertise et leurs savoirs sont pris au sérieux!

BudCam : un réseau de collaboration

Ce projet est un réseau de suivi national de l’impact des changements climatiques sur la phénologie du débourrement (l’éclosion des bourgeons) de l’épinette noire qui se met actuellement en place à travers le Canada grâce à une collaboration avec des communautés autochtones. Dans le cadre de ce projet, l’intelligence artificielle est utilisée pour automatiser la détection des bourgeons d’épinette noire ouverts sur des milliers de photographies prises à intervalles réguliers, et ainsi pouvoir étudier l’influence des changements climatiques sur la phénologie du débourrement de cette essence d’arbre. Le projet BudCam prévoit de développer d’autres indicateurs nationaux sur les changements climatiques avec les communautés autochtones dans une approche de co-création de connaissances.

Que pense la communauté de Pessamit du projet BudCam?

« Il y a des retombées autant pour Pessamit que pour les équipes de recherche du CFL. Nous partageons mutuellement nos connaissances liées au territoire et nous arrivons à créer d’autres connaissances. D’autres échanges se font aussi! Par exemple, il y a un partage d’équipement et de matériel que nous pouvons alors utiliser pour nos propres projets. Il ne faut pas oublier que cela peut aussi mener à l’établissement d’autres projets conjoints. » - Conseil des Innus de Pessamit, secteur Territoire et ressources.

Pour en savoir davantage, vous pouvez consulter le site du projet.

Un appareil photo fixé à un arbre.
Cet appareil prend des photos à intervalles réguliers afin de surveiller la phénologie des bourgeons d’épinette noire, détectée par l’intelligence artificielle.
Rendu informatique des bourgeons d’épinette noire ouverts.
Bourgeons d’épinette noire ouverts détectés grâce au modèle d’intelligence artificielle.
Sources et renseignements

Nombre d’Autochtones vivant en forêt ou à proximité

Ressources naturelles Canada – Service canadien des forêts. Les calculs sont basés sur les données du Recensement de la population de 2016 de Statistique Canada et sur celles portant sur la couverture forestière de l’Inventaire forestier national du Service canadien des forêts de Ressources naturelles Canada.

  • Inventaire forestier national.
  • Statistique Canada. Recensement de la population de 2016.
    • L’analyse spatiale (système d’information géographique) a requis l’utilisation des deux sources précédentes pour le calcul du pourcentage de couverture forestière par subdivision de recensement. Pour être considérée comme une zone forestière, une subdivision de recensement devait être constituée d’au moins 25 % de couverture forestière. Les populations résidant dans ces subdivisions de recensement boisées sont considérées comme vivant en forêt ou à proximité.
    • Cette analyse est basée sur les subdivisions de recensement de Statistique Canada. Le mot subdivision est un « terme générique qui désigne les municipalités (telles que définies par les lois provinciales/territoriales) ou les territoires considérés comme étant des équivalents municipaux à des fins statistiques (p. ex., les réserves indiennes, les établissements indiens et les territoires non organisés) ». Puisqu’il n’existe aucune définition normalisée du terme collectivité sur laquelle les provinces et les territoires peuvent s’appuyer, l’adoption des subdivisions de recensement permet d’assurer la cohérence des rapports au fil du temps. En 2016, le Canada était réparti en 5 161 subdivisions de recensement.
Référence photographique
  • Photos de la caméra Budcam et de débourrement de Ressources naturelles Canada–Service canadien des forêts.

Cet article est tiré du rapport annuel 2020 de l'état des forêts au Canada. Téléchargez la version PDF de notre base de données des publications.

Table des matières — Rapport sur l'état des forêts au Canada

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