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L’éradication du longicorne asiatique

L’introduction, même involontaire, d’une espèce exotique dans un nouvel environnement peut avoir des effets catastrophiques sur l’écosystème. Dans cet épisode, nous parlons à un scientifique qui travaille sur une de ces espèces exotiques. Cet insecte est noir et blanc, à peu près de la longueur d’un pouce, et aime s’agripper aux voitures pour se déplacer!

Transcript
Joël Houle

Quand on voyage à l’étranger, les douaniers nous posent une série de questions à notre retour au pays. On nous demande entre autres si nous avons dans nos bagages des aliments, des plantes ou des animaux. On nous le demande parce que l’introduction, même involontaire, d’une espèce exotique dans un nouvel environnement peut avoir des effets catastrophiques sur l’écosystème. Dans cet épisode, nous parlons à un scientifique qui travaille sur une de ces espèces exotiques. Quel insecte noir et blanc, à peu près de la longueur d’un pouce, aime s’agripper aux voitures pour se déplacer? C’est ce que nous allons découvrir aujourd’hui...

Bienvenue à un nouvel épisode de La science simplifiée! La science simplifiée est le nouveau nom de La science, tout simplement. C’est toujours le même balado qui vous renseigne sur le travail scientifique incroyable qui se fait ici à Ressources naturelles Canada. On a tout simplement simplifié notre nom. Je suis votre animateur, Joël Houle. Aujourd’hui, nous allons parler du longicorne asiatique, une espèce de coléoptère envahissante indésirable. Nous avons avec nous un chercheur qui fait partie de l’équipe chargée d’identifier des infestations de longicorne asiatique, et de les éliminer. Sans plus tarder, accueillons notre spécialiste.

Joël Houle

Notre invité aujourd’hui est Jean Turgeon du Service canadien des forêts. Jean, comment ça va? 

 
Jean Turgeon

Ça va bien, merci.

Joël Houle

Merci d’être avec nous aujourd’hui. Alors, toi ton travail est lié aux infestations de longicornes asiatiques. Est-ce que tu peux nous expliquer c’est quoi un longicorne asiatique?

Jean Turgeon

Un longicorne asiatique est un insecte qui appartient au groupe des coléoptères. Des coléoptères, ce sont des insectes qui ont des ailes cornées, des antennes, des pièces buccales qui leur permettent de broyer leur nourriture. L’adulte est noir de jais, donc très très noir. Ce n’est pas noirâtre, c’est noir. Il a une apparence luisante avec une nuance bleue. C’est un très bel insecte. Ses ailes cornées sont couvertes d’une vingtaine de taches blanches, ou occasionnellement jaunes. Mais tous les spécimens que j’ai vus ici au Canada étaient blancs. D’où son alias, le longicorne étoilé. Ce que je trouve plus approprié que longicorne asiatique qui ne nous dit pas grand-chose. Ses antennes sont aussi longues que son corps, ou encore plus longues que son corps dans le cas des femelles. Pour vous donner une idée, ça ressemble à des robots transformables. Ils sont très laids à voir. Si je parle un peu du genre de vie que cet insecte a, les femelles utilisent leurs pièces buccales, et créent des entailles de pontes sur la surface de l’écorce des arbres. Et elles vont utiliser ces entailles pour déposer leurs œufs contre l’écorce, entre l’écorce et l’arbre. À l’éclosion, les jeunes larves vont se nourrir à l’interface du bois et de l’écorce, de façon à créer une espèce de galerie plate. Donc, vous pouvez voir immédiatement qu’elles vont séparer le bois de l’écorce. Et l’écorce généralement ça sert au transport de nutriments. Un peu plus tard dans leur développement, elles vont commencer à creuser des tunnels dans le bois, lesquels vont atteindre le bois de cœur, ce qui veut dire qu’elles sont dans du bois mort. Ensuite, elles vont continuer d’élargir ce tunnel jusqu’à ce qu’elles atteignent une espèce de taille critique, si on veut, d’environ 3 à 6 centimètres. Donc, ce n’est pas un petit insecte. C’est un gros insecte. Ça prend environ 2 ou 3 ans pour se rendre à cette taille. Lorsqu’ils vont atteindre cette taille, ils vont se nymphoser au printemps. Et l’adulte va percer un trou de sortie d’environ 1 cm de diamètre. C’est un trou très rond. Ce coléoptère est ce qu’on appelle polyphage. Et polyphage pour ceux qui ne sont pas familiers avec le terme, se nourrit de beaucoup de plantes qui appartiennent à des familles différentes. Par exemple, l’érable et le peuplier appartiennent à des familles différentes. Par contre, le peuplier et les saules appartiennent à la même famille. Donc, ce coléoptère-là peut se nourrir d’arbres appartenant à environ une douzaine de familles. Ça donne une idée qu’il n’y pas grand-chose qui reste sans être attaqué. Hors de son aire naturelle, le longicorne attaque les érables, les peupliers, les saules, les bouleaux et les ormes. Et la liste continue comme ça pour environ une douzaine de familles. Dans la majorité des infestations, les érables semblent être la nourriture préférée si on veut. Pour ce qui est de sa distribution, son aire de distribution naturelle est en Asie. Plus précisément, il est indigène de Chine et de la péninsule coréenne.

Joël Houle

Alors toi, tu travailles spécifiquement sur les infestations. Où ont eu lieu les infestations de longicornes, et combien de dommage est-ce qu’ils ont causé au Canada?

Jean Turgeon

La première infestation découverte en dehors de son aire naturelle est en 1996 à New York. Depuis, il y a eu environ une trentaine d’infestations rapportées à travers le monde. La majorité de ces infestations ont été découvertes en Europe et en Amérique du Nord. Aux États-Unis, il y a des infestations découvertes dans les États de New York, de l’Illinois, du New Jersey, de l’Ohio, du Massachusetts et de la Caroline du Sud. Au Canada, on a découvert deux infestations, une en 2003 et une autre en 2013. Ces deux populations ont été découvertes dans des parcs industriels de la région du Grand Toronto et elles étaient séparées d’environ 10 kilomètres. La première infestation était située à la limite des municipalités de Toronto et Vaughan, alors que la deuxième était limitée à Mississauga et Toronto. Nos analyses génétiques ont montré que ces deux infestations étaient en fait de la même origine, de la même population. Ils partageaient le même code génétique. Donc, c’est que l’une était un satellite de l’autre infestation. Pour ce qui est des dégâts, c’est causé principalement par les larves. On peut découvrir les dégâts causés par des adultes. Mais c’est très rare qu’on peut les détecter. Donc, ce qui est le plus commun, c’est celui causé par les larves. Des galeries plates préférées avec le transport de l’eau et des nutriments. Alors que les tunnels, dont j’ai parlé plus tôt, vont affecter la structure de l’arbre, ce qui rend les arbres attaqués, présentant des risques d’accidents puisque ces branches-là peuvent tomber lorsqu’il y a des tempêtes de vent très fort. Et c’est exactement ce qu’on a vu à Toronto, en 2003, il y avait deux arbres qui sont tombés au sol durant l’ouragan Isabel. Éventuellement, lorsque le nombre d’attaques est suffisamment élevé, l’arbre meurt. Il y a deux types de dégâts qu’on regarde, ou on parle de signes, ce sont des dégâts physiques causés par l’insecte. On parle de symptômes comme une réponse de l’arbre aux dégâts de l’insecte. On a répertorié environ huit signes d’attaque et sept symptômes que l’on qualifie de distinctifs pour ce coléoptère. Généralement, on utilise une combinaison de signes ou symptômes pour confirmer ou infirmer que le longicorne est bel et bien le coupable du dégât. Donc, on ne se fie pas sur un seul signe pour se dire « ah, ça c’est cet insecte ». On veut une série de signes et de symptômes pour être certain qu’il s’agit de cet insecte. Le signe le plus commun est probablement l’entaille de ponte. Ses entailles, quand elles sont fraîches, elles sont très faciles à détecter sur l’écorce des arbres parce qu’elles sont orange, alors que le reste de l’écorce est brun ou gris. Un autre signe assez commun, les trous d’émergence des adultes. Pour ce qui est des dommages, ces infestations varient entre quelques arbres. On pense à Boston, par exemple, il y a eu seulement six arbres qui ont été attaqués. Par exemple, dans les états du Massachussetts et de l’Ohio, il y a eu des milliers d’arbres attaqués. L’infestation et le satellite de la région du Grand Toronto, elle contenait environ 750 arbres attaqués, dont ce n’est pas une grosse infestation. Quelques-uns de ces arbres étaient morts au moment où on a découvert l’infestation. Durant la période où ils ont attaqué, pas plus qu’une dizaine d’années, ils ont réussi à tuer des arbres d’un diamètre d’environ 15 à 20 cm.

Joël Houle

Si la peste vient de l’Asie, comment est-ce qu’elle s’est rendue à Toronto? Et une fois qu’elle est rendue ici, comment est-ce qu’elle se propage?

Jean Turgeon

Dans les années 1980, la Chine embarqua sur un programme de reforestation immense dans lequel on a utilisé des peupliers et des saules. Et quelques années plus tard, des milliers d’arbres plantés ont commencé à dépérir et à mourir. La cause? Le coupable? Le longicorne asiatique. Lequel n’a jamais été considéré comme un ravageur important en Chine. Le bois de ces arbres morts, au lieu de le jeter, si on veut, a été utilisé comme matériel d’emballage pour le transport international. Il est important de mentionner que les arbres doivent être vivants pour que les femelles pondent leurs œufs. Mais il n’est pas nécessaire que les arbres soient vivants pour que les larves complètent leur développement. Donc, le longicorne est arrivé au Canada en première classe par bateau. Dans du bois de calage ou dans des matériaux d’emballage en bois utilisés pour les commodités, comme les câbles d’acier, le verre, le granite ou le marbre, des tuiles en céramique, etc. Donc, ça c’est un mode passif, c’est-à-dire que ce n’est pas l’insecte qui a choisi ce mode, c’est nous, les humains, qui avons créé ce mode de transport. Un autre mode de dispersion passif, si on veut, est probablement les véhicules. Les deux découvertes qui ont été faites dans la région du Grand Toronto ont été trouvées sur des véhicules ou des voitures. Les deux ont été trouvés par des citoyens. Lorsqu’on a pris conscience que les insectes pouvaient être sur les véhicules et qu’il y avait une possibilité qu’ils soient transportés par les véhicules, on a inclus dans nos protocoles de suivi des populations d’inspecter les véhicules avant de partir d’une zone qui était infestée. Donc, ça c’était les travailleurs, tous ceux qui ont été impliqués dans le programme d’éradication de ce longicorne, devaient faire une inspection de véhicule avant de quitter une zone où il y avait des arbres attaqués. Et ces inspections ont mené à la découverte d’insectes sur ces véhicules. Donc, c’est réellement possible qu’ils utilisent des véhicules pour se déplacer.

Joël Houle

Jean, comment est-ce que le longicorne asiatique est capable, est-ce qu’il se faufile à l’intérieur de l’engin ou est-ce qu’il est un passager à l’intérieur du véhicule?

Jean Turgeon

Non, mais tu dois penser : Quel est le véhicule préféré des Canadiens?

Joël Houle

La Civic?

Jean Turgeon

Non, non, non. C’est les camions.

Joël Houle

Ah les camions, bien oui c’est vrai.

Jean Turgeon

Je ne connais pas beaucoup de camions, mais presque tout le monde ici dans le nord de l’Ontario, là, en tous cas, le camion est probablement le véhicule le plus populaire. Donc, c’est facile d’avoir un individu qui va se cacher ou s’insérer dans des parties du véhicule qui ne sont pas exposées au vent lorsque le véhicule se déplace. Donc, ça se sont les modes de dispersion passifs. Le mode de dispersion actif, c’est-à-dire c’est lorsque l’insecte se déplace lui-même d’un arbre à un autre. Ce n’est pas, je ne sais pas si c’est le terme exact, mais l’insecte n’est pas un excellent voilier. Il est gros, il a des ailes durcies, il ressemble à des robots transformables. Vous pouvez voir qu’il s’en vient, quelque chose de très laid qui s’en vient vers vous. Cette dispersion active généralement pour la majorité des spécimens, c’est moins de 400 mètres par année. Il y a quelques spécimens dans des études qui se sont déplacés sur 2,5 kilomètres environ. Donc, on peut voir entre 400 mètres et 2,5 kilomètres, on a quand même très peu d’individus. On sait également que – ceci est basé sur des recherches – 99,8 % des œufs se trouvent dans un rayon de 800 mètres d’un arbre attaqué, d’un arbre avec un trou de sortie. Un adulte est sorti de là. On peut voir que l’insecte ne se déplace pas beaucoup. On pense à l’agrile du frêne, qui peut se déplacer sur des centaines et des centaines de kilomètres. Ce n’est pas la même échelle du tout.

Joël Houle

C’est bon à savoir qu’ils ne se propagent pas très facilement. Comment est-ce que nos scientifiques ont réussi à éliminer l’infestation de la peste proche de Toronto?

Jean Turgeon

Je commencerai par dire, pour ceux qui ne sont pas familiers avec l’éradication, une éradication c’est l’élimination totale d’une espèce d’un endroit, d’une zone. Et si ce n’est pas ça qui est achevé, on doit réduire la population jusqu’au point où la population ne peut se reproduire. Autrement dit, les individus sont tellement dispersés qu’ils ne peuvent se localiser. Il faut aussi, avant de répondre à comment ça s’est fait, je pense qu’il est important de dire pourquoi est-ce qu’on veut éradiquer le longicorne asiatique? Il y a quelques raisons. La première, c’est que la réponse des organismes phytosanitaires internationaux est l’éradication. Peu importe dans quel pays tu vas, l’éradication est la réponse à l’arrivée du longicorne asiatique. Donc, ne rien faire ouvrait le Canada à des sanctions commerciales. Deuxièmement, tout ce qu’on doit faire, c’est de penser à l’impact possible que cet insecte, qui adore les érables, aurait au Canada. Évidemment, ces impacts sont spéculatifs, parce qu’on ne l’a jamais laissé se réaliser. Donc, on peut juste imaginer ce qui aurait pu se passer. On pense aux millions d’arbres tués par le longicorne en Chine, ça c’est un fait. On pense à l’industrie du bois franc. Si l’on vient de l’est du Canada, le bois franc, c’est important. On pense au sirop d’érable. On pense au tourisme associé aux couleurs automnales. On pense à l’impact que la disparition d’érables aurait sur la structure, la fonction des forêts à feuilles caduques de l’est de l’Amérique du Nord. Une fois l’infestation découverte, l’objectif était de déterminer sa taille. Donc, on a trouvé deux infestations. Si on part avec la première infestation découverte en 2003. La première chose à faire, c’était de savoir quelle était l’étendue de cette infestation. L’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA), laquelle était en charge de cette opération, a mis sur pied un relevé pour circonscrire l’infestation et déterminer la taille de façon à pouvoir déterminer si l’éradication étaient possible. Et, si oui, quelle stratégie est-ce qu’on devrait utiliser, quels outils on devrait utiliser. Par exemple les outils, je pense aux insecticides, l’abattage des arbres, l’utilisation de contrôle biologique. Donc, c’était tout simplement quels outils allons-nous choisir ou quels outils étaient disponibles à ce moment-là. Une fois que la taille de l’infestation a été déterminée, l’ACIA a mis en place une zone réglementée parce que c’est nécessaire. Ce que les organismes phytosanitaires font c’est qu’ils établissent une zone réglementée où le mouvement des produits affectés est contrôlé. Ensuite, on a utilisé l’information géologique disponible au moment de la découverte, ce qui a permis à l’ACIA de choisir une stratégie. Cette stratégie, c’était d’abattre tous les arbres attaqués et tous les arbres hôtes dans un rayon de 400 mètres d’un arbre attaqué. Pour s’assurer que tous les arbres attaqués dans la zone réglementée avaient été abattus, l’ACIA a développé un programme de surveillance intensive plusieurs années après le traitement ou l’abattage des arbres. En procédant de cette façon, le dernier arbre attaqué découvert suite à cette infestation en 2003, fut découvert en décembre 2007. Et après ça, on a cinq ans de suivis intensifs de tous les arbres dans la zone réglementée. On a fait des relevés pendant cinq ans et on a rien trouvé pendant ces cinq ans. Donc, en 2013, l’ACIA a déclaré la zone réglementée comme étant exempte de longicornes asiatiques. La zone réglementée, déclarée exempte de longicornes, a été déclarée en mai 2013. En août 2013, un autre citoyen rapporta la découverte d’un autre longicorne adulte sur une voiture dans un autre parc industriel de Mississauga. Cette infestation était en dehors de la zone réglementée de 2003 à 2013. Ce qui était pour nous important de savoir est qu’on n’a rien laissé dans la zone réglementée de 2003 à 2013. L’infestation de 2013 s’est avérée beaucoup plus petite, mais la distance entre les arbres attaqués était un peu plus grande. Donc, au lieu d’utiliser un rayon de 400 mètres autour d’un arbre attaqué, cette fois on a utilisé un rayon de 800 mètres. Basé sur l’expérience qu’on avait eue lors de la première infestation, on a réduit le nombre d’espèces d’arbres à éliminer. Et l’ACIA vient juste de déclarer la zone réglementée de 2013 à 2020 exempte de longicornes en juin 2020.

Joël Houle

Toi et tes collègues vous travaillez avec plusieurs autres partenaires. Tu as mentionné l’ACIA et aussi les gouvernements municipaux. Quel est le rôle spécifique de Ressources naturelles Canada dans le processus en général?

Jean Turgeon

Le Service canadien des forêts, qui appartient à Ressources naturelles Canada, est un secteur de Ressources naturelles Canada et un secteur de recherche. Comment est-ce qu’on a été impliqué dans un programme d’éradication? C’est qu’on a essayé d’obtenir de l’information en même temps qu’on procédait à l’élimination de cette population-là. Donc, c’était notre rôle d’essayer d’aider l’ACIA à obtenir l’information qui était nécessaire pour soit décider comment éradiquer ou améliorer la façon dont on pouvait se débarrasser de la population. C’était important de noter que Ressources naturelles n’était pas le seul partenaire. Il y en a eu beaucoup. On pense aux départements de foresterie des municipalités de Toronto, Vaughan, Mississauga, de la région de York, à la Toronto and Region Conservation Authority, le ministère des Ressources naturelles de l’Ontario. Et ensuite, on avait même des individus de trois départements de l’agriculture des États-Unis, soit APHIS (Animal and Plant Health Inspection Service), Agriculture Research Service and Forest Service. On a soit des personnes impliquées dans l’opération d’éradication ou soit dans le comité qui allait fournir de l’information scientifique et fournir la logique pour certaines opérations. Ils ont tous joué différents rôles basés sur l’expertise. Le Service canadien des forêts avait des chercheurs, et au moment où la première population était découverte en 2003, le Service canadien des forêts avait des officiers responsables du suivi de la santé des forêts. Quelques années plus tard, ce service a été aboli et c’est maintenant la responsabilité de toutes les provinces d’obtenir l’information.

Joël Houle

Quelles sont les étapes prises afin de prévenir les infestations futures de longicornes asiatiques ou de toute autre espèce envahissante?

Jean Turgeon

Pour ce qui est du longicorne, on utilise deux volets. Le premier c’était de développer des outils ou des stratégies pour prévenir l’arrivée. Le deuxième volet consiste à développer des outils pour maximiser la détection de l’insecte ou des insectes cibles. Par exemple, ce qui s’est passé au Canada, l’ACIA avant 2005 et l’Agence des services frontaliers du Canada, après 2005, examinent une portion des cargos arrivant au Canada par bateau. Cette inspection a mené à plus d’une trentaine d’interceptions depuis les années 1990, soit à la frontière même ou dans les entrepôts où les cargos étaient destinés. Cela a permis de prévenir au minimum une trentaine d’infestations. La première interception a eu lieu en 1992, alors que la plus récente s’est produite à Edmonton en 2019. Mais depuis 2008, l’abondance d’interceptions est nettement à la baisse. Pour prévenir l’arrivée, le gouvernement du Canada est signataire d’une convention internationale adoptée en 2002 et mise en application en 2006. Donc, tu vois, ça coïncidait avec la découverte de la première infestation en 2003, comme un moyen de prévenir la ré-infestation de l’Ontario ou du Canada. C’est une étape importante lorsqu’on veut éradiquer une espèce. On ne veut pas que d’autres populations arrivent lorsqu’on est en train d’essayer d’en éradiquer une. Donc, ces conventions consistaient à développer de nouveaux standards sur l’utilisation du bois de calage et dans les matériaux d’emballage en bois qui doivent maintenant être traités pour assurer qu’ils ne contiennent aucun insecte. Comme j’avais dit, le longicorne est arrivé au Canada par bateau ou dans du bois de calage, du bois d’emballage de certaines commodités. Ce protocole a été révisé en 2009 pour limiter la quantité d’écorce qu’on n’allait permettre sur les matériaux d’emballage destinés aux pays étrangers. C’est la façon par laquelle on essaie de prévenir l’arrivée de ces insectes. Et lorsqu’on inspecte des cargos, il n’y a pas seulement les insectes du bois. Il y a d’autres insectes également qui pourraient être néfastes. Pour ce qui est d’améliorer la détection, il y a des chercheurs au Service canadien des forêts qui, avec l’aide de l’ACIA, ont développé un protocole de dépistage quadrillé à l’échelle régionale, qui devrait maximiser la possibilité de détecter une infestation de la taille finale de celle observée à Toronto. Autrement dit, on a pris une infestation de Toronto et on l’a cartographiée, on a mesuré la distance entre les arbres et ainsi de suite. On s’est dit ok. Ce qu’on veut faire c’est d’essayer de trouver une infestation aussi grande, à savoir dans ce rayon ici, près de 50 % des arbres sont attaqués. Dans cette région, c’est seulement 10 %. Donc, on essayait de créer une infestation imaginaire de cette taille. Ce qu’on a essayé de faire, c’est de détecter une infestation de cette taille. Ce protocole a été développé et mis en application en Ontario en 2008, et on l’a déployé à l’échelle nationale en 2009. Chaque année, il y a des relevés qui ont lieu dans diverses régions du Canada, des Maritimes au Pacifique, où on a essayé de détecter des populations du longicorne. De plus, il y a plusieurs agences qui sont équipées pour assister le public lorsqu’ils ont des doutes sur l’identité d’une espèce invasive. Parmi ces organismes, il y en a qui sont gouvernementaux, l’ACIA par exemple, a un service d’assistance téléphonique. Ressources naturelles a des bureaux régionaux dans plusieurs provinces. Chaque province a un département impliqué dans le suivi d’insectes ravageurs et la détection d’espèces invasives. Ils ont tous des professionnels qui sont capables de faciliter la détection et l’identification des espèces. Il y a une espèce de réseau canadian qui nous permet d’en arriver à une identification assez rapide. Il y a aussi des organismes sans but lucratif, à vocation publique, qui s’articulent autour des espèces invasives. Celui avec lequel je suis le plus familier, c’est celui de l’Ontario au Centre ici à Sault-Sainte-Marie. De plus, chaque année, je reçois une demi-douzaine de courriers électroniques de citoyens canadiens m’informant qu’ils ont trouvé un longicorne asiatique. Je leur demande immédiatement s’ils ont une photo ou encore mieux un spécimen. Vous seriez très intéressé de savoir que la majorité ont une photo de l’insecte. C’est quand même assez surprenant pour moi, qui n’est pas très familier avec la logistique des appareils photo et téléphoniques. Si la réponse est non, je réfère ces individus à des collègues de l’ACIA et l’ACIA va faire un suivi, soit aller visiter, soit aller collecter un insecte, soit demander s’ils peuvent obtenir une photo, ce que j’ai déjà fait. Et prendre des actions en fonction de la réponse qu’ils ont. Si la réponse est oui par contre à ma demande de photo et qu’il s’agit d’une vue dorsale, je peux souvent régler cette question en quelques secondes. Le longicorne asiatique est très distinctif des espèces indigènes. S’il s’agit du longicorne noir, une espèce très commune au Canada qui ressemble également énormément au longicorne asiatique mais qui se distingue par la présence d’une tache. On se rappelle que le longicorne a une vingtaine de taches, mais elles ne sont pas circonscrites, ne sont pas rondes, elles sont des taches, comme de la peinture lancée sur un insecte. Donc, il y a une tache blanche sur le longicorne noir qui n’est pas sur le longicorne asiatique. Donc, ça permet d’identifier presque immédiatement la majorité des spécimens qu’on reçoit. Et on leur demande où ils ont trouvé le spécimen. Dans la majorité des cas, on nous dit qu’il s’agit d’épinettes, de pins ou de sapins. On voit tout de suite que le longicorne asiatique, lui, préfère les peupliers, les saules et les bouleaux, donc il préfère les feuillus.  Ça permet également de distinguer. Finalement, il est important de noter c’est que le public continue de jouer un rôle très important dans la détection des espèces invasives. Il est important de mentionner que la majorité des découvertes des populations du longicorne asiatique dans le monde, au Canada inclus, a été effectuée par des citoyens avertis et curieux.

Joël Houle

Alors, Jean, félicitations à toi et à ton équipe pour avoir réussi à éliminer la peste dans la région de Toronto. Merci aussi d’avoir pris le temps de venir jaser avec nous aujourd’hui.

Joël Houle

Pour en savoir plus sur le longicorne asiatique ou sur les autres espèces envahissantes qui peuvent causer du dommage à nos arbres, consultez les liens figurant dans la description de cet épisode. Si vous avez aimé cet épisode, abonnez-vous à notre chaîne. Vous pouvez aussi nous envoyer des commentaires ou partager l’épisode sur les médias sociaux. La science simplifiée a aussi un site Web et une chaîne YouTube que je vous recommande fortement de visiter! Nous avons des articles et des vidéos intéressants sur le travail scientifique exceptionnel qui se fait ici à Ressources naturelles Canada. Les liens se trouvent aussi dans la description de notre épisode. Merci de votre écoute! Ne ratez pas notre prochain épisode.

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