Pratiques de récolte en forêt boréale

Transcription

Doug Pitt : Mon nom est Doug Pitt, et je suis chercheur au Centre canadien sur la fibre de bois du Service canadien des forêts. Mon principal domaine de recherche est la sylviculture.

Les pratiques de récolte dans la forêt boréale ont bien changé au fil des ans. À l'origine, l'objectif principal de l'aménagement forestier était la production de bois. Depuis les dernières décennies, nous tenons de plus en plus compte d’autres types d’objectifs dans l'aménagement de la forêt, par exemple des objectifs sociaux comme les loisirs, l'esthétique et dans certains cas, les valeurs spirituelles, ainsi que des objectifs environnementaux, notamment le maintien de l'habitat des espèces sauvages et des sources de nourriture, ainsi que la conservation de l'eau.

Dans la forêt boréale, la méthode de récolte la plus fréquemment utilisée est la coupe totale.la plus fréquemment utilisée est la coupe totale. Il importe de comprendre pourquoi nous pratiquons la coupe à blanc dans la forêt boréale. L'un des principaux objectifs de nos pratiques sylvicoles est de reproduire les perturbations naturelles. Dans la forêt boréale, les facteurs comme le vent, les incendies, les infestations d’insectes et les maladies jouent un rôle très important dans le renouvellement de la forêt.

Tous ces facteurs contribuent à la création d’éclaircies dans la forêt, qui permettent au soleil d’atteindre le sol forestier. Au fil de l’évolution, des espèces comme le pin gris, l'épinette noire et le tremble en sont venues à croître et à se renouveler de manière optimale en plein soleil. Ainsi, toute méthode qui vise à pratiquer des éclaircies dans la forêt pour reproduire certaines perturbations naturelles fait partie du système de coupe à blanc.

Nous avons donc observé une transition avec le temps : des grandes coupes à blanc aux formes relativement géométriques à des coupes à blanc qui maintiennent des débris ligneux destinés à fournir un habitat aux espèces sauvages et à conserver la biodiversité. On peut observer ces débris dispersés également dans l'ensemble des aires de coupe ou regroupés dans des petits îlots de zones intactes de forêt qui servent à maintenir la diversité et à fournir un habitat aux espèces sauvages.

Il faut comprendre que notre forêt boréale est constituée de peuplements d’âges relativement semblables. Cela signifie que les arbres des peuplements ont tous le même âge. Il en est ainsi car ces espèces sont intolérantes à l'ombre. Ainsi, l'avantage écologique d’une coupe à blancest de créer l'environnement requis pour permettre la régénération et la croissance d’un peuplement équienne. Avant la colonisation, notre forêt boréale comprenait une mosaïque de ces peuplements relativement purs d’épinettes, de pins gris ou de trembles.

Même si nous nous efforçons de reproduire les perturbations naturelles par nos pratiques sylvicoles, cette imitation n’est pas toujours parfaite. Par exemple, les systèmes routiers que nous utilisons pour avoir accès à nos aires de récolte ne ressemblent à rien à ce qui existe dans la nature. Les feux, par exemple, font preuve de beaucoup moins de discrimination que nous ne le faisons. Nous nous efforçons donc d’atténuer ces différences par le biais de certaines de nos techniques sylvicoles et d’aménagement.

Lorsqu’une forêt est aménagée de façon durable, seulement le résultat de la croissance de la forêt est récolté. C’est un peu comme un compte bancaire dans lequel nous avons du capital et de l'intérêt. Aussi longtemps que nous prélevons seulement l'intérêt de ce compte, nous pouvons maintenir le capital. Une forêt fonctionne exactement de la même façon. Nous avons du matériel sur pied. L’accroissement de cette forêt constitue ce que nous devrions récolter. Si nous prélevons plus que cette partie, nous n’assurons pas la pérennité de cette forêt, nous ne maintenons pas le capital de ce compte bancaire.

La recherche scientifique a exercé une énorme influence sur notre compréhension des fonctions écologiques. Et aujourd’hui, cela est réellement pris en compte dans le fondement de nos pratiques opérationnelles. Nous avons pu observer que de nombreuses connaissances scientifiques nous aident à comprendre les résultats des pratiques de coupes partielles, de l'aménagement de la forêt mixte, ainsi que de la gestion de la végétation, des ravageurs et des incendies. Et tout ce savoir contribue à notre capacité d’aménager la forêt boréale de façon durable et de maintenir l’approbation sociale d’exploitation des terres publiques, qui représentent plus de 90 % des terres où nous réalisons nos activités dans la forêt boréale au Canada.