Perturbations naturelles dans la forêt boréale

Transcription

Marty Alexander : Mon nom est Marty Alexander. Je suis spécialiste principal de recherche sur le comportement des incendies au Service canadien des forêts, et je mène des recherches sur la forêt boréale depuis 33 ans.

Jan Volney : Mon nom est Jan Volney. Je suis chercheur scientifique au Service canadien des forêts, à Ressources naturelles Canada. Et je suis très fier de cela.

Je possède une formation en entomologie et en foresterie, mais j’ai adopté une vision plus globale des choses, et je considère la pérennité et l'intégrité de la forêt boréale dans mes recherches.

Marty Alexander : Le feu joue des rôles multiples dans la forêt boréale. Premièrement, il a des incidences sur la végétation forestière, tant sur sa structure que sur sa composition. Et cela exerce une influence sur l'habitat et les populations d’espèces sauvages, de même que sur les populations d’insectes et d’agents pathogènes forestiers.

Jan Volney : La forêt boréale est une forêt qui évolue avec les perturbations, et ainsi, la question des perturbations joue un rôle extrêmement important dans le renouvellement. Ainsi, certains insectes sont responsables de dommages, ils tuent les arbres. Ce qui est très normal. Cependant, cela permet à d’autres arbres de croître et de prospérer dans la forêt boréale. Et ainsi, ce processus continu de renouvellement et de mort est une caractéristique de ces perturbations si fréquentes dans la forêt boréale. Elles contribuent à la structure de la forêt. Et cette diversité elle-même est à la base de la biodiversité.

Marty Alexander : Le feu est bon pour la forêt boréale, il rajeunit la forêt. Il fait partie des processus naturels.

Le pin gris et le pin tordu latifolié en sont probablement les exemples les plus classiques. Leurs graines sont emprisonnées à l’intérieur des cônes et peuvent seulement être libérées lorsque ces cônes sont exposés aux flammes et à la chaleur intense des feux de forêt. Et la libération de ces graines permet la naissance d’une nouvelle forêt.

L’orignal constitue un bon exemple de la façon dont un animal tire profit de l'interaction entre le feu et la faune. Cet animal dépend des jeunes forêts de trembles pour sa subsistance; il ne peut se nourrir des trembles âgés, car ceux-ci ne sont pas une source de nourriture accessible. Ainsi, lorsqu’un incendie se propage dans une forêt de trembles, il amorce un processus qui favorise la croissance de jeunes pousses, qui deviennent des sources de nourriture accessibles à l'orignal.

Jan Volney : C’est un mythe de dire que la forêt boréale est une cathédrale, qu’elle ne change pas. En fait, c’est une communauté vivante constituée d’organismes vivants, de plusieurs espèces qui évoluent constamment. Pour que les organismes vivants y prospèrent, il doit y avoir un mouvement de nutriments et d’insectes dans ce processus. Et les perturbations font partie intégrante de la forêt boréale. Bon nombre de ces peuplements sont si jeunes qu’ils ne dépasseront jamais un certain âge, une centaine d’années. Certaines espèces vivent très longtemps. Ce que nous voulons obtenir, c’est le maintien d’un équilibre. Mais l'idée que ces peuplements demeureront dans le même état pour toujours est un mythe. Ce n’est pas comme cela que ça se passe.

Vous découvrirez que les insectes représentent le facteur le plus important, et de loin, dans la perte de volume dans la forêt. D’accord, le dendroctone du pin ponderosa est un exemple stupéfiant de cette situation. En fait, les incendies de forêt et les insectes sont davantage responsables de la perte de bois que ne l’est la récolte. Et cela est particulièrement vrai dans la forêt boréale.

Marty Alexander : Ce qui m’a motivé à mener des recherches dans la forêt boréale est ma passion de toujours pour le comportement des incendies. De plus, je tiens à ce que l'information soit transmise non seulement aux organismes de gestion des incendies, mais également au public, afin que nous puissions coexister efficacement avec les feux de forêt, plutôt que de tenter de les combattre continuellement.

Jan Volney : C’est d’abord mon enthousiasme pour les insectes et les forêts qui continue d’entretenir ma passion pour mon travail. La deuxième chose, c’est que les gens tirent beaucoup d’avantages de la forêt. D’accord, il ne s’agit pas ici seulement de bois ou de produits du bois, mais je pense que si vous vous intéressez à l’art au Canada, vous savez que les peintres du Groupe des Sept ont peint les forêts. Ce que je veux dire c'est que les forêts font partie de l'âme de ce pays. Et, comme immigrant, je trouve cela fascinant. Je ne peux m’imaginer exercer une meilleure profession que la mienne.