Le dendroctone du pin ponderosa et les incendies dans nos forêts

Transcription

Narrateur : Chaque été depuis quelques années, un grand nombre d’incendies forestiers détruit hectares sur hectares de forêts, en plus de menacer les collectivités qui y vivent.

Judi Beck : On répertorie en moyenne 2 000 incendies forestiers en Colombie-Britannique chaque année.

Mais ce nombre peut varier considérablement d’une année à l’autre. Nous avons connu des années avec moins de 1 000 feux et certaines avec jusqu’à 4 500 feux. Environ 50 % de ces feux sont causés par les humains, tandis que les autres 50 % sont causés par la foudre.

Narrateur : Non seulement les humains ont-ils causé des incendies forestiers, mais ils ont en fait contribué à les accroître en continuant de promouvoir leur prévention. Si cette affirmation vous semble étrange, restez à l’écoute pour comprendre comment les feux de forêt et les stratégies d’aménagement telles le brûlage dirigé aident les écosystèmes forestiers à atteindre l’état d’équilibre et la santé.

Bill Fisher : Nous avons appris depuis 100 ans, que ce soit avec Parcs Canada ou des services forestiers provinciaux, que nous avions passé les 80 premières années à éteindre systématiquement les feux de forêt. Il fallait combattre les feux de forêt chaque fois qu’ils apparaissaient dans le paysage. C’est grâce à des recherches récentes que nous avons appris à quel point les feux étaient importants pour renouveler la forêt.

Narrateur : Bien que le feu soit un moyen qu’emploie la nature pour éclaircir la forêt et favoriser la diversité biologique, ses impacts économiques et socio-culturels sont dévastateurs. La perte de billots de grande valeur affecte non seulement l’industrie forestière, mais affecte aussi le tourisme, le marché du bois et les emplois. En raison du succès remporté par la suppression des feux, les arbres dans les forêts se sont multipliés, remplissant les espaces libres et envahissant les prairies. Des espèces, comme le pin tordu latifolié, qui se fie aux feux pour éviter que la forêt devienne trop dense, sont devenues de plus en plus abondantes dans l’Ouest canadien. À mesure que les pins vieillissent, ils deviennent sénescents et plus susceptibles à la sécheresse, aux maladies et aux insectes. Un insecte en particulier est en train de causer des ravages dans les forêts de l’Ouest canadien, le dendroctone du pin ponderosa. Ce dendroctone natif des forêts de pins de la taille d’un grain de riz est en train d’aider à renouveler les forêts en s’attaquant à celles qui sont âgées. La population de cet insecte a explosé en raison du réchauffement climatique, du faible état de santé des forêts et de la suppression des feux.

Bob Clark : Nos meilleurs chercheurs scientifiques, du fédéral et du provincial, nous affirment qu’il se peut que d’ici 2014, nous perdions 80 % des forêts de pins matures en Colombie-Britannique.

Allan Carroll : Comment un si petit insecte peut tuer des arbres si gros? Pourtant, cette essence d’arbre est capable de produire suffisamment de résine toxique quand il est attaqué par ce genre d’insectes. C’est que … le dendroctone traîne avec lui des spores de champignons qui causent le bleuissement du bois; quand l’insecte creuse son petit trou dans l’écorce de l’arbre, il l’inocule de spores qui germent et se mettent à pousser très rapidement, ce qui arrête la production de résine par l’arbre. Voilà comment le dendroctone du pin bouche l’un des systèmes vasculaires les plus importants de l’arbre.

Narrateur : Pour ajouter à ce problème, l’épidémie de dendroctone du pin a une autre conséquence. Les arbres ainsi tués deviennent une immense réserve de combustibles prête à flamber. Ajoutez-y les changements climatiques et les étés chauds et secs, et vous obtenez la recette pour déclencher des incendies forestiers. Malheureusement, nous ne pouvons pas simplement laisser aller la nature brûler sans agir parce que les feux posent des risques inacceptables à la sécurité publique. Tout le monde — les gouvernements, les organismes non-gouvernementaux, l’industrie et le public — doit être ouvert à de nouveaux moyens pour restaurer la santé aux forêts. Des stratégies, comme laisser les feux brûler, procéder à des travaux d’éclaircie, planter de nouvelles espèces et, dans de nombreux cas, combattre le feu par le brûlage dirigé, sont en train d’être mises en œuvre.

Cliff White : Un brûlage dirigé bien conduit n’est probablement pas très différent de ce qu’il se passe depuis des milliers d’années. Mais cette fois-ci ce sont des gens qui décident du moment et du lieu où allumer le feu; ils ont des objectifs à atteindre avec ce feu provoqué. Je crois que c’est l’une des choses avec laquelle on peut acquérir pas mal de talent.

Narrateur : Le brûlage dirigé permet d’obtenir de plus belles forêts en créant une mosaïque naturelle, et de meilleurs habitats pour la faune sauvage et les animaux domestiques. Il réduit l’intensité des feux subséquents en formant des coupe-feux naturels et en réduisant l’accumulation de combustibles forestiers. Le brûlage dirigé favorise la diversité bilogique indigène en stimulant les plantes qui dépendent du feu pour se reproduire. Le brûlage dirigé fait partie d’un plan sensé d’aménagement et de restauration des écosystèmes.