La collaboration dans le dossier complexe du caribou des bois

Tandis que les gouvernements provinciaux et territoriaux apportent la touche finale à leurs plans concernant le caribou des bois, des groupes de Canadiens de tous les horizons contribuent à la gestion de l’espèce par des recherches et des efforts de conservation.

Caribou dans la neige.
Le caribou des bois comprend le caribou boréal ainsi que le caribou des montagnes du Sud.

Le timide caribou des bois habite de nombreuses régions du pays. Cette espèce comprend deux groupes, soit le caribou boréal, qui habite la forêt boréale du Yukon jusqu’à Terre-Neuve-et-Labrador, et jusqu’au lac Supérieur vers le sud, et le caribou des montagnes du sud, qui habite les régions montagneuses de la Colombie-Britannique et de l’Alberta. Les troupeaux de caribous ont besoin d’un vaste habitat afin de réduire le risque de prédation. Les pertes nombreuses d’habitat des caribous attribuables à l’homme ou à la nature, de même que la dégradation et la fragmentation de leur population ont contribué à réduire certains troupeaux au point où leur population ne comporte plus assez d’individus pour maintenir leur viabilité sans intervention de gestion. Par conséquent, certains types de caribous sont maintenant catégorisés comme étant en voie de disparition ou menacés en vertu de la Loi sur les espèces en péril du gouvernement fédéral. Des groupes de Canadiens de partout au pays unissent leurs forces dans le cadre de collaborations intersectorielles stratégiques afin de s’attaquer à ces questions complexes de gestion du caribou des bois et de protection de ses populations.

Prendre appui sur les recherches antérieures

La technologie peut jouer un rôle important dans la compréhension des habitudes de déplacement des populations de caribou. Le chercheur Craig Demars, de l’Université de l’Alberta, a fait appel à des données géospatiales afin de mettre au point une méthode novatrice de détection de la mise bas des femelles de caribou des bois et de détermination du taux de survie des petits, le tout en misant sur l’étude de leur déplacement. Pendant qu’il travaillait à suivre quatre troupeaux dans le nord-est de la Colombie-Britannique, il a capturé des femelles au printemps pour leur poser un collier GPS et de vérifier par la même occasion lesquelles étaient enceintes.

Caribou tranquillisé étant muni d’un collier GPS par des techniciens.
Caribou tranquillisé étant muni d’un collier GPS par des techniciens.

M. Demars a ensuite survolé le territoire en hélicoptère durant l’été afin de confirmer si ces femelles avaient mis bas et si des petits avaient survécu. L’étude sur le terrain a confirmé les données obtenues par GPS : lorsqu’une femelle adulte cesse soudainement de se déplacer pour reprendre progressivement son rythme normal, elle a mis bas et le petit a survécu. Si elle cesse de se déplacer et retrouve rapidement son rythme normal, il est probable que le petit soit mort.

Plus récemment, Barry Nobert et une équipe de chercheurs du Foothills Research Institute ont modifié la méthode de Craig Demars afin d’étudier deux troupeaux dans le centre-ouest de l’Alberta. Des partenaires du gouvernement de l’Alberta et de l’entreprise forestière Weyerhaeuser avaient précédemment posé 81 colliers GPS à des caribous femelles dans les Rocheuses et M. Nobert disposait de 16 ans de données géospatiales à analyser. En prenant appui sur la recherche de M. Demars, l’équipe de M. Nobert a été capable non seulement de déterminer les taux de reproduction des troupeaux et de survie des petits, mais aussi d’isoler les habitats que les mères choisissaient pour mettre bas. Les entreprises forestières comme Weyerhaeuser peuvent maintenant tenir compte de cette information dans la détermination et la gestion des blocs de coupe dans le but de minimiser les effets de l’exploitation forestière sur les troupeaux de caribou.

Prendre l’initiative

La société Revelstoke Caribou Rearing in the Wild (RCRW), de Revelstoke, en Colombie-Britannique, s’est elle aussi appuyée sur des réussites passées. Ce partenariat de communautés, qui réunit entre autres la bande indienne de Splatsin, l’organisme sans but lucratif Alberta Biodiversity Monitoring Institute et le club local de motoneigistes, s’est penché sur les autres programmes d’enclos de maternité en cours dans l’Ouest canadien et a décidé d’appliquer les mêmes principes à son troupeau local de Columbia North.

Les programmes d’enclos de maternité capturent et protègent les femelles caribous enceintes jusqu’à ce que la mère et le petit puissent être relâchés dans la nature. Cela donne au nouveau-né le temps qu’il lui faut pour grossir et gagner en force pour ainsi, on le souhaite, être moins susceptible d’être ciblé par un prédateur. Après avoir relâché les mères et les petits, l’équipe du programme RCRW les surveille au moyen d’un collier GPS afin de suivre leur survie jusqu’au mois de mars, quand les petits ont atteint l’âge de 10 mois et qu’ils sont considérés comme intégrés à la population locale.

Le programme d’enclos de maternité RCRW a vu le jour en 2014. Après près de quatre ans, Kelsey Furk, technicienne de la faune de RCRW, affirme que « le troupeau est maintenant stable et l’est depuis 2013, ce qui contraste avec d’autres troupeaux de la région qui continuent de dépérir ».

Mère et veau dans un enclos.
Les programmes de maintien en enclos de caribou femelles gestantes protègent les mères et les veaux en les gardant dans une zone protégée.

La voie de la collaboration

Les Canadiens du domaine universitaire, des communautés autochtones, des sociétés de consultation, du gouvernement et de l’industrie ont chacun un rôle important à jouer dans la compréhension de la réalité complexe de la gestion des caribous. C’est en partageant le savoir et en réalisant des projets collaboratifs que les différents paliers de gouvernement, du municipal au fédéral, obtiennent le fondement scientifique qui oriente leurs politiques et leurs décisions.

Références photographiques
  • Photo de caribou étant muni d'une étiquette et d’un collier émetteur, gracieuseté de Kevin Bollefer.