La forêt est aussi une salle de classe

Des enfants portent une branche ensemble.

Tant chez les tout petits que chez les adolescents, les programmes d’apprentissage en forêt gagnent en popularité partout au pays.

Les écoles en forêt ont vu le jour en Suède et au Danemark dans les années 1950. En misant sur la nature à titre de salle de classe, on encourage les jeunes à jouer dans un contexte non structuré pour aiguiser leur curiosité, leur capacité de travail en équipe et leurs compétences en résolution de problèmes. Les tenants des écoles en forêt, aussi appelées écoles en nature, avancent que les jeunes qui y participent montrent qu’ils ont plus confiance en eux, qu’ils sont plus concentrés et plus motivés, toutes des aptitudes qui favorisent la réussite scolaire. Par l’intégration de l’apprentissage en forêt de la prématernelle à l’école secondaire, de nombreux étudiants partout au Canada apprennent à juger de la complexité et de l’importance de nos forêts.

Les avantages de l’apprentissage précoce par l’application d’une approche intégrée

Au Québec, l’École en forêt de Chelsea offre aux élèves des méthodes d’apprentissage en plein air axées sur le jeu et menées par les enfants, et ce, toute l’année et peu importe la météo. Les enfants, âgés de trois à dix ans, participent à diverses activités comme de construire et de mettre à l’eau des bateaux faits de bâtons de bois, de chercher des pistes d’animaux et de mesurer la circonférence des troncs d’arbres avec des cordes. Ces activités visent à promouvoir une saine gérance de l’environnement, de même qu’à stimuler la pensée critique des enfants ainsi qu’à développer leurs capacités de diriger et de gérer le risque, capacités qui, dans une salle de classe, se reflètent dans la confiance en soi et la curiosité. « Je crois fermement aux bienfaits de l’École en forêt sur l’épanouissement de mon fils », affirme Sherida McKean, mère d’un élève de six ans. « Je crois que le temps qu’il passe à apprendre en forêt joue un rôle essentiel dans sa santé physique et émotionnelle. Ces moments lui procurent le fondement dont il a besoin pour réussir en classe. »

Cette approche globale d’apprentissage précoce est aussi mise en application à l’Alpenglow School à Canmore, en Alberta. L’Alpenglow School infuse au programme provincial les principes pédagogiques de Waldorf, qui misent sur le développement intégré de l’enfant par son épanouissement intellectuel, pratique et artistique, dans ce cas-ci, de la maternelle à la sixième année du primaire. Ronna Schneberger est la fondatrice et la directrice de l’Alpenglow School. Elle explique qu’en encourageant les enfants à s’enthousiasmer devant la nature et à apprendre par des activités concrètes en plein air, ils « apprennent à résoudre des problèmes et renforcent leurs habiletés sociales », ce qui complète les matières traditionnelles enseignées dans les écoles publiques tout en mettant l’accent sur la protection de la nature et l’exploitation responsable des ressources naturelles.

Une expérience gratifiante pour les jeunes, les enseignants et les bénévoles

Des enfants examinent des branches, des feuilles et de la mousse.
Les écoles en forêt permettent d’éveiller la curiosité des enfants au milieu naturel, et mettent l’accent sur le savoir-être, tel que savoir travailler en équipe.

Les jeunes enfants ne sont pas les seuls à récolter les fruits de l’intégration de l’apprentissage en forêt au programme scolaire traditionnel. L’organisme sans but lucratif Forests Ontario met en contact des bénévoles avec des écoles et des communautés locales dans le cadre de son programme Forestry in the Classroom (la foresterie dans la salle de classe), de façon à ce que les élèves puissent apprendre en quoi consiste une carrière dans le domaine de la foresterie. Au printemps 2018, plus de 13 000 élèves avaient participé au programme Forestry in the Classroom. Craig Robinson, directeur de la société ArborData Consulting à Waterloo, en Ontario, fait régulièrement du bénévolat auprès de Forestry in the Classroom. Il affirme que le programme aide les élèves à « comprendre les liens qui existent entre l’environnement, le climat, les forêts, les arbres, la faune et les produits forestiers », ce qui les aide à consolider la notion d’exploitation durable des ressources. M. Robinson ajoute qu’il considère que le bénévolat auprès des jeunes est un aspect valorisant de sa carrière.

De l’autre côté du pays, à Lumby, en Colombie-Britannique, Martin Tooms est tout aussi passionné par son travail auprès des jeunes. En tant que coordonnateur du programme de foresterie de la Charles Bloom Secondary School, il supervise l’acquisition par les élèves de compétences pratiques comme la charpenterie, la soudure, l’abattage d’arbres et l’aménagement forestier dans le terrain boisé de l’école. Le programme de foresterie de l’école permet à des élèves de 11e et de 12e année d’obtenir jusqu’à 28 crédits de leur diplôme d’études secondaires tout en développant leur éthique de travail, leur esprit d’initiative, leur fiabilité, leur capacité à travailler en équipe et à résoudre des problèmes, leur sens du respect, leur confiance et leur caractère. « Ces compétences leur seront précieuses dans leur métier futur, peu importe le domaine qu’ils choisiront », avance M. Tooms.

Un enfant cueille une pomme de pin.
Dans les écoles en forêt, les enfants se servent des objets qu’ils trouvent en forêt – tels que des cônes d’épinette ou des cailloux – pour apprendre les habiletés de base, telles que savoir compter.

Comme le programme de foresterie de la Charles Bloom Secondary School, le programme Alberta Junior Forest Rangers (jeunes gardes forestiers albertains) met l’accent sur le travail en équipe et le leadership, en plus d’inclure une part importante de connaissances traditionnelles en écologie. Les jeunes gardes forestiers échangent avec les aînés et les dirigeants des collectivités pour en apprendre davantage sur les pratiques traditionnelles, l’histoire et les façons dont le territoire est exploité, ainsi que pour apprendre à valoriser ce savoir dans le cadre de la gestion des ressources naturelles. Joda Snyder, un participant au programme en 2017, explique que son équipe et lui se sont rendus dans la réserve Kainai et ont passé trois jours à en apprendre davantage sur la culture autochtone traditionnelle avec un aîné de la Tribu des Blood. Joda qualifie d’inoubliable cette expérience, qui comprend généralement la cueillette de plantes médicinales traditionnelles ainsi que des cérémonies et des protocoles traditionnels.

Comprendre l’importance des forêts

Les forêts canadiennes fournissent aux enfants et aux jeunes une occasion unique d’apprentissage. Que ce soit en comptant les fougères, en en apprenant davantage sur l’histoire autochtone ou en apprenant à utiliser une scie à chaîne, les jeunes apprennent à reconnaître l’importance et la valeur d’une des plus grandes ressources du Canada et à l’apprécier.