Des exemples de partenariats fructueux de l’industrie forestière avec des Autochtones : le peuple de l’écume de mer

Le long de la côte sud-ouest de l’île de Vancouver, en Colombie-Britannique (C.-B.), se trouve le territoire traditionnel de la Première Nation de Pacheedaht, qui compte 287 membres, dont environ le tiers vit dans les limites de ce territoire. En raison des faibles perspectives d’emploi sur leur territoire traditionnel, la majorité des membres de cette nation ont dû chercher du travail hors de celui-ci. Les forêts de ce territoire de 163 000 hectares renferment des sapins, des pruches, des thuyas géants (ou cèdres rouges), des cyprès de Nootka et d’autres essences que les Pacheedaht mettent en valeur et utilisent depuis des milliers d’années.

En Colombie-Britannique, environ 95 % du bois d’œuvre appartient à l’État. Le gouvernement de la C.-B. accorde le droit de récolter du bois sur des terres de la Couronne par l’entremise des tenures forestières. Une concession de ferme forestière est une tenure forestière visant une zone donnée qui accorde des droits pratiquement exclusifs de récolter le bois d’œuvre, de même que de gérer et de préserver les forêts et les ressources récréatives et patrimoniales culturelles sur une parcelle de terrain donnée.

Il y a à peine dix ans, le territoire forestier était entièrement assigné à des tiers par l’intermédiaire du mode des tenures forestières et de licences. Les Pacheedaht ne détenaient aucun de ces droits. Depuis, la Nation a décidé d’aller de l’avant de façon proactive. Malgré sa petite population, la Nation Pacheedaht est passée d’une communauté qui ne détenait aucun droit de coupe sur son territoire à sa situation actuelle, où elle gère ou cogère des zones forestières dont la production annuelle équivaut à 140 000 mètres cubes de bois, en plus d’exploiter une scierie et de planifier des projets de foresterie.

Préparer l’avenir

Les Pacheedaht s’inquiétaient beaucoup de leur approvisionnement à long terme en cèdre et de leur accès à cette essence dans la perspective d’en faire un usage culturel. En 2005, ils ont lancé la Stratégie Pacheedaht de conservation du cèdre, par laquelle ils déterminent le volume et la taille des cèdres dont la Nation a besoin pour faire renaître et soutenir ses pratiques culturelles, qui requièrent un approvisionnement en cèdres anciens de grande taille. Plutôt que de se limiter à ses besoins présents, la Nation a décidé d’adopter une perspective à long terme — plus précisément, une perspective de 400 ans. Il s’agit de la période nécessaire pour qu’un cèdre rouge (thuya géant) atteigne une taille suffisante pour être utilisé dans la fabrication de certains objets culturels (comme de grands canots de mer et des totems). Elle a donc été considérée dans l’élaboration d’une stratégie concernant ces arbres longévifs. Le gouvernement provincial et tous les principaux détenteurs de permis d’exploitation forestière ont pris acte de cette stratégie et participent à sa mise en œuvre. Jusqu’à présent, les Pacheedaht ont trouvé environ 60 % des cèdres nécessaires aux besoins culturels qu’ils énoncent dans leur stratégie. En 2010, les Pacheedaht ont reçu le permis associé au lot forestier 1957, situé à proximité de la communauté. Même si le volume de coupe permis par année n’est que de 1 500 mètres cubes, cette autorisation permet néanmoins à la Première Nation de gérer une tenure dans son intérêt et d’en tirer certains avantages économiques.

Un grand thuya modifié pour des raisons culturelles.
Voici un arbre modifié pour des raisons culturelles (AMRC) et protégé de la récolte. Les Pacheedaht considèrent que leur histoire est conservée dans les AMRC. Ils préservent de petites superficies de grands cèdres, comme celui-ci, à des fins éventuelles d’usage culturel. Les Pacheedaht étudient sur place toute proposition de récolte dans une zone donnée.

Faire équipe avec l’industrie

Une jeune femme prélève l’écorce d’un thuya.
Mariyah Dunn-Jones prélève des bandes d’écorce sur un cèdre sur le territoire traditionnel des Pacheedaht. Une fois tissées, les bandes servent à créer des objets-cadeaux et pour le troc.

La réussite suivante des Pacheedaht s’est concrétisée lorsque la Nation a conclu en 2010 un partenariat d’achat à parts égales avec l’entreprise familiale Andersen Timber Ltd de la concession de ferme forestière (CFF) 25 localisée le long de la rivière Jordan. La Nation Pacheedaht et Andersen Timber ont créé deux sociétés détenues en copropriété : une qui détient la CFF et l’autre qui la gère. Maintenant appelée CFF 61, la tenure couvre 20 240  hectares du territoire traditionnel Pacheedaht et fournit une source de revenus importante à la Nation. Non seulement les Pacheedaht tirent un revenu de la copropriété du CFF 61, mais ils sont maintenant dans une situation qui leur permet d’avoir davantage d’influence sur la façon dont leur territoire est géré.

Les Pacheedaht disposent maintenant d’une seconde source de revenus provenant des forêts de leur territoire grâce à la signature en 2017 de la Forest Consultation and Revenue Sharing Agreement (FCRSA), une entente établie entre la Nation et le gouvernement de la C.-B. En vertu de cette entente, les Pacheedaht ont obtenu un permis d’exploitation forestière renouvelable d’une durée de 20 ans les autorisant à pouvoir couper annuellement 7 300 mètres cubes de bois. La Nation reçoit un pourcentage des revenus tirés des droits de coupe de tous les détenteurs de tenure forestière ayant une exploitation sur le territoire traditionnel Pacheedaht. De plus, les Pacheedaht sont en voie de terminer sous peu le processus de demande d’une licence d’exploitation forestière qui octroierait les droits de gestion et un volume annuel de coupe d’environ 30 000 mètres cubes à une société détenue en copropriété par la Nation Pacheedaht et la coopérative Cowichan Lake Community Forest Co-op. L’organisme gouvernemental Timber Sales de la C.-B. participe également à ce projet.

Ces sources de revenus forestiers et les responsabilités de gestion du territoire permettent et continueront de permettre aux Pacheedaht de réaliser leur vision, qui consiste à créer des emplois forestiers valorisants pour ses membres sur ses propres terres. Chacun des partenariats comporte un volet qui vise à favoriser la scolarité en offrant des bourses à des étudiants potentiels.

Posséder et exploiter des installations forestières

Des ouvriers dans une scierie.
Employés de la scierie à la réserve de la Première Nation des Pacheedaht à Port Renfrew, en Colombie-Britannique. L’usine produit de petites quantités de produits de spécialité en cèdre, provenant d’arbres récoltés sur le territoire ancestral des Pacheedaht.

À ce jour, les Pacheedaht possèdent et exploitent deux installations de foresterie, et ils ont l’intention d’en acquérir une troisième. Dans un premier temps, il y a sur le territoire même de la CFF 61 une installation qui trie les billes par taille, les divise, puis les expédie directement. Des douze employés de l’équipe de triage, deux sont des membres de la bande Pacheedaht. Dans un deuxième temps, les Pacheedaht ont construit en 2017 une scierie sur des terres ancestrales dans la collectivité de Port Renfrew pour traiter les billes de cèdre. La petite scierie emploie huit personnes, dont six sont Pacheedaht. Comme l’indique Tom Jones, responsable du programme forestier, l’installation « traite un petit volume (10 000 mètres cubes) de billots de haute qualité qui sont utilisés dans la production de produits de spécialité en cèdre de valeur élevée ». Enfin, à tout le moins pour l’instant, les Pacheedaht prévoient ouvrir une installation de déchiquetage d’ici les deux prochaines années. Celle-ci devrait créer davantage d’emplois.

En plus des emplois directs résultant de la mise en œuvre des initiatives de foresterie des Pacheedaht, un éventail d’autres emplois découlent de cette activité en croissance. Dans les endroits où sont menées les opérations forestières, il existe de la demande en planification et en configuration des blocs de coupe ainsi qu’en services d’inventaire forestier, en gestion de bloc de coupe et en plantation d’arbres, entre autres. L’un des obstacles auxquels la Nation fait face est de ne pas avoir suffisamment de ses membres qui vivent sur le territoire et qui sont formés pour pourvoir aux postes disponibles et aider à mettre en valeur ses ressources. Tom Jones a bon espoir que davantage de Pacheedaht voudront retourner vivre sur le territoire à mesure que les activités forestières et d’autres entreprises prendront de l’ampleur, et que la Nation prospérera.

« Pendant longtemps, les Pacheedaht ont été privés des retombées financières de l’exploitation des ressources issues de notre territoire ancestral, qui étaient toutes conférées aux sociétés et au gouvernement de la C.-B. », rappelle le chef Jeff Jones. « Nous sommes satisfaits des mesures que la province a prises pour remédier en partie à cette situation, comme du progrès qui a été accompli à ce jour dans l’acquisition de nos droits de tenure forestière sur notre territoire. Cela permettra, encore une fois à notre peuple, de retrouver son autonomie et son bien-être ».

Sources

Province de la Colombie-Britannique. Forest Tenures. En ligne :. https://www2.gov.bc.ca/gov/content/industry/forestry/forest-tenures (en anglais seulement). Consulté le 23 février 2018.

Références photographiques :
  • Photo d’un arbre modifié pour des raisons culturelles, par Michael Charlie, gracieuseté de la nation Pacheedaht.
  • Photo de Mariyah Dunn-Jones prélevant l’écorce d’un arbre, gracieuseté de Helen Jones.
  • Photo d’ouvriers dans une scierie, gracieuseté de la nation Pacheedaht.