Faites la connaissance de leaders canadiens en matière de bioéconomie forestière

Qu’est-ce que la bioéconomie?

En bioéconomie, l’usage de biomasse de source renouvelable et durable, telle que des arbres, des produits agricoles et des résidus organiques résultant de la récolte ou de la transformation du bois d’œuvre, permet d’offrir à la société une plus grande gamme de produits de consommation et industriels. Les projets de nouveaux produits peuvent comprendre des additifs alimentaires, des textiles, des matériaux de construction, des pièces automobiles, des bioplastiques, des produits biochimiques et du carburant pour les véhicules et les avions.

La bioéconomie forestière en plein essor offre aux Canadiens de nouvelles possibilités économiques, aidant ainsi le pays à progresser vers ses objectifs de développement durable (particulièrement l’objectif 7 – De l’énergie propre et abordable et l’objectif 15 – La vie sur terre – voir la section sur les indicateurs de durabilité pour obtenir plus de détails sur les objectifs de développement durable). La bioéconomie forestière, en plus de stimuler les revenus, peut générer relativement plus de nouveaux emplois que les autres secteurs qui reposent sur le savoir et les technologies, comme les finances ou l’industrie aérospatiale.

Parmi les chefs de file en bioéconomie, des pionniers de l’entrepreneuriat se sont donné comme mission de trouver des solutions locales à des problèmes mondiaux. Voici trois exemples d’entrepreneurs canadiens qui travaillent à la mise au point de solutions novatrices basées sur l’usage de biocomposés.

Construction en bois massif : des possibilités illimitées

Construction d’un grand bâtiment en bois.
Construction de grande hauteur du bâtiment Origine à 13 étages en bois massif, ville de Québec.

« Le bois est le matériau de construction que je préfère », confie l’architecte vancouvérois Michael Green dans son Ted Talk de 2013 intitulé Why We Should Build Wooden Skyscrapers (« Pourquoi nous devrions construire des gratte-ciel en bois »).

Michael Green promeut depuis longtemps l’accroissement de l’utilisation du bois dans la construction de grands immeubles, un procédé également appelé construction en bois massif. « Je choisis le bois, car c’est le matériau le plus écologique et le plus carboneutre dans la construction de structures et d’immeubles de grande taille », déclare M. Green.

Le bois possède « une capacité remarquable de stockage du carbone », de sorte que si vous l’employez pour bâtir une structure comme un immeuble, vous emmagasinez le carbone pour toute la durée de vie du bâtiment, soutient Green, pour autant, ajoute-t-il, que les pratiques forestières soient durables.

M. Green est le concepteur du Wood Innovation and Design Centre à Prince George, en Colombie-Britannique. Ce centre, avec ses six étages, était la plus haute construction contemporaine en bois en Amérique du Nord lors de son inauguration en 2014. À la suite du travail innovant de M. Green, la construction d’édifices en bois massif a atteint un nouveau sommet en 2017 avec la conception et la construction du Brock Commons Tallwood House de l’Université de la Colombie-Britannique – le plus haut édifice en bois au monde avec ses 18 étages. Les projets actuels de M. Green portent sur la construction d’édifices de 12, de 18 et de 34 étages dans des villes parmi lesquelles figurent New York, Chicago et Paris. Évidemment, ces immeubles sont construits principalement avec du bois.

La construction en bois massif fait appel aux produits de bois d’ingénierie, dont les grands panneaux, ces derniers étant généralement formés par lamellation et compression de plusieurs couches de petits morceaux de bois. Ce processus permet de créer des panneaux en bois d’une grande force, qui respectent les normes de sécurité et de résistance relatives à la construction des hauts bâtiments.

Les bioplastiques : remplacer le plastique traditionnel

Image en couleurs fausses de microbilles de cellulose.
Image fausses couleurs produite avec un micrographe électronique à balayage, qui montre des microbilles de nanocellulose cristalline carboxylée obtenues par l’application du processus breveté d’Anomera Inc.

Les scientifiques et les consommateurs sont de plus en plus préoccupés par l’impact des microbilles de plastique dans l’environnement, utilisées notamment dans les produits de beauté et de soins de la peau. Anomera Inc., dont le siège social est situé à Montréal, a proposé une solution de rechange durable. Fondée par Mark Andrews, Tim Morse, Monika Rak et Nathan Hordy, quatre membres du département de chimie de l’Université McGill, l’entreprise a trouvé une façon de transformer la cellulose de résidus ligneux et de pâte de l’industrie du papier en ingrédients biodégradables, écologiques, et à haut rendement, qui peuvent surclasser les microplastiques. Cette innovation lui ouvre la porte des industries des produits cosmétiques et des soins de la peau, qui représentent plusieurs milliards de dollars.

« Nous avons réussi à utiliser la cellulose produite par l’industrie forestière canadienne pour mettre au point des ingrédients cosmétiques révolutionnaires qui surclassent les microplastiques », déclare M. Andrews, professeur de chimie et directeur de la technologie de l’entreprise. « Nous possédons une réelle solution naturelle de remplacement des ingrédients d’origine minérale, céramique et artificielle ».

Les investisseurs du secteur privé saisissent déjà la vision de l’entreprise et de son potentiel, comme le démontre le financement de démarrage de trois millions de dollars américains que cette dernière a mobilisé au cours des derniers mois. Anomera utilisera ces sommes pour recruter du personnel qualifié et pour accélérer la mise au point de produits, pour accroître sa production et élargir la distribution commerciale de ses ingrédients à l’échelle mondiale.

La forêt urbaine : penser local avant tout

Des ouvriers transforment une dosse avivée.
Les dosses à vive arête de Canadian Salvaged Timber sont d’abord récupérées dans la région de Toronto, coupées à la main puis séchées à l’air. Le gros bois d’œuvre provient de vieilles usines et d’entrepôts de Toronto et de granges de partout en Ontario.

Lorsqu’on pense foresterie et produits forestiers, Toronto, plus grande ville du pays, n’est certes pas l’image qui surgit directement à l’esprit. Cependant, avec leurs quelque 10,2 millions d’arbres qui recouvrent d’une canopée feuillue près de 30 % de la ville, les forêts urbaines de Toronto sont essentielles à plus de 5 000 petites entreprises qui emploient 25 000 personnes, et qui sont spécialisées dans les produits et services en lien avec la forêt urbaine.

En 2015, la ville de Toronto a reçu le prix Ontario Wood Award en reconnaissance de ses initiatives de soutien aux entreprises qui valorisent les services de foresterie urbaine et les produits locaux du bois. Parmi ces initiatives, le répertoire Urban Wood Directory joue un rôle central. Il s’agit d’une ressource qui permet de mettre en lien les résidents de Toronto et les entreprises offrant un vaste éventail de services de gestion de la forêt urbaine locale et de producteurs de bois, allant des arboristes aux dessinateurs de meubles.

Ce répertoire présente des entreprises novatrices comme Canadian Salvaged Timber, qui utilise du bois local récupéré, provenant directement d’arbres ou de vieux immeubles, qui sert à produire du bois d’œuvre, du bois usiné, des dosses, des planchers, des meubles et des armoires. Cette entreprise, qui a été fondée par Lambos Tsaousidis il y a plus de 20 ans, sert une clientèle diversifiée qui comprend des architectes, des concepteurs et des propriétaires de restaurants ou de maisons.

« La grande majorité de notre approvisionnement en bois d’œuvre consiste en bois récupéré », affirme M. Tsaousidis. « Nous avons comme objectif d’avoir une empreinte écologique faible en nous approvisionnant en bois récupéré auprès de la ville de Toronto et des régions avoisinantes du sud de l’Ontario. Nous nous efforçons de nous approvisionner le plus localement possible. »

Transformer des solutions techniques en avantages socio-économiques

Les entrepreneurs canadiens et leurs idées novatrices constituent le moteur de croissance de la bioéconomie forestière au pays. Les conceptions, les procédés et les produits qu’ils mettent au point créent des emplois de qualité, tant dans les collectivités urbaines que rurales du pays, ce qui contribue à la diversification de l’économie. Tout le monde y gagne.

Sources

Carlson, R. « Estimating the biotech sector's contribution to the US economy ». Nature Biotechnology, vol. 34, 247 à 255 (2016).

Références photographiques :
  • Photo d’un grand bâtiment en bois en construction, offerte par Stéphane Groleau.
  • Photo d’ouvriers travaillant une dosse avivée, gracieuseté de Canadian Salvaged Timber.
  • Photo en couleurs fausses de microbilles, par T. Morse, gracieuseté d’Anomera Inc.