Pourquoi les forêts du Canada ont besoin des feux?

Les feux font partie du cycle naturel de régénération et de renouvellement de la plupart des forêts du Canada. Ils éliminent le sous-étage ainsi que la litière inflammable (gros débris ligneux, feuilles et aiguilles en décomposition) sur le tapis forestier, ils réduisent les maladies et le nombre de ravageurs, et ils ouvrent le couvert forestier, permettant ainsi à la lumière du soleil de déclencher la croissance de la nouvelle génération.

Fréquence des feux au Canada

Pour la plupart des forêts au Canada, la question n’est pas de savoir si des feux surviendront, mais quand ils surviendront, à quelle intensité et à quelle fréquence. Les facteurs naturels, comme le climat, le paysage naturel et les types d’espèces présentes, ainsi que les facteurs humains, comme le changement d’affectation des terres et les politiques de gestion des feux, déterminent la fréquence des feux. Dans la forêt boréale, les feux surviennent à des intervalles de 35 à 120 ans. Dans d’autres types de forêts, comme les forêts humides de la côte du Pacifique, les feux sont rares et peuvent survenir à des intervalles de plusieurs siècles.

Carte des intervalles des feux montrant des zones au Canada où des feux ont lieu environ tous les 35-120 ans, tous les 120-240 ans, tous les 240-360 ans, tous les 360-480 ans et tous les 480 ans ou plus.

Les espèces forestières du Canada ont besoin des feux pour prospérer

Presque toutes les espèces animales et végétales qui vivent dans les forêts du Canada sont adaptées aux feux, et nombre d’entre elles en dépendent. Le fait que les feux surviennent à différents moments et à différentes intensités dans l’ensemble du paysage crée une diversité d’habitats, allant de forêts matures à des sites récemment brûlés, ce qui est important pour la biodiversité.

Les morilles, qui poussent environ un an après un feu, sont très recherchées des gourmets.

Les coléoptères perceurs du bois colonisent rapidement les arbres récemment brûlés. Les pics suivent peu après, ils se nourrissent des larves de coléoptères présentes sous l’écorce des arbres.

Les bleuetiers apparaissent après un feu, et les bleuets constituent une source d’alimentation essentielle pour les ours noirs et d’autres animaux.

Le pin gris dépend de déclencheurs présents dans l’environnement, comme la chaleur produite par le feu, pour libérer ses graines scellées à l’intérieur de ses cônes par une résine collante.

Renouvellement de la forêt après un feu à Val-Paradis (Québec) en 1997

À Val-Paradis, au Québec, en juin 1997, la foudre a causé un feu qui a brûlé des peuplements de peuplier faux-tremble (forêt de feuillus) et des peuplements mixtes d’épinettes noires et de pins gris (forêt de conifères). Ce brûlis récent, les feux antérieurs et des récoltes récentes ont créé une mosaïque de types de forêts dans l’ensemble du paysage, avec des peuplements d’une hauteur, d’espèces et d’âge différents. La zone brûlée en 1997 apparaît en rose foncé dans l’image satellite. Les dates des feux antérieurs survenus dans la région de Val-Paradis sont également indiquées.

Image satellite de la zone autour de Val-Paradis, au Québec, montrant une zone frappée par le feu en 1997, ainsi que les dates et les zones de feux antérieurs dans les environs en 1815, en 1850 et en 1915.

Après le feu

Avec le temps, à mesure que les arbres repoussent, il devient plus difficile de distinguer le site brûlé de la forêt environnante. Les forêts de feuillus se régénèrent plus rapidement que les forêts de conifères.

FORÊT DE FEUILLUS

3 mois après un feu

Le peuplier faux-tremble et les arbustes feuillus produisent rapidement de nouvelles pousses à partir de leurs racines et des souches brûlées.
 
 

15 ans après un feu

La perte du couvert forestier due au feu est temporaire et un peuplement équienne de peuplier faux-tremble est en grande partie rétabli et couvre la zone brûlée.

FORÊT DE CONIFÈRES

3 mois après un feu

Les épinettes et les pins commencent à croître à partir des graines dispersées par les cônes durant le feu. Leur rétablissement est plus long que celui du peuplier faux-tremble.

15 ans après un feu

Le pin gris croît plus rapidement que l’épinette noire et il est le premier à constituer la partie supérieure du couvert forestier. Éventuellement toutefois, l’épinette noire prend le dessus, et le pin gris occupe l’espace en dessous.

Sources

Ressources naturelles Canada – Service canadien des forêts. Écologie des feux.

Ressources naturelles Canada – Service canadien des forêts. Feux de forêt.

  • Carte d’intervalle des feux modifiée par David Gervais, Ressources naturelles Canada, d’après : Bernier, P.Y., Gauthier S., et coll. 2016. Mapping local effects of forest properties on fire risk across Canada. Forests 7, 157; doi:10.3390/f7080157.
  • Image Landsat TM 5 1994–1997 traitée par Luc Guindon et David Gervais, Ressources naturelles Canada.
Références photographiques
  • Franck Tuot (morilles), Josée Noël, Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (semis de pin gris), Danielle Charron, Université du Québec à Montréal (feuillus et conifères – année de l’incendie), David Gervais, RNCan (feuillus et conifères – 15 ans après).