En primeur : Collectivités autochtones et économie forestière

La transformation du secteur forestier du Canada au cours des deux dernières décennies ne s’est pas limitée à apporter des changements dans la technologie, les produits et les marchés. En effet, ces changements accroissent l’accès des peuples autochtones aux ressources forestières et leur influence sur les décisions concernant les façons de gérer et d’exploiter les forêts.

Un total de 70 % des Autochtones du Canada vivent en milieu forestier ou à proximité de forêts.

Le secteur forestier est l’un des plus gros employeurs de travailleurs autochtones au Canada.

Le secteur forestier emploie environ 9 700 Autochtones.

Les règlements de revendications territoriales, les traités modernes et les pratiques d’aménagement forestier inclusif créent des occasions de faire des progrès importants dans le processus de réconciliation avec les peuples autochtones du pays.

Aujourd’hui, des entreprises forestières et des organisations de développement économique – appartenant aux Autochtones et exploitées par eux – trouvent de nouvelles façons de collaborer avec d’autres entreprises forestières, les gouvernements provinciaux et territoriaux, des instituts de recherche forestière et des organismes sans but lucratif. Ces collaborations en matière de formation, d’éducation et d’échange de connaissances visent à procurer des avantages économiques tout en assurant la durabilité en matière d’aménagement des forêts.

Dans le cadre de projets de coentreprises fondés sur le respect mutuel et la coopération, des Autochtones et des collectivités autochtones de partout au Canada créent des approches innovantes en matière de recherche forestière, d’aménagement du territoire, de prise de décisions de récolte, de développement de produits et d’accès au marché. En plus de créer des occasions de développement économique et communautaire à long terme, ces projets protègent des écosystèmes importants sur les plans culturel, spirituel et biologique.

L’application des connaissances traditionnelles sur les produits forestiers non ligneux répond à de nouvelles demandes du marché

L’intérêt croissant des consommateurs à l’échelle mondiale pour la nourriture produite localement et les produits de santé naturels donne lieu à une nouvelle grande tendance : les aliments prélevés dans la nature. Ainsi, la demande de légumes feuilles, de baies et de champignons cueillis en forêt stimule les ventes de produits forestiers non ligneux.

Depuis 2014, les Premières Nations Timiskaming, Abitibiwinni et Lac Simon, dans la région québécoise de l’Abitibi- Témiscamingue, étudient le potentiel économique d’une douzaine de produits forestiers non ligneux. Ces trois nations algonquines espèrent bientôt offrir aux consommateurs un éventail de ces produits de la forêt boréale.

Photo en gros plan de chanterelles sur le tapis forestier.Les chanterelles, qui poussent à l’état sauvage, ne sont pas cultivées à des fins commerciales.

Les résultats de l’étude de marché sont prometteurs, particulièrement dans les secteurs des produits alimentaires, aromatiques et de santé naturels. Les marchés visés sont ceux de l’Ontario, du Québec, des États-Unis et de l’Europe. D’autres essais de terrain et d’études de marché sont en cours, et de la formation sur la cueillette de produits forestiers non ligneux est donnée à des membres des trois collectivités, y compris des jeunes. Les collectivités prévoient aussi construire une usine de transformation et mettre sur pied une entreprise de vente et de distribution de produits locaux.

On s’attend à ce que les avantages de ce projet aillent bien au-delà des emplois et des revenus. La récolte de produits forestiers non ligneux donnera aux jeunes la chance d’acquérir d’importantes connaissances traditionnelles auprès des aînés.

L’enrichissement des sols avec des déchets de bois profite aux économies locales

Photo de copeaux de biocharbon.Le biocharbon permet au sol de retenir les éléments nutritifs et l’eau, en plus de stocker du carbone plus longtemps que d’autres matières organiques non carbonisées.

Couverte de forêts denses, la région du Saguenay–Lac- Saint-Jean, au Québec, compte une douzaine de scieries. La vente de bois scié est profitable depuis longtemps, mais le principal résidu de sciage produit par les scieries, soit les copeaux de bois, a peu de valeur commerciale. Or, la situation pourrait changer rapidement.

En effet, les copeaux et d’autres résidus de bois sont maintenant transformés en biocharbon, une nouvelle famille de produits offrant de nombreuses applications possibles.

Un de ces biocharbons est un matériau riche en carbone qui peut servir à amender et à assainir des sols contaminés, ainsi qu’à améliorer les sols des fermes biologiques. Les essais de ce produit ont montré qu’il permet de réduire l’utilisation d’eau et d’engrais et les coûts d’entretien des zones traitées, ce qui indique qu’il y aurait un marché lucratif.

Depuis 2012, la Filière forestière des Premières Nations du Québec (FFPNQ) évalue divers aspects de la production de ce biocharbon et de ses sous produits. Les résultats positifs ont mené à la création en 2015-2016 de BioChar Borealis, une coentreprise de la Première Nation Pekuakamiulnuatsh Takuhikan de Mashteuiatsh et de la municipalité régionale de comté du Domaine-du-Roy.

On fabrique du biocharbon en chauffant de la biomasse ligneuse, comme des copeaux de bois, sans oxygène. Selon l’intensité de chaleur appliquée, on obtient différents produits, allant d’un charbon carboneutre à des matériaux de traitement du sol et de purification de l’eau, de gaz et de l’or.

En 2017, les gouvernements du Canada et du Québec ont annoncé qu’ils appuyaient le projet de production de biocharbon et de sous produits du biocharbon dans la collectivité de Pekuakamiulnuatsh Takuhikan. La collectivité collabore avec le Centre collégial de transfert de technologie Agrinova associée au Collège d’Alma pour l’achat d’équipement spécialisé de transformation de biomasse, notamment les résidus de sciage, en biocharbon.

Chaque projet de foresterie autochtone, à l’instar des exemples présentés ci-dessus, crée un contexte favorable à d’autres initiatives semblables et guide le progrès vers la réconciliation avec les communautés autochtones de partout au Canada.

Sources

Ressources naturelles Canada – Service canadien des forêts, Initiative de foresterie autochtone, Charbon vert, un nouveau marché pour un groupe de Premières Nations du Québec, 2017. [Une histoire de réussite, non publiée]

Ressources naturelles Canada – Service canadien des forêts, Initiative de foresterie autochtone, récolte non liée à du bois, un avenir idéal pour les Premières Nations Algonquines, 2017. [Une histoire de réussite, non publiée]

Statistique Canada. Enquête sur la population active (extraction spéciale).

  • Les calculs du Service canadien des forêts de Ressources naturelles Canada sont basés sur les données de l’Enquête 2011 de Statistique Canada sur la population et de l’Enquête nationale sur les ménages de 2011.
  • Les données démographiques du Recensement de la population de 2016 n’étaient pas disponibles au moment de la publication du rapport.
  • Pour ce « En primeur », on appelle « zone forestière » une zone où le couvert forestier est de plus de 60 %.
Références photographiques

 

  • Photo de copeaux de biochar d’épinette reproduite avec l’aimable autorisation d’Agrinova.