Dans les coulisses des feux de forêt : la science et les systèmes de gestion des incendies

La science et la gestion des feux de forêt ont beaucoup progressé depuis la période entre 1920 et 1970, où les guetteurs d’incendies escaladaient des tours d’observation en bois ou en acier pour scruter l’horizon à la recherche de fumée.

Aujourd’hui, bien avant la première étincelle de la saison des incendies, les gestionnaires modernes des feux de forêt utilisent des technologies, des systèmes et des outils scientifiques de pointe, qui les aident à repérer les endroits où les conditions sont propices au déclenchement de feux de forêt. Une fois la saison amorcée, alors que plusieurs feux font rage, possiblement des milliers, ces gestionnaires s’appuient sur ces systèmes et sur leurs années d’expérience pour prendre des décisions complexes.

Les gestionnaires de feux de forêt disposent de ressources limitées pour veiller à notre sécurité

Les gestionnaires de feux de forêt doivent chaque jour, voire chaque heure, décider :

Capture d’écran d’une prévision relative au danger d’incendie le 4 mai 2016 du Système canadien d'information sur les feux de végétation.
Prévisions de risque d’incendie en date du 4 mai 2016, Système canadien d’information sur les feux de végétation.
  • où déployer les ressources de lutte contre les incendies avant que les feux se déclarent;
  • où envoyer les équipes mobiles d’attaque initiale pour combattre les incendies naissants;
  • comment et quand gérer un incendie ou simplement le surveiller;
  • de la meilleure façon de coordonner les équipes aériennes et terrestres;
  • à quel moment et pour quelles collectivités émettre des avertissements ou même ordonner l’évacuation.

Pour décider de la meilleure façon d’affecter les ressources limitées de lutte contre les feux, les gestionnaires doivent déterminer quels feux représentent une menace pour la sécurité humaine, pour les propriétés, les services et biens publics, les habitats fauniques et les ressources en bois d’œuvre. La sécurité demeure toujours une priorité absolue.

La Méthode canadienne d’évaluation des dangers d’incendie de forêt constitue la principale source de renseignements pour   les organismes canadiens de gestion des incendies et le système de ce type le plus communément utilisé dans le monde. Employée pour guider la prévision des incendies et la modélisation informatique du comportement des incendies, elle comprend deux méthodes sous jacentes :

La Méthode canadienne de l’indice Forêt-Météo fournit des estimations sur les risques d’incendie dans toutes les régions du pays, lesquelles sont basées sur des mesures de température, d’humidité relative, de vitesse du vent et de précipitation. Toutes ces conditions ont une influence sur la probabilité que des feux se déclarent et se propagent.

La Méthode canadienne de prévision du comportement des incendies de forêt aide les gestionnaires de feux de forêt à prévoir à quelle vitesse un feu pourrait se propager, la superficie qu’il pourrait toucher et l’intensité qu’il pourrait prendre. Elle est basée   sur des données se rapportant, entre autres, aux types de forêts et de combustibles, à la topographie, à l’humidité foliaire et aux conditions météorologiques. Les résultats fournissent aux gestionnaires de feux de forêt des renseignements essentiels qui les aident à déterminer quand et comment ils doivent intervenir pour soit gérer les différents types d’incendies soit les maîtriser.

Les systèmes scientifiques sont essentiels à une bonne gestion des feux

Depuis les années 1920, les scientifiques  spécialisés dans les incendies ont collecté et examiné des données sur les feux de forêt partout au Canada et ont provoqué des incendies expérimentaux pour étudier comment se comportait le feu en présence de différentes essences d’arbres et de différentes conditions météorologiques. Ces recherches ont conduit à la création d’indices, de systèmes d’information et de modèles qui aident les gestionnaires de feux de forêt à évaluer les risques posés par le feu – par exemple, les risques posés aux collectivités, aux services publics, aux ressources en bois d’œuvre et aux aires de loisir – et les solutions qui s’offrent à eux pour gérer chaque incendie.

Les chercheurs ont aussi mis au point des modèles de prévision de l’occurrence des feux qui aident à prédire le nombre d’incendies qui seront causés par la foudre et l’humain. Grâce à ces renseignements, les gestionnaires de feux de forêt sont en mesure d’envoyer les équipes là où ils pensent que des incendies pourraient se déclarer. Des modèles de prévision des mouvements des fumées d’incendies permettent aux organismes de la santé d’anticiper la présence de fumées potentiellement dangereuses et d’avertir les collectivités de leur arrivée.

L’aptitude des gestionnaires à gérer un feu de manière efficace dépend de plus en plus de la compréhension des phénomènes qui se déroulent sur le terrain, qui est acquise à la fois par des observations directes et au moyen de données de télédétection fournies en grande partie par des aéronefs et des satellites.

Photo représentant trois chercheurs spécialisés dans les feux de forêt et leur équipement de surveillance à bord d’un avion.

Les aéronefs munis de capteurs infrarouges peuvent détecter des températures élevées au sol, qui servent ensuite à cartographier l’évolution quotidienne des feux. Les images satellites sont aussi utilisées dans la détection de sources de chaleur, appelées « points chauds », lesquelles pourraient indiquer la présence d’incendies.

Tous ces outils augmentent la portée de vue des gestionnaires de feux de forêt et facilitent leur compréhension de ce qui se déroule sur le terrain bien au-delà de ce qui leur serait perceptible depuis une tour d’observation.

L’obtention rapide de renseignements précis sur les feux de forêt : une nécessité croissante

Au cours des dernières années, le nombre d’événements liés à des incendies extrêmes au Canada s’est accru. On peut citer en exemple les incendies survenus à Slave Lake, en Alberta, en 2011; dans le sud des Territoires du Nord- Ouest, en 2014; au centre de la Saskatchewan, en 2015; et à Fort McMurray, en Alberta, en 2016. Ces incendies ont entraîné des évacuations, la destruction de structures et des pertes économiques de grande ampleur.

Étant donné que plus de gens et de propriétés se trouvent désormais dans des zones forestières et que nous pouvons nous attendre à une augmentation de la durée des saisons de feux de forêt et de l’intensité des incendies, l’importance des renseignements sur les incendies n’a jamais été aussi grande. (Voir la fiche sommaire Apprendre à vivre avec les feux de forêt pour en savoir plus.)

Les systèmes scientifiques canadiens sont en amélioration constante, ils sont de plus en plus perfectionnés et gèrent un éventail de plus en plus large de données. Les gestionnaires de feux de forêt disposent donc de renseignements et d’outils plus précis et actuels pour intervenir aux endroits les plus pertinents et de la façon la plus sécuritaire dans le but de protéger le public, les propriétés et la valeur des forêts.

Photo d’une vue aérienne d’un panache de fumée prise à l’intérieur d’un avion assurant la surveillance des feux de forêt.
Sources

Ressources naturelles Canada – Service canadien des forêts. Système canadien d’information sur les feux de végétation, Système de surveillance, de cartographie et de modélisation des incendies de forêt (Fire M3), Foire aux questions. (document consulté le 3 mai 2017)

Ressources naturelles Canada – Service canadien des forêts. Gestion des feux.

Ressources naturelles Canada – Service canadien des forêts. Méthode d’évaluation des dangers d’incendie de forêt.

Past Forward Heritage Limited. 2003. A look at fires, firefighting, and old lookout towers [en anglais seulement].

Wulder, M.A., Hall, R.J., et al. 2005. Remote sensing and GIS in forestry. In Remote Sensing for GIS Managers. Aronoff, S. (ed.). Chapter 12 (pp. 351–356). ESRI Press, Redlands, CA.

  • La méthode canadienne d’évaluation des dangers d’incendie de forêt a été pleinement mise en oeuvre dans certaines régions des États-Unis et de la Nouvelle- Zélande; certains éléments sont utilisés en Espagne, au Portugal, en Suède, au Mexique, en Argentine, à Fidji, en Indonésie et en Malaisie.
Références photographiques
  • Photos de surveillance des incendies et photo de panaches de fumée reproduites avec l’aimable autorisation de Bo Lu.