Apprendre à vivre avec les feux de forêt

Les feux font partie de la vie de la plupart des forêts du Canada, et ces derniers sont essentiels pour assurer leur santé et leur régénération. Dans certaines régions, des feux surviennent naturellement environ une fois tous les cent ans, alors que dans d’autres, ils sont plus fréquents. Certaines plantes et certains animaux que l’on trouve dans la forêt peuvent survivre à un feu, voire prospérer après son passage, car ils y sont adaptés depuis des milliers d’années.

Malheureusement, l’humain ne s’est pas aussi bien adapté au feu. De fait, pour ceux qui vivent et travaillent en zones forestières, les feux de forêt peuvent être catastrophiques.

Vous n’avez qu’à poser la question à quiconque est originaire de Fort McMurray ou toute autre collectivité qui a été touchée par un feu de forêt. Des résidences, des entreprises, des infrastructures et des communautés entières peuvent être détruites. Les feux peuvent causer des pertes de vies ou entraîner des dommages irréversibles, et les répercussions économiques subsistent bien après leur extinction. (Voir l’infographie Aperçu de l’incendie de Fort McMurray pour en savoir plus.)

Davantage de feux de forêt et davantage de gens qui habitent dans des zones forestières : un risque croissant à gérer

Chaque année depuis 1990, environ 2,4 millions d’hectares de forêt sont ravagés par quelque 7 500 feux au Canada. Toutefois, la fréquence et l’ampleur des feux devraient augmenter en raison des changements climatiques, car les conditions climatiques inhabituelles, les conditions météorologiques extrêmes et l’augmentation de la fréquence de la foudre qu’ils entraînent deviennent plus courantes.

Les collectivités rurales, dont bon nombre sont des communautés autochtones, situées dans des zones forestières éloignées sujettes aux feux fréquents sont particulièrement touchées, et des milliers de personnes doivent les évacuer chaque année en raison des feux de forêt.

Parallèlement, en raison du développement résidentiel, récréatif et industriel dans les zones forestières, plus de gens que jamais se trouvent dans les forêts ou à proximité d’elles. Cette réalité a non seulement fait augmenter le nombre de personnes touchées par les feux de forêt, mais également le nombre de feux causés par des humains. Ce risque croissant doit donc être géré.

Photo d’un quartier incendié à Fort McMurray montrant des gravats provenant de maisons et de voitures brûlées à l’avant-plan et des arbres en arrière-plan.

Équilibrer les bienfaits du feu et les coûts qui s’y rattachent

Le coût lié à la gestion du feu à l’échelle du Canada a augmenté de façon constante depuis 1970, la plus forte hausse ayant été observée depuis le milieu des années 1990. D’un coût annuel moyen de 290 millions de dollars au début des années 1970, les dépenses en matière de gestion des feux ont atteint plus de 900 millions de dollars en 2013 et se sont élevées à un milliard de dollars au cours des dernières années. Ces coûts devraient continuer à croître avec l’augmentation annuelle prévue du nombre d’incendies et des régions brûlées en raison des changements climatiques.

Jusqu’aux années 1970, le but de la gestion des feux était l’extinction, c’est-à-dire les éteindre tous. Toutefois, grâce à l’amélioration des connaissances sur les bienfaits écologiques des feux de forêt (voir Pourquoi les forêts du Canada ont besoin des feux? pour en savoir plus), il s’est avéré que l’extinction de tous les feux n’était ni un acte judicieux du point de vue écologique, ni possible au plan physique.

La gestion des feux comprend maintenant toute une gamme d’options, qu’il s’agisse de les éteindre ou encore de les laisser s’éteindre d’eux-mêmes.

Les gestionnaires du feu visent à maintenir un équilibre entre les bienfaits écologiques que le feu procure et la nécessité de protéger la sécurité des personnes (y compris celle des pompiers), les biens, le bois d’oeuvre ainsi que les autres ressources et valeurs forestières. Les zones résidentielles, les sites récréatifs, les forêts commerciales de valeur et, dans certains cas, les habitats rares ainsi que les caractéristiques ou les zones importantes sur le plan culturel constituent des priorités absolues en matière d’extinction des feux. Dans les parcs sauvages et les forêts éloignées à valeur économique limitée où les feux ne présentent aucune menace pour les communautés ou les infrastructures, on laisse les feux s’éteindre d’eux-mêmes, tout en assurant la sécurité des lieux par une surveillance étroite.

Intelli-Feu aide les collectivités à s’adapter aux feux de forêt

La collaboration est de mise pour réduire les risques associés au fait de vivre en milieu périurbain.

Le milieu périurbain est la zone à proximité ou dans des forêts sujettes aux incendies dans laquelle des habitations sont construites.

Les programmes de sensibilisation du public comme Intelli-Feu Canada (en anglais seulement) fournissent des conseils aux membres et aux dirigeants des collectivités, aux pompiers et aux entreprises qui exploitent des zones forestières sur la façon de protéger les habitations, les entreprises, les travailleurs, les bâtiments et les infrastructures. Par exemple, les particuliers peuvent élaguer les arbres et tailler les branches autour des maisons, de même qu’utiliser des matériaux résistants au feu pour construire des clôtures, des terrasses et des toits. Les collectivités peuvent réduire la quantité de combustible autour des bâtiments en réalisant des coupes d’éclaircie, en construisant des pare-feu et en plantant des espèces aux feuilles humides qui produisent une faible quantité de sève ou de résine.

Intelli-Feu suggère également des mesures que l’industrie peut adopter afin de lui permettre de réduire les risques de feu et les dommages qu’il cause, par exemple sélectionner des emplacements à moindre risque pour la construction d’installations d’entreprises, ou encore adopter des pratiques sûres dans le cadre de leurs activités.

Photo montrant une jeune fille des bûches plein les bras et une forêt en arrière-plan.
En dégageant les branches et le bois mort qui se trouvent près des maisons et des édifices, les collectivités mettent en pratique les principes du programme Intelli-Feu.

Les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux collaborent pour faire progresser la Stratégie canadienne en matière de feux de forêt de 2016 au moyen de diverses mesures, dont l’amélioration de l’état de préparation et de la capacité d’intervention de l’ensemble des administrations, l’augmentation des investissements dans la recherche et l’innovation sur les feux de forêt, et le renforcement des engagements pris envers les collectivités résilientes.

À ce jour, 848 personnes ont bénéficié de la formation du programme Intelli-Feu et 37 collectivités, dont 18 communautés autochtones, sont reconnues dans le cadre du programme de reconnaissance communautaire Intelli-Feu Canada. En prenant des mesures préventives comme celles-ci et en étant préparées bien avant que le feu n’éclate, les personnes et les communautés qui vivent et travaillent dans les zones forestières apprennent à vivre avec les feux de forêt et à s’y adapter, tout comme l’ont fait la faune et la flore qui se trouvent encore aujourd’hui dans ces mêmes forêts.

Sources

FireSmart Canada. [en anglais seulement]

Ressources naturelles Canada – Service canadien des forêts. 2016. Stratégie canadienne en matière de feux de forêt : évaluation décennale et renouvellement de l’appel à l’action. Conseil canadien des ministres des forêts, Ottawa (Ont.).

Ressources naturelles Canada – Service canadien des forêts. Gestion des feux.

Ressources naturelles Canada – Service canadien des forêts. Évacuations lors des feux de forêt. (document consulté le 3 mai 2017)

Partners in Protection Association, Local FireSmart Representative Workshops, FireSmart Canada Community Recognition Program: Recognized Communities and Community Protection Achievement Awards from 2012 to June 2017.

Romps, D.M., Seeley, J.T., et al. 2014. Projected increase in lightning strikes in the United States due to global warming. Science 346(6211), 851–854. [en anglais seulement]

Stocks, B.J., and Martell, D.L. 2016. Forest fire management expenditures in Canada: 1970–2013. Forestry Chronicle 92(3), 298–306.

Suddaby, Deanne, Partners in Protection Association [personal communication, June 12, 2017]

Références photographiques
  • Photo du voisinage de Fort McMurray après feu reproduite avec l’aimable autorisation de Paul Colangelo.
  • Photo de citoyens ramassant les sources de combustibles autour de leur collectivité reproduite avec l’aimable autorisation de Intelli-Feu Canada.