L’évolution d’un pays forestier : une courte histoire

Bien avant la Confédération, les forêts jouaient déjà un rôle crucial dans la vie des habitants de ce territoire : les peuples autochtones, les explorateurs, les colons, les habitants du jeune Dominion du Canada et, aujourd’hui, tous les Canadiens. Nul doute, les forêts font partie de notre identité nationale – et ce n’est pas seulement à cause de notre précieux sirop d’érable

Carte de l’Amérique du Nord et du Groenland montrant les lignes de latitude et de longitude ainsi que l’étendue du glacier qui recouvrait le continent pendant la période glaciaire.

La fin de la période glaciaire

De 18 000 à 13 000 ans avant aujourd’hui : La planète se réchauffe et la nappe glaciaire qui couvre la partie septentrionale de l’Amérique du Nord se retire, ce qui permet aux plantes et aux arbres de s’établir à nouveau. Les forêts reprennent lentement possession du continent jadis recouvert de glace.

Utilisation de la forêt par les peuples autochtones

Des milliers d’années avant les années 1600 : Les peuples autochtones vivent dans les nombreuses forêts diversifiées du continent. Ces dernières revêtent une importance culturelle et spirituelle pour les peuples autochtones, et les liens qu’ils entretiennent avec les ressources ainsi que leur façon de les exploiter pour en vivre forment la base de leur société. Ils créent des colonies permanentes dans la forêt ou autour d’elle et y puisent la nourriture et le matériel dont ils ont besoin pour la fabrication d’outils, d’abris, de remèdes et de vêtements. Dans le sud de l’Ontario et du Québec d’aujourd’hui, les peuples autochtones s’adonnent à l’agriculture itinérante : des parcelles de forêt sont défrichées pour la culture et les récoltes et, au bout de plusieurs années, on laisse ces parcelles redevenir des forêts.

Arrivée des colons européens et leur utilisation de la forêt

De 1600 à 1700 : Les explorateurs et les autres nouveaux venus commencent à arriver d’Europe, d’Asie et d’ailleurs. Les peuples autochtones ont leur premier contact avec les Européens sur les côtes de l’Atlantique et de l’Arctique et, plus tard, sur les côtes du Pacifique. Les premiers Européens exploitent d’abord les forêts pour la traite des fourrures, ce qui constitue la principale activité économique pendant 200 ans. Les fourrures provenant des animaux de la forêt, constituent l’incita tion financière qui pousse les Européens à explorer et à coloniser. Les colons défrichent la forêt à la faveur de l’agriculture.

Photo d’époque en noir et blanc montrant deux chevaux attelés à un traîneau où s’empile une énorme charge de billots coupés. Quatre hommes sont assis dans le haut de la pile et deux autres hommes sont debout devant le traîneau.

Premières utilisations industrielles de la forêt

Début des années 1800 à 1890 : La coupe du bois à petite échelle visant à répondre aux besoins individuels des agriculteurs cède la place à l’exploitation sylvicole et à l’usinage à grande échelle, ce qui fait en sorte que des milliers de personnes travaillent pour un petit groupe d’employeurs. On utilise le bois comme carburant, dans la construction des navires et la fabrication de la potasse. La guerre de Sécession et la guerre franco-prussienne en Europe favorisent le commerce du bois d’oeuvre du Canada. Près de 50 % de la population masculine du Canada travaille dans l’industrie du bois.

Alors que les colons et l’industrie forestière de la région atlantique gagnent le centre du Canada, les Prairies et la Colombie Britannique, le défrichage et l’augmentation des feux de forêt causés par l’humain modifient largement le paysage. Puis, on fait face à un grand déboisement dans le centre-sud du Canada.

Vers la fin des années 1800, la demande de navires en bois diminue, mais elle est remplacée par des chemins de fer et des ponts. L’émergence de nouveaux modes de transport, notamment des bateaux à vapeur et des locomotives au bois, font augmenter les besoins en bois de chauffage. Ce sont les premiers pas vers l’industrie des pâtes et papiers.

Garantie d’un approvisionnement viable en bois

Début des années 1900 à 1950 : Les forêts du Canada, surtout celles situées à proximité des zones habitées, des chemins de fer et des voies navigables, sont grandement touchées par l’industrialisation et les incendies. À la fin de la Première Guerre mondiale, l’approvisionnement en bois de sciage de l’est du Canada est épuisé.

Photo d’époque en noir et blanc montrant un train à vapeur qui passe sur un pont sur chevalets en tirant des voitures remplies de billots au dessus d’une pente abrupte dans une forêt.

Alors que la demande en journaux, en magazines et en livres augmente aux états-Unis, la production canadienne de pâtes et papiers prend de l’expansion, surtout dans les provinces de l’Atlantique. Le besoin d’un « rendement continu » - soit le maintien d’un approvisionnement abondant et sûr en vue d’alimenter l’industrie – fait surface, ainsi que l’idée d’une « forêt permanente » qui doit être gérée.

On crée des écoles de foresterie à l’échelle du pays, on déploie des efforts de reboisement, on met en place des mesures de détection et de lutte contre les incendies et on reconnaît pour la première fois que les forestiers sont les mieux placés pour gérer les forêts. L’Institut forestier du Canada devient la première société forestière canadienne et le représentant officiel des professionnels de la foresterie.

Au cours de la période de croissance intense de l’après Seconde Guerre mondiale, des technologies de transformation du bois améliorées permettent de mieux satisfaire à la demande grandissante en produits ligneux pour l’approvisionnement des marchés internationaux en expansion. Les nouvelles technologies réduisent également la demande en bois de chauffage. Cela, conjugué à la fin de l’exploitation sans restrictions, atténue la pression sur les forêts.

Photo en couleur des années 1970 illustrant un éducateur forestier montrant un petit serpent à un garçon et à une fille qui portent un gilet de sauvetage et qui sont dans un canot.

Gestion de la forêt en fonction de valeurs multiples

De 1960 à 1970 : L’idée de protéger l’environnement s’installe en Amérique du Nord. La population fait de plus en plus de pression pour pouvoir utiliser la forêt à des fins de loisirs, de chasse et de pêche.

La prise de conscience que la forêt présente beaucoup plus que des avantages économiques incite plusieurs provinces à réglementer l’industrie et à assumer la protection environnementale et socioéconomique des valeurs qui vont au-delà du bois d’oeuvre. La recherche forestière augmente. Dès le début des années 1970, la planification en matière de gestion forestière s’élargie en vue d’inclure les éléments autres que le bois, comme la faune, la pêche et les valeurs écologiques, comme les forêts anciennes.

Photo couleur de quatre travailleurs forestiers autochtones portant un casque de protection et de l’équipement de sécurité. Deux d’entre eux tiennent une débroussailleuse.

Évolution de la gestion durable des forêts

De 1980 au début des années 2000 : Le rapport Bruntdland de l’Organisation des Nations Unies (l’ONU) en 1987 et le Sommet de la terre de Rio en 1992 ont lancé le concept de « développement durable ». Pour y faire suite, le gouvernement fédéral et les gouvernements des provinces et des territoires du Canada mènent davantage de recherche forestière et modifient leurs politiques forestières de façon à équilibrer les besoins économiques, environnementaux et sociaux à long terme. Afin de définir et de surveiller les normes économiques, environnementales et sociales de la gestion des forêts, on met en place des systèmes de certification volontaires pour répondre aux exigences du marché.

Le fait que le gouvernement et l’industrie aient adopté davantage de mécanismes de consultation de la population permet aux utilisateurs de la forêt de participer activement au processus décisionnel au Canada. Les collectivités autochtones, quant à elles, participent plus directement à l’industrie forestière à mesure que leur accès au mode de tenure forestière s’élargit dans la foulée des règlements relatifs aux revendications territoriales, des traités modernes et des changements dans la gouvernance de la gestion des forêts.

En 1982, le département américain du Commerce entame les premières enquêtes d’une série concernant l’importation de certains produits de bois d’oeuvre résineux canadiens aux états-Unis, ce qui engendre un cycle de périodes alternantes de différends commerciaux et de commerce régie par des accords.

L’effondrement du marché résidentiel aux états-Unis qui s’est produit au milieu des années 2000 a entraîné la plus importante baisse de la production de bois d’oeuvre canadien depuis plus de 70 ans. La montée des médias électroniques, quant à elle, réduit la demande de pâte et de papier journal.

Photo couleur de la construction d’une structure en bois de grande hauteur partiellement achevée et des monte-charges à béton qui dépassent le dessus de la construction en bois. Il y a une grue du côté droit de l’édifice et un mélangeur à béton à l’avant-plan.

La voie de l’avenir de la foresterie au Canada

À partir de 2010 : En réaction au ralentissement économique de la dernière décennie, le secteur forestier canadien accélère le virage de l’industrie vers le développement et la production des bioproduits. L’importance accordée à la recherche scientifique, la transformation de l’industrie et la diversification des marchés (attrait pour les marchés asiatiques), fait du Canada un chef de file en matière de bioéconomie forestière, tant en ce qui concerne les mesures concrètes que les investissements.

Les forêts du Canada et le secteur forestier canadien sont reconnus pour le rôle clé qu’ils jouent dans l’atténuation des changements climatiques et dans la transition du pays vers une économie à faibles émissions de carbone.

En 2014, le Canada approuve la Déclaration de New York sur les forêts de l’ONU dans le but de diminuer de moitié les pertes forestières naturelles d’ici 2020 et de les éliminer d’ici 2030. En 2016, le Canada signe la Déclaration de l’ONU sur les droits des peuples autochtones, un cadre de reconnaissance et de protection légales à plus grande échelle des droits des peuples autochtones en ce qui a trait aux terres et aux ressources, y compris la propriété, l’utilisation, le développement et la gouvernance.

Ces importants développements donnent à penser que les forêts du pays continueront de jouer un rôle crucial dans la vie de tous les Canadiens au cours des 150 prochaines années et plus encore.

 
Sources

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Références photographiques
  • Image du retrait d’un glacier : extrait de la fig. 2. Deglaciation in North America from the last glacial maximum at 21 400 – 6300 calendar years BP (adapted from Dyke et al. 2003). (Reproduit avec la permission de « An introduction to Canada’s boreal zone: ecosystem processes, health, sustainability, and environmental issues. 2013. Brandt, J.P.; Flannigan, M.D.; Maynard, D.G.; Thompson, I.D.; Volney, W.J.A. Environmental Reviews 21(4): 207–226. ».
  • Image d-03623 (Compagnie Columbia River); image f-09192 (machine descendant une pente forte) et image i 05785 (naturaliste au Creston Wildlife Centre), reproduites avec l’aimable autorisation du Royal BC Museum and Archives.
  • Images de travailleurs forestiers autochtones : Forêt modèle Waswanipi Cree.
  • Image de la phase 1 du Projet de construction de la résidence d’étudiants Brock Communs. Image reproduite avec l’aimable autorisation de naturally:wood® [en anglais seulement].