Livrée des forêts

Comprendre la dynamique des infestations de la livrée des forêts

la livrée des forêts

La livrée des forêts

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La livrée des forêts (Malacosoma disstria), un insecte défoliateur indigène en Amérique du Nord, a dans le passé infligé des dommages importants au peuplier faux-tremble, au chêne, au frêne, à l’érable et au bouleau à papier. La superficie défoliée par la livrée des forêts a fluctué entre 14,3 millions d’hectares en 2001 et 150 000 hectares en 2009. Des infestations majeures se sont déclarées dans une bonne partie de la forêt boréale tous les 10 à 12 ans. Ces infestations durent normalement au plus trois ans à l’échelle des peuplements, mais jusqu’à six ans à celle du paysage, selon les facteurs de régulation naturelle comme les conditions météorologiques, les interactions hôte-parasitoïdes et la structure des peuplements touchés.

Les arbres défoliés à répétition sont affaiblis et deviennent plus vulnérables aux facteurs de stress comme la sécheresse et les autres ravageurs forestiers. Une défoliation grave répétée sur deux années ou plus peut entraîner une réduction importante de l’accroissement radial des arbres et une très forte mortalité des branches et des rameaux. La livrée des forêts est l’une des causes du dépérissement du peuplier faux-tremble signalé en Alberta et en Ontario, et il a été démontré que la mortalité des arbres augmente en fonction de la durée des épisodes de défoliation continue.

Les infestations de la livrée des forêts n’ont pas été aussi largement étudiées que les infestations cycliques causées par d’autres ravageurs, comme la tordeuse des bourgeons de l’épinette ou la spongieuse. Cependant, les infestations de la livrée des forêts représentent un modèle d’écologie des perturbations liées aux insectes forestiers. De plus, dans une perspective d’approvisionnement forestier, le dépérissement causé par les infestations de la livrée des forêts pourrait avoir de graves répercussions sur la gestion des forêts. En outre, si les changements climatiques altèrent la dynamique des infestations futures, l’état de santé général des forêts boréales canadiennes pourrait être affecté. En pareil cas, les impacts environnementaux et économiques pourraient être importants.

Pour ces raisons, les chercheurs du Service canadien des forêts de Ressources naturelles Canada, de concert avec divers collaborateurs, ont examiné les données historiques liées aux infestations afin de mieux comprendre l’écologie des perturbations causées par la livrée des forêts. Les connaissances ainsi acquises aideront les gestionnaires des ressources à élaborer des stratégies de lutte efficaces et permettront de prévoir l’impact des changements climatiques sur l’évolution des futures infestations et leurs effets sur les estimations du bilan du carbone.

Dynamique des infestations

Des données sur les superficies défoliées par les insectes forestiers sont colligées depuis les années 1930 en Ontario et au Québec. Les chercheurs ont utilisé les cartes de défoliation de Ressources naturelles Canada établies pour les années 1938 à 2002 afin d’étudier la fréquence, l’ampleur et à la périodicité des infestations de la livrée des forêts à l’échelle du paysage pour mieux comprendre les processus sous-jacents.

L’analyse des cartes a montré que six infestations majeures ont eu lieu, que les infestations ont duré 2 à 5 ans et qu’elles se sont produites tous les 7 à 11 ans. La plus forte intensité moyenne de défoliation a été enregistrée durant la période 1951-1954.

vue aérienne d'un peuplement ravagé par la livrée des forêts

Vue aérienne d'un peuplement ravagé par la livrée des forêts

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Degré de synchronisation des infestations

Les chercheurs ont également tenté d’évaluer le degré de synchronisation des infestations sévissant dans les régions étudiées et de déterminer les tendances et les processus déterminant le degré de synchronisation entre les populations.

Les infestations se sont produites périodiquement et de façon passablement synchrone entre les régions de l’Ontario et du Québec. Les plus fortes fluctuations synchronisées à grande échelle ont été observées dans trois régions, à savoir le nord-ouest de l’Ontario, l’est de l’Ontario, l’ouest du Québec et le sud-est du Québec. Toutefois, la défoliation à l’échelle du vaste paysage environnant s’est révélée de façon générale peu fréquente et sporadique. Dans un secteur du nord-est de l’Ontario, la défoliation par la livrée des forêts s’est prolongée de 1992 à 1999.

Facteurs influant sur la dynamique des infestations

Des études antérieures fondées sur une analyse des données amassées en Ontario ont révélé que les conditions climatiques locales ont un effet déterminant sur les cycles des infestations de la livrée des forêts en influant sur les processus temporels régissant la croissance des populations et les interactions hôte-parasitoïde.

Les chercheurs du Service canadien des forêts et leurs collaborateurs ont tenté de déterminer quel facteur entre la topographie et les conditions climatiques influe le plus sur la synchronisation des infestations. Ils ont posé comme hypothèse que la capacité des insectes de se disperser à l’échelle du paysage joue un rôle plus important et que la topographie relativement plate de l’Ontario et du Québec favorise davantage leur dispersion que les régions montagneuses de l’Ouest, où les infestations sont moins synchronisées. Une bonne compréhension de cet effet trouve son importance dans les activités de lutte. En effet, cela pourrait aider à déterminer l’étendue des relevés à effectuer autour des nouvelles infestations dans le but de déterminer de façon fiable leur superficie.

Effets des infestations sur l’état de santé du peuplier faux-tremble

Des attaques répétées par la livrée des forêts peuvent compromettre la santé des arbres et causer le dépérissement des peuplements touchés. C’est ce qui semble s’être produit dans le nord-est de l’Ontario, où un secteur défolié au cours de huit années consécutives à partir de 1992 a subséquemment été classé comme en dépérissement au début des années 2000.

Les chercheurs ont tenté de déterminer si l’évolution de cette infestation était similaire à celle des autres populations du ravageur à l’échelle de son aire de répartition et si la gravité des infestations était en hausse dans le nord-est de la province. Ils ont conclu que cette population occupait une zone d’habitat marginal pour l’espèce et que ses fluctuations correspondaient à celles des autres populations seulement lorsque les conditions météorologiques et l’état de santé des arbres au moment du déclenchement de l’infestation étaient propices.