Longicorne asiatique

Des individus adultes du longicorne asiatique (Anoplophora glabripennis, Motschulsky) ont été découverts en septembre 2003 aux limites des villes de Vaughan et de Toronto, en Ontario. Originaire de la Chine et de la péninsule coréenne, cet insecte serait arrivé en Amérique du Nord dans des matériaux d'emballage en bois massif, comme des palettes et des caisses.

Longicorne asiatique

Depuis 1982, des inspecteurs de l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) et de l’Agence des services frontaliers du Canada ont intercepté ce ravageur à maintes reprises dans des ports d’entrée du Canada et dans des entrepôts.

La décision d’éradiquer ce ravageur

Des attaques du longicorne asiatique ont été signalées chez de nombreuses essences feuillues en Amérique du Nord et en Europe. Au Canada, elles ont été principalement observées sur des feuillus en santé comme des érables, des peupliers, des bouleaux, des saules et des ormes.

Parce que cet insecte pouvait tuer des arbres et n’avait aucun ennemi naturel connu au pays, il représentait une grave menace pour les forêts naturelles du Canada. Il pouvait entraîner la perte massive d’arbres dans le paysage urbain, des répercussions sur les industries du tourisme et des loisirs, des pertes de produits du bois représentant plusieurs milliards de dollars pour l’industrie de transformation du bois de feuillus, des pertes de plusieurs millions de dollars pour l’industrie de l’acériculture, des dommages importants aux écosystèmes et l’imposition d’embargos commerciaux sur les produits forestiers du Canada.

tronc d'arbre endommagé

Coupe transversale du tronc d’un arbre infesté.

Image agrandie

Pour ces raisons, l’ACIA a mis en œuvre un programme d’éradication du parasite en 2004, avec l’aide de nombreux collaborateurs, avant que ce ravageur puisse s’établir dans les forêts naturelles du Canada.

  • L'ACIA a établi une zone de quarantaine d'environ 150 km2 autour des arbres infestés pour empêcher le déplacement de bois et de produits du bois hors de cette zone réglementée.
  • Pour empêcher la dissémination de cet insecte, il a fallu détruire tous les arbres infestés ou soupçonnés de l’être (531 au total) découverts entre septembre 2003 et mars 2004 et réduire leur bois en copeaux.
  • Le bois de 12 500 autres arbres considérés à risque élevé d’infestation a subi le même sort.

Rôle du Service canadien des forêts dans le programme d’éradication

Un comité sous la direction d’un scientifique du Centre de foresterie des Grands Lacs du Service canadien des forêts (SCF), composé de chercheurs du Canada et des États-Unis, a donné des conseils et formulé des recommandations à l’ACIA tout au long de ce programme d’éradication. Le comité a suggéré plusieurs améliorations au programme, reposant sur les données recueillies durant l’abattage d’arbres infestés et d’arbres à risque élevé d’infestation.

Avant la destruction de ces arbres, on a examiné chacun d’eux pour déterminer s’il avait été attaqué par cet insecte. L’essence a été identifiée, la dimension de l’arbre a été mesurée et son emplacement précis dans le paysage et sa distance des autres arbres ont été déterminés. Dans le cas des arbres infestés, le nombre de signes d’attaque et leur emplacement dans la couronne ont aussi été déterminés. La quasi-totalité de cette information au sujet du comportement de cet insecte dans l’environnement canadien a été incluse dans un manuel détaillé qui sert à la formation et qui s’est révélé un outil utile pour le dépistage de ce ravageur.

Les scientifiques du SCF ont combiné cette information aux résultats de recherche expérimentale pour élaborer des protocoles de relevé qui ont permis d’améliorer l’efficacité des inspecteurs pour ce qui est de détecter les signes et les symptômes d’attaque, même lorsque les densités de ce ravageur étaient très faibles. Les protocoles incluent, par exemple, des lignes directrices précisant le nombre d’arbres à examiner et la durée de l’examen de chaque arbre pour obtenir la plus forte probabilité de détecter une infestation. Cette information a aussi été utilisée pour la création de programmes d’inspection d’assurance de la qualité.

D’autres scientifiques du SCF ont participé à l’élaboration de nouvelles normes internationales concernant le traitement des matériaux d’emballage en bois faisant en sorte que tout organisme nuisible indésirable soit détruit dans son pays d’origine et ne puisse être transporté par mégarde vers l’Amérique du Nord. Ces efforts ont débouché sur l’élaboration de la Norme internationale pour les mesures phytosanitaires (NIMP no 15), qui a été appliquée en 2006. Ces mesures, bien qu’elles ne soient pas efficaces à 100 %, devraient permettre de réduire considérablement les probabilités de réintroduction de cet insecte au Canada.

Histoire de réussite

Un relevé de la zone de quarantaine est effectué quotidiennement depuis 2003. Quelques arbres infestés ont été trouvés chaque année entre 2004 et 2007, le dernier ayant été découvert en décembre 2007. À ce moment-là, un total de 665 arbres infestés avaient été abattus, ainsi que 28 165 arbres à risque élevé d’infestation. L’ACIA a déclaré que le longicorne asiatique avait été éradiqué du Canada en avril 2013, après cinq années de résultats de relevé négatifs dans la zone de quarantaine.

De plus, des relevés visant à déceler les populations du longicorne asiatique à l’extérieur de la zone de quarantaine en Colombie-Britannique, en Ontario, au Québec et dans les provinces de l’Atlantique ont été effectués tous les ans depuis 2008. À ce jour, aucune autre infestation par cet insecte n’a été découverte au Canada.

Personne-ressource du Service canadien des forêts

Jean Turgeon, Chercheur scientifique, biologie et écologie des insectes

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