La migration assistée

Les forêts sont sensibles au climat, et plusieurs impacts des changements climatiques se font déjà ressentir à travers le Canada. Les arbres semblent réagir au réchauffement des températures en se dispersant vers des habitats répondant mieux à leurs exigences climatiques. Cependant, certaines populations ne pourront migrer aussi rapidement que le taux de changement de leur environnement.

Des nombreuses options d’adaptation aux changements climatiques sont en train d’être considérées en tant que moyen de maintenir la biodiversité, la santé et la productivité des forêts du Canada. L’une des options qui gagne de plus en plus en intérêt est la migration assistée, soit le déplacement par l’humain, de plantes ou d’animaux vers les habitats climatiques auxquels ils sont adaptés.

Dans le but de s’assurer que les semences utilisées dans le reboisement soient adaptées à leur environnement, plusieurs compétences ont émis des directives sur les régions géographiques spécifiques où il faut planter les semences. Certaines compétences au Canada ont commencé à mettre en œuvre la migration assistée de certaines essences d’arbres à petite échelle en modifiant certaines de ces directives. Par exemple, en Colombie-Britannique, les zones de transfert de semences de la plupart des essences ont été étendues de 200 mètres en altitude et de nouvelles politiques ont été mises en place afin de permettre la plantation du mélèze de l’Ouest à l’extérieur de son aire de distribution antérieure. En Alberta, les zones de transfert de semences de la plupart des espèces ont été étendues de 200 mètres en altitude et de deux degrés en latitude vers le Nord. Au Québec, les risques de « maladaptation » aux changements climatiques ont été considérés dans les fonctions de transfert de semences. Dans certaines régions, des mélanges de semences locales et de régions plus au sud sont utilisées. Il est fondamental que les semences utilisées en migration assistée aient été documentées, testées et rangées adéquatement, et qu’elles proviennent d’un grand éventail de sources et d’espèces.

Il est possible d’envisager la migration assistée pour répondre à des objectifs de conservation (p. ex., pour sauver les espèces) et de foresterie (p. ex., pour maintenir la santé et la productivité). En raison des connaissances actuelles et des pratiques en place, la migration assistée est plus facilement réalisable dans le cas des principales essences commerciales que dans le cas des espèces préoccupantes du point de vue de la conservation.

Questions à considérer

La migration assistée pourrait atténuer certains risques posés à la biodiversité — tels que l’extinction d’espèces —, à la santé et à la productivité des arbres par les changements climatiques. Cependant, mettre en application la migration assistée pose des risques possibles. Ils peuvent comprendre l’impact de l’espèce introduite sur l’environnement hôte, le fait que l’espèce devienne envahissante, de la mortalité et des pertes d’investissements si l’espèce ou la population ne s’adaptent pas bien aux conditions locales, etc. Ces risques doivent être comparés aux risques découlant de la décision de ne pas appliquer une telle approche.

La migration assistée comprend un large éventail de pratiques et de concepts à différentes échelles. Mais, il est possible de distinguer trois types de migration assistée, comportant chacun un degré différent de risque et d’incertitude.Note de bas de page1

  • Migration assistée des populations — le mouvement, assisté par l’humain, de populations à l’intérieur de la zone de distribution de l’espèce — risque faible
  • Expansion assistée de la distribution — le mouvement, assisté par l’humain, d’espèces vivant juste à l’extérieur de la zone de distribution actuelle, de façon à faciliter ou à mimer l’expansion naturelle de la distribution — risque intermédiaire
  • Migration assistée sur de longues distances — le mouvement, assisté par l’humain, d’espèces à l’extérieur de la zone de distribution actuelle, sur des distances supérieures à celles accessibles par dispersion naturelle — risque élevé

Dans le but de s’assurer que la migration assistée est avantageuse et que les risques qu’elle pose sont minimisés, on doit appuyer les décisions sur de meilleures connaissances scientifiques. Un éventail de paramètres autres que le climat, tels que la photopériode et les propriétés du sol, devront être considérés quand il s’agira de décider quelles espèces seront sélectionnées pour la migration et vers quel endroit. Là où la migration assistée est pratiquée, les populations migrantes et leurs écosystèmes hôtes devront être soigneusement surveillés au fil du temps.

La migration assistée est un concept en développement qui présente des avantages potentiels en tant que stratégie d’adaptation aux changements climatiques, mais qui soulève aussi beaucoup de questions et débouche sur beaucoup d’inconnus. L’idée que les humains puissent combler l’écart entre la capacité de migration des espèces et le taux de changement des conditions climatiques est de plus en plus débattue et considérée comme une option de gestion possible.

Le Service canadien des forêts est en train d’élargir les connaissances sur la migration assistée sur plusieurs fronts, y compris la recherche visant à combler les lacunes en la matière, la mise au point d'outils pratiques de recherche et de modélisation, la conservation des espèces vulnérables. Il entend aussi collaborer avec les entités nationales et internationales.

Photo montrant des noyers noirs au milieu de leur troisième saison de croissance.

La photo montre des noyers noirs au milieu de leur troisième saison de croissance.

Essai de migration assistée

Dans un essai de migration assistée à Claremont en Ontario mené par Ressources naturelles Canada et le ministère des Richesses naturelles de l'Ontario, six essences feuillues provenant de quatre différentes sources de semences ont été plantées sur le terrain avec cinq répétitions. Les essences et les sources de semences sélectionnées provenaient d'environ 500 km (Pennsylvanie), 900 km (Kentucky) et 1400 km (Tennessee) au sud du site de plantation de Claremont. Une source locale de semences a aussi été utilisée comme témoin. De tels essais de même que de vieux essais de génétique forestière sont de plus en plus utilisés dans le but de répondre aux nombreuses questions que soulève la migration assistée.

 

Personnes-ressources du Service canadien des forêts

Tannis Beardmore, Chercheuse, semences d'arbre
Kathleen Forbes, Technologue/Conseillère
Dale Simpson, Gestionnaire, Centre national recherche sur la génétique forestière

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