Introduction - Synthèse

Figure SR-1

Figure SR-1: Adaptation et atténuation dans le contexte du changement climatique (extrait modifié tiré de Smit et al., 1999).

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On ressent déjà les effets du changement climatique au Canada et dans le monde. Ils se poursuivront pendant de nombreuses décennies peu importe les résultats des efforts d'atténuation déployés à voire même des siècles, l‘échelle de la planète pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (atténuation). Aussi, l'adaptation est-elle un complément indispensable de l'atténuation dans la lutte contre le changement climatique (voir la figure RS-1). Elle entraîne essentiellement une modification des décisions, des activitéset de la façon de penser en fonction du changement climatique constaté ou prévu, afin d'atténuer les dommages qui peuvent en découler et de saisir les nouvelles possibilités qu'il risque d'offrir (voir l'encadré RS-1). Dans son quatrième rapport d'évaluation, le Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC) affirme que, selon toute vraisemblance, ni l'adaptation ni l'atténuation ne pourra à elle seule empêcher le changement climatique d'avoir des impacts importants mais que, ensemble, elles peuvent réduire les risques considérablement. Il met en évidence le fait qu'il n'existe pas de combinaison optimale de mesures d'adaptation et d'atténuation et qu'il ne s'agit pas de faire un choix entre les deux. L'atténuation est nécessaire pour réduire le rythme et l'ampleur du changement climatique, tandis que l'adaptation s'impose si l'on veut limiter les dommages causés par le changement climatique inévitable (Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat, 2007; Klein et al., 2007).

Dans le présent rapport l'expression « changement climatique » désigne tout changement du climat avec le temps, qu'il soit induit par des facteurs naturels, l'activité humaine ou les deux. Cet emploi est le même que celui qu'en fait le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, mais il diffère de la définition de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, selon laquelle les changements de climat sont attribués directement ou indirectement à une activité humaine et viennent s'ajouter à la variabilité naturelle du climat. L'expression « climat en évolution » est parfois utilisée dans le rapport pour souligner le fait que ces changements sont continus.

La présente synthèse du rapport Vivre avec les changements climatiques au Canada : édition 2007 fait des constats au sujet des impacts actuels et futurs du changement climatique au Canada et de la vulnérabilité à ce changement. Elle rend compte aussi bien des mesures d'adaptation auxquelles on a actuellement recours pour réduire les risques et profiter des possibilités associées au changement climatique que de celles auxquelles on pourrait recourir à l'avenir. Afin de cerner avec précision les enjeux auxquels les gouvernements doivent s'attaquer dans leurs politiques et leurs programmes, il faut procéder à des analyses qui débordent le cadre de la présente évaluation scientifique; les conclusions de ce rapport fournissent, par contre, de la matière pour ces analyses détaillées. Le rapport de synthèse est basé sur l'information contenue dans les différents chapitres de l'évaluation, en particulier les chapitres 3 à 8, qui présentent des analyses régionales pour le Nord, le Canada atlantique, le Québec, l'Ontario, les Prairies et la Colombie-Britannique, et le chapitre 9, qui examine les répercussions sur le Canada des développements qui se produisent ailleurs dans le monde sur le plan des impacts climatiques et de l'adaptation. Les principales conclusions relevées dans ces chapitres sont résumées dans l'encadré RS-2. Le reste du rapport consiste en une analyse intégrée de cette information à l'échelle nationale. Dans la mesure du possible, les auteurs établissent des liens entre leurs propres conclusions et les constats du quatrième rapport d'évaluation du GIEC; ils démontrent que mêmes défis auxquels le Canada doit faire face se présentent à d'autres pays et à d'autres régions, et qu'il est possible d'en apprendre beaucoup du moment que l'on est prêt à partager l'expérience acquise en matière d'adaptation.

 

 

 

ENCADRÉ RS-1: En quoi consiste l'adaptation au changement climatique?

L'adaptation au changement climatique est l'ensemble des activités qui, d'une part, limitent les impacts négatifs de ce changement et, d'autre part, favorisent l'accès aux nouvelles possibilités offertes par ce même changement. On distingue plusieurs types de mesures d'adaptation (voir le tableau RS-1). Certaines sont prises avant que les impacts ne soient constatés (mesures préventives) et d'autres, après que les impacts ont été ressentis (mesures réactives; voir le tableau RS-1). Ces deux types de mesures peuvent être planifiés (c.-à-d. être le résultat de décisions stratégiques délibérées), tandis que les mesures d'adaptation réactives peuvent également être spontanées. Dans la plupart des situations, les mesures préventives planifiées ont des coûts moins élevés à long terme et sont plus efficaces que les mesures réactives.

 
Tableau RS-1 : Différents types de mesures d'adaptation( extrait modifié tiré de Smit et al. , 1999).
ADAPTATION
Selon Type d'adaptation
L'intention Spontanée Planifiée
L'action (par rapport au stimulus climatique) Réactive Simultanée Préventive
L'étendue temporelle À court terme À long terme
L'étendue spatiale Localisée Étendue

Habituellement, les mesures d'adaptation ne sont pas prises uniquement en fonction du changement climatique; elles tiennent compte d'un éventail de facteurs et des possibilités de synergies et de conflits. Une mesure d'adaptation, si efficace soit-elle, n'élimine pas nécessairement les impacts négatifs; elle limite seulement la gravité des effets qui auraient pu se produire si aucune mesure d'adaptation n'avait été adoptée. Pour choisir la solution d'adaptation qui convient le mieux à une situation donnée, il faut tenir compte de la faisabilité, de la probabilité et des mécanismes d'adoption.

 

ENCADRÉ RS-2: Résumé des principales conclusions relevées dans les chapitres

NORD DU CANADA (chapitre 3)

  • Les niveaux actuels d'exposition et de sensibilité aux changements causés par le climat ainsi que les limites de la capacité d'adaptation rendent certains systèmes et certaines populations du Nord particulièrement vulnérables aux impacts du changement climatique
  • Les changements d'origine climatique qui touchent le pergélisol, la glace de mer, la glace de lac et le couvert nival ont des incidences importantes sur la conception et l'entretien des infrastructures.
  • Les variations du climat entraîneront des modifications de la disponibilité, de l'accessibilité et de la qualité des espèces, avec toutes les conséquences que cela peut représenter pour la biodiversité et les populations humaines qui dépendent de ces ressources.
  • La plus grande facilité de navigation dans les eaux marines de l'Arctique et l'expansion des réseaux de transport terrestres offriront des possibilités de croissance dans une foule de secteurs de l'économie, mais elles créeront aussi de nombreux défis sur le plan de la culture, de la sécurité et de l'environnement.
  • Dans des conditions de climat en évolution, il sera plus difficile de maintenir et de protéger certains aspects des modes de vie traditionnels et des régimes de subsistance dans nombre des collectivités autochtones de l'Arctique.

CANADA ATLANTIQUE (chapitre 4)

  • Le changement climatique entraînera une augmentation du nombre et de l'intensité des tempêtes, l'élévation du niveau de la mer, plus d'ondes de tempête, d'érosion côtière et d'inondations qui, toutes, toucheront les collectivités côtières, de même que leurs infrastructures et leurs industries.
  • Les ressources en eau seront davantage sollicitées à mesure que changeront les conditions et les besoins en réaction à des facteurs aussi bien climatiques que non climatiques.
  • Pour ce qui est des pêches en mer, les répercussions ne se limiteront pas aux espèces de poisson disponibles, mais toucheront également de nombreux aspects du secteur des pêches, dont le transport, la commercialisation, la santé et la sécurité au travail et la santé et le bien-être communautaires.
  • Des températures plus élevées et l'allongement des saisons de croissance bénéficieront à l'agriculture et à la foresterie, mais l'augmentation des perturbations et des stress liés au manque d'humidité qui les accompagne constitue une source d'inquiétude.
  • Il est possible de réduire la vulnérabilité des collectivités de l'Atlantique par une planification soigneuse, particulièrement dans les régions côtières, et par des efforts d'adaptation visant à limiter l'exposition à l'élévation du niveau de la mer.

QUÉBEC (chapitre 5)

  • C'est dans l'Arctique québécois que sont anticipés les plus importants effets du changement climatique pour cette région, aggravant les problèmes actuels liés aux catastrophes le naturelles et aux infrastructures essentielles, et rendant encore plus difficile le maintien des modes de vie traditionnels.
  • Les impacts du changement climatique sur l'environnement naturel auront des effets défavorables sur les écosystèmes; les conséquences seront particulièrement lourdes dans les collectivités où les ressources naturelles constituent un élément clé de l'économie. Certains impacts pourraient être bénéfiques à certains secteurs de l'économie, notamment ceux de l'hydroélectricité et de la foresterie.
  • Dans la région maritime, on assistera vraisemblablement à une accentuation de l'érosion côtière le long de l'estuaire et du golfe du Saint-Laurent, là justement où se situent les principales zones d'activité sociale et économique de la région.
  • Dans le sud du Québec, un accroissement de la fréquence, de l'intensité ou de la durée des phénomènes météorologiques extrêmes augmenterait les risques menaçant l'environnement bâti vieillissant, les populations vulnérables et les collectivités vivant dans des zones exposées aux aléas naturels.
  • L'adaptation offre de nombreuses pistes de solution permettant de limiter les impacts néfastes du changement climatique. L'économie du savoir de plus en plus diversifiée du Québec confère à cette province une grande capacité d'adaptation. Par ailleurs, les limites et les coûts de l'adaptation sont généralement peu connus, notamment à long terme.

ONTARIO (chapitre 6)

  • Partout dans la province, des phénomènes climatiques perturbent des infrastructures essentielles, notamment les systèmes de traitement et de distribution de l'eau, les équipements de production et de distribution d'énergie et les réseaux de transport, et la fréquence de ces perturbations va probablement augmenter dans l'avenir.
  • Des pénuries d'eau ont été constateés dans le sud de la province, et on prévoit que leur fréquence augmentera avec la hausse des températures estivales et des taux d'évaporation.
  • Les phénomènes climatiques, tels que les conditions extrêmes, les vagues de chaleur, les épisodes de smog ainsi que les changements d'ordre écologique qui favorisent la propagation des maladies à transmission vectorielle présentent tous des risques pour la santé des résidents de l'Ontario.
  • Les collectivités éloignées et tributaires des ressources ont gravement souffert de phénomènes d'origine climatique qui ont entraîné des évacuations répétées, perturbé des liens de transport essentiels et mis à rude épreuve les économies fondées sur la forêt. Ces impacts vont probablement augmenter.
  • Les écosystèmes de l'Ontario subissent des stress sous l'action conjuguée du changement climatique, de l'activité humaine et des perturbations naturelles.
  • L'Ontario jouit d'une forte capacité d'adaptation au changement climatique, cependant, cette capacité n'est pas uniformément répartie au sein des sous-régions ni même entre les secteurs.

PRAIRIES (chapitre 7)

  • Une augmentation des pénuries d'eau constitue la menace climatique la plus sérieuse dans les provinces des Prairies.
  • Les écosystèmes subiront les conséquences des modifications se manifestant au niveau du bioclimat, des perturbations causées par les insectes et les incendies, des stress exercés sur les habitats aquatiques et de l'implantation d'espèces exotiques; ces conséquences se feront sentir dans les moyens de subsistance et les secteurs économiques qui dépendent des écoservices.
  • Les Prairies voient disparaître certains des avantages que leur procuraient les hivers froids. Ces derniers aidaient à restreindre l'étendue des ravageurs et des maladies, à faciliter les travaux entrepris en hiver dans les secteurs de la foresterie et de l'énergie, et à permettre l'accès plus facile aux collectivités éloignées grâce aux chemins d'hiver.
  • Les collectivités qui dépendent de l'agriculture et des forêts sont très sensibles à la variabilité et aux extrêmes climatiques. Les projections annoncent une augmentation de la fréquence des épisodes de sécheresse, dont les impacts économiques se calculent parfois en milliards de dollars, des feux de friche et des inondations graves.
  • La capacité d'adaptation, bien que forte, est répartie inégalement, de sorte que le degré de vulnérabilité diffère d'une sous-région à l'autre.
  • Si les processus d'adaptation ne sont pas bien compris, on sait cependant que les institutions et la société civile joueront un rôle de premier plan dans le renforcement de la capacité d'adaptation en s'inspirant de plusieurs initiatives récentes qui augmentent la résilience.

COLOMBIE-BRITANNIQUE (chapitre 8)

  • Un bon nombre de régions et de secteurs de la Colombie-Britannique connaîtront de plus en plus des pénuries d'eau et une concurrence croissante entre les diverses utilisations de cette ressource (par exemple, hydroélectricité, irrigation, collectivités, loisirs et normes de débit minimales), ce qui aura des répercussions sur les ententes transfrontalières.
  • Les phénomènes météorologiques extrêmes et les catastrophes naturelles qui en découlent ont eu, et d'ailleurs continueront d'avoir, une incidence sur les infrastructures essentielles et touchera les collectivités, les industries et l'environnement.
  • En Colombie-Britannique, les forêts, l'industrie forestière et les collectivités qui en dépendent sont particulièrement vulnérables aux risques climatiques, notamment les infestations de ravageurs et les feux de forêt.
  • Le changement climatique continuera d'accentuer les stress que subit actuellement le secteur des pêches en Colombie-Britannique. La vulnérabilité de la pêche au saumon du Pacifique se trouve aggravée par le fait que ces espèces revêtent pour certains une importance
    sociale, économique et écologique unique.
  • Le changement climatique aura un effet à la fois positif et négatif sur le secteur agricole de la Colombie-Britannique; l'augmentation de la fréquence et de la durée des épisodes de sécheresse constitue le risque le plus important.
  • La prise en considération de l'adaptation au changement climatique dans le processus décisionnel permet d'augmenter la résilience et de réduire les coûts et les impacts à long terme liés au changement climatique.

LE CANADA DANS LE MONDE (chapitre 9)

  • Le changement climatique touche déjà les populations, les économies et les environnements de toutes les régions du monde. On prévoit que ces impacts, défavorables pour la plupart, et surtout reliés aux phénomènes météorologiques extrêmes et aux changements constatés dans les ressources hydriques, vont se poursuivre et s'intensifier.
  • Les maladies qui sévissent actuellement sous les climats plus chauds constitueront une menace de plus en plus sérieuse au Canada en raison de la plus forte incidence de maladies et de vecteurs dans des pays qui entretiennent des liens de commerce et de voyage avec le Canada.
  • Les impacts du changement climatique et les mesures d'adaptation mises en œuvre pour les contrer ailleurs dans le monde peuvent toucher le Canada de diverses manières et avec des conséquences importantes sur plusieurs plans, notamment sur ceux de la compétitivité, de la santé, du tourisme, du secours aux sinistrés, de l'aide au développement et du maintien de la paix.
  • À titre de pays développé, le Canada sera de plus en plus sollicité pour porter secours aux sinistrés et pour aider des pays en développement à s'adapter au changement climatique.