Sommaire et conclusion

La sphère d'influence des conditions météorologiques et du climat est vaste. Des impacts climatiques généralement peu documentés apparaissent graduellement et subtilement, au rythme des changements de moyennes ou des statistiques de la variabilit é climatique. Jusqu'à maintenant, ces évolutions ont, dans l'ensemble, suivi à l'échelle planétaire les tendances appréhendées par le GIEC et présentées dans ses rapports. Les impacts d'événements climatiques extrêmes retiennent l'attention par leur importance, leur soudaineté et leur caractère spectaculaire, mais la difficulté d'établir un rapport direct avec le changement climatique subsiste, puisque, par définition, il s'agit d'événements rares. Globalement, on sait que l'ampleur du changement climatique, y compris certains événements extrêmes dont la fréquence, l'intensité et la durée sont projetés d'augmenter, rendra de plus en plus importants et perceptibles les impacts sur la population, l'environnement naturel et bâti, ainsi que sur les activités socio-économiques. Compte tenu de l'ampleur anticipée du changement climatique, la réaction des systèmes naturels et humains (ou l'adaptation) pourra moduler, voire transformer les impacts tantôt négatifs, tantôt positifs. Malgré les nombreuses incertitudes qui persistent et la complexité des impacts directs et indirects qui se produisent en même temps que de nombreux autres changements touchant la vulnérabilité, certains constats se dégagent de la présente analyse de synthèse dont voici les grandes lignes :

  • Pour ce qui est des populations, les impacts du changement climatique - en particulier les impacts indirects issus des réactions de l'environnement naturel et bâti - entraîneraient une hausse des risques sur les plans de la santé, de la sécurité et du bien-être. L'application de mesures d'adaptation, surtout préventives et priorisées pour les populations à risque, ou en voie de l'être, minimiserait l'ampleur des impacts négatifs, notamment la chaleur accablante, la pollution accrue, la qualité amoindrie de l'eau, l'exposition aux rayonnements UV, les zoonoses, les événements causant blessures et mortalité. Ces mesures consistent, entre autres, en une modification des comportements à risque, en une aide aux populations vulnérables et en un aménagement du territoire visant à réduire les risques climatiques.
  • Pour ce qui est de l'environnement naturel, toutes les sphères du système climatique connaîtraient des transformations graduelles suivant les tendances à long terme, avec d'occasionnelles manifestations davantage perceptibles reliées aux changements de fréquence, d'intensité, de durée ou d'étendue d'événements extrêmes ou d'événements seuils. Naturellement, les paysages seraient refaçonnés sous l'effet du changement climatique, de même que l'hydrologie et la géomorphologie des cours d'eau, alors que la répartition et l'abondance relative des espèces de la flore et de la faune seraient également modifiées. À l'échelle régionale, des impacts variés déclencheraient des réactions d'adaptation spontanées et complexes. Plus que le simple déplacement d'écosystèmes vers le nord, plusieurs espèces menacées et écosystèmes rares risqueraient de disparaître, surtout dans les territoires où l'activité humaine est intense. Ces changements auraient des effets favorables et défavorables selon les régions, les usages et les perceptions. Pour ce qui est des ressources forestières, il est difficile d'anticiper leur évolution, étant donné que des impacts positifs (p. ex., taux de CO2 et températures plus élevés, allongement de la saison de croissance) et négatifs (p. ex., insectes et agents pathogènes, événements climatiques extrêmes) sont à prévoir.
  • De son côté, l'environnement bâti ne s'adapte pas spontanément. Par exemple, la réalisation des projets de génie qui se base en général sur une hypothèse de climat historiquement stable, devrait être revue en fonction de nouvelles données climatiques évolutives. Même si les changements de moyennes résultent en une usure accélérée ou en une perte d'efficacité des infrastructures, plusieurs de ces dernières, on le sait, seront particulièrement sensibles à une hausse de la fréquence des événements climatiques extrêmes. Ainsi, des stratégies d'adaptation appliquées en priorité aux infrastructures essentielles ou à celles dont les analyses de rentabilité le recommanderaient (coûts associés aux solutions d'adaptation contre cycles de vie des infrastructures), permettraient de limiter l'ampleur des impacts appréhendés. Dans un contexte de vieillissement généralisé de l'environnement bâti, laissant présager une vulnérabilité accrue pour le Québec, il serait crucial d'investir dans des travaux de réhabilitation ou de recalibrage des infrastructures, ainsi que dans de nouveaux projets, afin de diminuer les risques de fa çon préventive, plutôt que de réagir aux événements ayant d'importants impacts directs et indirects.
  • De tous les impacts appréhendés, ce sont les impacts sur les activités socio-économiques qui restent les plus difficiles à cerner. Ceux-ci dépendent, en effet, à la fois des impacts biophysiques encore mal quantifiés et de réactions complexes concomitantes, tels que les mécanismes de marché, les perceptions et les développements technologiques. Certaines activités seraient favorisées par des changements petits et graduels alors que d'autres seraient défavorisées par des changements plus grands, imprévus, ou encore, par une hausse du nombre des événements climatiques extrêmes. Si l'on commence à pouvoir estimer les impacts économiques, les impacts sociaux à moyen et à long terme, eux, relèvent plus de la spéculation. Bien que, pour le Québec, des gains et des occasions de développement économique d'une valeur annuelle estimée à plusieurs centaines de millions de dollars puissent découler du changement climatique, des pertes et des risques économiques beaucoup plus difficiles à évaluer, et dépassant largement le contexte économique, sont à craindre. Néanmoins, la capacité sur le plan socio-économique du Québec de s'adapter au changement climatique, surtout graduel, est grande par rapport à des économies moins vigoureuses et moins diversifiées. Le défi réside dans le fait de structurer les efforts afin de définir les problématiques et de mettre en place des solutions durables dans un système sociopolitique complexe. La capacité de gérer le changement permettra d'atténuer l'ampleur des impacts et de valoriser les occasions de développement à saisir.
  • La sous-région nord devrait connaître le changement climatique le plus important en valeur absolue. Ce dernier viendra ajouter à la complexité des enjeux auxquels cette sous-région fait face à l'heure actuelle, associés notamment à la forte exposition des collectivités aux risques naturels, à leur dépendance face à de nombreuses infrastructures essentielles, à leur accès aux ressources et à leurs modes de vie traditionnels étroitement liés au maintien de l'environnement naturel actuel. Ainsi, il s'avère important de gérer les répercussions de la fonte du pergélisol, des modifications des régimes de glace et de neige ainsi que de la transformation de la biosphère, en particulier la précarisation des espèces dépendantes de la glace de mer, en même temps que de la forte croissance démographique, des nombreux enjeux de développement et des importants changements socio-économiques. Des occasions de développement liées à la navigation, à la production d'énergie, au secteur minier dans des conditions hivernales moins froides et à une diversification de la faune et de la flore sont possibles. Bien que l'on vise à minimiser les coûts des impacts et de l'adaptation, les enjeux portent surtout sur la sécurité, la santé et le bien-être de populations vulnérables en raison de leur isolement. Les études d'impacts environnementaux de nouveaux projets de développement devraient nécessairement tenir compte du changement climatique.
  • La sous-région centrale, aux vastes étendues de ressources naturelles, pourrait voir son environnement se transformer et ses secteurs économiques améliorer leur productivité, comme l'hydroélectricité, grâce à des apports annuels en eau plus importants, ou encore la forêt, en raison d'une croissance plus rapide constatée dans des climats moins froids. Ce scénario demeure toutefois incertain pour plusieurs raisons, à savoir des observations historiques limitées et des tendances récentes inconsistantes, le manque de connaissances sur le plan de la phénologie des espèces et de l'hydrologie régionale, des outils d'évaluation en voie d'élaboration, des risques accrus reliés aux événements climatiques extrêmes mal connus, l'incertitudes des scénarios hydroclimatiques, complexité de la dynamique des écosystèmes et impacts sur le prix des ressources sur les marchés continentaux. De plus, compte tenu de la documentation limitée portant sur cette sous-région peu peuplée, il est probable que de nombreux impacts environnementaux et sociaux pouvant être considérés comme indésirables soient complètement inconnus à ce jour.
  • La sous-région maritime, pour sa part, est fortement exposée aux aléas climatiques et à l'hydrosphère. Ses collectivités, côtières et partiellement isolées, présentent une grande vulnérabilité socio-économique, accentuée au cours de la dernière décennie par l'effondrement des industries de la pêche et de la forêt. De plus, le processus d'érosion côtière en cours s'accélérant, il entraînerait une plus grande vulnérabilité des infrastructures, de l'environnement bâti ou encore des attraits touristiques. Une gestion intégrée, comprenant une bonne planification, ainsi qu'un aménagement soutenu et anticipé semblent représenter la meilleure stratégie d'adaptation afin de limiter les impacts de ce phénomène. L'un des grands défis des prochaines décennies est sans contredit la gestion et la prévention des impacts dans ces régions à risque croissant.
  • La sous-région sud pourrait profiter, quant à elle, d'une productivité accrue des cultures si les problèmes de disponibilité d'eau et de variabilité climatique étaient limités. En outre, une hausse des températures aura pour effet de réduire la consommation annuelle d'énergie. Par contre, que ce soit en milieu rural ou en milieu urbain, l'environnement bâti ne sera pas optimisé en fonction du climat appréhendé. Ainsi, cette sous-région que caractérise une densification et une hausse de sa population, l'interdépendance complexe de ses infrastructures, la tertiarisation de son économie associée à l'évolution des marchés internationaux, un tissu social en évolution et une population de plus en plus désensibilisée aux conditions climatiques, rassemble beaucoup de facteurs pouvant générer des impacts nombreux, complexes, et parfois coûteux, surtout reliés à une augmentation de fréquence, d'intensité ou de durée des événements climatiques extrêmes. Les changements appréhendés du cycle de l'eau et les impacts sur les nombreux usages de la ressource hydrique soulèvent des préoccupations quant à la pérennité de celle-ci et à la sécurité des populations face aux inondations. Enfin, une série d'autres impacts indirects, souvent peu documentés et se confondant à des événements sans lien avec le changement climatique, auront une incidence sur la biodiversit é régionale ainsi que sur la santé, la sécurité et le bien-être des populations de même que sur les perceptions, les prix des biens et services saisonniers, l'immigration, le tourisme et les loisirs. Afin de réduire les risques, on devrait, entre autres, appliquer des solutions aussi diversifi ées que l'intégration de la notion d'adaptation au changement climatique aux lois, aux normes de construction et aux politiques organisationnelles, et accentuer les efforts faits aupr ès de la population pour la sensibiliser davantage à ce changement. Bien qu'une planification tenant compte d'impacts anticipés puisse contribuer à l'adaptation, une variété d'informations, d'outils et de politiques pourra aussi rendre la société plus résiliente, sinon au changement climatique, du moins à ses impacts.

Manifestement, les solutions d'adaptation viennent s'ajouter aux efforts investis dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre dans le contexte des défis que posent le changement climatique. Depuis des siècles, les systèmes humains ont eu tendance à réagir aux impacts de la variabilité naturelle du système climatique de manière à diminuer leur exposition au climat et à augmenter leur capacité d'adaptation et leur résilience. Quant aux actions permettant de faire face aux inconnus climatiques futurs, un résumé d'une variété de stratégies d'adaptation existantes ou à l'étude, appliquées et applicables aussi bien à des collectivités qu'à des activités socio-économiques est présenté au tableau 7. On y observe que les systèmes humains auront tendance à s'adapter de différentes façons pour minimiser les impacts négatifs ou pour y faire face, ou encore pour optimiser les occasions de développement. Le tableau permet aussi de constater à quel point les acteurs de l'adaptation sont nombreux (individus, collectivités, industries, instances provinciales, fédérales et internationales), que le temps d'intervention est de durée variable (décision à court terme, planification à long terme) et que les stratégies ciblent différents obstacles à l'adaptation. Ces stratégies sont regroupées en cinq catégories :

  • développer et comprendre en vue d'acquérir des informations;
  • communiquer et sensibiliser dans le but d'accroître le degré de sensibilisation et de modifier les comportements;
  • intervenir et légiférer afin de modifier des lois, règlements et normes;
  • appliquer des technologies nouvelles ou existantes en ayant recours à des techniques, produits et matériaux;
  • appliquer et recommander des directives ou démarches pour fournir des exemples d'ajustements de pratiques ou de politiques internes.

Ainsi, on peut se faire une idée de ce qui pourrait être amené à se généraliser dans l'avenir.

Les défis que devra relever le Québec, au même titre que l'ensemble des habitants de la planète, sont immenses et teintés d'incertitudes. Comme l'indique le chapitre 10, pour arriver à relever le défi du changement climatique, il faudra disposer de plusieurs outils ou développer plusieurs habiletés : 1) davantage de données pertinentes et de qualité pour comprendre; 2) meilleur suivi et système d'avertissement pour se préparer; 3) interaction accrue entre les chercheurs et les acteurs politiques et op érationnels de l'adaptation afin de faciliter le transfert de technologies; 4) leadership et ouverture d'esprit de l'ensemble de la société afin de déterminer et de prioriser les problèmes et de remettre en question au bon moment et de la bonne façon; 5) multidisciplinarité et interdisciplinarité croissantes, tout en maintenant les efforts dans diverses spécialités des sciences climatiques, des autres sciences biophysiques, des sciences économiques, des sciences sociales et des sciences de la santé.

Enfin, les perceptions et les comportements, les processus et les facteurs menant aux prises de d écisions, de même que les aspirations et les convictions des individus et des collectivités, apparaissent comme des éléments fondamentaux dans l'adaptation des systèmes humains. Car, en fin de compte, c'est bien entre les mains de ces hommes et de ces femmes qui prendront les décisions que repose l'avenir.