Répercussions sur les secteurs et capacité d’adaptation

Les répercussions des changements biophysiques sur la société de la Colombie-Britannique dépendent de facteurs économiques et sociaux à l'échelle autant locale que régionale. La vulnérabilité des personnes et des collectivités aux risques du changement climatique est fonction de leur exposition physique aux dangers naturels, de leur interd épendance avec les milieux naturels (p. ex., ressources naturelles) et de leur capacit é d'adaptation (voir le chapitre 2; Dolan et Walker, 2007). Bien que la tendance vers une économie plus diversifiée améliore la capacité d'adaptation de l'économie de l'ensemble de la Colombie-Britannique au changement climatique et autres facteurs de stress, il est peu probable que cette diversification soit également répartie entre les régions et les secteurs.

Le changement climatique aura une incidence sur le développement économique de la Colombie-Britannique par ses répercussions sur les ressources naturelles de la province (p. ex., forêts, eau et milieu sauvage), sur la répartition géographique des activités d'utilisation optimale des terres (p. ex., cultures à fort rapport économique, cultures fourragères, foresterie commerciale) et les coûts sociaux et économiques de l'augmentation prévue de phénomènes météorologiques extrêmes.

Les sections suivantes traitent des répercussions du changement climatique sur les divers secteurs économiques de la Colombie-Britannique et, le cas échéant, des mesures d'adaptation actuelles et possibles pour les années à venir.

3.1 GESTION DES RESSOURCES EN EAU

Lorsqu'il s'agit des ressources en eau, leur gestion et leur utilisation sont très sensibles à la variabilité et au changement du climat. Les gestionnaires des eaux devront faire face au défi de répondre à toute une série d'attentes souvent concurrentes (énergie, irrigation, navigation, lutte contre les inondations, normes de débit minimal, etc.) dans des conditions d'approvisionnement et de demande variables.

Eaux de surface

La Colombie-Britannique dispose d'immenses ressources en eau et renferme approximativement le tiers des eaux de surface du Canada. L'incidence du changement climatique sur la gestion des ressources en eaux de surface a fait l'objet d'une considération toute particulière dans le bassin du Columbia (voir Hamlet et Lettenmaier, 1999; Mote et al., 1999; Miles et al., 2000), y compris en ce qui a trait aux questions transfrontalières (Cohen et al., 2000; Hamlet, 2003; Payne et al., 2004). Tel qu'indiqué plus haut (voir la section 2.4), les changements hydrologiques attribuables au climat, dont la diminution de l'accumulation annuelle de neige et l'avancement des périodes de pointe de la fonte des neiges, ont des répercussions importantes sur l'approvisionnement en eau et les pêches de la région. L'augmentation du débit durant les mois d'hiver et l'avancement de la saison d'inondation provoqueront une diminution du débit en été, période où les besoins d'irrigation sont à leur maximum. La diminution du débit en été aura également des répercussions sur la production d'hydroélectricité et sur l'habitat du saumon. Selon à peu près tous les scénarios de changement climatique, il sera difficile d'atteindre les objectifs actuels de gestion de la production d'hydroélectricité et les débits minimaux requis par le secteur des pêches (Payne et al., 2004). Dans le bassin du Fraser, l'allongement de la période de basses eaux risque de faire monter la température estivale des cours d'eau de près de 2 °C, ce qui aurait de graves conséquences sur les pêches (Morrison et al., 2002; Loukas et al., 2004). La section 4.3 traite des scénarios hydrologiques pour la vallée de l'Okanagan et des répercussions sur le secteur des pêches.

Malgré la disponibilité des résultats de quelques recherches ayant trait aux répercussions du changement climatique sur l'hydrographie des bassins des rivières Liard et de la Paix, dans le nord-est de la Colombie-Britannique (voir Cohen, 1997), on n'a pas tenu compte de ce dernier dans les plans de gestion en place. Par exemple, bien que le plan d'utilisation des eaux de la rivière de la Paix comprenne une réduction des émissions de gaz à effet de serre à titre d'objectif de gestion, il n'envisage pas d'options de gestion ayant trait aux changements hydrologiques induits par le changement climatique (BC Hydro, 2004).

Eaux souterraines

Environ 600 000 personnes (22 p.100 de la population de la Colombie-Britannique) tirent leur eau potable des eaux souterraines (BC Ministry of Environment, Lands and Parks, 1993). Les secteurs agricoles et industriels, et donc l'irrigation, les pâtes et papiers, les établissements de pisciculture, les usines de transformation des aliments, les mines, les industries chimique et pétrochimique, les parcs et les aéroports sont des usagers importants des eaux souterraines de la province (Liebscher, 1987). À ce jour, plus de 600 aquifères ont été cartographiés et classifiés selon le système de classification des aquifères de la Colombie-Britannique8.

Outre les répercussions directes du changement climatique sur les nappes d'eaux souterraines et la qualité de l'eau (voir la  section 2.4), on s'attend à une augmentation de la demande dans les régions de la province où les réseaux d'eau de surface ne suffisent pas à répondre aux besoins en prélèvements et débits minimums. À certains endroits, il pourrait devenir nécessaire d'approfondir les puits pour avoir accès à des aquifères plus profonds qui soient moins sensibles au changement climatique (Rivera et al., 2004).

3.2 PÊCHES

Le secteur des pêches et de l'aquaculture, qui inclut la pêche sportive, la pêche commerciale, l'aquaculture et les usines de transformation des produits de la mer, emploie environ 20 000 personnes un peu partout en Colombie-Britannique (voir le tableau 4); BC Ministry of Agriculture and Lands, 2005a). En 2004, les produits de la mer de la Colombie-Britannique avaient une valeur en gros de 620 millions de dollars pour les produits bruts et de 1,1 milliard de dollars pour les produits transformés (BC Ministry of Agriculture and Lands, 2005a). La pêche sportive, étroitement liée au secteur du tourisme (voir la  section 3.5), crée environ 8 900 emplois et contribue pour environ 233 millions de dollars par ann ée au PIB provincial, ce qui en fait l'élément le plus important du secteur des pêches (BC Ministry of Agriculture and Lands, 2002). L'aquaculture compte en Colombie-Britannique 700 sites autorisés pour l'élevage de 30 espèces de poissons, de mollusques et crustacés et de plantes marines. Les ventes dans ce domaine ont rapidement progressé, passant de 3 millions de dollars en 1983 à plus de 212 millions de dollars en 2005 (BC Ministry of Agriculture and Lands, 2005a). Néanmoins, la contribution du secteur des pêches au PIB provincial a été inférieure à 1 p.100 en 2001 (BC Ministry of Labour and Citizens' Services, 2006).

 

TABLEAU 4 : Secteurs des pêches et de l'aquaculture en Colombie-Britannique (BC Ministry of Agriculture and Lands 2005a).
Secteur Revenus du secteur (millions de dollars) Contribution au produit intérieur brut de la C.-B. (millions de dollars) Contribution à l'emploi en C.-B. (milliers d'emplois)
Pêches commerciales 358 170 5,4
Aquaculture 287 116 1,9
Transformation des produits de la mer 602 82 3,9
Pêche sportive 675 233 8,9
Total pour le secteur 1922 601 20,1

Le secteur des pêches et des espèces comme le saumon du Pacifique sont également des éléments importants (in sensu Garibaldi et Turner, 2004) du tissu social, culturel, juridique et écologique de la Colombie-Britannique (Pearse, 1982; Glavin, 1996). La durabilité du secteur des pêches et l'état et les tendances du saumon sauvage en particulier sont considérés comme des éléments essentiels au maintien de l'intégrité de l'écosystème. Cependant, les garanties constitutionnelles de l'accès des peuples autochtones à cette ressource en vue de répondre à leurs besoins alimentaires, culturels et sociaux font du maintien et du rétablissement de la pêche traditionnelle dans toute la Colombie-Britannique des éléments clés lors des négociations de traités (Raunet, 1984; Harris, 2001). C'est pourquoi les impacts économiques sur le secteur des pêches auront des conséquences importantes sur les activités d'autres secteurs (p. ex., agriculture, forêt, mines, énergie et urbanisation).

Au cours du xxe siècle, le secteur des pêches de la Colombie-Britannique a changé en réaction à de nombreux facteurs (voir l'encadré 2), dont la variabilité du climat. On a défini les rapports qui existent entre la variabilité du climat et de nombreuses variables physiques propres aux populations de poissons de la Colombie-Britannique aussi bien en milieu dulcicole (Northcote, 1992) que marin (King, 2005; P êches et Océans Canada, 2006a). Ces rapports mettent en évidence le fait que le changement climatique provoquera des réactions très diverses chez les poissons et dans le secteur des pêches de la Colombie-Britannique.

La sensibilité au changement et à la variabilité du climat diffère beaucoup entre les espèces dont la durée de vie est courte, comme la crevette, le saumon, le hareng et la sardine, et celles qui vivent plus longtemps, comme le panope du Pacifique, la perche et le flétan (Pêches et Océans Canada, 2001). Les espèces à durée de vie courte réagissent rapidement au changement climatique, et des populations peuvent disparaître ou se rétablir sans avertissement, ainsi qu'on a pu le constater avec les sardines (Hargreaves et al., 1994), le hareng (Schweigert, 1993) et le saumon (McKinnel et al., 2001; Hyatt et al., 2003; Riddell, 2004; Pêches et Océans Canada, 2006b, c). Le fait que les régimes de production des espèces à durée de vie plus longue qui sont attribuables au climat ou à la pêche changent lentement, quelquefois sur une période de dix ans ou plus, permet de mieux prévoir le rendement de la pêche, comme dans le cas du flétan (Clarke et Hare, 2002). Ces différences entre les espèces auront donc une incidence sur les décisions en matière d'adaptation.

ENCADRÉ 2

Tendances du secteur des pêches en Colombie-Britannique

Le flétan, le hareng, la sardine, le merlu et le saumon sont les principaux poissons pêchés en Colombie-Britannique depuis la fin des années 1800 (Pêches et Océans Canada, 2001). La pêche au saumon a dominé sur le plan socioéconomique pendant la plus grande partie du dernier siècle. Dans les années 1980, les prises ont été exceptionnelles, puis elles ont connu des minimums extrêmes durant les années 1990 (Beamish et Noakes, 2004) en raison des changements en matière de productivité marine (Hare et Mantua, 2000; Beamish et al., 2003) et d'objectifs des organismes de gestion (p. ex., protéger la biodiversité; Hyatt et Riddell, 2000; Irvine et al., 2005), et d'une baisse des prix du saumon sauvage imputable à la concurrence accrue de l'aquaculture (Noakes et al., 2002). À l'heure actuelle, les prises d'espèces sauvages sont stables (surtout les poissons de fond et les invertébrés) ou en déclin (p. ex., saumon), alors que la production de l'aquaculture est à la hausse, contribuant pour 50 p.100 à la valeur économique du secteur (Pêches et Océans Canada, 2001). En dépit de l'évolution des conditions, le secteur des pêches a maintenu une valeur au débarquement moyenne de 550 millions de dollars (plage de 380 à 720 millions) depuis 1985 (BC Ministry of Agriculture and Lands, 2002).

La réaction du secteur des pêches au changement climatique variera beaucoup d'une région à l'autre (Ware et McFarlane, 1989; Ware et Thomson, 2005). Dans les écosystèmes dulcicoles, le changement climatique touche déjà la quantité (niveau des lacs, débit des cours d'eau) et la qualité (température, éléments nutritifs) des apports d'eau saisonniers et annuels autour du bassin de Georgia (Whitfield et al., 2002b; Quilty et al., 2004) et dans le bassin du Fraser (Morrison et al., 2002), de même que dans l'intérieur sud de la Colombie-Britannique (voir les  sections 2.4 and 3.1). Il entraîne ainsi des perturbations du cycle biologique et de la production des salmonidés résidents et migrateurs (Levy, 1992; MacDonald et al., 2000; Hyatt et al., 2003).

Le détroit de Georgia et la zone de remontée d'eau côtière à l'ouest de l'île de Vancouver alimentent certaines des pêches maritimes les plus riches de la Colombie-Britannique (Ware et McFarlane, 1989). Des études de périodes préhistoriques (Wright et al., 2005) et historiques (Pêches et Océans Canada, 2006a) révèlent que la dominance des espèces dans ces régions varie beaucoup, le saumon, le hareng et le merlu résident étant les plus abondants lorsque les eaux sont froides, le merlu migrateur et des espèces « exotiques » comme le maquereau, le thon et même le calmar de Humboldt remontant du sud quand les eaux sont chaudes (Pêches et Océans Canada, 2006a). L'expérience démontre que, pour ce qui est des gains, de bonnes prises de merlu migrateur (Ware et McFarlane, 1995), de sardine (McFarlane et Beamish, 1998) et de thon dans un climat plus chaud ne compenseront pas imm édiatement les pertes subies en raison de l'effondrement de la pêche du saumon (Hyatt et al., 2003; Pêches et Océans Canada, 2006a), espèce à fort rapport économique (voir le tableau 5). En outre, les pêches d'eau froide établies disposent d'infrastructures développées (capacité de capture et de transformation, marchés et réseaux de gestion des pêches établis) qui font défaut au secteur des pêches d'espèces exotiques. Les collectivités qui dépendent du secteur des pêches connaîtront probablement une augmentation des bouleversements économiques et du stress social à mesure que le changement climatique se poursuivra, les pertes subies par les pêches traditionnelles dépassant les gains provenant des efforts consacrés à en développer de nouvelles ou à les remplacer par l'aquaculture. Cet état de choses inquiète en particulier les petites collectivités côtières qui dépendent énormément des pêches traditionnelles (Ommer, 2006, 2007).

 

TABLEAU 5: Prises totales et âge maximal des poissons dont dépendent les principales pêches (valeur au débarquement de plus de 1 million de dollars) sur la côte ouest du Canada en 2002 (extrait modifié tiré de BC Ministry of Labour and Citizens' Services, 2002; King et McFarlane, 2003).
Groupe d'espèces Âge maximal du poisson (ans) Poids total (tonnes métriques) Valeur1 au débarquement (millions de dollars, 1985 à 2002) Valeur1approximative en 2002 (millions de dollars)
Sébaste 58–205 15 236 10  
Morue charbonnière 113 3 947 25 21
Perche de mer 100 6 179 5 6
Flétan du Pacifique 55 6 096 30 43
Goberge 33 1 044 1  
Morue-lingue 25 1 984    
Morue du Pacifique 25 708 4 1
Merlu du Pacifique 23 22 347 12 12
Hareng du Pacifique 15 27 725 60 50
Sardine 13 800    
Thon albacore 10 233    
Saumon quinnat et coho 4–8 540 500 600
Saumon rouge 7 8 670 100 40
Saumon kéta 7 2 780 20 3
Saumon rose 3 7 160 20 5
Total     787 millions de dollars 781 millions de dollars

1Il est à noter que ces valeurs sont les valeurs au débarquement de toutes les espèces sauf les saumons quinnat et coho pour lesquels la pêche sportive dans les eaux marines et tidales rapporte beaucoup plus.

On connaît moins bien l'incidence du climat sur les pêches du bassin de la Reine-Charlotte. Par le passé, le réchauffement de l'eau, la perturbation des régimes de production (p. ex., Ware et Thomson, 2005) et les espèces exotiques n'y ont pas causé le déclin visible du hareng et du saumon. En fait, on a même des raisons de croire que ces espèces auraient proliféré durant les périodes chaudes (Boldt et al., 2005).

Une grande quantité de saumons de la Colombie-Britannique poursuivent leur croissance pendant un à quatre ans en haute mer dans le golfe d'Alaska, et un changement climatique dans cette région aura un effet sur la répartition du saumon (p. ex., déplacement vers la mer de Bering, Welch et al., 1998). Des changements de la stratification thermique, de l'apport d'éléments nutritifs et de la production primaire (Behrenfeld et al., 2006) ou même l'acidification de l'océan (Raven et al., 2005) pourraient avoir une influence considérable sur la production de saumon et sur le secteur des pêches de toute la Colombie-Britannique. On ne connaît pas les conséquences ultimes de changements aussi complexes, mais on peut s'attendre à ce que les pêches du sud soient probablement exposées à un plus grand risque de pertes que celles du nord dans les années à venir.

Adaptation

Au cours des 15 dernières années, trois enquêtes publiques (Pearse et Larkin, 1992; Fraser River Sockeye Public Review Board, 1995; Williams, 2005) se sont pench ées sur les causes, les conséquences et les solutions du problème causé par le déclin rapide de la production et de la récolte des salmonidés de types coho du sud, arc-en-ciel et rouge du Fraser (Pêches et Océans Canada, 2006b). À elles seules, les pertes économiques de la pêche commerciale au saumon rouge ont été estimées à 72 millions de dollars en 2002, seuil qui a probablement été dépassé en 2004 (Cooke et al., 2004). Chacune de ces enquêtes a mis en lumière un ensemble complexe de facteurs qui sont intervenus dans ce déclin, y compris les pertes de production associées au changement climatique et les incertitudes sur le plan de la gestion qui en d écoulent. Le déclin du saumon dans le Fraser, et ailleurs, a stimulé des initiatives visant la sensibilisation des organismes et de la société à l'importance de protéger la capacité de production des habitats pour les espèces sauvages et les pêches, étant donné le danger que constitue la croissance démographique rapide et la menace grandissante que représente le changement climatique en Colombie-Britannique (Pacific Fisheries Resource Conservation Council, 2006). Sans adaptation, de grandes régions de l'intérieur de la Colombie-Britannique et du bassin de Georgia pourraient connaître une poursuite de la diminution, voire l'élimination, du saumon. Dans ces régions, les impacts cumulatifs de l'activité humaine (Slaney et al., 1996), auxquels s'ajoutent les changements du débit et de la température attribuables au changement climatique (Rosenau et Angelo, 2003), ont en effet d éjà causé des problèmes importants de maintien des populations de poisson et des habitats. Les conflits entre le respect des besoins d'habitats pour la pêche et les besoins en eau d'autres secteurs (p. ex., mines, agriculture, énergie, urbanisation) vont très certainement s'intensifier dans les années à venir.

La perception des impacts du climat sur les pêches par rapport à des facteurs non climatiques varie beaucoup chez les groupes de gestionnaires, d'Autochtones, d'organismes de loisirs et d'entreprises commerciales. Des discussions multipartites tenues récemment dans le cadre de colloques semblent indiquer que les gens se rendent de plus en plus compte que le secteur des p êches ne reviendra probablement pas à son état antérieur (Interis, 2005) et qu'il faudrait adopter diverses mesures d'adaptation pour faire face aux défis du changement climatique. On compte parmi les mesures d'adaptation précises mentionnées : 1) réduire le taux de récolte pour réserver des marges de manœuvre à des fins de conservation, étant donné que la productivité des stocks est de plus en plus variable (Mantua et Francis, 2004); 2) consolider les mesures de protection et de restauration des habitats prises par tous les secteurs, en vue d'améliorer la durabilité des prises; 3) accroître la production de saumon en établissement de pisciculture, pour contrer le déclin de la capacité de production des habitats dulcicoles ou marins; 4) assujettir les réseaux fluviaux à des permis et des mesures de réglementation; 5) favoriser la mise en place plus rapide du secteur de l'aquaculture afin de répondre à la demande du marché en produits que la pêche de capture ne parvient pas à remplir. Il faudra peut-être adopter une série de mesures d'adaptation différente selon que les espèces récoltées ont une durée de vie courte ou longue, ou que l'on passe d'une pêche bien établie (p. ex., saumon, hareng) à celle d'espèces encore relativement non exploitées (p. ex., maquereau, calmar). Ces mesures pourraient prendre la forme de permis autorisant la récolte d'espèces multiples de durée de vie courte ou longue, ou d'une augmentation des investissements en vue d'accélérer la création d'infrastructures de transformation, de mise en marché et de gestion des nouvelles pêches.

3.3 FORESTERIE

Les 62 millions d'hectares de forêt de la Colombie-Britannique fournissent une large gamme de valeurs et de services sociaux, culturels, économiques et biologiques (Gagné et al., 2004; Association des produits forestiers du Canada, 2006). On exploite chaque ann ée environ 0,3 p.100 des forêts de la province et, en ce qui a trait aux pratiques de gestion en place, la lutte contre les incendies de for êt est la seule à laquelle on procède pour le moment sur une grande partie du territoire.

À l'heure actuelle, dans les forêts de la Colombie-Britannique, il y a surtout de vieux arbres, situation qui rend les for êts plus sujettes aux perturbations causées par le feu et les ravageurs (Cammell et Knight, 1992; Dale et al., 2001; Volney et Hirsh, 2005). Le changement climatique est considéré comme l'un des facteurs responsables de l'augmentation récente des incendies (Gillett et al., 2004) et des infestations de dendroctone du pin ponderosa (Carroll et al., 2004), et de la brûlure des aiguilles (Woods et al., 2005). Comme on l'a vu lors des incendies de Kelowna et de Barriere en 2003, les feux de forêt ont une incidence directe sur la propriété et la sécurité (Volney et Hirsch, 2005), et leurs répercussions sur la santé se font sentir à de grandes distances de l'incendie. Les répercussions économiques et sociales du dendroctone du pin ponderosa sont traitées en détail à la section 4.2. On s'attend à ce que la poursuite du changement climatique augmente encore davantage les risques de perturbation et attire d'autres ravageurs, comme le charançon du pin blanc (Sieben et al., 1997). Dans les forêts côtières, l'augmentation prévue du nombre et de l'intensité des tempêtes fera croître le taux de dommages dus au vent. Les régions plus sèches de l'intérieur sud pourraient connaître des problèmes de régénération à cause de l'augmentation des sécheresses en été.

Le changement climatique a une influence directe sur les communautés d'essences du fait que les conditions optimales de croissance de peuplements locaux peuvent correspondre à des plages relativement étroites (Rehfeldt et al., 1999, 2001; Parker et al., 2000; Wang et al., 2006). Par conséquent, bien que des essences puissent survivre à leur emplacement actuel malgré le changement climatique, leur taux de croissance pourrait changer et elles pourraient devoir subir la concurrence d'autres essences mieux adaptées au nouveau climat. Les aires de répartition possibles se déplacent vers les latitudes et altitudes plus élevées (Cumming et Burton, 1996; Hebda, 1997; Hansen et al., 2001; Hamann et Wang, 2006). Par contre, cette migration sera contrainte par les obstacles au d éplacement, la lenteur du processus de migration, l'absence de sols convenables ou le manque d'habitat (Stewart et al., 1998; Gray, 2005). Dans l'ensemble, on s'attend à ce que les pertes de productivité des peuplements naturels et plantés surviennent dans les régions plus sèches et plus chaudes de la Colombie-Britannique, tandis que l'on devrait réaliser des gains modestes dans le nord (Rehfeldt et al., 1999, 2001; Spittlehouse, 2003; Johnson et Williamson, 2005).

Le changement climatique aura un impact direct sur les activités forestières. Les changements s'opérant au niveau de la productivité auront des répercussions sur l'âge d'exploitation, la qualité du bois, le volume de bois et la taille des billots. L'accès au bois d'œuvre pourrait être restreint durant l'hiver en raison des conditions plus chaudes et plus humides, et durant l'été en raison de l'augmentation du risque d'incendie. Une augmentation de la fréquence et de l'intensité des précipitations extrêmes aura des répercussions sur la conception et l'entretien des chemins forestiers (Bruce, 2003; Spittlehouse et Stewart, 2003), et augmentera la probabilité de glissements de terrain et de coulées de débris (Wieczorek et Glade, 2005). Les répercussions sur le secteur forestier seront également régies par les changements survenant dans le domaine technologique, les questions d'ordre commercial et l'évolution des préférences des consommateurs qui s'opérera en même temps que le changement climatique. Les produits de pays où la production devrait bénéficier de façon importante du changement climatique, situés en particulier en Amérique du Sud et en Océanie, remplacent déjà ceux de la Colombie-Britannique sur le marché international (Perez-Garcia et al., 2002; Sohngen et Sedjo, 2005). De tels changements auront des répercussions sur la dynamique de l'offre et de la demande dans le secteur forestier.

Adaptation

La longue période de croissance qui précède l'exploitation d'une forêt signifie que l'approvisionnement en bois des cinquante prochaines années, ou plus, est déjà en place. C'est pourquoi les mesures d'adaptation à court terme concerneront surtout les activités d'exploitation. Déjà, l'augmentation des perturbations dues aux incendies et aux insectes a fait que la r écolte comprend plus d'arbres récupérés, tendance qui se poursuivra dans les années à venir (Spittlehouse et Stewart, 2003; Volney et Hirsch, 2005). En matière de gestion des forêts, l'adaptation devra également tenir compte des répercussions du changement climatique autres que celles qui touchent directement les ressources en bois d'œuvre, afin de maintenir la biodiversité et d'assurer la continuité du paysage (voir Harding et McCullum, 1997; Stenseth et al., 2002; Mote et al., 2003; Moore et al., 2005). En outre, l'augmentation de la concurrence de la part d'essences mieux adaptées au nouveau climat pourrait obliger le recours à des pratiques de gestion accrues des essences existantes (Parker et al., 2000; Spittlehouse et Stewart, 2003; Spittlehouse, 2005).

Parmi les mesures d'adaptation à plus long terme figure la modification des pratiques de reboisement, en particulier le choix des essences puisque celles qui conviennent le mieux aux nouvelles conditions d'un emplacement désigné ne seront plus les mêmes (Rehfeldt et al., 1999; Parker et al., 2000; Spittlehouse et Stewart, 2003). Wang et al. (2006) ont démontré que, dans un scénario de changement climatique d'envergure moyenne en Colombie-Britannique, les zones où l'on peut semer le pin tordu latifolié se trouvent décalées vers le nord de plusieurs centaines de kilomètres. Par contre, il devient difficile d'assortir les essences plantées au nouveau climat, puisque ce dernier continuera d'évoluer durant la durée de vie du peuplement. Dans un tel cas, planter des essences à large plage thermique pourrait aider à assurer une productivité continue à certains emplacements de la Colombie-Britannique (Wang et al., 2006).

Bien que les conditions météorologiques et le climat fassent partie des éléments que les responsables de la gestion forestière se doivent de prendre en considération, les politiques actuelles portant sur l'utilisation et la préservation des forêts reposent plutôt sur une compréhension de l'évolution des forêts s'étant déroulée au sein des conditions climatiques antérieures. Il se peut que ceci limite la capacité du secteur à répondre de façon optimale tant aux répercussions négatives que positives du changement climatique sur différentes régions forestières. Pour l'instant, rien n'oblige officiellement à inclure des mesures d'adaptation au changement climatique dans les plans de gestion forestière, et on ne dispose que de peu de personnel expérimenté pour mener ce type d'activités (Spittlehouse et Stewart, 2003; Spittlehouse, 2005). Comme les forêts de la Colombie-Britannique se trouvent en plus grande partie sur des terres de la Couronne, l'élaboration des politiques, l'établissement des objectifs de gestion et l'approbation des plans de gérance des entreprises forestières sont du ressort du gouvernement provincial. Ce dernier établit également les normes de sélection des essences et de transfert et d'entreposage des semences, attribue des terres aux parcs et aux aires à l'état sauvage, et se charge de maintenir les forêts en bonne santé et d'établir des parcelles de surveillance de la croissance. Dans ce contexte, Spittlehouse (2005) a souligné le besoin d'effectuer une évaluation plus détaillée de la vulnérabilité au changement climatique et d'élaborer et d'appliquer des mesures d'adaptation aux fins de gestion forestière. La section 4.2.2 résume les interventions du ministère des Forêts et des Pâturages de la Colombie-Britannique, qui constituent la première étape en ce sens.

3.4 AGRICULTURE

Le relief montagneux de la Colombie-Britannique et la diversité de son climat font que seulement 4,5 p.100 du territoire est cultivable. La protection de cette ressource limitée a été un des principaux facteurs de la création d'une réserve de terres agricoles de 4,7 millions d'hectares en 1974, un outil institutionnel utile pour aider à gérer et à maintenir les ressources agricoles de la province dans le contexte du changement climatique et d'autres besoins.

En fabriquant plus de 200 produits, l'industrie agroalimentaire de la Colombie-Britannique crée directement et indirectement environ 290 000 emplois, ce qui représente environ 14 p.100 de la main- d'œuvre de la province (BC Ministry of Agriculture and Lands, 2005a). L'industrie primaire est d'une importance relativement petite, mais ses retombées dans les domaines de la transformation, de la vente en gros et au détail, et dans le secteur de la restauration atteignent une valeur de plus de 22 milliards de dollars par année au chapitre des ventes au consommateur (BC Ministry of Agriculture and Lands, 2005b). La province produit de quoi répondre à près de 60 p.100 de ses besoins alimentaires (Smith, 1998). Elle exporte des produits alimentaires d'une valeur de plus de 3,4 milliards de dollars (BC Ministry of Agriculture and Lands, 2005a, b). La production agricole se concentre dans les collectivit és rurales et assure une stabilité aux économies rurales axées sur les ressources locales.

La vulnérabilité du secteur agricole en Colombie-Britannique découle du jeu entre certains changements donnés du climat et des questions d'ordre mondial ou régional, y compris les marchés nouveaux et concurrents, et les coûts de production et de transport (Heinberg, 2003). Les tendances récentes du secteur agricole sont un déclin de son rôle dans l'économie de la Colombie-Britannique, une augmentation de sa dépendance à l'égard des importations d'autres parties du Canada, des États-Unis et du Mexique, une augmentation de la production en pépinière et en serre, un déclin de la capacité de transformation des aliments, une augmentation des préoccupations quant à la salubrité des aliments et une diminution de la demande des consommateurs en produits à base de viande (BC Ministry of Agriculture and Lands, 2005a). Parmi les risques d'ordre non climatique auxquels fait face le secteur de l'agriculture, on compte, entre autres, la perte de terres arables au profit de l'aménagement du territoire et de l'urbanisation, une compétitivité accrue du marché mondial et des marchés difficiles à gérer et à prévoir.

On a déjà évalué les conséquences potentielles du changement climatique sur l'agriculture en Colombie-Britannique (voir le tableau 6) en ayant recours au jugement d'experts (Zebarth et al., 1997). Dans toutes les régions de la province, avec des saisons de croissance plus longues et des hivers plus doux, on devrait disposer de davantage de types de cultures possibles se prêtant à la production économique. L'augmentation des besoins en irrigation prévue sur la côte sud et dans l'intérieur sud pourrait entraîner des pénuries d'eau, provoquées par la réduction des précipitations et de la capacité de stockage de l'eau, et par la concurrence créée par une population urbaine en pleine croissance. On a considéré l'intérieur nord et la région de la rivière de la Paix comme les régions les plus prometteuses pour l'expansion agricole, puisque de grandes superficies de terres présentement non cultivées y conviennent de plus en plus à l'agriculture.

Région côtière sud

Climat actuel :

Climat doux, humide.
Température annuelle moyenne : 10 °C.
Précipitations annuelles moyennes: 800 à 1700 mm, dont 70 p. 100 tombent d'octobre à mars
Période sans gel : 175 à 240 jours

Future temperature:

Projected to increase 2–3°C

Précipitations futures :

Augmentation prévue de novembre à mai (5 à 10 p. 100)
Diminution prévue de juin à octobre (10 à 2 p.)

 

TABLEAU 6 : Restrictions actuelles et futures imposées par le climat à la production agricole (Zebarth et al., 1997).
Type d'agriculture Secteur agricole actuel Restrictions attribuables au climat Impacts du changement de la température à venir Impacts du changement des précipitations à venir
Horticulture Petits fruits : framboise, fraise, bleuet
Légumes de plein champ : maïs, pomme de terre, chou, laitue
Vivaces : manque d'humidité l'été, plus d'irrigation requise
Framboises : plants endommagés par le flux arctique en hiver
Légumes de plein champ : températures basses, conditions de sol humide au printemps
Étés plus chauds : augmentation de la productivité
allongement de la saison de croissance; augmentation de la viabilité du poivron d'Amérique, des melons et des choux d'hiver, et double récolte
L'augmentation des précipitations en hiver pourrait restreindre la production des annuelles dans les sols gorgés d'eau
L'augmentation des précipitations en hiver pourrait restreindre la production des annuelles dans les sols gorgés d'eau
La réduction des maladies due aux conditions plus sèches favoriserait la production de petits fruits
Plantes fourragères Graminées : paturage, foin, produits d'ensilage
Maïs d'ensilage
Graminées: plants endommagés par le flux arctique en hiver
Plantes fourragères : manque d'humidité en été, irrigation requise sur l'île de Vancouver
Printemps plus doux : récolte précoce des plantes fourragères
Nouvelles espèces fourragères résistantes á la chaleur  requises
L'augmentation des précipitations du printemps pourrait limiter la récolte et la qualité des plantes fourragères
Étés chauds et secs : pourraient exiger plus d'irrigation dans la vallée du Fraser
Serre Légumes : concombre, tomate, poivron d'Amérique
Plantes ornementales
  Hivers plus doux : réduction des frais de chauffage, augmentation des espèces tropicales
Étés plus chauds : augmentation des frais de climatisation
 
Autres répercussions     Augmentation des ravageurs : survie des ravageurs et de leurs maladies en hiver; plus de cycles biologique Inondation, drainage des sols, compaction des sols, augmentation du lessivage des substances chimiques d'origine agricole
Région intérieure sud
Horticulture Vivaces : pomme, poire, pêche, prune, cerise, raisin de cuve
Légumes de plein  champ : tomate, poivron d'Amérique, aubergine, concombre
Vivaces : manque d'humidité l'été, plus d'irrigation requise; plants endommagés par le flux arctique en hiver
Légumes de plein champ : manque d'humidité l'été, pourraient exiger plus d'irrigation
Hivers plus doux : allongement de la saison de croissance; nouvelles variétés qui exigent une saison de culture plus longue; réduction du risque de dommages par le froid
Printemps précoce : augmentation du risque de gel
Étés plus chauds : augmentation du risque d'obtenir des fruits de mauvaise qualité
Étés plus chauds
L'augmentation des précipitations en hiver pourrait maintenir les sols humides et réduire le risque de dommages par le froid aux racines; pourrait améliorer la disponibilité de l'humidité au printemps
Diminution des précipitations l'été : pourrait exiger plus d'irrigation
Réduction des maladies dues aux conditions sèches; réduction du fendillement des cerises
Plantes fourragères Graminées : paturage, foin, ensilage
Autres : luzerne, maïs, céréale
Grands pâturages secs
Manque d'humidité l'été, pourraient exiger plus d'irrigation
Des températures basses en hiver pourraient limiter la production
Printemps plus doux : allongement de la saison de croissance : plus de récoltes de plantes fourragères, plus de pâturages
Printemps plus doux : allongement de la saison de croissance : plus de récoltes de plantes fourragères, plus de pâturage)
 
Serre Légumes : concombre, tomate, poivron d'Amérique
Plantes ornementales
  Hivers plus doux : diminution des frais de chauffage  
Autres répercussions     Augmentation du risque de pénurie d'eau aux fins d'irrigation
Augmentation des ravageurs : survie des ravageurs et de leurs maladies en hiver; plus de cycles de vie
Augmentation du risque de pénurie d'eau aux fins d'irrigation
Région intérieure nord
Plantes fourragères Graminées : pâturage, foin, ensilage
Céréales
Grands pâturages naturels
Manque d'humidité l'été : de l'irrigation pourrait être requise
Des températures basses l'hiver pourraient restreindre la production
De courtes saisons de croissance limitent les choix de culture
Printemps plus doux : allongement de la saison de croissance, augmentation de la productivité, saison de pâturage plus longue
Nouvelles espèces viables qui requièrent de la chaleur (maïs d'ensilage)
 
Autres répercussion     Augmentation du risque de pénurie d'eau aux fins d'irrigation
Augmentation des ravageurs : survie des ravageurs et de leurs maladies en hiver; plus de cycles de vie
Augmentation du risque de pénurie d'eau aux fins d'irrigation

1sauf en août (augmentation de 5 p. 100)

Toutefois, le manque d'infrastructures pour l'approvisionnement en eau et le transport, et l'éloignement des marchés s'avèrent des obstacles au développement agricole dans ces régions. Il est probable que les régions de production agricole devront se transformer pour s'ajuster à un climat en évolution et que certains producteurs pourront en profiter pour entreprendre de nouvelles cultures, peut- être plus rentables (Zebarth et al., 1997). En Colombie-Britannique, les régions de production végétale sont définies par la productivité du sol, l'approvisionnement en eau et le climat. Les cultures annuelles sont restreintes par la longueur de la saison de croissance et par le nombre d'unités thermiques (degrés-jours de croissance, ou DJC); les cultures de vivaces sont limitées surtout par les températures minimales en hiver, mais aussi par la longueur de la saison de croissance et les DJC. L'utilisation actuelle des terres agricoles repose sur l'expérience à long terme et est régie par le climat et la fréquence des phénomènes météorologiques extrêmes (Caprio et Quamme, 1999, 2002, 2006). Dans un scénario de changement climatique d'envergure modérée, le changement prévu des DJC (Royal BC Museum, 2005a) révèle que, d'ici à 2020, il sera possible de cultiver des céréales, des choux et des pommes de terre (1 000 à 1 500 DJC) sur la plus grande partie du plateau de l'intérieur, de même que du maïs et des tomates (1 500 à 2 000 DJC) le long du Fraser, en remontant jusqu'à Prince George. D'ici les années 2050, le nombre de DJC sera assez élevé pour permettre la culture du maïs et des tomates dans la région de la rivière de la Paix et dans les vallées côtières du nord. Pour bien comprendre les changements qui s'opèrent au niveau de l'aptitude d'une région quelconque à se prêter à l'agriculture, en particulier celle des vivaces, il faut évaluer la durée des saisons de croissance à venir, déterminer les températures minimales extrêmes qu'elles peuvent endurer en hiver et calculer le potentiel d'irrigation de régions où l'eau est limitée. Il faudra également établir des cartes pédologiques détaillées des régions non cultivées. L'évaluation des éventuels régimes d'utilisation des terres devra aussi tenir compte des microclimats créés par le relief, qui détermineront, en fin de compte, les régions où seront pratiquées les cultures (p. ex., Bowen et al., 2006).

Dans toutes les régions de la Colombie-Britannique, la possibilité d'une augmentation des sécheresses en été, accompagnée d'une diminution des ressources en eau, pose des difficultés pour l'irrigation (Zebarth et al., 1997; Neilsen et al., 2004a, b). Dans les régions qui dépendent beaucoup, ou entièrement, de l'irrigation, comme le bassin de l'Okanagan, la production commerciale exige qu'on puisse accéder à l'eau au moment opportun afin d'assurer la qualité des produits et de protéger l'investissement en plants d'espèces vivaces. Les risques associés aux sécheresses sont fonction de la gravité et de la fréquence de celles-ci (Neilsen et al., 2006). Dans le cas de l'Okanagan (voir la section 4.3.2) et d'autres régions, une importante mesure d'adaptation du secteur de l'agriculture sera probablement le recours à des pratiques d'irrigation soucieuses de la conservation de l'eau (Neilsen et al., 2001, 2003), comme l'irrigation déficitaire qui consiste à faire un arrosage insuffisant en vue d'améliorer la qualité des cultures et de réduire la consommation (Dry et al., 2001).

Bien qu'on ne dispose que de peu de données sur le sujet pour la Colombie-Britannique, une élévation des températures en été et en hiver pourrait également entraîner l'introduction de nouveaux ravageurs et de nouvelles maladies agricoles.

Perception du risque et adaptation

Les producteurs agricoles sont habitués à faire face à l'incertitude en ce qui concerne les conditions météorologiques, les marchés, les ravageurs et les maladies, et le revenu potentiel. Des sondages menés dans la région de l'Okanagan ont révélé que les producteurs sont confrontés à des risques liés aux conditions météorologiques, aux incertitudes du marché et aux répercussions des ravageurs et des maladies sur la qualité et la quantité des cultures (voir la section 4.3.2; Belliveau et al., 2006a, b). Les réponses aux risques d'ordre météorologique peuvent être à court ou à long terme, allant de l'adoption de pratiques spécifiques au besoin de faire des choix en matière de transformation ou de produits (Belliveau et al., 2006a, b). Une stratégie de gestion du risque adoptée pour régler un problème donné risque d'en aggraver un autre par inadvertance. Par exemple, le programme d'arrachage de vignes, en 1988, et celui de la replantation de pommiers à partir de 1992 ont augmenté la vulnérabilité aux risques climatiques (voir la section 4.3.2). Les programmes de soutien, comme le Programme canadien de stabilisation du revenu agricole, pourraient encourager les producteurs à ne pas adopter des mesures d'adaptation susceptibles de réduire les risques (Beliveau et al., 2006b). En règle générale, les programmes de protection du revenu sont une bonne chose en cas de perte de culture causée par le mauvais temps, mais sont moins efficaces pour protéger les fermiers contre les pertes causées par des effets plus subtils sur la qualité des récoltes ainsi que par le changement climatique persistant et à plus long terme.

3.5 TOURISME ET LOISIRS

Le tourisme est, après le secteur forestier, le deuxième secteur économique le plus important en Colombie-Britannique, totalisant environ 5,8 milliards de dollars en 2003 et 9,5 milliards de dollars en 2004 (BC Ministry of Labour and Citizens' Services, 2005b; Tourism BC, 2005a). Le secteur du tourisme crée plus de 117 500 emplois, soit environ 7 p.100 de tous les emplois de la province (Hallin, 2001; Tourism BC, 2005a). Alors que Vancouver et Victoria sont les principales destinations urbaines, les visiteurs sont également attirés par les montagnes de la Colombie-Britannique et les régions côtières. Bon nombre de collectivités axées sur les ressources naturelles considèrent maintenant le tourisme comme un moyen de restructuration économique, rendu nécessaire par le déclin des forêts et des pêches (Reed et Gill, 1997).

Les paysages, les régions à l'état sauvage et la faune de la Colombie-Britannique, de même que ses possibilités de chasse et de pêche, favorisent une industrie du tourisme florissante axée sur la nature et l'aventure. En 2001, la contribution des activités touristiques axées sur la nature au PIB de la province a été de 783 millions de dollars, et ce secteur touristique a rapporté 1,55 milliard de dollars en revenus (y compris les retombées; Tourism BC, 2005a, b) grâce surtout aux centres de villégiature et aux nombreux parcs et zones protégées de la Colombie-Britannique (voir la  section 3.6).

Les effets du changement climatique sur les destinations touristiques se font déjà sentir. Dans le sud de l'intérieur, plus sec, les sécheresses et les incendies de forêt de l'été 2003 ont entraîné la fermeture d'un bon nombre de grandes routes de transport en Colombie-Britannique et détruit des récoltes de fruits et de raisins de cuve dans les vallées de l'Okanagan et de la Thompson-Nord. L'agrotourisme dans les vignobles et les vergers en a souffert, et les revenus hôteliers de la région ont diminué de 3 p.100 (Council of Tourism Associations, 2004). Ces régions et ces exploitations peuvent s'attendre à une augmentation de la fréquence des sécheresses dans les années à venir.

Le recul prévu de la limite des neiges permanentes sous l'effet du réchauffement (Scott, 2003a, b, 2006a) aura des répercussions sur les centres de ski de toute la province. Par exemple, le recul des glaciers alpins, qui permettent d'offrir des activités de ski hors saison, aura des conséquences sur les stations comme Whistler-Blackcomb. Des chutes de neige insuffisantes r éduisent en outre le nombre de jours favorables au ski dans les stations comme Grouse, à Vancouver, et aux montagnes Seymour et Cypress (Scott et al., 2005).

L'élévation du niveau de la mer et l'augmentation des risques d'érosion et d'inondation qui l'accompagne auront une incidence sur le tourisme dans les collectivités côtières (Craig-Smith et al., 2006) et, donc, sur le réseau de transport, l'entretien des marinas et les activités de dragage, la sécurité des bateaux, le transport en hydravion, les résidences secondaires de loisir et les centres de villégiature. On trouvera à la section 3.2 les principales répercussions sur les pêches côtières qui concernent aussi la pêche sportive.

Adaptation

Les exploitations touristiques florissantes sont, de par leur nature, dynamiques et aptes à s'adapter aux changements environnementaux ou autres. Cette capacité d'adaptation semble indiquer que le secteur dispose des ressources nécessaires pour réagir aux impacts du changement climatique (Scott et al., 2003). Les mesures d'adaptation font typiquement intervenir des réactions à court terme, comme des stratégies de commercialisation qui visent à modifier le comportement des touristes, et une planification à long terme visant à s'adapter aux répercussions locales du changement climatique. Cependant, le changement climatique ne constitue qu'un seul parmi plusieurs facteurs auxquels les activités touristiques doivent s'adapter. Les autres facteurs importants sont la concurrence sur le marché, la fluctuation du taux de change et les changements en matière d'exigences, d'intérêts et de profil démographique des touristes (Uysal, 1998). On applique déjà des mesures d'adaptation telles que le marketing de relance, la modification d'image ou la diversification des activités. Tofino, par exemple, qui est depuis longtemps une destination touristique estivale recherchée de la côte ouest de l'île de Vancouver, attire maintenant des touristes qui veulent observer les tempêtes hivernales (Dewar, 2005).

Une stratégie d'adaptation importante pour le tourisme tributaire des conditions météorologiques consiste à répartir le risque en diversifiant les activités offertes et en réduisant la dépendance à une seule saison d'activité. Les stations de ski se sont adaptées au changement climatique récent en fabriquant de la neige et en offrant des activités qui n'en ont pas besoin (Scott et al., 2003; Scott, 2006b). Faire de la neige exige beaucoup de capital et des ressources en eau qui, dans de nombreuses r égions, sont déjà menacées. Les grandes corporations qui possèdent plusieurs stations peuvent plus facilement s'adapter que les petites entreprises, car elles obtiennent plus facilement des capitaux pour les r éaménagements et sont moins touchées par de mauvaises conditions à un site donné. Une saison de ski plus longue et plus prévisible grâce à la fabrication de la neige peut réduire les risques financiers en hiver et davantage stimuler la diversification, ce qui, en retour, permet d'attirer des investissements immobiliers et d'infrastructures tout au long de l'année (Scott, 2006b). Par exemple, la station Whistler-Blackcomb s'est diversifiée en offrant des activités en toute saison, dont le golf, le vélo tout terrain et la randonnée alpine. Dans certains cas, ces activités font appel aux mêmes infrastructures que le ski en hiver.

Parmi les autres grandes mesures d'adaptation, on compte des mesures améliorées de réduction des risques associés aux dangers naturels et une meilleure gestion et préparation aux situations d'urgence afin d'être en mesure de faire face aux inondations, glissements de terrain et avalanches qui risquent de se produire étant donné des conditions automnales et hivernales plus humides et plus douces.

3.6 PARCS ET ZONES PROTÉGÉES

Parmi toutes les provinces, c'est en Colombie-Britannique que l'on trouve la plus grande biodiversité et certains des écosystèmes les plus vulnérables et les plus fragmentés. La Colombie-Britannique compte 859 zones protégées, soit plus de 13 p.100 du paysage (environ 12,6 millions d'hectares). Ce n'est que depuis peu qu'on commence à tenir compte des répercussions du changement climatique dans les parcs nationaux canadiens, par exemple en d éfinissant des géoindicateurs clés qui permettent de suivre l'évolution des changements (Welch, 2002, 2005). Il reste encore à prendre en considération les répercussions sur l'intégrité de l'écosystème des migrations d'espèces et des grands décalages des biomes qu'entraînera probablement le changement climatique (Scott et Lemieux, 2005). Comparativement aux r égions terrestres, les zones protégées marines sont sous-représentées, puisque moins de 1 p.100 des eaux de la Colombie-Britannique sont complètement protégées. Les répercussions du changement climatique sur la température de surface de la mer, sur la migration et la diversité des espèces ainsi que sur la productivité de l'océan n'ont presque pas été prises en considération lors de la planification et de la gestion des zones protégées marines.

On a eu recours au programme ClimateBC pour simuler les effets des changements de la temp érature et des précipitations à une échelle réduite de 1 km2, à l'intérieur de certaines zones protégées (voir le tableau 7; Hamann and Wang, 2005, Wang et al., 2006) en vue d'évaluer les réactions possibles de l'écosystème. Il faut remettre ces résultats modélisés dans le contexte de la dynamique passée de l'écosystème, des changements des régimes de perturbation (incendies, espèces envahissantes, ravageurs), des objectifs de gestion des terres et des besoins humains en ressources afin de mieux étayer ces évaluations et afin qu'elles puissent, en fin de compte, contribuer à l'élaboration de plans de gestion de l'adaptation visant plusieurs objectifs.

 

TABLEAU 7: Normales climatologiques (moyennes de 1961 à 1990) et prévisions (2050) pour certains parcs de la Colombie-Britannique (moyennes estimées à partir d'une grille de 1 km au moyen de la version 2.0 du logiciel ClimateBC et du modèle climatique MCCG2, combiné au scénario d'émissions A2 provenant du rapport spécial sur les scénarios d'émissions du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat).
  Altitude (m) Température annuelle moyenne (°C) Moyenne du mois le plus chaud (°C) Moyenne du mois le plus froid (°C) Moyenne des précipitations annuelles (mm)
Normale 2050 Normale 2050 Normale 2050 Normale 2050
PP Tweedsmuir 1254 1,2 3,4 11,3 13,4 -9,7 -7,0 914 938
PP Wells Gray 1487 0,8 3,0 11,7 13,9 -10,1 -6,7 1203 1241
PP Spatsizi 1522 -2,4 0,3 10,0 12,7 -13,9 -9,4 906 969
PP Garibaldi 1580 2,1 4,2 11,7 13,7 -6,2 -3,9 2745 2852
PP Granby 1759 1,6 3,9 12,8 15,0 -8,6 -5,9 966 973
PN Kootenay 1830 -0,1 2,4 11,6 13,9 -12,1 -8,3 1082 1099
PN Glacier 1829 -0,5 1,8 10,7 12,9 -11,3 -7,8 1988 2057
RPNÎG 84 9,7 11,8 16,2 18,3 3,8 5,9 798 842
  Moyenne des précipitations estivales (mm) Moyenne des chutes de neige annuelles (mm) Jours sans gel Degrés-jours de croissance (DJC; >5 °C) Jour de l'année où le cumul des DJC atteint 100 (budburst)
Normale 2050 Normale 2050 Normale 2050 Normale 2050 Normale 2050
PP Tweedsmuir 253 246 493 416 124 158 682 1029 N/A 145
PP Wells Gray 456 457 616 540 126 159 703 1049 166 145
PP Spatsizi 406 424 477 467 103 138 423 737 179 155
PP Garibaldi 569 538 1402 1077 136 169 725 1047 169 152
PP Granby 407 383 445 361 135 169 815 1163 165 147
NP Kootenay 500 486 518 459 116 150 678 1040 166 144
NP Glacier 565 555 1230 1126 121 152 542 852 N/A 157
RPNÎG 157 146 42 30 322 349 1957 2688 89 27

Dans les parcs de la Colombie-Britannique, les principales activités humaines sont le tourisme, l'utilisation des ressources traditionnelles par les Autochtones, l'exploitation des parcs comme telle et la recherche. Les principaux risques du changement climatique auxquels le réseau des parcs devra faire face sont : 1) la détérioration et la fragmentation des écosystèmes alpins et subalpins en raison de l'élévation des températures (Scott et Suffling, 2002; Suffling et Scott, 2002); 2) l'intensification des répercussions des dangers naturels (avalanches, tempêtes de vent, ondes de tempête, sécheresses, glissements de terrain) consécutive à l'augmentation de la fréquence et de l'ampleur des phénomènes météorologiques extrêmes, ce qui aura une incidence sur la sécurité des visiteurs et sur l'entretien des infrastructures et des services du parc; 3) la disparition et la migration d'espèces, et l'augmentation de la concurrence créée par la présence d'espèces exotiques, ainsi que leurs conséquences en matière de droits de récolte, de biodiversité et durabilité des espèces marines et terrestres. Les zones protégées les plus vulnérables sont les zones exposées à une activité humaine intense et au stress exercé par l'aménagement du territoire, notamment dans la région du District régional du Grand Vancouver - Lower Mainland (partie sud-ouest), du sud de l'île de Vancouver et de la vallée de l'Okanagan.

Adaptation

Le changement climatique menace l'objectif fondamental de la plupart des zones protégées et exige d'adopter une attitude dynamique face au concept du maintien de l'intégrité écologique. Parcs Canada a dressé une liste des réactions possibles aux répercussions actuelles et futures du changement climatique, y compris : améliorer la connectivité du paysage pour permettre la migration des espèces, agrandir certaines zones protégées, limiter les autres éléments de stress auxquels sont soumis les écosystèmes et mettre en œuvre des programmes de relocalisation des espèces (Hannah et al., 2002; Welch, 2005). De même, des réseaux de conservation entre les zones protégées des régions déjà mises en valeur aideraient à favoriser le déplacement des espèces et à conserver la biodiversité dans des conditions de climat en évolution

Des activités de surveillance et de recherche relatives aux réponses des espèces et des écosystèmes s'imposent, car elles permettent de documenter les impacts et d'étayer les approches de planification et de gestion de l'adaptation. Les zones protégées servent de points de repère en matière de gestion adaptative des écosystèmes au sein de paysages plus grands soumis aux pressions supplémentaires que constituent l'exploitation des ressources, leur utilisation à des fins agricoles et l'aménagement urbain

3.7 ÉNERGIE

Les discussions sur le changement climatique et l'énergie portent surtout sur les liens entre la production d'énergie et les émissions de gaz à effet de serre. En Colombie-Britannique, où 89 p.100 de l'électricité de la province est d'origine hydrique (BC Hydro, 2006), le secteur de l'énergie est très sensible aux impacts du changement climatique sur les ressources en eau (voir les sections 2.4, 3.1 and 4.3.1). Peu de recherches sur les répercussions du changement climatique et les mesures d'adaptation potentielles du secteur de l'énergie de la province ont été entreprises. Toutefois, les éléments suivants commencent à retenir l'attention des chercheurs et des gestionnaires en matière d'énergie :

  • Des pénuries d'eau menacent déjà les ressources hydroélectriques de la Colombie-Britannique. Les réservoirs subissent les conséquences de la diminution de l'accumulation annuelle de neige et de l'apport des glaciers ainsi que des sécheresses fréquentes qui, toutes, contribuent à abaisser la capacité du réseau à répondre à la demande (BC Hydro, 2004).
  • On s'attend à ce que, en 2025, la demande d'électricité de la Colombie-Britannique soit de 33 p.100 à 60 p.100 plus élevée qu'en 2005 (BC Hydro, 2006). On prévoit que toutes les nouvelles mesures de production d'électricité, y compris les centrales alimentées au charbon, seront des installations à émission nulle de gaz à effet de serre (BC Ministry of Energy, Mines and Petroleum Resources, 2007).
  • La demande saisonnière et plus à long terme d'énergie pour les édifices (p. ex., augmentation de la climatisation, diminution du chauffage) changera dans toute la province en r éaction au changement climatique. D'ici à 2010, on propose de mettre en place de nouvelles normes pour la construction d'édifices à haut rendement énergétique (BC Ministry of Environment, Mines and Petroleum Resources, 2007).

Pour les principaux réservoirs de production d'hydroélectricité de la Colombie-Britannique, sur le Columbia et la rivière de la Paix, l'apport en eau provient surtout de l'accumulation annuelle de neige et de la fonte des glaciers. Certaines installations au fil de l'eau n'ont qu'une capacité de stockage limitée et exigent un débit continu. Des études de la vulnérabilité découlant des impacts du changement climatique sur l'apport en eau et la production d'hydroélectricité sont en cours pour les bassins Williston-Paix, Bridge et Columbia, et la variabilit é actuelle du climat est un facteur important à prendre en considération lors de la planification de stratégies d'exploitation des réservoirs (BC Ministry of Environment, 2004).

On s'attend également à une modification importante de la demande d'énergie consécutive au réchauffement, soit une diminution de la demande pour le chauffage et une augmentation pour la climatisation. Des mod èles explicatifs mis au point par le Royal BC Museum (2005b), basés sur les changements prévus des degrés-jours de chauffage et de climatisation, révèlent que, d'ici à 2080, la demande d'énergie aux fins de chauffage domestique dans la région de Vancouver pourrait diminuer de 28 p.100 à 55 p.100 et que la demande en été pour la climatisation pourrait augmenter de 150 p.100 à 350 p.100 (voir les figures 8 and 9).

 

Figure 8a. S'il vous plaît voir le texte équivalent.

FIGURE 8a : Coûts de base de la climatisation en été pour une résidence typique de la Colombie-Britannique (Royal BC Museum, 2005b)

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Figure 8b. S'il vous plaît voir le texte équivalent.

FIGURE 8b : Coûts prévus pour 2080 pour une résidence typique de la Colombie-Britannique, en fonction d'un scénario de changement climatique de forte envergure (Royal BC Museum, 2005b)

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Figure 9a. S'il vous plaît voir le texte équivalent.

FIGURE 9a : Coûts du chauffage en hiver pour une résidence typique de la Colombie-Britannique (Royal BC Museum, 2005b)

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Figure 9b. S'il vous plaît voir le texte équivalent.

FIGURE 9b : Coûts du chauffage en hiver pour une résidence typique de la Colombie-Britannique, en fonction d'un scénario de changement climatique de forte envergure (Royal BC Museum, 2005b)

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Adaptation

BC Hydro espère répondre à environ 50 p.100 de cette augmentation de la demande d'ici à 2020 en mettant en œuvre des mesures de conservation et d'efficacité, y compris des programmes à l'intention des consommateurs et de l'industrie de la construction (BC Ministry of Environment, Mines and Petroleum Resources, 2007). Il existe d éjà de nombreux programmes qui font la promotion de l'efficacité énergétique (p. ex., voir BC Sustainable Energy Association, 2006; BC Ministry of Energy, Mines and Petroleum Resources, 2006; FortisBC, 2006, Ressources naturelles Canada, 2006a). Ces projets, et d'autres du même genre, sont avantageux sur les plans de l'adaptation et de l'atténuation en ce qu'ils réduisent les émissions de gaz à effet de serre ainsi que les pressions de la demande sur les sources d'électricité sensibles au climat.

Les producteurs d'électricité indépendants, notamment les usines de production au charbon, et des mesures d'amélioration de l'efficacité des centrales en place pourront aider à répondre au reste de la demande future (BC Hydro, 2006). Selon le plan intégré d'électricité de BC Hydro (2006), des sources renouvelables, dont l'hydroélectricité, la biomasse et l'énergie éolienne, répondront à au moins 50 p.100 des nouveaux besoins en électricité. On prévoit que toutes les nouvelles mesures de production d'électricité, y compris les centrales alimentées au charbon, seront des installations à émission nulle de gaz à effet de serre (BC Ministry of Energy, Mines and Petroleum Resources, 2007).

Les prévisions sur les besoins en énergie et les options d'approvisionnement futurs doivent tenir compte des répercussions du changement climatique, car l'amélioration de l'efficacité énergétique et de la conception des édifices ne pourra compenser qu'une partie des augmentations prévues des besoins en électricité. Procéder à l'amélioration de modèles prévisionnels des débits fluviaux qui tiennent compte du changement climatique constitue un excellent point de d épart dans l'évaluation des vulnérabilités relatives à la production d'hydroélectricité. Parmi les mesures d'adaptation possibles figure l'augmentation de la capacité des réservoirs au moyen d'un système à réserve pompée qui stocke l'eau au-dessus du réservoir en vue d'alimenter la centrale.

3.8 INFRASTRUCTURES ESSENTIELLES

Les infrastructures essentielles comprennent divers réseaux, installations, systèmes et services technologiques qui sont cruciaux pour le bien-être et le fonctionnement d'une société (Sécurité publique Canada, 2006). Il s'agit d'une multitude d'installations visant à fournir de l'énergie et des services publics, des soins de santé, des services de transport, des aliments, des industries, des moyens de communication et d'information, des technologies, des services financiers, des mesures de sécurité et des secours en cas d'urgence, et une force de défense. Les effets des récents phénomènes météorologiques extrêmes ont mis en évidence les vulnérabilités de ces installations interreliées et interdépendantes. Le système de gestion des interventions en cas d'urgence de la Colombie-Britannique (British Columbia Emergency Response Management System, ou BC-ERMS, BC Ministry of Public Safety and Solicitor General, 2006) signale ces vuln érabilités et vise à réduire les répercussions des dangers environnementaux, comme les inondations et les incendies de for êt. La protection et la planification des infrastructures essentielles relève, cependant, de nombreux organismes publics à tous les paliers de gouvernement.

En 2003-2005, une augmentation importante du nombre de plusieurs types de phénomènes météorologiques extrêmes qui ont exigé des interventions de grande envergure s'est produite en Colombie-Britannique, comparativement à la décennie précédente (voir le tableau 8). Le BC-ERMS se charge de gérer ces situations d'urgence lorsque les répercussions sur une collectivité ou sur des infrastructures importantes risquent de dépasser la capacité d'intervention des autorités locales. Le BC-ERMS est conscient que la fréquence et la gravité des dangers naturels comme les incendies de forêt, les inondations, les sécheresses, les phénomènes dévastateurs et les proliférations de ravageurs risquent d'augmenter avec le changement climatique. Son intervention peut être réactive, en appuyant les demandes de dédommagement des collectivités, des entreprises et des propriétaires, ou proactive, en soutenant les projets de réduction des risques associés aux dangers naturels et les programmes de sensibilisation et d'éducation mis en place par les autorités et les collectivités locales. Le soutien maximal relatif aux demandes individuelles de dédommagement a récemment triplé, passant de 100 000 $ à 300 000 $ (Whyte, 2006). En augmentant la sensibilisation au risque et la préparation en cas d'urgence, le BC-ERMS améliore également la capacité d'adaptation face au changement climatique.

 

TABLEAU 8 : Tendances des situations d'urgence en Colombie- Britannique (Whyte, 2006). Les demandes de dédommagement présentées dans le tableau font état des « dommages admissibles », qui satisfont aux exigences du programme d'assistance financière après un désastre (ne couvre pas nécessairement tous les dommages qui ont pu se produire) et représentent la part des coûts que s'engagent  payer les gouvernements fédéral et provincial.
Paramètre 1990 à 2002 2003 à 2005
Nombre moyen d'événements-seuils1par an 1 2
Nombre de catastrophes importantes nécessitant une aide financière par an 2 à 3 3 à 5
Moyenne des frais encourus à la suite de catastrophes importantes nécessitant une aide financière 10 millions de dollars 43 millions de dollars
Fréquence des évacuations Tous les 2 à 3 ans 2 fois par an
Fréquence des états d'urgence Rare 1 provincial et 10 locaux en 3 ans

1Un événement-seuil correspond à une catastrophe dont les frais admissibles atteignent 4 millions de dollars.

Transports

Les transports et les activités qui les accompagnent (p. ex., mise en entrepôt, construction de pipelines, visites touristiques, services de messagerie) constituent un élément important de l'économie de la Colombie-Britannique. En 2004, ce secteur représentait 6 p.100 du PIB provincial et employait 6 p.100 de la main-d'œuvre (plus de 115 000 personnes; BC Ministry of Labour and Citizens' Services, 2005a). Les principaux éléments du secteur du transport, soit les transports routier, ferroviaire, aérien et maritime, jouent un rôle de première importance en reliant les autres secteurs clés de l'économie (p. ex., foresterie) à leurs marchés et usines de transformation. Plus de 65 000 km de routes font circuler chaque année plus de 2 millions de véhicules privés et de service en Colombie-Britannique (Transports Canada, 2005). Près de 65 p.100 du réseau appartient à la province, 32 p.100 à des municipalités et 3 p.100 au fédéral. Dans le domaine du transport maritime, la Colombie-Britannique compte plus de 135 ports privés et publics, qui desservent 95 p.100 du commerce international de la province (BC Ministry of Small Business and Economic Development et Ministry of Transportation, 2005). Les marchandises en provenance ou en direction des trois principaux ports commerciaux, soit Vancouver, Fraser et Prince Rupert, sont transportées par train (66 p.100) et par camion (33 p.100), et on s'attend à ce que le nombre de conteneurs triple d'ici à 2020, passant de 2 à 6 millions par année (Greater Vancouver Transportation Authority, 2005).

Le changement climatique aura de nombreuses répercussions sur les infrastructures de la Colombie-Britannique. L'augmentation de fréquence de certains phénomènes météorologiques extrêmes fera grimper les coûts d'entretien et les frais d'assurance, et fera ressortir les limites de certaines normes de conception actuelles. L'état des routes, qui est certes surtout fonction du poids des véhicules et de la densité de circulation, est également touché par les conditions climatiques. Par exemple, l'augmentation des coûts d'entretien à Prince George est partiellement attribuable aux fréquents épisodes de gel-dégel associés aux hivers plus chauds des dernières années (Dyer, 2006). Le changement climatique aura aussi des répercussions avantageuses pour le secteur des transports. Par exemple, au cours de l'hiver 1997-1998, l'influence d'El Niño a entraîné du temps plus doux et a ainsi contribué à une réduction importante du nombre d'accidents de la route en Colombie-Britannique (Environnement Canada, 2003).

Services publics

Les réseaux de gestion de l'approvisionnement en eau et des eaux pluviales de la Colombie-Britannique continueront de subir les r épercussions du changement climatique et des projets d'aménagement du territoire qui se poursuivent. Il faudra donc tenir compte des principaux effets suivants :

  1. baisse de l'approvisionnement en eau durant l'été et l'automne (voir les sections 2.4 and 3.1);
  2. déséquilibre entre la demande et la recharge des réservoirs qui approvisionnent les grands centres urbains de la Colombie-Britannique (voir la section 4.4.1);
  3. augmentation de la demande en systèmes de traitement de l'eau potable et des eaux usées dans des collectivités en croissance rapide;
  4. surcharge des systèmes de gestion des eaux pluviales consécutive à l'augmentation de la fréquence et de l'intensité des épisodes de précipitations extrêmes (voir la section 4.4.2).

Dans un avenir rapproché, on planifie l'expansion des principaux pipelines transportant vers les marchés étrangers le pétrole et le gaz naturel des territoires du nord et du nord-est de la Colombie-Britannique. La planification, la conception et la construction de pipelines dans les r égions de montagnes et de pergélisol de la Colombie-Britannique devront tenir compte des répercussions du changement climatique sur ces régions (p. ex., fonte du pergélisol, glissements de terrain, éboulements) afin d'éviter une hausse des coûts d'entretien et, peut-être, des réparations majeures et des travaux de remise en état de l'environnement.

3.9 SANTÉ

La vulnérabilité de la santé humaine est fonction de facteurs biologiques, environnementaux et socioéconomiques interreliés (p. ex., immunité, milieu urbain, revenus, accès aux services de santé; Woodward et al., 2000). Le changement climatique représente une menace à la fois directe et indirecte pour la santé des particuliers et des populations. Les menaces directes se manifestent sous la forme d'une hausse des blessures, maladies et décès liés à la chaleur, de détérioration de la qualité de l'air, de dangers naturels et de phénomènes météorologiques extrêmes. Les menaces indirectes comprennent l'exposition aux maladies à transmission aérienne, hydrique ou vectorielle et une détérioration de la santé de l'écosystème (McMichael et al., 2003; Haines et Patz, 2004).

Stress thermique et qualité de l'air

Le stress thermique est chaque année associé à des milliers de décès au Canada (Smoyer-Tomic et al., 2003). On s'attend à ce que le changement climatique entraîne des vagues de chaleur plus fréquentes, plus intenses et plus longues qui auront des incidences importantes, notamment les coups de chaleur, la d éshydratation, les maladies respiratoires et cardiovasculaires, et la mort (McGeehin et Mirabelli, 2001). Les répercussions des vagues de chaleur survenues récemment dans d'autres pays ont révélé que les populations vulnérables sont les personnes âgées, les enfants, les démunis et les personnes isolées sur le plan social (Klinenberg, 2002; Crabbe, 2003). Même si la chaleur peut sembler moins menaçante en Colombie-Britannique que dans le centre du Canada (voir les chapitres 5 and 6), bon nombre des habitants de la province ne sont pas habitu és à des températures dépassant 30 °C (Smoyer-Tomic et al., 2003). Les grandes populations urbaines du District régional du Grand Vancouver et de la vallée de l'Okanagan sont particulièrement vulnérables. Présentement, les consultations pour des urgences de nature autre que respiratoire à Vancouver augmentent à mesure que la température d'été croît (Burnett et al., 2003) et ils devraient se faire plus nombreuses avec le vieillissement de la population.

L'augmentation de la pollution de l'air dans les zones urbaines déjà exposées aux risques d'une mauvaise qualité de l'air, en particulier les régions de Vancouver et de Prince George et la vallée de l'Okanagan, aura également d'importantes conséquences sur la santé. Les polluants atmosphériques provoquent une respiration sifflante, des crises d'asthme et une baisse de la fonction pulmonaire, et sont associés à une augmentation des maladies respiratoires, des accidents cérébrovasculaires, des crises cardiaques et des décès prématurés, en particulier chez les personnes âgées et les enfants (Brook, 1998; Burnett et al., 1998; Kondro, 2000; Van Eeden et al., 2001; Brauer et al., 2002, 2003). L'augmentation prévue des incendies de forêt due au changement climatique fera croître l'exposition aux particules fines de la fumée de combustion du bois (voir Dods et Copes, 2005). Ces dernières sont liées à des décès prématurés, à l'aggravation de l'asthme, aux symptômes respiratoires aigus et à la bronchite chronique, et à une baisse de la fonction respiratoire, en particulier chez les enfants (Vedal, 1993).

L'augmentation du stress thermique et de l'exposition à la pollution de l'air fera croître le nombre de cas de maladies, d'absentéisme, d'hospitalisations et de décès prématurés. Déjà, le fardeau annuel des coûts du système de santé dû à la pollution de l'air extérieur en Colombie-Britannique a été évalué à environ 85 millions de dollars (BC Ministry of Health, 2004).

Exposition aux maladies

On s'attend à ce que le changement climatique entraîne une augmentation des maladies à transmission hydrique, vectorielle (p. ex., animaux, insectes) et aérienne. Les maladies à transmission hydrique augmenteront probablement dans certaines régions de la Colombie-Britannique en même temps que les précipitations et les inondations. Depuis les années 1980, il y a eu en Colombie-Britannique 29 épidémies attribuables à la présence de parasites, de bactéries et de virus dans les réseaux d'eau potable (Mullens, 1996; Wallis et al., 1996). Les avis de faire bouillir l'eau sont fréquents. On en a émis 304 en août 2001 (BC Ministry of Health Planning et Ministry of Health Services, 2001). Les très fortes précipitations contribuent également à créer des niveaux de turbidité élevés qui ont une incidence sur le rendement des systèmes de désinfection de l'eau potable. Au cours de novembre 2006, près d'un million de personnes ont dû respecter pendant douze jours un avis de faire bouillir l'eau émis par les agents responsables de la santé du District régional du Grand Vancouver après que des pluies fortes eurent causé des niveaux de turbidité sans précédent au cours des dernières années (Greater Vancouver Regional District, 2006). Les collectivités des Premières nations sont particulièrement vulnérables et reçoivent présentement plus d'avis sur la qualité de l'eau que le reste du Canada en raison de la déficience des infrastructures.

Le changement climatique permettra à de nombreux vecteurs, comme les moustiques, les tiques et les rongeurs, d'étendre leur aire de répartition et donc d'accroître le risque d'exposition humaine. Par exemple, la propagation du virus du Nil occidental, transmis par un moustique et qui ne s'est pas encore manifesté en Colombie-Britannique, est due en partie au changement climatique; il pourrait donc devenir le principal agent infectieux responsable d'arboviroses en Amérique du Nord (Morshed, 2003). L'encéphalite et la maladie de Lyme, transmises par des tiques, pourraient se répandre si les hivers deviennent plus chauds, comme on l'a observé en Europe dans les années 1990 (Lindgren et al., 2000).

En 1994, le premier cas de syndrome pulmonaire dû à l'hantavirus (SPH) au Canada a été détecté en Colombie-Britannique (Stephen et al., 1994), et on en a découvert 50 nouveaux depuis (BC Ministry of Health, 2005). Aux États-Unis, les épidémies de SPH sont liées à un accroissement des populations de rongeurs dû aux changements d'ordre climatique et écologique (Wenzel, 1994; Engelthaler et al., 1999; Glass, 2000). Des hivers doux favorisent la capacité de reproduction des rongeurs (Mills et al., 1999; Drebot et al., 2000), et le changement climatique risque d'aggraver cette situation.

Cryptococcus gattii, un minuscule champignon tropical du type levure, a été détecté sur l'île de Vancouver en 1999 et dans les régions sanitaires de la côte de Vancouver et du Fraser (BC Centre for Disease Control, 2005). Après inhalation, le champignon peut causer une maladie grave et même la mort, car il s'attaque aux poumons (pneumonie) et au système nerveux (méningite). Le changement remarqué dans l'aire de répartition de cet agent pathogène est lié au réchauffement (Kidd et al., 2004).

Sécurité alimentaire, bien-être et sécurité du publicSécurité alimentaire, bien-être et sécurité du public

Le changement climatique aura une incidence sur l'accès aux ressources alimentaires, en particulier en régions rurales et dans les collectivités des Premières nations dont la subsistance dépend de la chasse, du piégeage, de la cueillette et de la pêche (O'Neil et al., 1997; Wheatley, 1998). Cette situation ne fera qu'aggraver le degré d'insécurité alimentaire actuelle (Willows, 2005).

Des proliférations d'algues nuisibles, ou « marées rouges », peuvent se produire en été à l'occasion de vagues de chaleur prolongées. L'élévation de la température à la surface de l'océan et les tempêtes associées au changement climatique stimulent ces proliférations en Colombie-Britannique (Mudie et al., 2002). Les marées rouges les plus toxiques sont attribuables aux dinoflagellés, qui entraînent la maladie ou la mort chez ceux qui consomment une grande quantité de mollusques et crustacés atteints (Mudie et al., 2002). De graves intoxications paralysantes par les mollusques (IPM) se sont d'ailleurs produites sur la côte de la Colombie-Britannique (Taylor, 1993). En juin 2006, la plupart des zones de cueillette des mollusques de l'île de Vancouver et des îles Gulf ont été fermées pendant plusieurs semaines. Avec l'augmentation des températures de la surface de l'océan, combinée à l'expansion de l'industrie de l'aquaculture en Colombie-Britannique, on peut s'attendre à un accroissement de l'incidence des répercussions économiques et sanitaires liées à la prolifération d'algues nuisibles.

La sécurité de l'approvisionnement en eau potable est une préoccupation de première importance pour les régions soumises à des stress hydriques. La fiabilité passée des sources d'eau n'est pas une assurance contre les pénuries, comme on l'a constaté à Tofino, centre de villégiature de la côte ouest de l'île de Vancouver. La municipalité de Tofino, pourtant habituée à un climat très humide, a connu une importante pénurie d'eau à l'été 2006 en raison de l'augmentation de la demande et d'une sécheresse prolongée. La vulnérabilité de ces collectivités aux pénuries d'eau et à leurs répercussions sur la santé augmentera probablement sous l'effet du changement climatique et des pressions croissantes associées au développement. La Loi sur la protection de l'eau potable (Drinking Water Protection Act; BC Statutes and Regulations, 2001) vise à renforcer les mesures de protection de l'eau en Colombie-Britannique, mais passe presque sous silence l'adaptation au changement climatique.

L'augmentation de la fréquence des phénomènes extrêmes d'ordre météorologique, comme les inondations, les ondes de tempête, les glissements de terrain et les incendies de forêt, constitue un risque important pour la sécurité publique. Les répercussions sur la santé sont entre autres les blessures, l'exposition accrue aux maladies et des problèmes de santé mentale découlant de stress psychologiques et financiers (Ahern et al., 2005). Les collectivités éloignées sont particulièrement vulnérables, car elles ne disposent souvent que de services essentiels limités et d'infrastructures essentielles vulnérables pour assurer la distribution des aliments, des fournitures médicales et autres biens et services indispensables (voir les sections sections 3.8 and 4.1).

Enfin, il existe des rapports étroits entre les répercussions sur l'écosystème, qu'elles soient causées par le climat ou d'autres facteurs, les moyens de subsistance (c.-à-d. emplois, revenus) et la santé des collectivités et des populations (Hertzman et al., 1994; Raphael, 2001). Des recherches sur les collectivités côtières de la Colombie-Britannique établissent un lien clair entre la détérioration de l'écosystème et des conditions économiques et sociales et les conséquences sur la santé (Ommer, 2007).

Adaptation

On observe une prise de conscience croissante des impacts du changement climatique sur la sant é publique, en particulier en ce qui concerne l'augmentation de la pollution de l'air (BC Ministry of Health Services, 2004). Les réseaux de recherche sur la santé s'améliorent également (p. ex., le BC Environment and Occupational Health Research Network). Il demeure qu'il faudra poursuivre les recherches sur les liens entre le changement climatique et les r épercussions sur la santé. En outre, la coordination de la surveillance des maladies avec la surveillance tant du climat que de l'environnement pourrait fournir des indications importantes à cet égard.

L'adoption de mesures d'adaptation en matière de santé publique exige une démarche transsectorielle faisant intervenir les gestionnaires de l'environnement, les promoteurs d'infrastructures, les urbanistes ruraux et urbains, les travailleurs et les administrateurs du secteur des soins de la santé, les éducateurs en santé publique, les politiciens et les chercheurs. Elle exige également de disposer de plus d'informations sur la prévention et le traitement des maladies liées au climat ainsi que sur les mesures de protection contre ces maladies, (Parkinson et Butler, 2005) mises à la disposition des habitants de la Colombie-Britannique.


8Le site web <http://www.env.gov.bc.ca/wsd/plan_protect_sustain/ groundwater/aquifers/index.html> [consultation : 30 avril 2007] fournit des renseignements au sujet des aquifères en Colombie-Britannique et offre un lien à la base de données sur la classification des aquifères (Aquifer Classification Database).