Répercussions sur le développement économique et sur l’adaptation de secteurs clés

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4.1 AMÉNAGEMENTS HYDROÉLECTRIQUES

La demande d'électricité augmente dans les trois territoires à cause de l'accroissement de la population et du développement de l'industrie lourde, comme les mines de diamants des Territoires du Nord-Ouest et du Nunavut. Les sources d'énergie renouvelables (soleil, vent, bois et eau chaude souterraine) pourraient aider à répondre à une partie de l'augmentation de la demande, et les agences des gouvernements territoriaux ont affirm é leur engagement vis-à-vis de la mise en valeur accrue de tels approvisionnements. Le Yukon et les  Territoires du Nord-Ouest dépendent déjà considérablement de la production hydroélectrique avec sept grands barrages (de plus de 10 m de hauteur) hydroélectriques (Association canadienne des barrages, 2003) auxquels vient s'ajouter toute une gamme d'installations hydroélectriques, souvent privées, de plus petite taille. La poursuite de l'expansion de ces installations hydroélectriques de petite taille continue de faire l'objet de discussions, mais ce sont encore les principales rivières nordiques qui présentent le plus grand intérêt quant à leur potentiel énergétique (Prowse et al., 2004).

L'évolution du climat touchera à la fois la capacité et l'activité des centrales hydroélectriques actuelles et à venir, et la demande d'électricité. Les augmentations prévues de l'écoulement hivernal causées par l'eau de pluie et la fonte de la neige en été entraîneront une baisse du stockage de la neige en hiver. On devra peut-être compenser cette perte de stockage naturel en augmentant la capacité des réservoirs des installations actuelles et à venir. Dans certains sites, on pourra y arriver en augmentant la hauteur du barrage de r étention et, donc, la superficie et le volume de stockage. Aux endroits où le paysage (à cause d'un faible relief, par exemple) ou le mode d'exploitation (dans le cas des centrales au fil de l'eau, par exemple) rend cette solution impossible, il faudra peut-être construire de nouveaux réservoirs ou de nouvelles centrales à d'autres endroits. La perte graduelle de la contribution aux eaux de fonte que repr ésentent l'ablation et le retrait des glaciers devra également être prise en considération à l'avenir lors du calcul de la capacité.

Le changement de l'ampleur des débits et de leur répartition saisonnière exigera de porter une attention accrue à la sécurité des barrages (World Commission on Dams, 2000). Il faudra notamment redéfinir la crue de projet (Inflow Design Flood, ou IDF; volume, pic, durée, forme et rythme), qui correspond à l'heure actuelle à la crue la plus importante pour laquelle sont conçus un barrage et ses installations (Zielinski, 2001). On juge déjà, par exemple, qu'il sera nécessaire de réévaluer les crues de projet des installations de la rivière Snare (Bruce et al., 2000). Les changements dans le régime de la glace de rivière modifieront les risques d'embâcles en aval (Prowse et Beltaos, 2002). Toutefois, une évaluation plus détaillée des risques encourus par les centrales hydroélectriques à cause du changement climatique nécessitera l'élaboration de modèles hydrologiques capables de prédire le débit dans des régions nordiques non équipées de débitmètres (p. ex., Spence et al., 2005).

4.2 PÉTROLE ET GAZ NATUREL

L'industrie pétrolière et gazière implique des activités d'exploration, d'extraction, de production et de livraison. Bien qu'il soit nécessaire de tenir compte des effets de l'évolution du climat sur toutes ces activités, ce sont les activités d'exploration qui sont les plus susceptibles d'être touchées. En 2006, on a mené des activités d'exploration dans la région de la plaine d'Eagle, au Yukon, et dans les régions des collines Cameron, de Fort Liard et du delta du Mackenzie, dans les  Territoires du Nord-Ouest. Certaines des réserves les plus importantes se trouvent dans l'archipel Arctique canadien (p. ex., Drummond, 2006), et la diminution projetée de la couverture de glace de mer pourrait faire de cette région le siège d'activités d'exploration importantes.

La fonte du pergélisol et les changements qui surviendront dans la couverture nivale rendront nécessaires l'utilisation de véhicules à faible impact et la réorganisation du calendrier des activités d'exploration. La difficulté de prévoir le temps en hiver et l'état précaire du réseau de routes de glace feront en sorte qu'il faudra faire preuve de plus de flexibilité dans l'établissement du calendrier des activités d'exploration et d'extraction. Toutefois, c'est peut-être dans l'utilisation de bassins souterrains pour le stockage des résidus de forage que l'impact de l'évolution du climat sur les activités d'exploration se fera le plus sentir. L'utilisation de tels bassins exige la présence de pergélisol pour empêcher le mouvement souterrain des résidus (French, 1980; Dyke 2001). La hausse de la température du sol, que peuvent entraîner l'élévation des températures ambiantes et les changements dans l'épaisseur de la couverture nivale (Jenkins et al., 2005), accroîtra le risque de transport des contaminants. Il faudra peut-être utiliser d'autres techniques de traitement des résidus de forage, comme des bassins à distance, des installations de traitement centralisées, l'injection des résidus ou leur transport en dehors des territoires (p. ex., Environmental Studies Research Funds, 2004), pour s'adapter au changement climatique.

Les activités de forage liées à l'exploration extracôtière, comme celles récemment réalisées par Devon Canada Corporation dans la mer de Beaufort, seront touchées par l'amenuisement de la couche de glace. Il faudra peut-être transformer les plates-formes de forage afin de les rendre plus résistantes aux vagues et aux ondes de tempête. Un moyen d'adaptation possible serait d'utiliser davantage de bateaux de forage (Croasdale, 1993).

Les usines de transformation, qui sont parmi les principales infrastructures de production, doivent maintenir leur intégrité structurelle pendant les multiples décennies que peut durer un projet. La conception des installations de production doit tenir compte des effets du changement climatique sur le perg élisol et, donc, sur la stabilité du sol. Les installations situées sur les lits des rivières ou sur les côtes, comme dans la région du delta du Mackenzie, doivent en outre tenir compte de facteurs comme la rupture de la glace sur les cours d'eau et les inondations causées par les embâcles, l'érosion des côtes et l'élévation du niveau de la mer. Une méthode de limitation des impacts récemment proposée consiste à placer les installations de production sur une barge plutôt que sur la terre.

Le pétrole et le gaz naturel sont acheminés vers les marchés à l'aide de pipelines dont la conception dépend des conditions du milieu et, donc, dans de nombreux cas, du climat. Il n'existe, à l'heure actuelle, dans le Nord, que trois petits pipelines, mais Imperial Oil Resources Ventures Limited Canada (Imperial Oil Resources Ventures Limited, 2004) a soumis, en 2004, dans le cadre du projet gazier du Mackenzie, une demande pour construire un gazoduc refroidi à haute pression de grand diamètre (30 po) afin d'acheminer vers le nord de l'Alberta le gaz naturel de trois champs gaziers du delta du Mackenzie. S'il est approuvé, le projet gazier du Mackenzie sera le développement industriel le plus important de l'Arctique canadien. La construction de pipelines dans les zones de pergélisol doit tenir compte d'un certain nombre de questions géotechniques, comme la modification du régime thermique du sol, du drainage et de la stabilité du sol, autant de conséquences possibles d'un réchauffement du climat survenant pendant la vie utile du projet (voir la section 4.4). L'expérience du pipeline de Norman Wells illustre bien la nécessité de surveiller de près la performance du pipeline et de son emprise afin de déterminer si des travaux doivent être réalisés pour maintenir l'intégrité du pipeline et en réduire au minimum les effets sur l'environnement (p. ex., Agra Earth and Environmental Limited et Nixon Geotech, 1999; Nixon et Burgess, 1999; Oswell, 2002). Il pourrait être nécessaire de faire des adaptations, comme l'ajout d'isolant ou l'utilisation de thermosiphons, pour refroidir artificiellement le pipeline, surtout sur les pentes sensibles.

4.3 MINES

À l'heure actuelle, les territoires nordiques comptent trois mines importantes en exploitation : deux mines de diamants dans les Territoires du Nord-Ouest et une autre au Nunavut. D'autres projets ont récemment été approuvés dans les trois territoires, ou en sont à un stade avancé de l'évaluation environnementale et du processus réglementaire. De plus, le développement de réseaux intégrés de transport terrestre et maritime en réaction à la diminution de la glace de mer stimulera probablement l'exploration et l'exploitation minières (voir l'étude de cas 1). Les principaux minéraux présents sont les diamants, l'or, le tungstène, l'argent, le plomb, le fer, le cuivre, le zinc, le nickel, le charbon, le tantale, le niobium, le lithium, le cobalt, le bismuth, l'uranium, le béryllium et le baryum.

Le ravitaillement des mines est généralement limité aux périodes hivernales et dépend de la disponibilité de routes de glace, alors que les activités d'exploration sont d'habitude restreintes à de courtes périodes estivales et dépendent de la disponibilité d'un accès aérien. Il faudrait tenir compte du changement climatique dans la conception, au cours de l'exploitation et durant la fermeture et l'abandon des mines; il s'agit là, en fait, d'un processus de planification appelé « conception en fonction de la fermeture » (Milburn et Brodie, 2003). En ce qui a trait à l'accès aux mines, la réduction appréhendée de la disponibilité des routes de glace pose un problème particulier qui pourrait obliger à construire des routes permanentes ou des systèmes de transport par eau (voir la section 4.5.2). L'impact du changement climatique sur le pergélisol et sur la stabilité du sol pose lui aussi problème (voir la section 4.4). La stabilité des haldes de stériles, des tas de rebuts et des bassins de confinement des résidus dépend souvent de la continuité du gel, qui empêche le rejet des contaminants et des produits de lixiviation (ou drainage rocheux acide) dans l'environnement (Mine Environmental Neutral Drainage Program, 1997).

4.4 INFRASTRUCTURES

Le pergélisol et la glace qu'il contient constituent un défi pour la conception, la construction et l'exploitation des infrastructures dans le Nord canadien (p. ex., Smith et al., 2001a; Couture et al., 2003) et dans toute la région circumpolaire (Instanes et al., 2005). Bien que le sol gelé puisse fournir une assise solide aux infrastructures, le dégel du pergélisol se solde par une perte de solidité, du tassement et de l'instabilité. Le retrait de la végétation ou de la couverture organique servant d'isolant et les autres perturbations de la surface du sol qui accompagnent normalement la construction peuvent consid érablement modifier le régime thermique du sol et entraîner le réchauffement et le dégel du pergélisol. La chaleur générée par les structures elles-mêmes (p. ex., les bâtiments chauffés et les canalisations souterraines d'eau, d'égouts ou d'hydrocarbures) peut ajouter au réchauffement. Dans les grandes structures, en particulier les structures linéaires, comme les pistes, les routes et les pipelines, qui couvrent de longues distances, les probl èmes sont liés au tassement différentiel causé par les variations spatiales des caractéristiques du sol et de la teneur en glace, et par l'instabilité des pentes qui résulte du dégel du pergélisol.
Le réchauffement du climat présente un obstacle additionnel au développement et à la conception des infrastructures dans le Nord. À court terme (années), les effets de la perturbation du sol et de la construction seront beaucoup plus importants que ceux du r échauffement. Les effets d'un climat en évolution croissent avec l'échelle temporelle (décennies). Par exemple, la surveillance du pergélisol le long du couloir du pipeline de Norman Wells montre que l'effet du climat est très largement masqué par celui de la perturbation de la surface du sol causée par le défrichage de l'emprise (Burgess et Smith, 2003). C'était particulièrement le cas durant les cinq à dix années suivant la perturbation, quand le pergélisol réagissait à un réchauffement subit de la surface du sol de 2 à 4 °C et qu'une augmentation importante de la profondeur du dégel s'est produite. Par contre, les changements des régimes thermiques du sol associés au climat se font beaucoup plus lentement, car il faut plusieurs décennies pour que la surface du sol se réchauffe de 2 à 4 °C.

Le manque de précautions adéquates dans la conception technique des infrastructures en régions de pergélisol peut avoir des conséquences graves. C'est ce qui s'est produit au Yukon, dans les années 1890, quand on a construit la ville de Dawson sans tenir compte de la présence sous-jacente de sédiments alluvionnaires riches en glace (Hughes, 1989). Le dégel subséquent de la glace de sol et les tassements qu'il a entraînés ont endommagé des bâtiments, dont bon nombre sont devenus inhabitables, et ont rendu plusieurs routes impraticables. Jusqu'au milieu du XXe siècle, on tenait peu compte de la présence de pergélisol. Cependant, les méthodes d'ingénierie actuelles ont pour objectif de réduire au minimum la perturbation du terrain et les effets sur les structures. De fa çon générale, on évite les sols sensibles au dégel et on conçoit les infrastructures de manière à préserver le pergélisol, à limiter le tassement et à composer avec ce dernier aux endroits où il se produit.

Auparavant, la conception technique ne tenait pas compte du réchauffement du climat, même pour des projets de grande envergure comme le pipeline de Norman Wells, dont la conception date du début des années 1980. Cependant, on reconnaît de plus en plus que le réchauffement climatique joue un rôle crucial au cours de toute la vie utile des grands projets d'infrastructure du Nord canadien, et on en tient compte dans la conception technique et dans les évaluations de l'impact environnemental de tels projets depuis la fin des années 1990. On a élaboré un outil d'évaluation fondé sur le risque qui permet de prendre en considération le changement climatique dans la conception technique des installations et de mesurer le niveau d'analyse nécessaire pour une installation donnée (Environnement Canada, 1998). L'analyse des conséquences d'une défaillance constitue un élément essentiel du processus d'évaluation. Ainsi, plus les conséquences possibles sont grandes (comme dans le cas d'une installation de confinement des déchets), plus l'analyse sera détaillée.

ÉTUDE DE CAS 1

FIGURE 14

FIGURE 14 : Réseau de transport maritime et terrestre proposé dans le nord du Canada comprenant a) une route maritime vers un nouveau port dans l'inlet Bathurst et la date moyenne à laquelle la rupture des glaces a lieu; b) un réseau routier reliant le port aux emplacements du Nunavut où l'on procède à la mise en valeur des ressources (Bathurst Inlet Port and Road Joint Venture Ltd., 2003, 2007).

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Perspectives de croissance du secteur minier et du secteur des transports

La réduction de la durée et de la superficie de la couverture de glace de mer causée par un climat en évolution ouvre de nouvelles perspectives pour le transport maritime dans l'Arctique canadien (voir l'étude de cas 2). Ces perspectives contribueront, pour leur part, à un accroissement de la compétitivité du développement actuel et prévu des ressources. L'expansion récente de projets importants de développement des gisements d'or, de métaux communs et de diamants dans la province géologique des Esclaves, qui chevauche les Territoires-du-Nord-Ouest et le Nunavut, de concert avec l'allongement prévu de la saison de navigation, rend beaucoup plus intéressante, sur le plan économique, la construction d'un port en eau profonde sur la côte nord du Canada. Idéalement, un tel port sera desservi par un réseau de routes permanentes qui le relieront aux sites miniers de l'intérieur.

Un projet actuellement à l'étude prévoit la construction, à l'extrémité sud de l'inlet Bathurst, au Nunavut, d'un port capable de recevoir des bateaux de 50 000 tonneaux et des barges de plus petite taille pour desservir les collectivit és de l'ouest du Nunavut (Kitikmeot; voir la figure 14; Kunuk et Stevens, 2003). Ce port serait desservi par 211 km de routes permanentes en gravier reliant Bathurst à Contwoyto (voir la figure 14). Les retombées économiques d'activités minières de ce type pourraient être substantielles (Kunuk et Stevens, 2003). De plus, il est probable que la construction du port et des infrastructures routi ères entraînera un développement additionnel des gisements connus le long des voies de transport, attirera de nouvelles activit és d'exploration et permettra de relier les collectivités du Nunavut à un système amélioré de transport maritime de l'océan Arctique.

La conception de projets importants récents, comme les structures de rétention de l'eau ou de confinement des résidus miniers, les grands bâtiments et les infrastructures linéaires (pipelines et routes), tient compte du changement climatique. En fait, le processus canadien d'évaluation environnementale exige qu'on en tienne compte (p. ex., Lee, 2000; Comité fédéral-provincial-territorial sur le changement climatique et l'évaluation environnementale, 2003). Par exemple, il a été reconnu que le réchauffement pouvait causer problème pendant la vie utile de la mine de diamants Ekati, ouverte en 1998, et on a tenu compte de ses effets possibles dans la conception des barrages à noyau gelé des parcs à résidus de la mine (EBA Engineering Consultants Ltd., 1995). La conception technique et l'évaluation environnementale d'autres projets miniers récents aux Territoires du Nord-Ouest et au Nunavut, ainsi que du projet de gazoduc du Mackenzie, ont aussi tenu compte du r échauffement. La conception de grands bâtiments récents, comme le Centre de santé régional d'Inuvik, tient compte des effets du réchauffement sur le pergélisol (Hayley, 2004).

Dans le cas des structures construites avant la fin des années 1990, il est possible que le changement climatique soit la cause d'un accroissement de la profondeur du dégel et d'un tassement qui dépassent les prévisions originales, ce qui pourrait entraîner une hausse des coûts d'entretien et des travaux de réfection afin d'assurer l'intégrité de la structure. Les problèmes liés au tassement par dégel sont moins importants lorsque le sol est pauvre en glace, que les structures reposent sur le socle ou qu'elles sont construites sur des fondations profondes ou, dans le cas de structures plus petites, ajustables. Ce sont les structures munies de fondations peu profondes et construites sur des sols sensibles au d égel qui courent les risques les plus importants. Dans une étude-pilote réalisée à Norman Wells et à Tuktoyaktuk, aux Territoires du Nord-Ouest, on a rassemblé, dans des bases de données numériques, toutes les données géotechniques de forage disponibles et un inventaire des infrastructures et des types de fondations, afin d'identifier les structures pour lesquelles le réchauffement pourrait causer des problèmes (Couture et al., 2000, 2001; Chartrand et al., 2002). On pourrait préparer des bases de données similaires pour les autres collectivités afin de les aider à planifier l'adaptation des structures existantes au changement climatique et de faciliter la planification de l'aménagement futur des sols.

Les structures les plus problématiques en situation de changement climatique sont celles qui doivent préserver leur intégrité pendant plusieurs décennies ou plusieurs siècles, ou dont la rupture peut avoir des conséquences graves. Les installations de confinement des déchets posent un problème particulier, puisque celles qui datent de plusieurs décennies n'ont pas été construites en fonction des températures actuelles plus clémentes et, de toute évidence, pas pour celles qu'on prévoit dans l'avenir. La rupture des barrages à noyau gelé de parcs à résidus à cause du dégel et du tassement différentiel, ou le dégel de tas de résidus à cause du réchauffement, pourrait entraîner le rejet de contaminants dans l'environnement et, donc, avoir un impact sur les écosystèmes et la santé humaine. Les sites plus anciens devront probablement faire l'objet de mesures correctrices, notamment l'utilisation possible de thermosiphons pour garder le sol gelé ou la modification de la couverture des tas de résidus pour faire en sorte que ces derniers demeurent enfermés dans le pergélisol (p. ex., BGC Engineering Ltd., 2003; Mine Environmental Neutral Drainage Program, 2004). Les nouvelles structures de confinement de la partie sud de la zone de perg élisol continu devront peut-être mettre à contribution les techniques utilisées à l'heure actuelle dans la zone de pergélisol discontinu ou dans les zones sans pergélisol, comme l'utilisation d'un revêtement intérieur imperméable.

L'adaptation des infrastructures nordiques au changement climatique reposera largement sur l'utilisation de techniques déjà en usage pour réduire les effets de la perturbation du sol. Figurent parmi ces techniques l'utilisation de fondations sur pilotis (qu'il faudra peut-être enfoncer plus profondément afin de faire face au réchauffement), l'isolation de la surface (qui pourra nécessiter des couches de gravier plus épaisses), l'enlèvement de la neige (afin de permettre au sol d'atteindre des températures plus basses en hiver), l'installation de fondations ajustables pour les petites structures et l'utilisation accrue de techniques de refroidissement artificiel afin de faire en sorte que le sol reste gelé (Couture et al., 2003). On pourra également avoir recours à des techniques récentes, telles que les levées à convection d'air (Goering, 1998, 2003). Aux endroits où le pergélisol est mince, on pourra excaver la terre riche en glace et la remplacer par un mat ériau stable ou la faire dégeler intentionnellement en retirant la végétation et en retardant la construction de plusieurs années, jusqu'à ce que le pergélisol se soit complètement dégradé et que le terrain se soit stabilisé (voir Brown, 1970).

Enfin, les mesures d'adaptation adoptées devront comprendre des activités de surveillance afin : 1) d'évaluer la performance des infrastructures; 2) de déterminer si les changements dans l'état du pergélisol correspondent bien aux prévisions; et 3) de décider s'il y a lieu de mettre en place d'autres actions d'adaptation.

4.5 TRANSPORTS

4.5.1 Trafic maritime

Les multiples types de glace de mer et de glace de glacier présents dans les milieux marins de l'Arctique font courir aux transporteurs des risques particuliers qui viennent s'ajouter aux risques habituels associés aux ondes de tempête et aux hauts-fonds. De son côté, le transport maritime présente des risques potentiels pour l'environnement arctique, comme la possibilité de déversements de carburant ou de marchandises, la perturbation de la faune par la pr ésence des bateaux et par le bruit sous-marin et aérien, et la déstabilisation de la glace fixe, qui peut nuire au déplacement des animaux et des humains. L'Arctique canadien compte trois routes de circulation maritime : vers le port de Churchill et les autres collectivit és de la baie d'Hudson, en passant par le détroit d'Hudson; vers la mer de Beaufort, en passant par le détroit de Béring ou le fleuve Mackenzie; à travers l'archipel Arctique, par le passage du Nord-Ouest. Celui-ci relie la baie de Baffin à la mer de Beaufort en passant par le détroit de Lancaster et un certain nombre d'autres voies de navigation (voir la figure 15 et l'étude de cas 2), dont :

  • la route du détroit du Vicomte de Melville et du détroit de M'Clure, qui est la plus engorgée par les glaces;
  • la route du détroit du Vicomte de Melville et du détroit du Prince-de-Galles, qui est à peine moins difficile, mais serait la route de choix pour les navires à grand tirant d'eau; il s'agit de la route qu'ont empruntée le SS Manhattan et l'USCGC Polar Star;
  • la route passant par l'inlet Prince-Régent, le détroit de Larsen, le détroit de Victoria et la baie du Couronnement, qui est la plus fréquentée par les brise-glaces de la Garde côtière canadienne, les bateaux commerciaux et les bateaux plus petits, même si elle comprend un passage assez étroit et difficile à travers le détroit de Bellot et que les eaux y sont généralement moins profondes; si l'inlet Prince-Régent est obstrué par les glaces, il est possible de rejoindre le détroit de Larsen en passant par le détroit de Pell; dans le cas de ces deux routes, les glaces les plus difficiles à franchir sont habituellement celles du détroit de Victoria.
FIGURE 15

FIGURE 15 : Principales routes du passage du Nord-Ouest, superposes à la carte de la concentration médiane des glaces au 3 septembre (de 1971 à 2000). La couleur sert à identifier les concentrations de la glace, en dixièmes (gracieuseté de H. Melling, Pêches et Océans Canada).

Version textuelle - figure 15

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Une autre route à travers l'archipel arctique, qui n'est cependant pas considérée comme faisant partie du passage du Nord-Ouest, passe par le détroit d'Hudson, le bassin Foxe, le golfe de Boothia et le détroit de Bellot vers le détroit de Larsen. Même si les forts courants de marée peuvent y présenter des difficultés de navigation dans le détroit de Fury et Hecla, les moindres quantités de glace du bassin Foxe et la plus courte distance de navigation entre le centre de l'Arctique et les régions situées plus au sud en font depuis quelques années une route intéressante (J. Falkingham, Environnement Canada, communication personnelle, 20 mars 2007).

Les bras de mer de l'Arctique sont empruntés pour le ravitaillement des populations, l'exportation des matières premières et des voyages scientifiques, des excursions touristiques ou des voyages visant à réaffirmer la souveraineté sur le territoire. Le ravitaillement des populations est la source du trafic le plus pr évisible. Des navires de haute mer assurent généralement le transport maritime dans l'Est, alors que les remorqueurs et les barges sont mieux adaptés aux eaux peu profondes de l'ouest de l'Arctique canadien. Les matières premières sont exportées à l'occasion depuis 25 ans. Bien que cette activité soit, à l'heure actuelle, abandonnée, on prévoit qu'au moins deux mines de minerai de fer à haute teneur pourraient commencer à produire et exporter du concentré d'ici quelques années. Le nombre d'expéditions scientifiques dans l'Arctique a augmenté de façon spectaculaire depuis 1990. Elles utilisent souvent des brise-glaces de la Garde côtière canadienne (GCC) qui, en même temps, remplissent d'autres rôles, comme l'aide à la navigation et l'affirmation d'une présence canadienne permanente. En 2004, dans le cadre du réseau ArcticNet de centres d'excellences (ArcticNet, 2007), on a équipé le NGCC Amundsen pour la recherche sur les effets du changement climatique dans les régions côtières de l'Arctique canadien. Ce navire emprunte maintenant le passage du Nord-Ouest de façon régulière. Les voyages touristiques dans le passage sont également de plus en plus courants. Si le transport commercial international constitue un autre usage possible de ces bras de mer, les voyages du p étrolier Manhattan, en 1969 et 1970, ont mis en lumière les défis que représentent la sécurité, la rentabilité et la prévisibilité du transport commercial dans le passage du Nord-Ouest.

L'Arctique canadien n'a jamais fait l'objet d'un trafic maritime à longueur d'année, et on pense qu'il en sera ainsi pendant les prochaines décennies (Wilson et al., 2004). À l'heure actuelle, les activités de ravitaillement débutent en juillet et se terminent en octobre. Même durant cette période, elles nécessitent souvent l'intervention des brise-glaces de la Garde côtière canadienne. Le transport maritime est plus difficile en hiver qu'en été parce que la glace d'hiver est plus froide, donc plus solide, que la glace d'été. En hiver, la glace est également consolidée d'une rive à l'autre, sans fracture (chenal) pouvant simplifier le passage des bateaux. De plus, l'obscurité presque totale et le froid intense rendent la navigation hivernale extrêmement dangereuse. La glace pluriannuelle, qui ne ramollit pas beaucoup en été, représente en tout temps un danger sérieux pour les bateaux. Lorsqu'elle est fortement concentrée, seuls les brise-glaces les plus puissants peuvent espérer s'y frayer un passage, même en été. En hiver, elle est tout simplement impénétrable.

L'effet le plus évident de l'évolution du climat sur le transport maritime dans l'Arctique sera un allongement de la saison de navigation estivale, et on évalue que la durée des glaces sera raccourcie de 10 jours en 2020 et de 20 à 30 jours d'ici à 2080 (voir le tableau 8; Loeng et al., 2005), mais on ne pense toutefois pas qu'il y ait un jour un hiver sans glace dans l'Arctique. Bien que l'allongement de la saison de navigation semble bénéfique, les conditions de la glace dans toutes les régions de l'Arctique canadien varient fortement d'une année à l'autre, et on ne croit pas que cela changera.

TABLEAU 8 : Sommaire de l'évolution projetée des conditions océaniques (Loeng et al., 2005).
  2020 2050 2080
Glace de mer :
Durée Raccourcie de 10 jours Raccourcie de 15 à 20 jours Raccourcie de 20 à 30 jours
Étendue hivernale Réduction de 6 p. 100 à 10 p. 100 Réduction de 15p. 100 à 20 p. 100 Étendues libres de glace probables dans l’Extrême-Arctique (mer de Barents et peut-être bassin de Nansen)
Étendue estivale Plates-formes probablement libres de glace Réduction de 30 p. 100 à 50 p. 100 par rapport à aujourd’hui Réduction de 50 p. 100 à 100 p. 100 par rapport à aujourd’hui
Exportation vers l'Atlantique Nord Aucun changement Début de la réduction Fortement réduite
Type Légère réduction de la glace pluriannuelle, surtout sur les plates-formes Importante réduction de la glace pluriannuelle, disparue des plates-formes Glace pluriannuelle rare ou complètement disparue
Glace de rive :
Type Amincissement possible et recul dans les régions du sud Amincissement probable et recul plus marqué dans les régions sud Possibilité d’amincissement et de réduction de l’étendue dans toutes les zones marines de l’Arctique

Les tendances futures de l'environnement de glace de mer dans le nord du Canada seront probablement différentes de celles de l'Arctique dans son entier, présentées à la section 3.1. La présence persistante et préférentielle de la glace pluriannuelle dans la partie canadienne de l'Arctique (Rigor et Wallace, 2004) représentera probablement un défi pour le transport maritime nordique pendant encore plusieurs décennies au moins. À l'heure actuelle, la plus grande partie de la couverture de glace de l'archipel Arctique canadien est consolidée pendant dix mois par année, et elle dérive lentement de l'océan Arctique vers le passage du Nord-Ouest, au sud (Melling, 2002). L'allongement de la saison de dégel entraînera celui de la période de fragilité de la banquise, ce qui fera accélérer le déplacement de la glace pluriannuelle de l'océan Arctique vers le passage du Nord-Ouest, en passant par l'archipel Arctique. À cause de ce déplacement, le transport maritime dans le passage du Nord-Ouest restera au moins aussi dangereux qu'aujourd'hui, tant qu'il y aura un apport de glace en provenance de l'océan Arctique.

La baie d'Hudson et la mer de Beaufort, en raison de leurs régimes de glaces très différents, connaîtront probablement une augmentation des passages de grands bâtiments. L'allongement de la saison de navigation estivale encouragera probablement le transport par le port de Churchill, dans la baie d'Hudson, l'exploration pétrolière extracôtière dans la mer de Beaufort, ainsi que le transport des hydrocarbures par de grands b âtiments vers l'ouest et à travers le détroit de Béring. L'augmentation du déplacement causé par les vents fera croître, pour le trafic par barges, les infrastructures côtières et les petits bateaux utilisés par les résidents du Nord, les risques associés aux vagues et aux ondes de tempête. L'augmentation du trafic maritime et de certains dangers accroîtra les besoins :

  • de cartes nautiques à jour;
  • de prévisions météorologiques maritimes, y compris sur les vagues et les ondes de tempête;
  • de surveillance des glaces et de prévision de leur mouvement;
  • de services de brise-glaces et de capacités de recherche et de sauvetage;
  • de surveillance et de contrôle du trafic maritime;
  • d'installations côtières pour le ravitaillement en carburant et le chargement des marchandises;
  • de navires conçus pour la glace capables de répondre aux nouvelles conditions de la mer et aux nouvelles cargaisons transportées (p. ex., barges, remorqueurs, pétroliers et vraquiers);
  • d'équipes spécialisées dans le travail en milieu arctique.

ÉTUDE DE CAS 2

L'avenir du passage du Nord-Ouest

Le passage du Nord-Ouest est une série de sept grandes voies de passage entre les îles de l'archipel Arctique canadien (voir la figure 15). Depuis 20 ans, son avenir fait l'objet de nombreux débats, surtout parce qu'on prévoit qu'il sera éventuellement moins encombré par les glaces qu'aujourd'hui. Depuis longtemps, la glace de mer pluriannuelle entre dans l'archipel par les petits chenaux situés le long du flanc nord-ouest des îles de la Reine-Élisabeth et se développe sur place, dans le détroit du Vicomte de Melville, pour être ensuite transportée vers l'est et vers l'ouest (voir la figure 15; Melling, 2002). Dans les années de forte glace, la banquise pluriannuelle s'étend, vers le sud, jusqu'à la péninsule de Tuktoyaktuk.

Le fait que le passage du Nord-Ouest soit libre de glace présenterait un avantage économique considérable pour les compagnies de transport maritime, puisqu'elles pourraient ainsi éviter de passer par le canal de Panama et donc raccourcir d'environ 7 000 km le voyage entre Tokyo et Londres. Il ouvrirait aussi la voie à des navires qui dépassent les dimensions maximales des systèmes de canaux et qui doivent, par exemple, passer par le cap Horn. La possibilité de faire passer même des superpétroliers a été démontrée en 1969, lorsque le SS Manhattan (modifié de manière à pouvoir briser les glaces) a réussi à relier les champs pétrolifères de Prudhoe Bay et la côte est des États-Unis. Un autre avantage du passage du Nord-Ouest est qu'il est moins touché par les tempêtes que les routes de transport du Pacifique, comme l'a démontré, en 1999, le remorquage d'une cale sèche d'ouest en est par cette voie, de Vladivostok, en Russie, jusqu'aux Bermudes (Huebert, 2001).

Une autre possibilité de passage à travers l'Arctique, la route côtière du Nord, au large de l'Eurasie, devrait être ouverte avant le passage du Nord-Ouest puisque ce qui reste de sa banquise a tendance à se déplacer vers l'Amérique du Nord. De plus, en raison de la grande variabilité des conditions de la glace, la circulation par le passage du Nord-Ouest restera dangereuse m ême pendant les étés les plus chauds. Il se peut que ces dangers contribuent à réduire l'intérêt que présente le passage du Nord-Ouest pour le transport commercial (p. ex., Griffiths, 2003).

Même si les différends internationaux sur les revendications territoriales du Canada dans les terres et les îles de l'archipel Arctique se sont pour la plupart réglés dans les années 1930, le passage du Nord-Ouest fait toujours l'objet de discussions internationales. Les deux vues divergentes sont les suivantes : 1) le passage du Nord-Ouest fait partie des « eaux intérieures historiques » du Canada puisqu'il se trouve à l'intérieur des lignes de base droites de l'archipel, conférant ainsi au Canada l'autorité d'agir librement en ce qui a trait à la mise en place de contrôles et de conditions visant ses intérêts en matière de sécurité, d'environnement et de populations inuites, et 2) le passage du Nord-Ouest est un détroit international qui traverse les eaux territoriales canadiennes et, donc, le droit d'imposer des règlements est sujet à certaines restrictions. Comme l'a rappelé Pharand (2007), le Canada a exercé son autorité sur le transport maritime dans le passage en adoptant un régime portant sur le transport arctique qui comporte plusieurs lois et règlements (18 dans le cas des bateaux à passagers), y compris la plus ancienne de ces lois, soit la Loi sur la prévention de la pollution des eaux arctiques de 1970. Le Canada a dirigé les efforts en vue d'inclure l'Article 234, à savoir l'« exception arctique », dans la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer de 1982. Cette exception permet aux états côtiers d'imposer des lois contre la pollution marine jusqu'à 200 milles marins des côtes quand la présence de glace pendant presque toute l'année rend la navigation dangereuse (Charron, 2005; Barber et al., 2006) et rend ainsi légitime l'autorité du Canada de faire respecter un régime antipollution très sévère. Au fil de l'évolution du droit international, le Canada a également modifié une de ses lois afin d'étendre la définition des eaux territoriales (et donc les droits côtiers de l'État) de 3 à 12 milles marins (Killaby, 2006). Ce détail revêt une importance particulière, puisque le point le plus étroit du passage du Nord-Ouest a moins de 24 milles marins de largeur (voir aussi Barber et al., 2006).

Brise glace de la Garde côtière canadienne (GCC)

Tant que les glaces rendront la navigation commerciale dangereuse et peu intéressante, aucun pays n'aura d'intérêt à contester la position du Canada. Toutefois, il se peut que l'évolution du climat et les modifications qu'elle causera aux régimes de la glace de mer fassent augmenter les pressions visant à désigner le passage du Nord-Ouest comme un détroit international. L'augmentation du trafic maritime dans le passage du Nord-Ouest imposera vraisemblablement au Canada et aux habitants du Nord toute une s érie de problèmes additionnels qu'ils devront surmonter, comme l'utilisation des côtes septentrionales pour des activités illégales (la contrebande, par exemple), la propagation d'espèces et de maladies exotiques et l'augmentation du nombre d'accidents maritimes et, donc, des risques de pollution (p. ex., Kelmelis et al., 2005). On pourra pallier ces problèmes par une surveillance policière accrue de l'Arctique et par une intensification de l'application des normes et des règlements sur l'environnement, ce qui, selon certains, contribuerait à renforcer les revendications du Canada quant à sa souveraineté sur le passage du Nord-Ouest (p. ex., Huebert, 2003; Charron, 2005; Barber et al., 2006). La perte de superficie de la glace de mer et l'augmentation du trafic maritime auraient des effets néfastes importants sur le mode de vie traditionnel des habitants du Nord, mais elles leur permettraient aussi de diversifier leur économie en offrant des services liés au transport maritime. Certains croient que quelques collectivités, comme Tuktoyaktuk et Iqaluit, pourraient devenir d'importantes escales (Huebert, 2001), ce qui entraînerait pour elles des transformations socio-économiques considérables.

On s'attend aussi à ce que le changement climatique transforme la nature des risques associés au trafic maritime dans de nombreuses régions de l'Arctique. Plutôt que d'avoir à affronter une vaste banquise, ce qui exige l'aide d'un brise-glace, les navires bénéficieront à l'avenir de meilleures conditions de navigation, marquées par de fréquents épisodes de poussée des glaces dans des détroits encombrés, par de faibles concentrations de glace pluriannuelle difficiles à détecter et par une variabilité extrême des conditions d'une année à l'autre. Les brise-glaces auront donc autant, sinon plus, de travail à accomplir afin de venir en aide à un transport maritime accru et couvrant un plus grand territoire.

4.5.2 Transport en eau douce

De par le passé, le transport en eaux libres sur les rivières et les lacs représentait le principal moyen d'acheminer les marchandises aux collectivités nordiques. On utilisait, par exemple, le bras principal et les principaux affluents des r éseaux hydrographiques du Yukon et du Mackenzie. Le Mackenzie est encore un important syst ème de transport en eau douce. Les marchandises (du carburant en vrac, de l'équipement et des marchandises diverses) proviennent du terminal ferroviaire de Hay River et sont transport ées par des barges tirées par des remorqueurs jusqu'à Tuktoyaktuk, en passant par le Grand lac des Esclaves et différentes localités riveraines. À leur arrivée, les barges sont dételées et transportées par des remorqueurs de haute mer aussi loin vers l'est que Taloyoak, dans la péninsule de Boothia, et vers l'ouest, jusqu'à Barrow, en Alaska. Le réchauffement du climat entraînera un allongement de la période pendant laquelle le fleuve est libre de glace, ce qui permettra aux barges de circuler sur le Mackenzie pendant plus longtemps que les quatre mois actuels (de la mi-juin à la mi-octobre). Lonergan et al. (1993), par exemple, ont prévu qu'une réduction de six à neuf semaines de la saison des glaces pourrait entraîner une augmentation de 50 p. 100 du transport par barges sur le Mackenzie. Toutefois, ceci n'est rien comparé à la croissance de 600 p. 100 du transport prévue pour les prochaines années à cause du projet gazier du Mackenzie, dans la région du delta (voir la section 4.2; Neudorf, 2005). Ces prévisions ne tiennent cependant pas compte du fait que les changements de débit liés au climat (voir Kerr, 1997; Blanken et al., 2000; Rouse et al., 2003) pourraient avoir un effet sur l'utilisation de barges à fond plat dans un réseau fluvial aux eaux déjà peu profondes, surtout à la fin de l'été, lorsque le niveau du lac et le débit du fleuve sont les plus faibles. La régularisation du débit en amont, un autre facteur agissant sur les faibles débits, a contribué, au cours des 50 dernières années, à rendre de plus en plus difficile la navigation sur le fleuve (p. ex., Gibson et al., 2006).

Le dragage de certaines portions de la voie de navigation constitue peut-être une solution locale et à court terme au problème de la baisse du niveau de l'eau, mais il est peu probable qu'il s'agisse d'une mesure utilisable à long terme, la morphologie du lit du Mackenzie et des autres réseaux fluviaux du Nord se caractérisant par une transformation rapide (p. ex., Prowse, 2001). On pourrait utiliser la r égularisation du débit en amont pour accroître les débits à la fin de l'été, mais ceci aurait un effet néfaste sur la production hydroélectrique. La solution la plus évidente serait d'étendre le réseau de routes utilisables en toutes saisons, mais la construction et l'entretien de routes de ce type dans les zones de pergélisol posent d'importants problèmes techniques (voir la section 4.4).

4.5.3 Routes d'hiver

Même si la glace des lacs et des rivières a longtemps servi de voie de transport naturelle et que l'ingénierie moderne a permis de mettre au point des techniques de construction et d'expansion de plus en plus perfectionnées pour les routes d'hiver, on ne dispose néanmoins que de peu de documentation scientifique au sujet de l'effet du climat sur ces systémes. Les renseignements les plus pertinents, même ceux ayant trait au réseau de routes d'hiver principal, ne se retrouvent que dans les rapports préparés par des experts-conseils ou des instances gouvernementales locales, ou encore dans des communiqués de presse. Depuis les années 1950, le réseau de ces routes s'est développé pour former une longue succession de franchissements privés et publics de lacs et de rivières qui permettent de relier les populations du Nord aux réseaux de routes utilisables en toutes saisons. Des routes et des ponts de glace construits et entretenus chaque hiver fournissent un moyen relativement peu co ûteux de ravitailler les collectivités et les industries du Nord. Le secteur minier, en rapide expansion, dépend de routes de glace pour le transport de l'équipement lourd, des matériaux et du carburant essentiels à ses activités le reste de l'année. En outre, ces routes créent un réseau d'importance cruciale qui rend possibles le contact entre les collectivités et la poursuite des activités sociales et culturelles tout au long des mois d'hiver.

FIGURE 16

FIGURE 16 : Apport annuel de la route d'hiver de Tibbitt à Contwoyto et des projets connexes au produit intérieur brut des Territoires du Nord-Ouest (T.N.-O.), du Nunavut et du reste du Canada, de 2001 à 2020 (EBA Engineering Consultants Ltd., 2001).

Version textuelle - figure 16

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Les voies de transport sur glace sont peu nombreuses au Yukon (p. ex., le pont de glace de Dawson City, les chemins d'accès miniers et, parfois, une route de glace vers Old Crow); les principaux réseaux de routes de glace se trouvent en effet dans les Territoires-du-Nord-Ouest et au Nunavut. Le Nunavut ne possède d'ailleurs aucune grande route utilisable en toutes saisons. On trouve également d'importants réseaux de routes d'hiver dans les régions septentrionales de plusieurs provinces (voir les chapitres 6 et 7). La route d'hiver la plus longue, la « Tibbitt to Contwoyto Window Road » ou TCWR, relie Tibbitt à Contwoyto et s'étend sur 600 km, dont 495 km sur des lacs gelés (EBA Engineering Consultants Ltd., 2001). C'est la principale route de ravitaillement pour les mines de diamants Ekati et Diavik, pour la mine d'or Lupin (inactive à l'heure actuelle), pour les développements miniers de Snap Lake et de Jericho, et pour plusieurs autres projets d'exploration minière. Elle est actuellement exploitée par la « Winter Road Joint Venture », un partenariat privé regroupant BHP Billiton, Diavik Diamond Mines et Echo Bay Mines. Ces compagnies se divisent les co ûts selon l'usage qu'elles font de la route, et les autres compagnies paient un certain montant par tonne par kilom ètre. La TCWR est normalement utilisée deux mois par année, en février et en mars, et son coût annuel est d'environ 10 millions de dollars. Les camions y roulent jour et nuit, à les convois partent environ toutes les 20 minutes. De 1997 et 2003, la route a permis de faire transiter chaque ann ée 8 000 camions pesant chacun 30 tonnes en moyenne, la capacité augmentant à mesure que la couche de glace s'épaississait. On prévoit que cette route conservera son importance économique pendant plusieurs années (voir la figure 16; EBA Engineering Consultants Ltd., 2001).

La principale route de glace du Nord canadien, qui assure en hiver un lien de 150 km entre Inuvik et Tuktoyaktuk, est construite et entretenue par le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest. On retrouve aussi, un peu partout dans les territoires nordiques, un grand nombre de petits ponts et routes de glace. Aux Territoires du Nord-Ouest, par exemple, le système routier public double presque de longueur en hiver (environ 1400 km au total). Les p ériodes d'utilisation varient selon l'endroit et l'année, mais elles s'étendent normalement de novembre et décembre à mars et avril.

FIGURE 17

FIGURE 17 : Camion traversant une route de glace en dégel, au passage de Liard Ferry, près de Fort Simpson, sur la rivière Liard, dans les Territoires du Nord-Ouest. (Terry D. Prowse).

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Les méthodes de construction des routes de glace varient selon l'usage des routes; certaines sont réalisées en tandem avec des routes praticables l'hiver sur la terre ferme. Dans les réseaux de routes et de ponts les plus organisés, on améliore la force portante en retirant ou en compactant la neige afin d'en réduire l'effet isolant. On peut également atteindre rapidement l'épaisseur de glace désirée en inondant la surface ou en ayant recours à des techniques de nébulisation semblables à celles utilisées pour produire de la neige. Ces deux méthodes permettent de produire une glace plus épaisse que celle qui s'obtient normalement dans un climat donné. Des dégels ponctuels peuvent réduire la praticabilité des surfaces, même lorsque la force portante est élevée (voir la figure 17). L'occurrence d'importantes chutes de neige au début de la saison peut retarder considérablement la formation de la glace et le développement de la force portante.

Bien qu'on conserve des données sur les dates d'ouverture et de fermeture des routes et des ponts de glace, aucune analyse des tendances qu'elles révèlent n'a encore été faite. Toutefois, des données d'observation pour la route de glace qui traverse le Mackenzie démontrent que la date moyenne d'ouverture pour les véhicules légers a été retardée de plus de trois semaines depuis 1996, alors qu'elle était restée relativement constante (entre le 8 et le 19 décembre) pendant les 30 années précédentes et même plus (Northern Climate Exchange, 2006). L'amincissement de la glace à cause du réchauffement climatique réduit le poids des convois pouvant circuler en sécurité. Au début, on pourra s'adapter à la situation en modifiant les méthodes de construction des routes de glace (ainsi que déjà mentionné). Aux endroits où la capacité de transport n'est pas encore utilisée au maximum, il sera possible de modifier les horaires de circulation afin de concentrer les convois dans le c œur de l'hiver, quand la glace est la plus épaisse. Il est également possible de transporter de lourds chargements sur la glace à l'aide de ballons. C'est ce qui a été suggéré pour le déplacement de l'équipement pour les champs pétrolifères de l'Alaska et de l'Arctique canadien (voir Prentice et Turriff, 2002). Cette combinaison de répercussions conjuguée à la diminution de la durée de la saison des routes de glace et de l'épaisseur de la glace rend plus difficile l'approvisionnement des collectivités nordiques et des sites industriels au cours des mois d'hiver.

Advenant le cas où certaines routes d'hiver deviendraient impraticables, il faudra trouver d'autres voies de transport. Là où existe un réseau de transport en eau libre, on pourra augmenter le nombre de barges. Dans les endroits enclav és, comme ceux desservis à l'heure actuelle par la TCWR, la construction de routes terrestres semble être la seule solution possible pour permettre de transporter chaque année ces énormes quantités de marchandises (voir l'étude de cas 1). La construction et l'entretien de routes permanentes coûtent nettement plus cher que ceux des routes d'hiver. Les coûts varient, mais Dore et Burton (2001) ont mentionné, par exemple, qu'il en coûte 85 000 $/km pour construire une route utilisable en toutes saisons dans le nord de l'Ontario, somme à laquelle on doit ajouter un montant variant entre 64 000 $ et 150 000 $ pour chaque pont à construire.

4.6 FORESTERIE

Des superficies importantes du Yukon (22,79 millions d'hectares) et des  Territoires du Nord-Ouest (33,35 millions d'hectares) sont couvertes par la forêt boréale. Ensemble, ces zones représentent environ 13 p. 100 de la couverture forestière totale du Canada. Le bien-être culturel, spirituel et économique de plusieurs Premières nations dépend de la santé de l'écosystème forestier. La récolte d'aliments et l'exercice de pratiques culturelles sont deux utilisations importantes des terres bois ées du Yukon et des  Territoires du Nord-Ouest. Moins de 30 p. 100 de la couverture forestière du Yukon est composée d'arbres d'une espèce et d'une taille propices à la récolte du bois (Government of Yukon, 2006) et la majorité des forêts de qualité marchande se trouvent au sud du 61 e parallèle. Plus au nord, les forêts du Yukon sont plus touchées par les sols froids, le mauvais drainage et les feux dévastateurs.

Le Yukon se dirige vers une meilleure définition du cadre législatif  et une réglementation accrue des pratiques en matière d'activités forestières, notamment l'élaboration d'un projet de loi sur la gestion des ressources forestières (Yukon Forest Resources Stewardship Act). Les compétences relatives à la gestion forestière sont partagées par le gouvernement du Yukon, les gouvernements des Premières nations et les conseils des ressources renouvelables. En décembre 2004, on a adopté au Yukon le premier plan de gestion stratégique des forêts, qui s'applique au territoire traditionnel de Champagne et Aishihik (voir l'étude de cas 3).

À cause des graves perturbations subies par les forêts du Yukon, l'industrie forestière s'y concentre à l'heure actuelle surtout sur les possibilités de récupération. En 2005, on a émis des permis de coupe pour plus de 300 000 m3 afin de récupérer le bois dans des zones frappées par les incendies record de 2004 (p. ex., Green, 2004). Les incendies de 2004 ont également permis une abondante récolte de champignons, qui sont un produit forestier lucratif pendant les années qui suivent les feux de forêt. En 2006, on a publié une demande de propositions pour la coupe de 1 000 000 m3 afin de récupérer le bois touché par l'infestation de dendroctone de l'épinette dans le territoire traditionnel de Champagne et Aishihik, dans le sud-ouest du Yukon (voir l'étude de cas 3). On a estimé qu'en 2004 la coupe du bois a fourni un apport de un million de dollars à l'économie du Yukon; ce montant annuel est appelé à croître en raison des opérations de récupération. Dans les  Territoires du Nord-Ouest, en revanche, on a estimé que la contribution des produits forestiers à l'économie en 2004 n'a été que de 70 000 $ (voir le tableau 9).

TABLEAU 9 : Profil du secteur forestier dans le Nord canadien (Ressources naturelles Canada, 2005).
  Canada Territoire du Yukon Territoires du Nord-Ouest Nunavut
Profil
Population1 32 100 000 31 227 42 944 29 6583
Superficie du terrain (ha) 979 100 000 48 490 000 128 120 000 200 600 000
Forêt et autres terres boisées 402 100 000 22 790 000 33 000 000 940 000
Parcs 26 500 000 Non disponible 13 363 Non disponible
Ressources
Propriété2
Fédérale 16% 100 p. 100 100 p. 100 100 p. 100
Provinciale/territoriale 77 p. 100 0 p. 100 0 p. 100 0 p. 100
Privée 7 p. 100 0 p. 100 0 p. 100 0 p. 100
Type de forêts2
Résineux 66 p. 100 79 p. 100 53 p. 100 52 p. 100
Feuillus 12 p. 100 2 p. 100 47 p. 100 48 p. 100
Mixte 22 p. 100 19 p. 100 0 p. 100 0 p. 100
Récolte potentielle (m3)3 238 800 000 238 000 Sans objet  
Récolte (volume) de bois rond industriel (m3)3 193 700 000 7 000 6 000  
Récolte (superficie) de bois rond industriel (ha)3 974 472 44 31  
Superficie plantée (ha)4 427 051 310 112  
Superficie ensemencée (ha)4 18 906 Non disponible Non disponible  
Superficie défoliée par les insectes et mortalité des arbres attribuable au dendroctone (ha)3 19 200 000 41 640 Non disponible  
Nombre de feux2 6634 282 297  
Superficie brûlée (ha)2 3 300 000 1 800 000 515 621  
Industrie
Valeur des exportations2 44 600 000 000$ 961 842$ 69 954$  
Bois d'œuvre de résineux 24.71 p. 100 1.5 p. 100 17.61 p. 100  
Principaux marchés à l'exportation2
États-Unis 80 p. 100 100 p. 100 37.38 p. 100  
Union européenne 6 p. 100 0 p. 100 62.62 p. 100  
Japon 5 p. 100 0 p. 100 0 p. 100  
Source: Ressources naturelles Canada (2005); les données fournies proviennent de Statistique Canada
1 pour 2005
2 pour 2004
3 pour 2003
4 pour 2002
FIGURE 18

FIGURE 18 : Influence du réchauffement climatique sur les populations de dendroctone de l'épinette dans le sud-ouest du Yukon (Ogden, 2006).

Version textuelle - figure 18

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Les indications de plus en plus nombreuses de la réaction de l'écologie locale au changement climatique récent révèlent à quel point les écosystèmes forestiers nordiques sont sensibles à ce dernier (Parmesean et Yohe, 2003; Juday et al., 2005; Ogden, 2006; Scholze et al., 2006). En effet, on peut déjà constater nombre des effets prévus d'un climat en évolution sur le secteur forestier nordique (voir le tableau 10). Il est à peu près certain que les forêts seront de plus en plus perturbées par des proliférations d'insectes causées par la poursuite du réchauffement (Juday et al., 2005). L'infestation de dendroctone de l'épinette dans le sud-ouest du Yukon, qui a entraîné une mortalité généralisée de l'épinette blanche, est la plus importante et la plus intense des proliférations qui aient touché les arbres du Canada; elle constitue un excellent exemple de la réaction de l'écosystème au réchauffement récent (voir le tableau 11 et la figure 18; voir également l'étude de cas 3; Juday et al., 2005). On prévoit également que le changement climatique entraînera une augmentation de la fréquence, de l'étendue et de la gravité des feux de forêt, contribuant ainsi à une réduction de l'intervalle moyen entre les feux, à une modification de la répartition des classes d'âge en faveur des arbres les plus jeunes, au déclenchement de modifications plus fréquentes des régimes de succession des forêts constituées en prédominance de conifères à celles à prédominance de feuillus et à une diminution de la quantité de carbone emmagasinée dans la forêt boréale (Flannigan et al., 2000; Stocks et al., 2000; Juday et al., 2005; McCoy et Burn, 2005; Johnstone et Chapin, 2006).

 
TABLEAU 10 : Exemples d'impacts du changement climatique sur le secteur forestier dans le Nord (extrait modifié tiré de Lemmen et Warren, 2004).
Impacts biophysiques Impacts socio-économiques
Changements dans la productivité des forêts Changements dans la production de bois d’œuvre et de la valeur locative
Augmentation des gaz à effet de serre dans l’atmosphère Introduction de politiques d’atténuation au moyen de crédits de carbone et de permis qui créent un marché pour le stockage du carbone
Augmentation des perturbations Perte de produits forestiers et de biens non commerciaux
Déplacement des écozones vers le Nord Changement de la valeur des terres et des options d’utilisation des terres
Changements du climat et des écosystèmes Restructuration économique engendrant des tensions sociales et individuelles
Changements dans les écosystèmes et les espèces spécialisées Changements dans les valeurs non commerciales
Changements dans les écosystèmes Désintégration des parcs et des réserves naturelles, accroissement des conflits d’utilisation des terres
TABLEAU 11 : Effets du changement climatique sur le dendroctone de l'épinette (Juday et al., 2005).
Incidence directe sur les populations d’insectes :
  • Deux hivers froids consécutifs abaissent le taux de survie des dendroctones de l’épinette
  • Avec une température estivale anormalement élevée, les insectes arrivent à terminer leur cycle de vie en un an, ce qui provoque une très forte augmentation de la population
Incidence indirecte sur la résistance des arbres :
  • Le stress de sécheresse réduit la résistance des arbres aux attaques des dendroctones de l’épinette
La marque caractéristique du réchauffement climatique :
  • Augmentation de la fréquence des proliférations d’insectes
  • Élargissement des zones de mortalité des arbres durant les infestations
  • Accroissement de l’intensité des attaques d’insectes et, par conséquent, du taux de mortalité des arbres dans les zones infestées

ÉTUDE DE CAS 3

Jeter les bases de la gestion forestière dans un climat en évolution

On a de plus en plus d'indications que le changement climatique agit sur le territoire traditionnel de Champagne et Aishihik, dans le sud-ouest du Yukon. Au cours des 40 derni ères années, on a assisté à une hausse de la température annuelle moyenne et à une réduction du nombre de périodes de froid intense en hiver. Les précipitations estivales moyennes ont également diminué. Ces hivers moins froids et ces étés plus chauds et plus secs ont entraîné, entre autres, une grave prolifération de dendroctone de l'épinette (Dendroctonus rufipennis) qui a causé la mort d'un très grand nombre d'épinettes blanches. Cette mortalité a également entraîné une perte de bois marchand et des modifications importantes de l'écologie de la région. La prolifération de dendroctone de l'épinette a également fait augmenter la quantité, l'inflammabilité et l'étendue des combustibles forestiers et, donc, les dangers d'incendie.

La lutte contre le dendroctone de l'épinette constitue l'objectif principal de la gestion forestière et des efforts de planification dans le sud-ouest du Yukon. En novembre 2004, le gouvernement du Yukon et la Première nation de Champagne et Aishihik ont approuvé le premier plan de gestion communautaire de la forêt, qui a comme priorités de gestion et de planification la réduction des dangers d'incendie, la régénération des forêts, les retombées économiques et la conservation de l'habitat faunique. Le plan comprend également un cadre de gestion adaptative qu'on considère comme une réponse essentielle au changement climatique.

Le Northern Climate Exchange a commencé à examiner les actions de gestion forestière susceptibles de réduire la vulnérabilité à l'évolution du climat des écosystèmes forestiers et des populations et économies qui en dépendent (Ogden, 2006). Ce groupe a organisé un atelier sur les transformations de la forêt boréale, dont les hôtes étaient la Première nation de Champagne et Aishihik et l'Alsek RenewableRresource Council (conseil des ressources renouvelables d'Alsek) et qui réunissait des résidents de l'endroit, des organismes gouvernementaux et de gestion, ainsi que des chercheurs. Les r ésultats de l'atelier ont servi de base à l'élaboration d'un cadre préliminaire de recherche visant à appuyer la prise de décisions en matière de gestion forestière face à l'évolution du climat dans le sud-ouest du Yukon.

La région a été désignée “secteur de projet spécial” par le Programme canadien de forêts modèles, ce qui a permis à la Première nation de Champagne et Aishihik d'accéder à une subvention en vue de réaliser des recherches additionnelles sur la durabilité des collectivités. On demandera à la population son avis sur l'applicabilité des différentes mesures locales de gestion adaptative, on organisera une activité de création de scénarios afin d'examiner l'efficacité des mesures de gestion forestière dans différentes situations climatiques et on incorporera le savoir traditionnel et local au cadre de gestion adaptative.

Selon l'espèce, le type de site et la région, les températures plus élevées des dernières décennies ont soit accéléré, soit ralenti la croissance des arbres. Dans certaines régions touchées négativement, on a pu déterminer que le stress dû à la sécheresse était le principal coupable. Dans d'autres, le ralentissement demeure inexpliqué (Juday et al., 2005). Le stress dû à la sécheresse entrave aussi le rétablissement des forêts d'épinettes après un incendie dans certaines régions du sud-ouest et du centre-sud du Yukon, régions très vulnérables au changement climatique si les tendances à des conditions plus sèches se maintiennent (Hogg et Wein, 2005). La plupart des projections indiquent que les conditions climatiques à venir limiteront très probablement la croissance, dans de vastes parties de l'Alaska et, probablement, de l'ouest de la forêt boréale du Canada, des types d'épinettes blanches exploitables commercialement et des types répandus d'épinettes noires (Barber et al., 2000; Hogg et Wein, 2005; Juday et Barber, 2005; Juday et al., 2005). Les changements de la productivité des forêts liés au climat auront probablement des répercussions importantes sur les collectivités qui dépendent de la forêt (Hauer et al., 2001; Davidson et al., 2003). Les principes et méthodes de gestion durable des forêts incorporent déjà nombre des mesures qu'il faudra prendre pour faire face aux effets du changement climatique (Spittlehouse et Stewart, 2003). Lors d'une enquête menée auprès de spécialistes de la foresterie du Yukon et des  Territoires du Nord-Ouest au sujet des effets probables du changement climatique sur la durabilit é du secteur forestier et sur les mesures d'adaptation possibles, 71 p. 100 des répondants ont été d'avis que les sept critères de la gestion durable des forêts 3 pourraient servir d'objectifs pour l'adaptation du secteur forestier au changement climatique (Ogden et Innes, 2007b). Les trois effets les plus souvent reconnus comme ayant d éjà eu une incidence sur la durabilité sont les changements de l'intensité, de la gravité ou de l'étendue des proliférations d'insectes, les changements dans les phénomènes météorologiques extrêmes et les changements de l'intensité, de la gravité ou de l'étendue des feux de forêt (voir le tableau 12; Ogden et Innes, 2007b). Toutefois, plus de la moitié des répondants ont indiqué que les prix des produits de base, la disponibilité du bois d'œuvre, les politiques commerciales, la réglementation environnementale et la possibilité d'obtenir le capital nécessaire ont actuellement une plus forte incidence négative sur la durabilité que le changement climatique (voir le tableau 13; Ogden et Innes, 2007b).

TABLEAU 12 : Proportion des répondants ayant déclaré que les impacts du changement climatique ci-dessous ont eu des effets très importants ou assez importants sur la durabilité du secteur forestier ou des collectivités qui dépendent des forêts dans les territoires du Nord (Ogden et Innes, 2007b).
Impact du changement climatique Répondants (p. 100)
Intensité, de la gravité ou de l’ordre de grandeur des infestations d’insectes dans les forêts 66
Phénomènes météorologiques exceptionnels 47
Intensité, de la gravité ou de l’ordre de grandeur des feux de forêt 44
Mode de vie 34
Valeur des terres et des options d’utilisation des terres 31
Saison d’utilisation des routes d’hiver 31
Possibilités économiques 25
Bilan du carbone forestier 22
Phénologie 22
Production de bois d’œuvre 22
Abondance, déplacements et aires de répartition des espèces, y compris les espèces envahissantes 19
Type de couvert forestier 19
Croissance et de la productivité des forêts 16
Limite forestière 16
Disponibilité des produits forestiers non ligneux 9
TABLEAU 13 : Proportion des répondants qui estiment que les facteurs suivants ont actuellement un effet négatif plus prononcé que le changement climatique sur la durabilité du secteur forestier ou des collectivités nordiques qui dépendent des forêts (Ogden et Innes, 2007b).
Incidence plus forte que celle du changement climatique sur la durabilité Répondants (p. 100)
Prix des produits de base 56
Disponibilité du bois d’œuvre 53
Politiques commerciales 50
Règlements environnementaux 50
Capacité d’obtenir les fonds nécessaires 50
Compétitivité 47
Pétrole et gaz 41
Fragmentation de l’habitat 41
Participation et gouvernance autochtones 35
Participation du public à la gestion et à la planification des forêts 35
Minéraux 35
Tourisme 35
Santé et bien-être communautaires 35
Espèces envahissantes 29
Chômage 29
Contaminants 26
Participation aux modes de vie traditionnels 21
Disponibilité et salubrité des produits alimentaires traditionnels 18
Accessibilité des activités de loisirs 15
Appauvrissement de l’ozone 6

Même s'ils ne pensent pas que le changement climatique constitue le facteur qui a la plus forte incidence sur la durabilit é du secteur forestier (Ogden et Innes, 2007b), les experts-forestiers du Nord s'adaptent déjà aux effets d'un climat en évolution, surtout en réaction à l'infestation de dendroctone de l'épinette dans le sud-ouest du Yukon (voir l'étude de cas 3; Alsek Renewable Resource Council, 2004). Parmi les mesures proactives d'adaptation possibles figurent la régénération ciblée, la sylviculture ou les stratégies de protection contre les modifications à long terme des régimes de perturbation de la forêt (Ohlson et al., 2005). Une adaptation proactive a plus de chances d'éviter ou de réduire les dommages que des mesures réactionnelles (Easterling et al., 2004). Le tableau 14 examine les avis des spécialistes sur l'importance des moyens d'adaptation (Ogden et Innes, 2007b) susceptibles de pouvoir rencontrer des objectifs de gestion foresti ère durable. Les spécialistes ont également identifié les domaines de recherche qu'ils estiment les plus utiles à la prise de décisions, soit les effets du changement climatique sur l'intensité, la gravité et l'étendue des proliférations d'insectes forestiers et des feux de forêt, et les incidences nettes sur la croissance et la productivité des forêts (Ogden et Innes, 2007b).

TABLEAU 14 : Mesures d'adaptation au changement climatique à envisager sur les plans stratégique et opérationnel pour atteindre les objectifs de gestion durable des forêts tels que définis par le Processus de Montréal (Source : Ogden et Innes, 2007a).
Objectifs d'adaptation Maintien de
la diversité
biologique
Préservation de
la capacité de production des écosystèmes forestiers

Maintien de
la santé et
de la vitalité
des écosystèmes
forestiers

Conservation
et maintien
des ressources
pédologiques
et hydriques
Mesures d’adaptation sur le plan stratégique
  • Réduire la fragmentation de l’habitat et maintenir la connectivité
  • Préserver les types de forêts représentatifs de tous les gradients environnementaux dans des réserves
  • Protéger les refuges climatiques à plusieurs échelles
  • Repérer et protéger les groupes fonctionnels et les espèces clés
  • Maintenir les régimes d’incendie naturels
  • Prévoir des zones tampons pour rajuster les limites des réserves
  • Créer des réserves artificielles ou des arboretums pour préserver les espèces rares
  • Protéger les espèces les plus menacées ex situ
  • Maintain natural fire regimes
  • Élaborer un programme de gestion des gènes afin de préserver la diversité des patrimoines génétiques
  • Pratiquer une foresterie de plantation intensive dans certains secteurs choisis afin de favoriser la croissance d’essences commerciales, surtout dans les régions où des accroissements de perturbations sont à prévoir
  • Améliorer les sols forestiers et atténuer les perturbations qui les touchen
  • Sélectionner en vue d’obtenir des génotypes spécifiquement résistants aux ravageurs et tolérants à divers stress et extrêmes climatiques
  • Réduire les stress non climatiques en gérant les impacts du tourisme, des activités de loisirs et du broutage, afin d’améliorer la capacité des écosystèmes à réagir au changement climatique
  • Réduire les stress non climatiques en réglementant les polluants atmosphériques, afin d’améliorer la capacité des écosystèmes à réagir au changement climatique
  • Réduire les stress non climatiques en restaurant les secteurs dégradés pour maintenir la diversité génétique et favoriser la santé des écosystèmes, afin d’améliorer la capacité des écosystèmes à réagir au changement climatique
  • Modifier les calendriers de récolte afin de récolter les peuplements les plus vulnérables aux proliférations d’insectes
  • Éviter de construire des routes dans des lieux propices aux glissements de terrain, là où l’augmentation des précipitations et la fonte du pergélisol risquent d’accroître le danger de glissement de talus
  • Améliorer les sols forestiers et atténuer les perturbations qui les touchent
Mesures d’adaptation sur le plan opérationnel
  • Permettre aux forêts de se régénérer naturellement après des perturbations; privilégier la régénération naturelle si possible
  • Lutter contre les espèces envahissantes
  • Pratiquer une foresterie à faible intensité et empêcher la conversion en plantations
  • Faciliter les changements de la répartition des espèces en déplaçant celles-ci dans de nouvelles aire
  • Faciliter la régénération des arbres
  • Employer des techniques de contrôle de la végétation pour contrer la sécheresse
  • Planter des espèces génétiquement modifiées et déterminer les génotypes les plus appropriés
  • Améliorer la croissance de la forêt en fertilisant
  • Pratiquer une gestion active des ravageurs forestiers
  • Créer un sous-étage d’autres espèces ou génotypes si la régénération préexistante est inacceptable en tant que pépinière forestière
  • Éliminer de façon sélective les arbres dominés, endommagés ou de mauvaise qualité afin d’accroître la disponibilité des ressources pour les autres arbres (coupe précommerciale)
  • Abaisser l’âge d’exploitabilité et replanter afin d’accélérer l’établissement de types de forêt les plus adaptés possible
  • Limiter les espèces végétales susceptibles de profiter du changement climatique pour devenir plus compétitives
  • Assouplir les règles qui régissent le déplacement des semences d’un endroit à l’autre
  • Inclure des variables climatiques dans les modèles de croissance et de rendement afin d’obtenir des prévisions plus précises du développement futur des forêts
  • Concevoir et mettre sur pied des essais de longue durée sur des espèces ou des lots de semences multiples afin de vérifier le comportement des génotypes améliorés dans diverses combinaisons de climats et de latitudes
  • Planter des génotypes tolérants à la sécheresse, aux insectes et (ou) aux maladies
  • Réduire les pertes dues aux maladies par des coupes d’assainissement qui ciblent les arbres infectés
  • Utiliser le brûlage dirigé pour réduire le risque d’incendie et la vulnérabilité des forêts aux proliférations d’insectes
  • Employer des techniques sylvicoles qui favorisent la productivité des forêts et la vigueur des peuplements (coupe partielle ou d’éclaircie) afin de réduire la susceptibilité aux attaques d’insectes
  • Raccourcir la période de rotation afin de réduire la période de vulnérabilité des peuplements aux insectes ravageurs et aux maladies et de faciliter le passage à des espèces plus appropriées
  • Entretenir, mettre hors service et remettre en état les routes de façon à atténuer le ruissellement de sédiments dû à l’augmentation des précipitations et à la fonte du pergélisol
  • Atténuer les impacts que subissent l’infrastructure, le poisson et l’eau potable par suite du changement des périodes de débit et de volume de pointe dans les ruisseaux provoqué par la fonte hâtive ou accrue de la neige
Objectifs
d'adaptation
Maintien de
la contribution
des forêts aux
cycles planétaires
du carbone
Maintien et accroissement
des avantages socio-économiques
à long terme
Cadre juridique, institutionnel
et économique
pour la conservation et lécoaménagement durable des forêts
Mesures d’adaptation sur le plan stratégique
  • Atténuer le changement climatique par la gestion du carbone forestier
  • Augmenter la superficie de forêt par le boisement
  • Réduire la dégradation des forêts et éviter le déboisement
  • Améliorer les sols forestiers et atténuer les perturbations qui les touchent
  • Prévoir la variabilité et le changement, et évaluer la vulnérabilité à l’échelle régionale
  • Améliorer la capacité d’évaluation intégrée de la vulnérabilité des systèmes à diverses échelles
  • Favoriser l’apprentissage et l’innovation, et faire des recherches afin de déterminer le moment et le lieu appropriés pour mettre en œuvre des réponses adaptatives
  • Diversifier l’économie forestière (p. ex., explorer les marchés des produits de bois mort et des produits à valeur ajoutée)
  • Diversifier l’économie régionale (produits non forestiers)
  • Favoriser le dialogue entre
    les parties intéressées afin d’établir les priorités en matière de mesures d’adaptation au climat dans le secteur forestier
  • Élaborer la technologie nécessaire pour utiliser de nouvelles qualités de bois et compositions en espèces; modifier la technologie de transformation du bois
  • Choisir la composition en espèces à privilégier dans l’avenir; établir des objectifs pour la forêt de demain, compte tenu du changement climatique
  • Inclure la gestion des risques dans les règles de gestion et les plans forestiers; améliorer la capacité de gestion des risques
  • Évaluer les émissions de gaz à effet de serre produites par les activités internes
  • Sensibiliser les intervenants aux effets potentiels du changement climatique sur le régime des feux et encourager toute mesure proactive de gestion des combustibles et de protection communautaire
  • Établir des tenures de longue durée
  • Assouplir les règles qui régissent le déplacement des semences d’un endroit à l’autre
  • Offrir des mesures incitatives et éliminer les obstacles afin d’améliorer les puits de carbone et de réduire les émissions de gaz à effet de serre
  • Favoriser les activités de gestion des forêts susceptibles d’être incluses dans le système d’échange de crédits de carbone (tel que décrit au paragraphe 3.4 du Protocole de Kyoto)
  • Pratiquer une gestion adaptative, soit une
    méthode de gestion qui combine de façon rigoureuse la gestion, la recherche, la surveillance et les moyens nécessaires pour modifier les pratiques afin d’en tirer des renseignements probants et de modifier les activités de gestion en fonction de l’expérience acquise
  • Mesurer et surveiller les indicateurs du changement climatique et de la gestion forestière durable, et en faire rapport, afin de déterminer l’état des forêts et de détecter le moment où on atteint les seuils critiques
  • Évaluer le caractère adéquat des réseaux de surveillance environnementale et biologique actuellement en place pour observer les effets du changement climatique sur les écosystèmes forestiers; déceler les failles et les lacunes de ces réseaux et y apporter des solutions
  • Soutenir la recherche sur le changement climatique, les impacts du climat et l’adaptation au climat
  • Soutenir le partage des connaissances, le transfert de technologie, le renforcement des capacités et l’échange d’information sur le changement climatique
  • Incorporer les nouvelles connaissances sur l’avenir du climat et de la vulnérabilité des forêts aux plans et politiques de gestion des forêts
  • Solliciter la participation du public à l’évaluation des possibilités d’adaptation de la gestion des forêts
Mesures d’adaptation sur le plan opérationnel
  • Permettre aux forêts de se regénérer naturellement à la suite d'une perturbation, favorisant la regénération naturelle autant que possible
  • Pratiquer le contrôle des espèces envahissantes
  • Adopter des pratiques de gestion forestière à faible intensité et éviter la conversion des espaces en plantations
  • Soutenir les modifications de répartition des espèces en les introduisant dans de nouvelles régions
  • Mettre en œuvre des techniques de type « firesmart » pour protéger les zones de grande valeur des incendies
  • Améliorer les récoltes de bois en réexploitant les peuplements endommagés par le feu ou les insectes
 
Sources énumérées dans Ogden et Innes, 2007a.

4.7 PÊCHES

On estime à environ 240 espèces (190 marines, environ 15 anadromes et environ 35 dulcicoles) la piscifaune nordique du Canada (Richardson et al., 2001; Evans et al., 2002; Coad et Reist, 2004). En outre, il est possible que les eaux nordiques, particuli èrement les eaux de mer, recèlent d'autres espèces de poissons non recensées, faute d'échantillonnage adéquat. Les régions voisines abritent également des espèces qui peuvent à l'occasion se retrouver dans le Nord. Les pêches nordiques ciblent relativement peu d'espèces endémiques (environ 11 espèces), en majorité des salmonidés (p. ex., le saumon, l'omble chevalier, le corégone et, l'ombre) capturés en eaux douces, estuariennes ou littorales. On pêche environ cinq espèces d'eau douce (p. ex., la lotte, le grand brochet, des meuniers et des perches). Un nombre encore plus restreint, soit deux ou trois, d'espèces de poissons de mer (dont le flétan noir et la morue polaire) et trois à six espèces d'invertébrés (dont la crevette, la mye, la moule et l'oursin) complètent le tableau des taxons exploités (Nunavut Wildlife Management Board, 2004; Government of Nunavut et Nunavut Tunngavik Incorporated, 2005; Reist et al., 2006a). Quelques autres espèces peuvent faire l'objet de pêche à l'échelle locale ou de prise accessoire qu'on rejette ou qu'on emploie comme appât ou nourriture pour chiens.

Avec l'évolution du climat, le nombre d'espèces présentes dans chaque région devrait s'accroître, surtout le long de la limite méridionale du Nord. On a trouvé des individus vagabonds de plusieurs espèces du sud, y compris trois espèces de saumon du Pacifique dans l'ouest de l'Arctique et le saumon atlantique dans l'est. La colonisation pourrait enrichir les possibilités de pêche, mais elle risque aussi d'aggraver les facteurs de stress existants à mesure qu'auront lieu la restructuration des écosystèmes, l'apparition de nouveaux prédateurs, la concurrence et l'introduction de parasites (Reist et al., 2006b; Wrona et al., 2006a). La prise d'individus vagabonds dans les pêches locales stimule l'intérêt envers le potentiel de pêches axées sur ces espèces dans l'avenir.

Les espèces anadromes et dulcicoles se divisent en trois groupes en fonction de leurs associations et préférences thermiques (voir Wrona et al., 2005; Reist et al., 2006a) :

  • les poissons arctiques (tolérance thermique < 10 °C) : espèces dont la répartition se situe complètement ou principalement dans le Nord (p. ex., le corégone tschir, un poisson anadrome de l'ouest de l'Arctique);
  • les poissons nordiques adaptés à l'eau froide (11-15 °C) : espèces dont la limite de l'aire de répartition se situe quelque part dans le Nord;
  • les poissons du sud adaptés aux eaux tempérées (21-25 °C) : la limite nord de l'aire de répartition de nombre de ces espèces
    (p. ex., le saumon atlantique) se situe près de l'extrême sud de la région nordique.

L'évolution du climat aura des effets différents sur ces trois groupes et sur les pêches qui les ciblent. Les espèces arctiques connaîtront sans doute une chute de productivité, une disparition localisée à la limite sud de leur aire de répartition et un rétrécissement généralisé de leur aire de répartition à mesure que les conditions locales dépasseront les seuils critiques et que les espèces du sud coloniseront leurs habitats et se poseront en concurrentes ou en espèces prédatrices. Les espèces nordiques adaptées à l'eau froide, tout comme les espèces du sud adaptées à l'eau tempérée, devraient montrer une hausse d'abondance et de productivité à l'échelle locale et, éventuellement, étendre leur aire de répartition vers le nord, si les conditions le permettent.

Chaque espèce de poisson est soit sténotherme (c.-à-d. adaptée à une plage de températures restreinte), soit eurytherme (adaptée à une vaste plage de températures; p. ex., Wrona et al., 2005; Reist et al., 2006a). Ces espèces sont souvent prises ensemble dans un même lieu de pêche. Dans de nombreux endroits du Nord, le changement du climat local pourrait se r évéler avantageux pour une espèce, mais nuire à une autre. Cette variabilité de réaction aura des effets marqués sur la structure, la productivité et la durabilité des pêches, et représentera un défi pour les gestionnaires des pêches qui ont surtout recours à des méthodes de gestion axées sur la pêche monospécifique. Les structures et les méthodes de gestion axées sur les écosystèmes sont plus à même de réagir rapidement aux impacts du changement climatique. L'approche écosystémique consiste à accorder des valeurs différentielles aux espèces locales et à faciliter l'établissement d'objectifs réalisables de durabilité et de gestion des pêches.

Selon l'utilisation finale des prises, on distingue trois types de pêches nordiques, soit domestique, commerciale et récréative (Clarke, 1993). La pêche domestique comprend la pêche traditionnelle et de subsistance pratiquée par les Autochtones et la pêche domestique autorisée pratiquée par les habitants non autochtones du Nord. Les produits de la pêche commerciale autorisée sont vendus sur les marchés locaux ou éloignés. La pêche sportive ou récréative se définit comme une pêche autorisée pratiquée par des particuliers non autochtones. Comme le changement du climat touchera diff éremment chaque type et secteur de pêche, il est difficile d'élaborer des généralisations applicables à toutes les pêches de la région nordique. Bien que l'évaluation détaillée de l'ensemble des pêches nordiques dépasse la portée du présent chapitre, l'étude de cas 4 abordera nombre de ces problèmes et défis.

Les pêcheries commerciales (voir l'étude de cas 4) et les quelques installations d'aquaculture opérant dans le Nord sont généralement des activités restreintes et très dispersées, pratiquées sur de petits plans d'eau par des résidents des environs dans le but de se nourrir ou d'en tirer un revenu. Évaluées en fonction de paramètres habituels tels que le revenu commercial monétaire, elles n'offrent qu'un potentiel économique limité. L'évaluation de ces pêches multiples et dispersées doit cependant tenir compte d'une estimation du remplacement des protéines et de la valeur sociale et culturelle. Au Nunavut, on estime que les pêches rapportent annuellement de 12 à 14 millions de dollars à l'économie (Government of Nunavut et Nunavut Tunngavik Incorporated, 2005). De ce montant, 5,8 millions de dollars proviendraient de l'omble chevalier, dont 1,4 million représentant la vente sur le marché de 800 à 1 000 tonnes par an et 4,4 millions représentant la valeur nutritive du poisson pêché à des fins de subsistance.

Tout indique que les pêches commerciales des côtes marines et lacustres devront affronter de grands défis d'adaptation par suite de la transformation du climat. En plus du capital appréciable investi dans la flottille de pêche, cette activité est soutenue par des installations portuaires et de transformation qui exigent d'importantes dépenses d'investissement, de même qu'une inspection et un entretien réguliers pour garantir le respect des normes de transformation des produits de la p êche destinés au commerce. Dans le Nord, la production doit être relativement stable à long terme pour qu'on puisse récupérer les montants investis. Il y aurait peut-être lieu de revoir les perspectives actuelles, qui misent sur une forte contribution de ces activit és au développement économique des régions nordiques à l'avenir (p. ex., Government of Nunavut et Nunavut Tunngavik Incorporated, 2005), à la lumière des conséquences du changement climatique.

La résilience des Autochtones du Nord et la capacité d'adaptation inhérente à leur mode de vie faciliteront le processus d'ajustement de la pêche traditionnelle et de subsistance à un climat en évolution. De par sa nature, la pêche sportive s'adapte fort bien à l'abondance de la récolte, à l'équipement employé et au lieu de pêche. Elle saura donc sans doute s'accommoder facilement des impacts du changement climatique, sauf peut-être dans le cas où une espèce subirait un important déclin sur un vaste territoire. À ce moment, le profil de la pêche sportive pourrait se transformer en ciblant de « nouvelles » espèces.

ÉTUDE DE CAS 4

Pêche commerciale et de subsistance dans l'Arctique

L'étude de cas ci-dessous décrit et compare trois pêcheries nordiques afin d'illustrer les défis que présente le climat en évolution pour la gestion des ressources.

Pêche commerciale au flétan noir au Nunavut

La pêche au flétan noir, aussi bien côtière qu'hauturière, s'est développée au Nunavut. Le flétan noir est un poisson plat qui vit normalement près du fond, dans les eaux profondes de la baie de Baffin et du détroit de Davis, de même qu'en région côtière, dans les fjords les plus profonds.

FIGURE 19

FIGURE 19 : Pêcheurs halant des lignes de pêche, activité de pêche côtière pratiquée à travers la glace. Photo gracieuseté du gouvernement du Nunavut.

En général, on pratique la pêche côtière de décembre à mars, à travers la glace de rive de la baie Cumberland (voir la figure 19); le quota est actuellement fixé à 500 t. Menées depuis 1987, ces pêches rapportent chaque année de 4 à 430 t et emploient un effectif de 6 à 115 pêcheurs, actifs durant les 9 à 21 semaines que dure la saison. Récemment, la grande variabilité de la formation de glace de mer a nui aux déplacements et à la sécurité des pêcheurs en route vers les lieux de pêche. Certaines années, la pêche a connu peu de succès à cause de la distance appréciable entre la glace et les meilleurs lieux de pêche. De telles situations nuisent au recrutement initial et annuel des pêcheurs et se répercutent sur les usines de traitement, où les emplois se font plus rares, et sur les retombées économiques à l'échelle locale.
Les effets projetés du changement climatique sur la glace de mer auront de graves conséquences pour les pêches côtières. Une mesure d'adaptation possible serait de diversifier les pêches côtières pour élargir le bassin de ressources; on augmenterait ainsi la résilience des collectivités face aux perturbations dues au climat ou à d'autres facteurs. On pourrait favoriser une telle diversification en ayant plus souvent recours à l'actuel programme de pêche exploratoire. La diversité des pêches locales comporte des avantages économiques, sociaux et sociétaux documentés au Groenland et dans d'autres collectivités de pêche de l'Atlantique Nord (p. ex., Hamilton et Otterstad, 1998; Hamilton et al., 2000).

Dans cette région, la pêche hauturière, également importante, représente 550 t du quota total du Canada. Il s'agit d'une pêche au chalut de fond, en eau profonde, effectuée sur de grands navires durant la période d'eaux libres. L'accès aux lieux de pêche, bien que sujet à de légères variations annuelles en raison de l'état saisonnier de la glace, restera inchangé et pourrait meme s'améliorer avec l'évolution du climat; les dangers dus à la glace risquent cependant de demeurer les mêmes ou de s'accroître. On ignore en grande partie l'effet qu'aura la modification du bilan des eaux douces sur la production de flétan noir. Selon Loeng et al. (2005), la modification du climat entraînera une importante restructuration des écosystèmes marins, poussant sans doute le flétan noir à quitter les eaux profondes pour gagner les plates-formes, ce qui se traduira par un d éplacement des lieux de pêche et une nouvelle façon de pêcher. La flottille de pêche existante devra forcément s'y adapter, par exemple en changeant le type d'équipement et peut-être la taille des navires.

Pêches du Grand lac des Esclaves (Territoires du Nord-Ouest)

FIGURE 20

FIGURE 20 : Pêcheurs halant des lignes de pêche, activité de pêche côtière pratiquée à travers la glace. Photo gracieuseté du gouvernement du Nunavut.

Le Grand lac des Esclaves, onzième du monde par sa superficie, a fourni récemment une récolte commerciale annuelle d'environ 1 200 t. On y pêche principalement le grand corégone, le grand brochet et l'inconnu (voir la figure 20). Le bras oriental du Grand lac des Esclaves est un lieu de pêche aux poissons trophées, en particulier le touladi. La pêche domestique est pratiquée près des rives et dans les affluents locaux. Tous les types de pêches ciblent plusieurs espèces. Pour éviter les conflits et maximiser la conservation, ainsi que la valeur et la durabilit é des diverses pêcheries, les gestionnaires des pêches limitent les activités de pêche commerciale et sportive au moyen d'un système d'interdiction par zones, de quotas maximums et de restrictions d'équipement. Ces mesures deviendront sans doute des outils importants pour composer avec les effets d'un climat en évolution.

Parmi les impacts projetés du changement climatique figure une augmentation possible de 50 p. 100 du nombre de jours que compte la « saison de croissance optimale » des poissons d'eaux froides, comme le touladi, dans le bras oriental du lac (McLain et al., 1994). Dans le bassin ouest, relativement peu profond, du Grand lac des Esclaves, cette augmentation due au climat risque fort de provoquer un stress au sein des populations de touladis, mais, chez les esp èces ayant une meilleure tolérance aux températures élevées, comme le grand corégone, elle peut avoir des effets positifs en favorisant la croissance. La structure des écosystèmes du lac devrait se modifier à mesure que des espèces du sud, à l'heure actuelle confinées dans le réseau des rivières de l'Alberta en raison du climat, coloniseront le lac ou s'y multiplieront. Faute de données de référence, il est impossible d'estimer les effets ponctuels et cumulatifs de ces impacts. La gestion adaptative de l'écosystème lacustre devra tenir compte des effets cumulatifs, y compris les facteurs de stress d'ordre non climatique.

Pêche de subsistance à l'omble chevalier

La pêche de subsistance à l'omble chevalier et à d'autres espèces d'ombles apparentées se pratique partout où ces espèces sont présentes, mais, surtout, dans la région côtière de l'ouest de l'Arctique et dans l'ensemble du Nunavut. Selon des données tirées d'une étude sur la récolte réalisée par le Conseil de gestion des ressources fauniques du Nunavut (Nunavut Wildlife Management Board, 2004), cette espèce représente 45 p. 100 des prises unitaires parmi les quinze espèces les plus récoltées entre 1996 et 2001(voir la figure 21). D'autres estimations (Government of Nunavut et Nunavut Tunngavik Incorporated, 2005) situent entre 1 200 et 1 500 t la récolte annuelle et lui attribuent une grande valeur pour l'économie et le mode de vie locaux. Toutes les collectivités du Nunavut et la plupart des collectivités inuvialuites et Gwich'in déclarent récolter soit de l'omble chevalier, soit du Dolly Varden. La pêche de subsistance traditionnelle, généralement pratiquée de façon simple et à court terme par de petites entreprises très dispersées, a toujours eu des effets d'ensemble très limités. Depuis peu, cependant, l'augmentation des populations autochtones et la centralisation des établissements restreignent l'efficacité de cette approche de la pêche de subsistance dans le Nord. Là où l'omble est convoité par plusieurs types de pêche (de subsistance, domestique, commerciale, sportive), les gestionnaires des pêches nordiques attribuent actuellement la plus grande valeur à la pêche traditionnelle et de subsistance (Clarke, 1993).

FIGURE 21

FIGURE 21 : Proportion des prises d'omble chevalier déclarées dans la pêche de subsistance au Nunavut, exprimée en pourcentage des prises des 15 espèces les plus récoltées, selon l'étude sur la récolte menée au Nunavut pour la période couvrant les années 1996 à 2001 (Nunavut Wildlife Management Board, 2004). Figure préparée par B. Dempson, Pêches et Océans Canada.

Version textuelle - figure 21

Parmi les effets projetés d'un climat en évolution sur l'omble, on peut mentionner la modification de la productivité et de la biodiversité, y compris le passage d'un cycle de vie principalement anadrome à la sédentarité, la disparition complète dans certaines régions et des baisses localisées de l'abondance ailleurs (Wrona et al., 2005; Reist et al., 2006a). Ce bouleversement des fondements biologiques des pêches aura des répercussions en cascade qui nécessiteront toute une gamme de mesures d'adaptation à l'échelle locale de la part des pêcheurs et des gestionnaires des pêches, lesquels devront notamment changer de lieux, de méthodes ou de calendriers de récolte, choisir d'autres espèces (ou types de cycles de vie), rajuster le niveau d'exploitation et, dans certains cas, modifier les attentes et la valeur associées aux ressources halieutiques (Reist et al., 2006c). Une autre considération essentielle concerne l'interaction du changement climatique avec la dynamique des contaminants qui ont une incidence sur la productivit é et la qualité du poisson (Wrona et al., 2005) et donc, sur sa comestibilité. La surveillance de ces effets et des conséquences pour la santé humaine, devrait faire partie de l'approche générale adoptée par les pêches nordiques.

Pour aborder l'adaptation au changement climatique de façon générale et efficace, il faut comprendre et gérer de façon globale toutes les activités humaines qui touchent les écosystèmes aquatiques du Nord. Il n'existe pratiquement aucune donnée quantitative sur les effets des problèmes ayant des répercussions profondes dans le Nord, comme l'apport de contaminants, le changement climatique, l'appauvrissement de la couche d'ozone et l'accroissement du rayonnement UV, sur les populations de poissons. C'est pourquoi les stratégies d'adaptation doivent inclure une grande marge de sécurité pour favoriser la résilience du système. En ce qui concerne les pêches, il faudra sans doute revoir les stratégies de « durabilité » et adopter des limites inférieures au « niveau maximal soutenu » ou à la « récolte totale autorisée », présumée ou définie, puisqu'il s'agit, en général, du seul facteur qu'on puisse gérer. On pourrait accorder la priorité aux écosystèmes qui subissent ou sont susceptibles de subir les plus fortes transformations caus ées par tous les facteurs de stress. À l'heure actuelle, il semble que les systèmes aquatiques de l'ouest de l'Arctique, particulièrement ceux de la partie sud du Yukon, de la vallée du fleuve Mackenzie jusqu'au delta et de la côte de la mer de Beaufort, connaissent des changements très profonds (p. ex., Prowse et al., 2006) et sont donc globalement les plus menacés.

4.8 ESPÈCES SAUVAGES, BIODIVERSITÉ ET ZONES PROTÉGÉES

Depuis des milliers d'années, la diversité des espèces sauvages est d'une importance cruciale pour les Autochtones du Nord canadien. Aujourd'hui, ces espèces occupent toujours une place de choix dans l'alimentation, les traditions et la culture des Autochtones, en plus de représenter une composante majeure de l'économie locale et régionale (Nuttall et al., 2005). De nombreuses espèces d'oiseaux et de mammifères terrestres et marins de l'Arctique ont des besoins très précis en matière d'habitat et de niche, qui les rendent particulièrement sensibles au changement climatique (Conservation of Arctic Flora and Fauna, 2001). Les espèces sauvages à répartition géographique limitée qui vivent près de leur limite écologique ont été parmi les premières à manifester les effets de l'évolution du climat (Parmesan, 2006). Jusqu'à présent, l'évaluation des effets du changement climatique projeté sur les espèces sauvages de l'Arctique circumpolaire révèle une modification du taux de mortalité, une réduction de la capacité de reproduction, l'accroissement de la concurrence pour les ressources par suite de l'invasion d'espèces venues du sud et l'émergence de nouvelles zoonoses (Berner et et al., 2005; Chapin et al., 2006). Ces changements auront des impacts sur des espèces essentielles au maintien de la subsistance et de l'économie de certaines régions. On pourrait limiter l'effet de ces impacts en adoptant des mesures d'adaptation proactives susceptibles d'en réduire les conséquences pour les populations humaines qui dépendent de ces ressources.

Espèces terrestres

Selon toute vraisemblance, le réchauffement et l'accroissement de l'humidité projetés pour l'Arctique devraient avoir une incidence sur la diversité et l'accessibilité des végétaux essentiels à plusieurs mammifères brouteurs, comme le caribou (Rangifer tarandus; caribou des bois et caribou de la toundra) et le bœuf musqué (Ovibos moschatus). Les variations du rayonnement ultraviolet, des précipitations et de la température auront des effets directs sur la valeur nutritive des plantes fourragères (Lenart et al., 2002), tandis que l'évolution de la composition des communautés végétales risque d'entraîner la perte d'espèces végétales importantes pour la nutrition, que choisit de préférence le caribou durant les phases cruciales de la reproduction (White et Trudell, 1980). La hausse projet ée de la température et des précipitations hivernales devrait normalement accroître les dépenses énergétiques des caribous, puisqu'il leur faudra creuser dans une couche de neige plus épaisse pour trouver leur nourriture (Russell et al., 1993).

Depuis quelques années, certaines hardes de caribous de la toundra de l'ouest et de l'est de l'Arctique, notamment celles des Bluenose de l'est et de l'ouest, du cap Bathurst et de la Porcupine, ont connu un déclin significatif, au moins en partie attribuable à l'évolution du climat. On associe le déclin des populations à la difficulté de se procurer la nourriture appropriée et au harcèlement croissant des insectes qui nuit au broutage estival, entraînant une détérioration de l'état de santé des animaux et une réduction subséquente de la reproduction et du recrutement (Russell et al., 1993). De même, la récente chute du nombre de caribous et de bœufs musqués dans les îles du centre-sud de l'archipel Arctique (Prince-de-Galles, Somerset et Russell) est en partie attribuable à la mortalité hivernale massive des deux espèces, due à l'accessibilité réduite des plantes fourragères par suite de conditions météorologiques hivernales particulièrement difficiles, notamment de fortes chutes de neige et une importante couverture de glace (Miller et Gunn, 2003; Harding, 2004; Gunn et al., 2006; Tesar, 2007). Selon certains rapports, des conditions semblables dans les îles de l'ouest de l'Extrême-Arctique seraient responsables du déclin du caribou de Peary, désigné « espèce menacée » à l'heure actuelle. Parmi les autres facteurs qui contribuent au déclin de certaines hardes figurent l'accroissement de la concurrence entre les caribous et les bœufs musqués qui occupent le même habitat, l'augmentation de l'incidence d'infections parasitaires, l'émigration vers des secteurs voisins, la prédation par le loup et la chasse (Gunn et al., 2006). Au moyen de quatre scénarios climatiques, Brotton et Wall (1997) ont prédit des impacts semblables pour la harde de caribous de Bathurst.

Le caribou est une espèce traditionnelle et de subsistance essentielle aux peuples autochtones de l'Arctique canadien, dont les Gwich'in, les Tli cho, les Denesulines et les Inuits, et occupe une place importante dans la nutrition, l'économie, la culture et la spiritualité des différentes collectivités. La sensibilité du caribou au climat met en lumière la nécessité de surveiller et de mieux comprendre les changements que subissent les groupes restreints d'animaux génétiquement uniques, ainsi que ces espèces qui, pour de nombreuses raisons, sont importantes aux populations autochtones, et d'adapter en conséquence les stratégies de gestion des espèces sauvages (Miller et al., 2005; Gunn et al., 2006). Pour éviter que les espèces ne déclinent au point de ne plus pouvoir se rétablir, les mesures d'adaptation doivent limiter les risques de mortalité massive non détectée dans les hardes ainsi qu'interdire toute récolte dépassant le niveau de survie des espèces (Brotton et Wall, 1997; Klein et al., 2005). Les conseils de gestion de la faune des  Territoires du Nord-Ouest envisagent la possibilité de mettre en œuvre des mesures pour réduire la chasse au caribou par les personnes autres que les résidents et les Autochtones (Tesar, 2007). Les stratégies de cogestion adaptative, qui font intervenir les chasseurs autochtones locaux et associent les connaissances scientifiques et traditionnelles, prennent de plus en plus d'importance (Klein et al., 2005; Parlee et al., 2005).

Espèces marines

L'environnement marin de l'Arctique accueille une diversité de grands mammifères qui se sont adaptés aux conditions particulières de cet écosystème. Le phoque annelé (Phoca hispida), le morse (Odobenus rosmarus), le narval (Monodon monocerus), l'ours blanc (Ursus maritimus) et le béluga (Delphinapterus leucas) se retrouvent couramment dans le Nord du Canada et font souvent l'objet d'une récolte par les populations autochtones côtières (Nuttall et al., 2005); ils présentent donc de nombreux avantages économiques, culturels et de santé (Van Oostdam et al., 2005). Plusieurs de ces espèces sont aussi le point de mire d'initiatives de tourisme et de chasse sportive importantes pour l'Arctique. Toute modification de la répartition, de la stabilité et de la durée annuelle de présence de la glace de mer et de la neige aura une forte incidence sur leurs populations. Certaines esp èces qui ont besoin de la glace de mer comme plate-forme pour se reposer, mettre bas, muer ou se nourrir montrent déjà des signes de stress aux limites sud de leur aire de répartition (Learmonth et al., 2006). Les espèces qui dépendent de l'environnement de lisière de glace, comme le béluga, le narval et le morse, sont très vulnérables aux effets de l'amenuisement prévu de la couverture de glace de mer (Learmonth et al., 2006).

Des études démontrent que l'amincissement de la couche de neige et l'arrivée hâtive de la rupture printanière des glaces agissent sur le taux de survie et de recrutement des petits phoques annelés (Phoca hispida) de l'ouest de la baie d'Hudson; en outre, elles associent le réchauffement et les pluies précoces du printemps à la fonte et à la destruction des repaires des phoques annelés du sud-est de l'île de Baffin (Stirling et Smith, 2004; Ferguson et al., 2005). Un examen réalisé par Barber et Iacozza (2004) des changements de l'état de la glace de mer et de la capacité de celle-ci à servir d'habitat aux phoques annelés du détroit de M'Clintock et du golfe de Boothia a révélé que, malgré une grande variabilité interannuelle, on a constaté des effets négatifs sur l'habitat du phoque annelé de 1997 à 2001. Pour certaines autres espèces de phoques, comme le phoque commun et le phoque gris, le réchauffement du climat et la réduction de la couverture de glace se traduiront par un élargissement de l'aire de répartition vers le nord et une augmentation de leur abondance dans les eaux de l'Arctique.

La répartition des ours blancs (Ursus maritimus) dépend en partie de conditions de glace qui leur permettent de chasser et de se déplacer de façon efficace. Cette relation est particulièrement prononcée dans les secteurs de glaces en mouvement, entre les aires d'alimentation et celles de mise bas et d'élevage (Learmonth et al., 2006). Comme l'ours blanc se nourrit presque exclusivement de phoques annelés, tout changement de la répartition et de l'étendue des glaces qui touche les populations de phoques aura des répercussions sur la répartition des ours blancs et sur leur capacité de se nourrir. Un rapport documente une importante diminution de l'effectif et de l'état de santé des populations méridionales d'ours adultes dans l'ouest de la baie d'Hudson et associe cette diminution aux changements qu'ont connus la glace de mer et les populations de phoques (Stirling et al., 1999; Ferguson et al., 2005). Ces changements obligent les ours à parcourir de plus longues distances à la recherche de phoques et à diversifier leur alimentation autant que possible, ce qui se traduit par une dépense d'énergie accrue et un appauvrissement des réserves adipeuses. À terme, cette situation risque de nuire à la capacité reproductive des femelles et à la santé des petits dont la mère manque de réserves de gras durant l'hiver (Derocher et al., 2004). Les variations de la proportion des différentes espèces de phoques dans l'alimentation des ours blancs de la baie d'Hudson témoignent elles aussi des effets en cascade qu'entraînent vraisemblablement l'évolution du climat et d'autres facteurs de stress chez les ours de cette région (Stirling, 2005). Certains chercheurs avancent en outre que les changements dans l'état des glaces, de même que la concurrence intraspécifique et interspécifique, sont en partie responsables de la mortalité des ours de la mer de Beaufort (Amstrup et al., 2006; Monnett et Gleason, 2006).

Le changement climatique projeté va probablement améliorer l'habitat des phoques et des ours aux latitudes les plus élevées dans un proche avenir, lorsque des glaces annuelles viendront remplacer les glaces pluriannuelles, cr éant des chenaux et des crêtes de pression. À plus long terme, cependant, il est probable qu'on constatera aux hautes latitudes des effets semblables à ceux actuellement constatés dans la baie d'Hudson (Derocher et al., 2004).

La place emblématique qu'occupe l'ours blanc en tant que symbole du Nord canadien sous-tend souvent le discours sur son avenir. Non seulement l'ours blanc est-il un élément important de l'écosystème arctique, mais il attire aussi chaque année de nombreux visiteurs dans le Nord et joue un rôle majeur dans la culture et l'économie de nombreuses collectivités autochtones. Dans les régions où la chasse sportive est très prisée, comme l'ouest de la baie d'Hudson et le détroit de Lancaster, les collectivités du Nunavut lui accordent une grande valeur économique. En effet, le coupon délivré à un chasseur non résident peut rapporter à lui seul jusqu'à 20 000 $, sans compter les revenus supplémentaires que recueillent les résidents de la localité en offrant de l'équipement ou des services de guides (Wenzel, 2005; Freeman et Wenzel, 2006). Ainsi, les répercussions de la modification des régimes climatiques sur les populations d'ours blancs ont également des conséquences importantes sur les des activités touristiques et culturelles, et sur les économies locales dans plusieurs régions.

On connaît moins bien les effets potentiels du changement climatique sur les espèces de baleines de l'Arctique que sur les autres grands mammifères marins (Loeng et al., 2005). On suppose que les changements de la répartition et de l'étendue de la couche de glace, ainsi que de la formation et de l'emplacement des polynies, auront un effet sur les proies et, donc, sur l'aire et la répartition de nombreux cétacés nordiques. De façon générale, le réchauffement occasionnera une modification de la composition en espèces, avec une tendance au déplacement vers le nord des structures communautaires et à la disparition possible de certaines espèces polaires (Tynan et DeMaster, 1997). Moshenko et al. (2003), par exemple, ont classé le changement climatique parmi les risques les plus menaçants pour les baleines boréales.(Balaena mysticetus).

Espèces d'oiseaux

De nombreux oiseaux marins et autres espèces aviaires migratrices servent de nourriture aux Autochtones du Nord et contribuent à l'économie locale de certaines régions (p. ex., le duvet d'eider). Le réchauffement des eaux et l'évolution de la répartition des glaces et de la productivité des proies ont déjà des conséquences sur certaines espèces d'oiseaux nordiques. La mouette blanche (Pagophila eburnea), dont la répartition est associée à la glace de mer, a déjà vu sa population rétrécir, et tout indique que cette tendance se poursuivra dans l'avenir (Mallory et al., 2003). Des études menées sur le guillemot de Brünnich (Uria lomvia) ont fait état de changements au moment où a lieu la reproduction aux limites aussi bien septentrionale que méridionale de son aire, suivie d'une ponte précoce caractérisée par un faible taux de croissance des petits et de masse corporelle des adultes aux limites sud, et par une diminution de la capacit é de reproduction durant ces années où la glace est tardive aux limites nord. Gilchrist et Robertson (2000) ont démontré l'importance des petites polynies et de la lisière de la banquise à proximité desquelles des espèces comme le haralde kakawi (Clangula hyemalus) et l'eider à tête grise (Somateria spectabilis) choisissent de passer l'hiver dans la baie d'Hudson. Partout dans le Nord, des chasseurs autochtones indiquent avoir constaté des changements dans les voies et les périodes de migration, et dans le comportement reproducteur des oiseaux, ainsi que la pr ésence d'espèces jamais vues auparavant (p. ex., Huntington et al., 2005; Nuttall et al., 2005; Nickels et al., 2006). Ces résultats indiquent que, dans un proche avenir, le réchauffement de l'Arctique canadien devrait continuer à avoir des effets positifs sur certaines espèces d'oiseaux à la limite nord de leur aire de répartition, mais négatifs sur les espèces qui sont à la limite sud de la leur (Gaston et al., 2005).

Face à l'évolution du climat, la conservation et la protection des ressources aviaires migratrices repr ésenteront un réel défi dans l'Arctique, particulièrement dans les régions où l'activité industrielle, le tourisme et la croissance démographique de certaines localités contribuent au stress. La protection de zones marines clés pourrait aider considérablement à maintenir l'intégrité des écosystèmes et ainsi à assurer la protection des populations d'oiseaux marins (Dickson et Gilchrist, 2002). Les stratégies de gestion menées en collaboration avec les utilisateurs des ressources (les rési dents autochtones et autres) et les représentants de l'industrie devront tenir compte des multiples facteurs de stress qui agissent sur les populations d'oiseaux.

Contaminants et espèces sauvages

Les changements d'origine climatique déjà constatés dans le Nord ont aussi une incidence sur l'exposition des espèces sauvages aux contaminants environnementaux et sur leur absorption de ces contaminants (MacDonald, 2 005; MacDonald et al., 2005). Nombre de contaminants environnementaux sont transportés vers les régions polaires par les courants atmosphériques et aquatiques, des voies aujourd'hui modifiées par un climat en évolution (Arctic Monitoring and Assessment Program, 2003b). Pour des métaux tels que le plomb, le cadmium et le zinc, tout indique que l'Arctique deviendra un « puits » plus efficace avec l'augmentation prévue des précipitations. La concentration de mercure semble en hausse dans certains systèmes aquatiques nordiques, hausse en partie associée aux changements de la couverture de glace et à la fonte du pergélisol. Les espèces migratrices constituent une forme de biotransport, puisqu'elles modifient la répartition des contaminants dont elles sont chargées. Les régions qui voient apparaître de nouvelles espèces seront très vulnérables à la hausse de la charge des contaminants dans l'avenir. Enfin, les hydrocarbures seront touchés par la transformation de la répartition des glaces de mer et des courants de dérive (MacDonald et al., 2005). Le changement le plus important du transport des contaminants vers l'Arctique ou à l'intérieur de la région pourrait découler de l'ouverture croissante de l'océan Arctique au transport, au tourisme et à l'exploration minière.

Les changements de la composition et de la concentration des contaminants dans les principales esp èces sauvages consommées par les résidents du Nord risquent d'avoir une incidence majeure sur la santé et le bien-être humains (voir la section 5; Kraemer et al., 2005). Dans l'avenir, pour arriver à déterminer avec plus de précision les tendances des contaminants présents dans les principales espèces sauvages et pour établir avec certitude les effets du climat sur les niveaux qu'ils peuvent atteindre, il faudra recueillir des donn ées simultanément dans des milieux biotiques et abiotiques (MacDonald et al., 2005).

Biodiversité et zones protégées

Selon les projections, le changement climatique devrait toucher la biodiversité de l'Arctique en modifiant l'aire de répartition et les habitats des espèces, l'abondance des espèces, la diversité génétique et le comportement des espèces migratrices, et l'introduction d'espèces exotiques (Usher et al., 2005). À l'heure actuelle, la planification des parcs et des zones protégées adopte une approche de représentation de la région ou de l'écorégion naturelles qui vise à protéger certaines caractéristiques, espèces et biocénoses propres à chaque site. En règle générale, ces plans ne tiennent pas compte des modifications de la répartition et de la structure des écosystèmes susceptibles de se produire à l'échelle du paysage, au rythme de l'évolution du climat (Lemieux et Scott, 2005).

Au moyen de deux modèles de végétation planétaires et de plusieurs modèles climatiques, Lemieux et Scott (2005) ont prévu une diminution de plus de 50 p. 100 des terres protégées dans chacun des trois biomes nordiques (toundra, taïga/toundra, forêt boréale). Dans un scénario de doublement de la concentration de CO2, de telles projections soulèvent des questions quant à la capacité des plans actuels de protéger encore longtemps un échantillon représentatif des écosystèmes de l'Arctique canadien et, à terme, la biodiversité de l'Arctique. Usher et al. (2005) ont conclu à l'urgence d'élaborer et d'adopter de nouvelles approches pour gérer la biodiversité de l'Arctique. Dans une optique d'adaptation, les plans des zones de conservation et de, zones protégées doivent prendre en considération les changements prévus de la phénologie et les déplacements des différentes espèces en réaction à l'évolution du climat, de même que l'éventuelle modification des biocénoses. Des perturbations des interactions concurrentielles ou entre prédateur et proie pourraient mettre en péril la d urabilité des fonctions écologiques don't dépendent les populations humaines (p. ex., Root et Schneider, 1993; Millennium Ecosystem Assessment, 2005). Cette situation s'applique particulièrement dans le cas des espèces susceptibles de subir des stress cumulatifs découlant du changement climatique, de l'accélération du développement et d'autres facteurs anthropiques.

4.9 TOURISME

Ttouristes (Stewart et al., 2005). Malgré le manque de statistiques normalisées sur le tourisme pour l'ensemble de la région (Pagnan, 2003), on dispose de quelques indicateurs du nombre de visiteurs et de leur importance pour l'économie locale et régionale. C'est au Yukon que le tourisme rapporte le plus d'avantages économiques puisque environ 32 000 touristes y sont passés en 2002, générant une valeur économique de quelque 164 millions de dollars (Pagnan, 2003). Bien que les chasseurs et les pêcheurs ne représentent que 14 p. 100 des visiteurs des Territoires-du-Nord-Ouest, ils sont à l'origine d'environ 45 p. 100 du montant annuel injecté par les touristes dans l'économie du territoire. Au Nunavut, le tourisme est le quatrième secteur économique en importance; en 2003, 18 000 personnes ont visité le plus nouveau territoire canadien.

Depuis longtemps, le développement économique est l'élément moteur du tourisme dans le Nord (Stewart et al., 2005). La diversification de l'économie comporte certes des avantages économiques évidents, mais les effets du tourisme sur les collectivités nordiques et les entreprises locales suscitent néanmoins certaines inquiétudes. Les Inuits de Clyde River (Nunavut), par exemple, ont manifesté leur intérêt pour les occasions d'affaires associées au tourisme, dans la mesure où ces activités se développent de façon graduelle et restent entre les mains de la collectivité (Nickels et al., 1991; Stewart et al., 2005).

Dans l'Arctique, l'industrie du tourisme se bute à quelques difficultés particulières, dont la brièveté de la saison des voyages, les difficultés de transport, le coût de l'infrastructure et la dépendance à l'égard de la nature. Un climat en évolution pourrait avoir des effets positifs sur l'industrie du tourisme en facilitant l'accès et en prolongeant la saison des voyages. Si le passage du Nord-Ouest devenait de plus en plus navigable, les possibilit és de croisière dans ces lieux sauvages relat ivement inconnus pourraient se multiplier (Stewart et al., 2005); cependant, les risques associés aux glaces demeureront probablement élevés durant encore plusieurs décennies (voir les sections 3.1 et 4.5.1).

Répercussions sur le développement économique et sur l’adaptation
de secteurs clés

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