Webcôtier - Faits et chiffres au sujet du littoral canadien
Si vous faisiez le tour du Canada à pied en suivant la côte, à raison de 20 km par jour, cela prendrait 33 ans. Avec ses 243 000 kilomètres, le littoral du Canada est le plus long du monde. (Voir l'Atlas national du Canada - Faits sur le Canada : les côtes et le rivage)
Pour aller du détroit de Juan de Fuca, à l'ouest, à la baie de Fundy, à l'est, il vous faudrait d'abord franchir d'abord les fjords de la Colombie-Britannique, longer la toundra gelée du Yukon et des Territoires du Nord-Ouest et traverser la banquise pour arriver dans la myriade d'îles composant l'archipel Arctique. Puis, vous devriez parcourir d'autres fjords, ceux du Labrador cette fois, et enfin les petites anses poissonneuses du Canada atlantique. Au terme de cette randonnée, vous auriez longé trois océans et pu admirer un littoral très diversifié.
Ici, la côte est constituée essentiellement de roche dure façonnée en hautes falaises et en rivages rocheux. Là, les falaises sont plus basses et sont constituées de sable, de gravier et de boue. Vous marcheriez successivement sur des plages de sables, des grèves et des vasières. Vous auriez à franchir des marais, des dunes de sable et des deltas fluviaux. Avec tant de beauté et de diversité, il se pourrait bien que votre périple dure plus de 33 ans!
Chaque année, les Canadiens investissent environ un milliard de dollars dans des projets en milieu côtier. Cet argent sert à l'entretien des havres et des ports, à la protection contre l'érosion, à la lutte contre la pollution, à l'aquaculture et à la construction d'installations récréatives. Ce sont des investissements très profitables dans la mesure où près du tiers du produit national brut (PNB) du Canada est généré par des activités qui utilisent le littoral d'une façon ou d'une autre, notamment pour le transport maritime.
En outre, nos côtes fournissent des habitats importants à des centaines d'espèces d'oiseaux, d'animaux et de végétaux. Les régions côtières du Canada abritent des étendues de terres humides naturelles parmi les plus vastes du monde, comme le delta du MacKenzie et la baie d'Hudson.
Voilà quelques uns des facteurs qui expliquent pourquoi la Commission géologique du Canada (CGC) est si intéressée à étudier le littoral du Canada et les nombreux processus dont il est le siège. Les scientifiques essaient de comprendre les causes et le rythme de l'érosion; ils tentent d'élucider les mécanismes de sédimentation dans la zone côtière et s'interrogent sur les moyens à mettre en œuvre pour gérer cette ressource naturelle.
L'érosion est le processus par lequel des agents naturels modifient les plages et les falaises par enlèvement de matière, entraînant le recul des côtes. Elle libère des sédiments qui seront éventuellement transportés et qui s'accumuleront ailleurs pour édifier d'autres formes du relief côtier. Sous l'action des vagues et des courants, les boues, les sables et les graviers sont transportés le long de la côte où ils iront engraisser des flèches littorales et des îles-barrières, ou vers le large où ils se déposeront dans des bassins, sur les fonds marins ou encore dans des estuaires et des baies, contribuant à la formation des marais. L'érosion est un processus très important dans l'évolution des paysages côtiers.
Toutefois, l'érosion peut constituer un risque pour les humains. Si la côte est soumise à une érosion constante, les maisons, les commerces et les bâtiments publics situés trop près risquent de s'effondrer. Parfois, surtout durant de violentes tempêtes, l'érosion peut même endommager des jetées, des remparts et des brise lames qui ont été érigés pour protéger les collectivités côtières.
Les causes de l'érosion sont nombreuses; elles varient d'un endroit à l'autre. Dans la plupart des régions, le martèlement des vagues sur la côte, au cours des tempêtes, est un facteur important. Les vagues sapent peu à peu la falaise et transportent au loin les matériaux arrachés. S'il n'y a pas suffisamment de sédiments pour remplacer la matière enlevée, la côte reculera ou changera de forme de façon à mieux se défendre contre les agents naturels, comme les vagues. Les ondes de tempête érodent les plages de sable et de gravier, mais par temps calme, les matériaux enlevés reviennent souvent s'y déposer.
Dans l'Arctique, la mer est gelée la majeure partie de l'année, de sorte que les vagues ne sont généralement pas une cause d'érosion. Par contre, le contact répété de la glace peut entailler la côte. De plus, en terrain gelé, la fonte du pergélisol peut entraîner une érosion des falaises et des glissements de terrain. Les impacts de la glace de mer s'observent également dans certaines parties du sud du Canada, par exemple entre le golfe du Saint Laurent et les Grands Lacs. La banquise peut endommager des infrastructures lorsque les vents la poussent contre la côte au moment de la débâcle printanière ou lorsque le couvert glaciel est plus mobile.
Une autre cause importante de l'érosion est l'élévation du niveau marin, qui expose de nouvelles parties de la côte à l'attaque des vagues. Si les apports sédimentaires sont insuffisants pour compenser les pertes occasionnées par l'élévation du niveau marin, le taux de recul de la côte augmentera probablement.
La glace, évidemment. Cependant, la fonte des glaces produit deux effets très différents qui s'observent l'un et l'autre sur les côtes du Canada. Il y a plus de 10 000 ans, le monde était sous l'emprise d'un âge glaciaire. L'hémisphère nord était recouvert en majeure partie d'une couche de glace de plusieurs kilomètres d'épaisseur, résultat de la congélation des océans de la planète. Le niveau d'eau avait alors baissé de plus de 100 mètres. À la fin de l'âge glaciaire, la mer a repris ses droits : la fonte de la glace a libéré d'énormes volumes d'eau et le niveau des océans a recommencé à s'élever. (Pour en savoir plus sur les variations du niveau marin dans l'Atlantique). Ce processus se poursuit encore dans une certaine mesure, et ses effets s'observent dans certaines régions, comme en Nouvelle Écosse. Au Canada, où s'étaient accumulées d'énormes épaisseurs de glace, un autre facteur est important : l'affaissement de l'écorce terrestre sous le poids de la glace. Maintenant qu'il est délesté de cette charge, le terrain se soulève. Ce processus appelé « rebond postglaciaire » a façonné des terrasses littorales. On en trouve des exemples dans l'Arctique, où le relèvement isostatique donne l'impression que le niveau marin baisse au lieu de monter. Il y a un autre facteur à considérer : les très grandes quantités de dioxyde de carbone et d'autres gaz que nous rejetons dans l'atmosphère et qui, selon les scientifiques, créent un effet de serre et accélèrent le réchauffement climatique. Cet effet de serre pourrait augmenter le rythme de la fonte des calottes glaciaires qui restent au Groenland et dans l'Antarctique. De plus, comme le volume de l'eau augmente avec la température, le réchauffement des océans pourrait se traduire par une élévation du niveau marin. Les scientifiques prévoient que ce phénomène va s'accélérer au cours du prochain siècle et que le milieu marin subira des transformations plus rapides dans un grand nombre de régions, au Canada et ailleurs dans le monde.
Tout d'abord, nous devons nous rappeler que le phénomène de l'élévation du niveau marin ne se produit pas partout au pays. Dans la majeure partie de l'est de l'Arctique, au Québec et à Terre Neuve et Labrador, on observe un abaissement du niveau marin, et les risques d'érosion sont donc moins élevés. Ailleurs dans la région de l'Atlantique, notamment dans la majeure partie de la Nouvelle Écosse, le niveau marin augmente. Il s'élève également dans la mer du Labrador de même qu'au large des côtes du Yukon et des Territoires du Nord Ouest. Dans ces deux régions, des scientifiques de la CGC surveillent certaines portions du littoral pour mesurer l'effet des vagues, des courants, des vents et de la glace de mer, et déterminer comment différents types de rivages réagissent à différents processus. Par exemple, des données récentes recueillies sur deux grèves de la côte est de la Nouvelle Écosse, constituées essentiellement de cailloux de diverses tailles, indiquent que les changements côtiers ne s'effectuent pas partout au même rythme. Ainsi, une des grèves, basse, a reculé de 100 m entre 1996 et 2006, tandis que l'autre, plus haute, située quelques kilomètres plus loin, s'est relativement peu déplacée durant la même période.
De toute évidence, le taux de recul est à peine perceptible à l'échelle des temps historiques lorsque le rivage est rocheux. Il est beaucoup plus élevé sur les côtes constituées de sables, de graviers et de boues. Dans le Canada atlantique, les taux d'érosion peuvent atteindre 10 mètres par année, mais ils sont généralement inférieurs à un mètre. Les données historiques indiquent que des îles entières sont disparues le long de la côte de la Nouvelle Écosse. En bordure de la mer de Beaufort, le taux de recul moyen est généralement un peu plus élevé; il se situe entre un et deux mètres par année.
La protection côtière peut s'avérer une entreprise très onéreuse en raison du coût des matériaux de construction et de la nécessité d'assurer un entretien permanent des ouvrages de protection au fur et à mesure de l'élévation des niveaux marins. Cela dit, il est possible d'y avoir recours pour protéger des installations importantes, comme des hôpitaux et d'autres établissements, des ports et des routes majeures. Plusieurs expériences ont été tentées et, dans bien des cas, on n'a pas obtenu les résultats escomptés. En raison de l'augmentation des risques d'érosion côtière qui accompagne l'effet de serre et le réchauffement climatique, le Canada a besoin plus que jamais de comprendre les processus littoraux, de s'y adapter et de gérer la mise en valeur du milieu côtier.
Les conflits d'utilisation des terres vont probablement accentuer le problème au cours des prochaines années. Afin de rendre possibles une meilleure conception des structures et une gestion plus responsable de la zone côtière, il est nécessaire de comprendre les processus géologiques et océanographiques dont elle est le théâtre. En connaissant mieux le cadre physique d'un milieu côtier et sa réaction aux agents naturels, nous éviterons des erreurs coûteuses dans la planification et le choix de l'emplacement des structures et des installations, et nous réduirons sa vulnérabilité à l'érosion.