Île-de-Montréal

L'île de Montréal, où est située la ville du même nom, est formée par le Saint-Laurent et la rivière des Prairies.

On s'entend généralement pour affirmer que le nom de lieu Montréal vient de Mont Royal, lequel avait été attribué à la colline par Cartier en 1535 : «Nous nommasmes icelle montaigne le mont Royal.» Le passage de la graphie Mont Royal à Montréal est encore une question non résolue. La forme traduite en italien, au XVIe siècle, n'est peut-être pas étrangère à l'apparition de la graphie Montréal. Sur son plan de Hochelaga de 1556, le géographe italien G.B. Ramusio inscrit Monte Real pour désigner le mont Royal. Dans sa «Cosmographie universelle de tout le monde», l'historiographe François de Belleforest, en 1575, est le premier à faire mention de la forme Montréal et il applique de plus ce nom à la localité : «mais approchans de la place de Hochelaga, ... au milieu de la compaigne est le village, ou Cité royale iointe à vne montagien cultivée, laquelle ville les Chrestiens appellerent Montreal....»

Sur sa carte de 1601, le Vasseur inscrit hochelaga pour le lieu habité et mont royal pour la colline. En 1609, Marc Lescarbot indique encore «Hochelaga, ville des Sauvages».

La carte de Champlain de 1612 donne à la montagne le nom de Montreal. Le nom a par la suite servi à désigner l'île puisqu'en 1632, celui-ci écrit deux fois «Isle du Montreal au sault sainct Louys». Les Relations des Jésuites n'emploient pas ce nom avant 1638. Cette année-là, il est précisé : «L'autre c'est la grande Isle, nommée de Mont-Real». La Relation de 1641 parle de «l'Isle de Montreal» alors que deux ans plus tard, le Père Vimont écrit : «depuis cette Rivière jusques à Montreal, douze autres lieuës». La carte de Bourdon (1641) montre «abitation du Monreal» et celle de Boisseau (1643) parle du «Sault de Montreal».

Monsieur de Maisonneuve donna le nom de Ville-Marie à la bourgade qu'il édifia au pied du mont Royal, en 1642. Il connaissait le nom Montréal puisqu'il avait écrit en 1642 : «Ville marie en l'isle de Montréal en la nouvelle-france». En 1643, M. de Maisonneuve termine cependant un acte en ces termes : «a Villemarye en l'isle Montroyal».

En 1535, Cartier consigne le nom de Hochelaga qui identifiait la bourgade indienne et la plupart des auteurs firent de même jusqu'au début du XVIIe siècle. Ce terme huron-iroquois signifierait selon les uns «Grands Rapides» et selon d'autres «Barrage de Castors».

Il existe une hypothèse, beaucoup moins plausible, sur la signification de Montréal. Ce terme spécifique, selon quelques-uns, aurait une origine anthroponymique. On sait que des gentilshommes accompagnèrent Jacques Cartier à Hochelaga, en 1535, dont Claude de Pontbryand, fils du seigneur de Montréal, dans le département du Gers, et échanson de Monseigneur le Dauphin. Mais cette hypothèse n'a jamais été démontrée. Tout au plus peut-on constater que la particule «de» et non «du» qui relie et a toujours relié les mots Île de Montréal pourrait plus facilement s'expliquer.

Sur sa carte de 1616, Samuel de Champlain donne à l'île le nom de Lille de Villemenon, en hommage au sieur de Villemenon, un personnage important de France qui aurait voulu avoir la vice-royauté de la Nouvelle-France.

Deux cartes de Nicolas Bellin de 1744 indiquent Isle de Montréal pour l'île et Ville Marie pour le lieu habité bien que ce dernier était déjà en voie de disparition comme l'attestent des documents. Par exemple une carte est intitulée : «Montréal 1725. Plan de la ville de Montréal en Canada».

En 1713, le Gouvernement de Montréal commençait à l'ouest de Maskinongé et de Yamaska et se terminait à la limite des habitations, c'est-à-dire au fort Saint-Jean, à Châteauguay et à Vaudreuil.

En langue iroquoise actuelle, le nom de la ville de Montréal est Tiohtià:ke; Tiohtià:ke Tsi et Ka-wé-no-te désignent l'île de Montréal dans cet idiome amérindien. Dans plusieurs langues autochtones dont l'algonquin, Moniang est l'adaptation de Montréal.

Le gentilé ou nom des habitants de Montréal est Montréalais. Mais c'est Montréaliste qui fut en usage primitivement.

Quatre communes de France portent le nom de Montréal (Ain, Yonne, Aude et Gers). On rencontre Monte Real au Portugal (Leira) et deux Montereale en Italie (L'Aiquila et Udine).

Source : Poirier, Jean (1979) : «Île-de-Montréal», Canoma, vol. 5(2), p. 6-8.

Jean Poirier, adjoint au président, Commission de toponymie du Québec.