Le champ de glace Columbia sous haute surveillance
Par : Marisa Brennan
août 2010
Le champ de glace Columbia reproduit en 2000 en superposant une image Landsat sur un modèle de relief numérique dérivé du radar de la navette spatiale. La surface jaune est l'ancienne étendue approximative du champ de glace (c. 1840). Le sommet de ce champ de glace, Snow Dome, est l'apex hydrologique de l'ouest de l'Amérique du Nord, à partir duquel l'eau s'écoule dans trois océans : dans le Pacifique en passant par le fleuve Columbia, dans l'Atlantique par le réseau fluvial Nelson-Saskatchewan et dans l'Arctique par le réseau fluvial Mackenzie-Athabasca.Les touristes qui se trouvent devant le glacier Athabasca entre Lake Louise et Jasper en Alberta remarquent normalement qu’il est en train de reculer. Mais ce qu’ils ne voient peut-être pas, c’est que le champ de glace Columbia – l’immense champ de glace massif qui l’alimente d’en haut – rétrécit lui aussi.
Des glaciologues de Ressources naturelles Canada (RNCan) étudient le champ de glace Columbia pour déterminer sa profondeur et la vitesse de son déplacement.
« Le cycle de vie d’un glacier ne se résume pas à la fonte de ses parties inférieures. Il y a ses sommets, qui sont alimentés par les chutes de neige, souligne Michael Demuth, chef du service de glaciologie de la Commission géologique du Canada (CGC) à RNCan, et gestionnaire du projet État et évolution des glaciers du Canada. Réalisé dans le cadre d’efforts collaboratifs nationaux visant à étudier les incidences des changements climatiques sur la masse continentale, ce projet consiste à surveiller les glaciers du Canada pour mesurer le rythme de leurs changements et en déterminer les causes et les incidences.
Fonte et changements climatiques
À mesure que notre climat change, la nature de nos ressources en eau change aussi. La fonte des glaces s’est accélérée de façon trop marquée au cours des 40 dernières années, ce qui est en partie attribuable à la hausse des températures. « Par temps froid et humide, la glace s’accumule sur le glacier, emmagasinant l’eau, laquelle est libérée par temps chaud et sec, d’expliquer Michael. Certaines de ces régions subissent de fortes pressions au point de vue de la demande d’eau. »
Le saviez-vous?
La glaciologie radar a été découverte par accident. Pendant la Seconde Guerre mondiale, deux pilotes survolant l’Antarctique ont remarqué que leurs altimètres radar traversaient la glace pour mesurer l’altitude, et ce, jusqu’au fond de l’inlandsis.
Michael Demuth et l'étudiante diplômée de l'université de Calgary, Jocelyn Hirose, prélèvent une carotte de glace à faible profondeur pour évaluer les couches de glace et l'état récent de la fonte au Snow Dome, le sommet du champ de glace.C’est la raison pour laquelle la surveillance des glaciers est importante : elle nous aide à mieux comprendre l’état actuel de nos ressources en eau glaciaire et ainsi à prendre des décisions éclairées pour mieux planifier. Les glaciers constituent un point de mire parce qu’ils réagissent rapidement aux changements climatiques et que leur fonte affecte directement les populations humaines et les écosystèmes. Les conséquences d’un décroissement de la masse glaciaire par la fonte sont considérables, à savoir les inondations, la pénurie d’eau, l’élévation du niveau de la mer et l’extinction d’espèces.
Surveillance du champ de glace
L’équipe de glaciologie de la CGC s’apprête à mesurer l’épaisseur et le volume actuels du champ de glace Columbia pour mieux prédire de quoi il aura l’air dans 10, 20 et 50 ans. Et elle a une très bonne idée de ce qu’elle pourrait découvrir.
« Nous nous attendons à être vraiment étonnés par le changement d’épaisseur, confie Michael. Les autres évaluations que nous avons effectuées dans l’ouest et le nord du Canada donnent à penser que les glaciers changent plus rapidement maintenant qu’il y a 20 ans. Et les données semblent corroborer l’impression d’une disparition accélérée des glaciers dans les Rocheuses. »
Creuser pendant quatre jours à raison de six heures par jour demande de la patience, et c'était la tâche la plus importante de la dernière partie de l'expédition de l'équipe, qui a duré trois semaines!L’équipe se servira d’un système radar pour sonder la profondeur du champ de glace. Les satellites et autres instruments de télédétection ont beau pouvoir révéler une bonne partie des surfaces visibles du glacier, ce qui se cache sous la surface ne peut se voir que par les balayages radar; ceux-ci peuvent déterminer avec précision divers aspects du volume du glacier tels que la profondeur de la glace et la vitesse de son déplacement.
Et ces données auront des applications pratiques de grande portée. « Notre travail est d’aider le Canada et ses citoyens à s’adapter aux changements climatiques, et le champ de glace Columbia y fera une contribution importante, de dire Michael. Les connaissances seront aussi appliquées à d’autres régions. »
L’étude du champ de glace Columbia s’intègrera dans le système d’observation des glaciers, le Glacier-Climate Observing System, qui a été mis au point et qui est actuellement exploité par RNCan dans le cadre du programme de géosciences des changements climatiques, en partenariat avec Parcs Canada. La CGC travaillera de concert avec la Direction de l’information cartographique et le Centre canadien de télédétection de RNCan pour élaborer des méthodes de pointe toujours meilleures pour mesurer les glaciers à l’aide de données de télédétection.
On trouvera de plus amples renseignements sur le projet État et évolution des glaciers du Canada dans le site Web de la CGC.
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