ARCHIVÉE - L’AVENIR ÉNERGÉTIQUE DU CANADA : LES ÉTATS-UNIS ET AU-DELÀ

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Allocution de

l’honorable Joe Oliver
ministre des Ressources naturelles du Canada

devant le

Chicago Council on Global Affairs

« L’AVENIR ÉNERGÉTIQUE DU CANADA : LES ÉTATS-UNIS ET AU-DELÀ »

5 mars 2013
Chicago (Illinois)

Bonjour! Et merci beaucoup, Marshall. Le Chicago Council on Global Affairs a accompli un travail précieux sur les relations Canada–États-Unis, notamment, bien sûr, en ce qui concerne l’énergie.

C’est un réel plaisir pour moi d’être ici aujourd’hui pour parler d’un sujet connexe qui est d’un grand intérêt pour nos deux pays. En outre, Chicago est une ville que tout le monde adore visiter. Et je suis heureux de constater que les liens entre Chicago et le Canada, Chicago et Toronto sont plus forts que jamais.

Ce matin, j’ai visité le centre de formation du syndicat des tuyauteurs à Mokena, où j’ai rencontré des ouvriers et où j’ai pu voir comment le pétrole canadien alimente des emplois de part et d’autre de notre frontière commune.

Bon nombre d’entre vous ne savent peut-être pas que la réalisation de nouveaux projets de sables bitumineux créera plus d’emplois en Illinois que dans tout autre État, selon le Canadian Energy Research Institute. Celui-ci prévoit qu’au cours des 25 prochaines années, divers secteurs, dont ceux de la construction et de la fabrication, créeront des emplois pour 570 000 années-personnes en Illinois.

Un peu plus tard aujourd’hui, je rencontrerai le maire Rahm Emanuel pour discuter de la façon dont le pétrole canadien peut contribuer à la croissance et à la création d’emplois à Chicago et dans tout l’Illinois, tout en respectant l’environnement. Il est dans notre intérêt commun de cultiver cette relation mutuellement bénéfique pour qu’elle continue à s’épanouir.

Le mois passé, un éditorial du Chicago Tribune a fait remarquer que le Canada est en train de vivre un boom énergétique de type « ruée vers l’or ». Et au sujet de l’approbation de la construction de l’oléoduc Keystone XL, l’éditorial a indiqué que le plus tôt sera le mieux. Je ne sais pas s’il y a des rédacteurs du Chicago Tribune ici aujourd’hui. Si tel est le cas, j’aimerais les remercier personnellement de leurs bons mots. Nous apprécions tous les appuis reçus, même dans un pays où nous savons que nous avons beaucoup d’amis.

Mesdames et Messieurs, nos deux pays ont combattu ensemble pendant les deux guerres mondiales ainsi qu’en Corée et en Afghanistan. Sur la scène internationale, nous sommes solidaires pour défendre la démocratie, la liberté et l’ouverture des marchés. Et le Canada est votre partenaire le plus important sur le plan de l’énergie et il souhaite le rester.

Je suis donc venu ici aujourd’hui pour vous parler franchement et ouvertement d’un sujet qui nous tient vraiment à cœur, à moi et à mon gouvernement : l’exploitation responsable des ressources naturelles du Canada. Et je veux vous exposer quelques faits sur les progrès environnementaux que le Canada est en train de faire, sur la relation économique qui existe entre le Canada et les États-Unis et sur les avantages que nos deux pays peuvent retirer d’un cheminement commun. Je suis ici pour vous brosser un tableau exact de la réalité. Laissez-moi vous permettre de vous faire une opinion sur les avantages du pétrole canadien pour les États-Unis.

De nombreux opposants répandent de fausses informations sur les sables bitumineux, en particulier sur leur incidence environnementale. Je suis venu ici aujourd’hui parce que la mise en valeur des sables bitumineux du Canada n’est que partiellement comprise et parce que je crois que la décision de construire ou non d’autres oléoducs entre nos deux pays doit être fondée sur la science et les faits et non pas sur des conjectures, des hyperboles ou des idéologies.

Parlons donc des faits. La mise en valeur des sables bitumineux du Canada est un bel exemple de réussite. Comme les États-Unis, le Canada est un pays qui se démarque depuis longtemps par son esprit entrepreneurial. Cela remonte à l’époque du commerce des fourrures et à la création de la toute première société en Amérique du Nord en 1670 : la Compagnie de la Baie d’Hudson.

L’exploitation des sables bitumineux est le chapitre le plus récent de la longue histoire d’innovation, d’entrepreneuriat et d’échanges commerciaux du Canada.

Le fait même que nous discutions des réserves de pétrole est, en soi, remarquable. Il y a quelques décennies, il aurait été inconcevable d’imaginer une manière rentable d’extraire du pétrole des sables bitumineux de notre sol. Mais grâce aux progrès technologiques constants, les sables bitumineux ont attiré, jusqu’en 2011,160 milliards de dollars en investissement en capital, dont plus de 130 milliards au cours des 10 dernières années. Et il y a une raison à cet investissement.

Environ 80 % des réserves de pétrole mondiales sont contrôlées par des États ou par des sociétés pétrolières nationales. Cela laisse à peu près 20 % de ce que l’on appelle « pétrole de libre entreprise » et de ces 20 %, environ 60 % se trouvent dans les sables bitumineux du Canada. Voilà pourquoi tant d’entreprises des États-Unis ont investi massivement dans les sables bitumineux.

Il est judicieux d’importer du pétrole canadien et c’est la raison pour laquelle les États-Unis le font. Ils importent plus de pétrole et de produits pétroliers du Canada que de l’Arabie saoudite et du Venezuela ensemble, soit 2,7 millions de barils par jour, dont un million provient des sables bitumineux. Quelque 99 % des exportations de pétrole brut du Canada vont aux États-Unis. Et ces exportations représentent actuellement 28 % des importations américaines de brut.

Nos sables bitumineux sont devenus le plus gros projet technologique du monde, la source de 275 000 emplois au Canada. Nous nous attendons à une forte expansion du secteur au cours des prochaines années, laquelle créera encore plus d’emplois, favorisera l’innovation et les progrès technologiques et engendrera des milliards de dollars en recettes fiscales.

Avec 169 milliards de barils, le Canada se classe au troisième rang mondial pour les réserves de pétrole prouvées. Et nous sommes optimistes car nous pensons qu’au fil du temps, ce volume dépassera les 300 milliards de barils grâce aux améliorations technologiques.

Malgré les prévisions de croissance rapide de la production américaine de pétrole et la réduction des importations de pétrole brut, l’Agence internationale de l’énergie prédit que les États-Unis devront encore en importer jusqu’au-delà de 2035. Il y a donc une grande complémentarité entre nos deux pays. Les États-Unis ont besoin de pétrole. Le Canada en a en abondance. Il semble logique de travailler en collaboration à l’atteinte de nos objectifs communs d’amélioration de l’environnement, de croissance de l’économie et de renforcement de notre sécurité commune.

La protection de l’environnement est une priorité pour notre gouvernement, et le Canada est un chef de file mondial à cet égard. Nous en avons long à raconter et je suis particulièrement fier des progrès que nous faisons dans le secteur des ressources naturelles et, oui, cela englobe les sables bitumineux. Notre gouvernement est déterminé à mettre en valeur les ressources naturelles de notre pays tout en renforçant la protection de l’environnement. Nous rejetons le principe selon lequel il n’est pas possible de faire les deux en même temps. D’ailleurs, les mesures que nous instaurons prouvent que c’est bel et bien possible. Voilà pourquoi les sables bitumineux du Canada sont soumis au régime de réglementation et de surveillance environnementales le plus strict du monde.

Permettez-moi de vous présenter les sables bitumineux en contexte. Les émissions de GES provenant de la production des sables bitumineux équivalent à 0,1 %, ou un millième, des émissions de toute la planète, ce qui représente moins de la moitié des émissions des centrales au charbon de l’Illinois et à peine un quarantième des émissions provenant de l’utilisation du charbon aux États-Unis.

Comme l’a dit l’économiste en chef de l’Agence internationale de l’énergie, au mois de novembre passé, « si on les compare aux émissions des grands pays émetteurs, celles des sables bitumineux sont extrêmement insignifiantes. »

On estime que l’impact des sables bitumineux sur les changements climatiques serait de 3 % d’un degré centigrade sur une période de 300 ans.

Le pétrole brut des sables bitumineux transporté par l’oléoduc Keystone XL représenterait moins d’un deux-millième des émissions mondiales. Et en fait, cette estimation est exagérée puisqu’un quart du pétrole acheminé par le Keystone devrait provenir du gisement américain de Bakken.

Par ailleurs, dans son rapport d’impact environnemental publié en août 2011, le département d’État a fait remarquer que le pétrole brut des sables bitumineux transporté par l’oléoduc Keystone XL remplacerait d’autres bruts lourds produisant des émissions de GES comparables. Et comme vous l’avez sans doute appris la semaine passée, le rapport d’impact environnemental supplémentaire du département d’État indique que Keystone n’aura pas d’impact significatif sur l’environnement. Le rapport confirme également que le projet n’aura pas d’effet sur le rythme de la mise en valeur des sables bitumineux ni sur la demande de brut lourd aux États-Unis.

Cela dit, le Canada admet que chaque tonne d’émissions de GES compte et il progresse dans la réduction de ces émissions. De 2005 à 2010, l’économie du Canada a pris un essor et pourtant les émissions de GES ont diminué.

Le Canada s’est engagé en signant l’Accord de Copenhague à réduire d’ici 2020 ses émissions de GES de 17 % par rapport aux niveaux de 2005, ce qui est exactement le même objectif que celui des États-Unis. Les buts de nos deux pays sont harmonisés et les prévisions actuelles montrent que le Canada a actuellement atteint la moitié de son objectif.

Dans certains domaines, nous damons le pion à n’importe quel autre pays. Le charbon est la plus grande source d’émissions de GES dans le monde, et le Canada est l’un des seuls pays qui a réglementé l’élimination progressive de la production traditionnelle d’électricité au charbon. Nous avons également adopté une réglementation pour réduire les émissions provenant des véhicules de passagers, des camions légers et des véhicules lourds. Cette réglementation s’aligne sur les normes des États-Unis.

Les mesures que le Canada met en place en font l’un des quelques rares grands producteurs de pétrole du monde ayant un régime de surveillance environnementale transparent et une réglementation exigeant une excellente performance environnementale. Et tous ces efforts produisent des résultats réels.

Entre 1990 et 2010, les émissions de GES par baril de brut extrait des sables bitumineux ont diminué de 26 %. Nous continuerons à essayer de faire mieux. Comme je l’ai déjà dit, les sables bitumineux sont un projet technologique fondé principalement sur l’innovation du Canada et des États-Unis.

Nous avons également des règles strictes exigeant que les entreprises restaurent complètement les terres utilisées pour l’exploitation et qu’elles les remettent dans leur état original. Et nos efforts de protection de l’environnement et de la sécurité de la population vont même plus loin.

Par exemple, l’Office national de l’énergie augmentera de 50 % par an le nombre d’inspections des oléoducs et des gazoducs, en le faisant passer de 100 à 150, afin d’améliorer la sécurité des pipelines dans tout le pays. Nous allons également doubler le nombre de vérifications complètes annuelles des pipelines afin de déceler les problèmes de sécurité avant qu’ils ne se concrétisent.

Voilà le bilan du Canada, un bilan d’amélioration continue.

Malheureusement, on ne peut pas dire la même chose des autres pays qui exportent du pétrole vers la côte américaine du golfe du Mexique. En fait le Canada est l’un des seuls gros fournisseurs de pétrole brut sur la côte du golfe à prendre des mesures concrètes pour lutter contre les changements climatiques. En ce qui concerne le Canada, ces mesures sont des réglementations provinciales concernant le secteur du pétrole et du gaz naturel. Bientôt il existera également une réglementation fédérale et, à ce moment-là, le Canada sera l’un des rares producteurs de pétrole dans le monde à avoir une réglementation nationale contraignante pour le secteur pétrolier et gazier.

Donc en vue d’un avenir où tous les pays devront prendre des mesures pour gérer les émissions de GES, le Canada est, pour les États-Unis, un choix écoresponsable qui leur permettra de répondre à leurs besoins pendant de nombreuses années.

Des préoccupations ont été exprimées en ce qui concerne la sécurité de l’oléoduc proposé. Les questions de sécurité sont importantes et méritent d’être traitées avec sérieux et respect. Mais il convient de faire remarquer que le département d’État américain a déterminé que l’oléoduc Keystone XL sera plus sûr que tout autre pipeline type aux États-Unis. Au cours des sept dernières années, les États-Unis ont installé 180 000 milles d’oléoducs et de gazoducs. La partie de Keystone qui n’est pas encore approuvée par les États-Unis constituera moins de la moitié d’un pour cent de cette étendue, soit quelque 850 milles.

Nous sommes fiers de notre bilan en matière d’environnement et de sécurité, mais nous n’allons pas nous reposer sur nos lauriers.

Les sables bitumineux jouent un rôle économique de plus en plus important aux États-Unis. Actuellement plus d’un millier d’entreprises américaines fournissent des biens et services à ce secteur. Selon TransCanada, le prolongement de l’oléoduc coûtera environ 7 milliards de dollars et créera 20 000 emplois pendant la construction : 13 000 dans le secteur de la construction et 7 000 dans le secteur manufacturier. Et parmi les fournisseurs de TransCanada, on peut mentionner Welspun de l’Arkansas, qui fournira des tuyaux; Cameron, fournisseur de valves de la Louisiane; Siemens, fournisseur de pompes, de moteurs et d’équipement de contrôle connexe fabriqués en Oregon, en Ohio et en Indiana. À elle seule, TransCanada a des contrats avec plus de 50 fournisseurs aux États-Unis.

Les sables bitumineux constituent le plus grand marché mondial pour les camions miniers de Caterpillar; les plus gros camions sont construits près de Decatur, où l’usine fait l’objet d’un agrandissement de 300 millions de dollars.

Il est bien évident que l’oléoduc sera profitable à l’économie de nos deux pays.

Les sables bitumineux sont une ressource essentielle pour le Canada et pour sa prospérité économique future. Mais soyons parfaitement clairs : notre avenir n’est pas lié à un seul oléoduc. Le Canada continuera à exploiter ses sables bitumineux et à chercher de nouveaux clients. Il y a actuellement deux projets de pipelines destinés à acheminer le brut des sables bitumineux vers la Colombie-Britannique, sur la côte ouest du Canada. Ils ouvriraient la porte aux marchés en plein essor de l’Asie. Il y a également des propositions d’acheminement de notre pétrole vers les raffineries situées dans l’est du pays, au Québec et dans le Canada atlantique.

Le Canada ne peut fermer les yeux sur ces possibilités, mais cela ne veut pas dire qu’il doit tourner le dos aux États-Unis – bien au contraire! Les États-Unis importent environ 10 millions de barils de pétrole par jour et devront en importer pendant des dizaines d’années encore. D’un point de vue environnemental, le Canada est un choix responsable qui permettra de répondre aux besoins énergétiques pétroliers des États‑Unis pendant de nombreuses années.

Nos deux pays ont le même objectif de réduction des émissions de GES. Tous deux ont à cœur la protection de l’environnement et l’innovation technologique. Donc, le projet d’oléoduc Keystone XL est sécuritaire. Ses émissions de GES seront négligeables. Il comportera d’importants avantages en matière de sécurité nationale, de création d’emplois et de recettes fiscales pour le gouvernement et, qui plus est, il est proposé par un pays ami, fiable et écoresponsable, ce qui explique pourquoi une forte majorité d’Américains est en faveur de son approbation.

Alors, pourquoi s’énerve-t-on? Pourquoi y a-t-il des manifestations? Pourquoi des vedettes de cinéma s’enchaînent-elles aux grilles de la Maison-Blanche?

La réponse est la suivante : quelques groupes environnementaux et autres voient dans ce projet un symbole pour leur lutte plus vaste contre l’exploitation des hydrocarbures, et en particulier des sables bitumineux. Dans une société démocratique, ils ont droit à leur opinion, mais ils n’ont pas le droit de prendre des libertés avec la vérité. Les enjeux sont importants pour le Canada et aussi, je crois, pour les États-Unis. L’oléoduc Keystone laisse entrevoir un avenir où les États-Unis pourraient pratiquement s’affranchir des fournisseurs étrangers moins fiables et moins responsables du point de vue environnemental. Étant donné que le Canada sera en mesure de répondre à tous les besoins futurs d’importation de pétrole des États-Unis et que le secteur américain de l’énergie continuera de croître, nos deux pays pourront réaliser l’indépendance énergétique nord-américaine en 2035 et probablement avant.

En matière d’énergie, nos deux pays ont la plus importante relation bilatérale dans le monde. Nous ne la tenons pas pour acquise. En effet, si je suis à Chicago aujourd’hui, c’est parce que je veux voir notre partenariat croître et s’épanouir.

Merci de votre attention.