ARCHIVÉE - Conférence des ministres de l’énergie et des mines de 2013

Information archivée dans le Web

Information identified as archived on the Web is for reference, research or recordkeeping purposes. It has not been altered or updated after the date of archiving. Web pages that are archived on the Web are not subject to the Government of Canada Web Standards. As per the Communications Policy of the Government of Canada, you can request alternate formats. Please "contact us" to request a format other than those available.

Allocution d’ouverture par
l’honorable Joe Oliver, C.P., député.
ministre des Ressources naturelles du Canada

Conférence des ministres de l’énergie et des mines de 2013

À l’hôtel Explorer

Yellowknife (Territoires du Nord-Ouest)
Le 26 août 2013
à midi (HAR)

L’allocution prononcée fait foi

Merci et bon après-midi tout le monde. Merci à vous, Monsieur le Premier Ministre McLeod, et aux gens de Yellowknife pour votre accueil et votre hospitalité. C’est merveilleux pour moi d’être de retour ici. « Spectaculaire » est un terme qui convient bien pour décrire les Territoires du Nord-Ouest ainsi que cette ville, et je suis enchanté que nos importantes réunions aient lieu ici.

J’en profite pour souligner l’excellent travail réalisé par le gouvernement du Premier ministre McLeod dans l’élaboration d’un cadre de référence pour la l’utilisation du territoire et la durabilité, qui orientera la planification dans les Territoires du Nord-Ouest. Je suis heureux que mon ministère, Ressources naturelles Canada, ait pu contribuer à cette initiative.

Le Nord est un élément fondamental du patrimoine, de l’identité et de l’avenir du Canada. En effet, le Nord s’avère l’endroit idéal pour tenir nos discussions en raison de tout ce qui entoure ses possibilités de développement économique et pour l’importance qu’on y accorde au respect de l’environnement. Et ses habitants savent plus que n’importe qui comment adopter une perspective à long terme. Ils savent mieux que quiconque comment honorer et préserver leur héritage et comment bâtir une économie dynamique pour leurs enfants et leurs petits-enfants.

Il y a là des leçons que nous devons tirer en ce moment charnière de l’histoire de notre pays, où abondent les défis à relever et les occasions à saisir. En effet, nous nous réunissons à un moment décisif, où les hypothèses faciles du passé font place à de nouvelles réalités et où des décisions cruciales doivent être prises et une orientation claire doit être établie.

Le célèbre Yogi Berra disait : « Quand vous arrivez à un embranchement de deux routes, prenez-le! » J’admire sa philosophie, mais je pense que nous avons besoin de plus de précisions quant à la direction à prendre.

Aujourd’hui, je veux donc vous parler des choix qui s’offrent à nous et des conséquences qui découleront de nos décisions.

Vous connaissez tous le contexte. L’économie mondiale change rapidement, à une allure vertigineuse. Les économies émergentes d’Asie, d’Afrique et d’Amérique du Sud y jouent un rôle de plus en plus important.

D’ici 2025, le monde devrait consommer plus de trois fois plus d’aluminium et plus de deux fois plus de cuivre qu’il en consommait il y a 13 ans à peine, au début du nouveau millénaire. Et selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la demande mondiale d’énergie devrait augmenter de plus d’un tiers d’ici 2035. Plus de 90 % de cette croissance serait attribuable à des pays non-membres de l’OCDE.

Entre 2010 et 2035, la Chine et l’Inde représenteront plus de la moitié de la croissance de la demande énergétique mondiale. À elle seule, la Chine devrait consommer 77 % de plus d’énergie que les États-Unis d’ici 2035. Pendant ce temps, la demande d’énergie en Inde, au Brésil et au Moyen-Orient devrait croître à un rythme encore plus rapide que celui de la Chine.

La prochaine décennie sera la première depuis la révolution industrielle où les économies émergentes contribueront plus à la croissance de la consommation énergétique mondiale que l’ensemble des pays développés, ce qui créera un paysage mondial fondamentalement différent pour les secteurs des ressources naturelles.

Par ailleurs, chez nous, des changements considérables s’opèrent dans l’équation énergétique nord-américaine. De nouvelles technologies permettent d’extraire plus facilement le gaz de schiste et le pétrole de réservoir compact aux États-Unis. L’AIE prévoit que les États-Unis deviendront le plus gros producteur de pétrole du monde car la production du pays devrait passer de 8 millions de barils par jour en 2011 à plus de 11 millions de barils en 2020. L’AIE prévoit aussi que la production de gaz naturel de l’Amérique sera supérieure à la demande. En effet, les technologies à haut rendement énergétique sont en train de réduire la demande d’énergie au Canada et aux États-Unis.

Que résultera-t-il de tous ces changements? Quelque chose qui aurait été impensable il y a à peine cinq ans : l’indépendance énergétique de l’Amérique du Nord est maintenant à l’horizon. C’est là l’annonce d’un changement radical du paradigme de l’offre et la demande pour le Canada. Ou pour être moins prétentieux, disons que nous n’avons qu’un seul client; en effet 99 % de nos exportations de pétrole brut et 100 % de nos exportations de gaz naturel sont destinées aux États-Unis, client qui aura moins besoin de nos produits à l’avenir.

Ce défi nous force donc à saisir une occasion incroyable : élargir nos marchés et offrir ce dont le monde a urgemment besoin et en retirer des avantages considérables pour les générations d’aujourd’hui et de demain.

Comme vous le savez, au cours de la prochaine décennie, des centaines de grands projets de mise en valeur des ressources d’une valeur de plus de 650 milliards de dollars pourraient être lancés ici au Canada.

Si l’on considère l’hydroélectricité au Manitoba et à Terre-Neuve-et-Labrador, les nouveaux projets miniers en Nouvelle-Écosse, au Nouveau-Brunswick et dans le nord du Québec et le Cercle de feu en Ontario, les terres rares dans les Territoires du Nord-Ouest, le minerai de fer au Nunavut, les mines d’or au Yukon, les mines d’uranium en Saskatchewan, les sables bitumineux en Alberta et le gaz naturel liquéfié en Colombie-Britannique, peu de pays dans le monde peuvent se targuer de mener autant de projets de cette envergure liés aux ressources naturelles, et à un tel rythme de développement.

Mais soyons clair : plus que jamais la prospérité exige de la prévoyance; ce n’est pas un droit qui nous est donné à la naissance. Si nous voulons saisir les possibilités qui nous sont offertes, nous devons agir maintenant, exploiter nos ressources, construire l’infrastructure nécessaire, diversifier nos marchés et préparer l’avenir. Nous avons donc un choix : agir ou tergiverser. Nous pouvons nous retrousser les manches ou nous tourner les pouces. Nous pouvons décider d’aller de l’avant ou hésiter et voir les possibilités passer à d’autres pays.

Parce que – ne vous y trompez pas! – les possibilités qui nous sont offertes maintenant ne dureront pas toujours. Et elles n’existent pas pour nous seulement. Nous devons donc nous organiser pour réussir. Nous devons mettre en œuvre des politiques qui rendront notre action possible et nous devons agir ensemble.

Nous devons donc intéresser tous les citoyens en leur expliquant les avantages du développement de nos ressources, en apaisant leurs craintes légitimes et en gagnant leur confiance, c’est-à-dire que nous devons obtenir le « permis social » essentiel pour progresser. Je veux être clair sur ce point également. Je comprends, et notre gouvernement comprend, à quel point il est important pour les Canadiens de préserver la beauté naturelle et le patrimoine naturel du Canada, en particulier pour les Autochtones dont les traditions et la survie sont liées au sol et à l’eau. Je reviens tout juste de la huitième tournée du premier ministre dans le Nord du pays, où nous avons parlé des communautés inuites disséminées dans le Nord, c’est pourquoi nous comprenons bien la situation. Nous avons une occasion exceptionnelle de créer de la prospérité et d’assurer la sécurité énergétique pour les générations d’aujourd’hui et de demain, mais seulement si cela peut se faire en toute sécurité pour la population et pour l’environnement.

Notre gouvernement est en train de mettre en place les bases nécessaires pour relever ce défi au niveau fédéral. Grâce à notre initiative de Développement responsable des ressources, nous avons amélioré la certitude et la prévisibilité du régime de réglementation. Nous renforçons les normes environnementales en mer, le long du parcours des pipelines et dans nos ports. Quel est notre objectif primordial? Rien de moins qu’un régime de protection de l’environnement de calibre mondial, mis en œuvre par une réglementation transparente, basé sur les meilleures données scientifiques possibles et soutenu par des technologies de pointe.

Nous nous concentrons sur les projets où l’empreinte écologique est la plus importante ou le risque plus élevé. Et nous voulons nous assurer que dans le cas peu probable d’un accident, la réaction soit rapide et le nettoyage complet.

Nous inscrirons dans une loi le principe du pollueur-payeur de telle sorte que les contribuables canadiens n’aient pas à payer pour les erreurs des autres. Les sociétés qui exploitent des pipelines devront prouver qu’elles ont des actifs liquides d’un milliard de dollars. Pour les sociétés d’exploitation pétrolière en mer, la responsabilité absolue sera d’un milliard de dollars. En ce qui concerne la circulation des navires-citernes, un groupe d’experts indépendants donnera bientôt son avis, mais soyez assurés que nous appliquerons des normes internationales ou des normes encore plus strictes. Et nous sommes déterminés à évoluer au rythme des progrès technologiques afin de toujours être là où nous devons être, c’est-à-dire dans le peloton de tête.

Bien sûr, en préparation de notre réussite, nous devons faire en sorte que nos ressources ne soient pas coincées sur notre continent. Pour les transporter vers la mer, et vers les marchés internationaux, on a proposé des pipelines qui pourraient acheminer le pétrole brut des sables bitumineux jusqu’à la côte du Pacifique.

Comme vous le savez, des propositions sont sur la table concernant deux oléoducs pour transporter le pétrole de l’Ouest canadien vers les raffineries du Québec et du Canada atlantique. Le débit de la ligne numéro 9 d’Enbridge serait inversé et le gazoduc principal de TransCanada serait converti en oléoduc. Ces initiatives importantes, en attente de l’approbation réglementaire requise, auraient l’avantage de garantir l’indépendance du Canada en matière d’énergie, de créer des emplois et de nous ouvrir les portes des marchés internationaux.

Trois projets de gaz naturel liquéfié ont la licence d’exportation à long terme requise pour exporter du GNL vers les marchés asiatiques. La construction de plus d’une demi-douzaine de terminaux d’exportation de GNL est proposée pour la côte Ouest, et le premier terminal devrait entrer en service en 2015.

Et bien entendu, il y a le projet de pipeline Keystone XL, qui permettrait d’acheminer du pétrole canadien vers les marchés américains, créerait des emplois et renforcerait la sécurité énergétique des deux côtés de la frontière.

Toutes ces initiatives pourraient contribuer à réaliser le potentiel d’exploitation de nos immenses ressources naturelles.

Toutefois, nous entendons des objections de la part de ceux qui considèrent que le développement des ressources et la gestion responsable de l’environnement sont incompatibles et que les mener de front est un jeu à somme nulle. Je tiens à préciser que je ne parle pas des nombreux citoyens, dont nos Autochtones, qui ont des préoccupations légitimes en ce qui concerne la sécurité de l’environnement et sont ouverts à une discussion basée sur la science et les faits.

Je parle plutôt de ces personnes qui s’opposent pratiquement à toute forme de développement des ressources, dont les opinions ne sont pas basées sur des faits et dont la vision est simplement trop obtuse.

Mes amis, le Canada n’a pas été bâti par des défaitistes. Il a été bâti par des femmes et des hommes très audacieux qui ont accepté de grands défis et ont fait preuve d’ingéniosité pour les relever.

Imaginez un peu comme notre histoire aurait été différente si nous avions dit « non » à la construction du grand chemin de fer en terrain inhospitalier, à travers marécages et cours d’eau, rocs de granite et hautes montagnes. Cette entreprise s’est étendue sur tout un continent, a étonné le monde et a rendu la Confédération possible.

Imaginez si nous avions refusé le projet de la Voie maritime du Saint-Laurent – un exploit technique exceptionnel du 20e siècle – qui permet d’élever les navires de 100 mètres pour franchir l’escarpement du Niagara; une route maritime par laquelle ont circulé des marchandises évaluées à plus de 375 milliards de dollars depuis son ouverture.

Que serait-il advenu si en examinant les plans de développement du complexe hydroélectrique de la baie James nous avions conclu : « le terrain est trop accidenté; il sera trop difficile de faire les levés; les aspects techniques sont trop complexes; l’impact sur l’environnement est trop important »?

Nous aurions perdu la chance de construire l’un des plus grands aménagements hydroélectriques du monde, le complexe de La Grande Rivière qui recouvre une superficie égale à deux fois celle de l’Écosse. Ce projet a aujourd’hui une capacité de production de plus de 17 000 mégawatts d’électricité renouvelable, grâce à laquelle 77 % de l’électricité du Canada provient de sources non émettrices de GES, ce qui représente le taux le plus élevé du monde.

Dans chacun des exemples que je vous ai donnés, et dans beaucoup d’autres, les risques étaient élevés, les défis énormes et l’opposition était vive. Une personnalité de l’époque a qualifié la construction du chemin de fer d’imprudence démentielle. Mais dans chaque situation, les Canadiens ont réagi avec l’éloquence de l’action. Ils se sont dit qu’avec de l’imagination et des efforts, de l’innovation et de l’initiative, ils pouvaient réussir. Et c’est ce qui est arrivé. Ils ont bâti notre pays et créé la prospérité dont nous profitons aujourd’hui.

L’édification du pays n’est pas qu’une histoire du passé. C’est notre obligation pour l’avenir et chaque génération doit l’honorer.

Nous avons également une obligation envers l’environnement et c’est la première chose à laquelle nous pensons dans tout projet majeur que nous entreprenons. Il faut d’ailleurs qu’il en soit ainsi. Qui plus est, nous avons appris que notre engagement à l’égard de l’environnement stimule l’innovation, ce qui améliore du même coup la performance environnementale et la croissance économique. On crée ainsi un cercle vertueux où l’innovation permet de produire de meilleurs résultats économiques et environnementaux. C’est ce que nous avons constaté dans les sables bitumineux, où l’innovation a permis de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 26 % par baril depuis 1990.

Notre engagement envers l’environnement est clair et notre obligation de créer des possibilités et de la prospérité pour notre peuple l’est également.

Nous comprenons tous l’importance des ressources naturelles. Directement et indirectement elles représentent 1,8 million d’emplois, près d’un cinquième de notre économie, 30 milliards de dollars de recettes pour les gouvernements qui financent des programmes sociaux essentiels, et plus de la moitié de nos exportations. Derrière ces chiffres, il y a des gens. Des gens qui ont des emplois pour soutenir leur famille, qui construisent leur collectivité et préparent l’avenir.

Et nulle part cela n’est plus vrai qu’ici dans le Nord pour les Dénés, les Inuvialuit et les Métis. Nous savons que là où il y a des travaux de mise en valeur, les emplois s’enracinent et l’infrastructure sociale se développe. Il en est ainsi à la mine de diamants Diavik, où à la fin de l’année, 22 des 32 apprentis étaient autochtones et où plus de 200 Autochtones ont trouvé des emplois et d’autres possibilités.

C’est vrai aussi en Alberta, où la Première Nation de Fort McKay combattait un taux de chômage de 75 % il y a à peine une génération, mais aujourd’hui exploite une entreprise de plusieurs millions de dollars qui sert Fort McMurray et les sables bitumineux.

Mais l’inverse est également vrai : lorsque le développement est reporté à plus tard, les collectivités souffrent d’une perte de possibilités. Le projet gazier du Mackenzie, par exemple, représentait une possibilité formidable pour les partenaires autochtones, mais l’examen réglementaire a duré près d’une décennie. Une fois qu’il a été terminé, la possibilité d’exploitation du gaz s’était évanouie; ce fut une perte irrémédiable pour une génération entière.

Les projets d’exploitation des ressources peuvent transformer les coûts élevés de l’isolement en avantage de proximité pour les collectivités autochtones. En fait, la plupart des collectivités autochtones sont situées dans un rayon de 200 kilomètres de mines en exploitation et de propriétés d’entreprises d’exploration.

Pensez à ce que cela peut vouloir dire pour les hommes et les femmes autochtones et leurs enfants. Cela ne représente pas seulement la possibilité de gagner un revenu pendant 20 ans, mais aussi de rétablir de bonnes conditions de vie, d’ouvrir des perspectives pour les enfants, d’améliorer les perspectives d’éducation, et de créer des avantages qui dureront dans l’avenir.

Et cela peut s’appliquer à tous les Canadiens parce que, comme nous l’a appris le passé, ces initiatives nous profitent à tous.

En allant de l’avant, en saisissant les possibilités offertes et en développant de manière responsable le plein potentiel de nos ressources au cours des 25 prochaines années, nous pouvons bâtir une économie plus solide, plus dynamique et plus compétitive. Nous pouvons créer des centaines de milliers de nouveaux emplois qui offriront des revenus plus élevés à la génération actuelle et à la prochaine.

Et en même temps, nous pouvons engendrer des revenus qui financent les services de santé, les pensions et l’éducation, ce qui est au cœur de nos engagements mutuels.

Mes amis, nous avons la chance de transformer la possibilité qui nous est offerte actuellement en décennies de prospérité, en répondant une fois de plus à l’appel de l’édification de la nation.

Pour ce faire nous devons agir de façon stratégique et concertée. Et cela signifie établir des priorités pour :

  • construire une infrastructure pour que notre pétrole et notre gaz puissent atteindre de nouveaux marchés;
  • gagner la confiance du public au moyen d’une protection de l’environnement de calibre mondial;
  • créer les conditions requises pour que les Autochtones participent à la prospérité;
  • renforcer nos relations avec nos partenaires étrangers;
  • accélérer l’innovation dans les secteurs de l’énergie et des mines.

Je sais que nous pouvons développer nos ressources de manière responsable. En effet, surmonter les difficultés est ce que les Canadiens font le mieux et ce qu’ils ont fait tout au long de leur histoire. C’est leur façon d’être, cela fait partie de leur ADN. Il est temps de nous rappeler cela et de bâtir un avenir meilleur.