ARCHIVÉE - Sommet canadien de l’énergie 2012

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Mesdames et Messieurs, bonjour!

Je suis heureux de faire partie de cette prestigieuse assemblée, qui a attiré des experts en politique énergétique et quelques-uns des meilleurs cerveaux du monde des affaires en Amérique du Nord.

C’est un véritable plaisir d’être de retour à Calgary, l’une des villes les plus dynamiques et ayant la croissance la plus rapide au Canada. Ici en Alberta, des projets d’une valeur de quelque 50 milliards de dollars sont actuellement en cours dans le secteur de l’énergie et des projets totalisant près de 150 milliards de dollars sont proposés pour l’avenir. Tout ce potentiel d’investissement profite à l’économie effervescente de Calgary, qui fait l’envie du reste du pays.

Ce Sommet nous donne une occasion unique d’avoir un point de vue nouveau sur la façon de créer une sécurité énergétique accrue pour le Canada et les États-Unis.

Aujourd’hui, je veux parler de la relation spéciale qui existe entre nos deux pays, à la lumière des changements stupéfiants qui s’opèrent sur le marché mondial de l’énergie. Et je veux montrer comment le Canada peut jouer un rôle de plus en plus important dans un monde avide de ressources.

Nos deux pays ont des liens étroits de famille et d’amitié, de commerce et de culture. La liberté, la démocratie et l’État de droit sont au cœur de nos valeurs communes. De plus, nous avons le même engagement envers l’économie de marché et le libre-échange. Ces facteurs ont tous contribué à créer la relation commerciale bilatérale la plus importante du monde.

Toutefois, mon message ne porte pas seulement sur notre passé commun, mais aussi sur l’avenir que nous pouvons construire ensemble. Nous sommes témoins de changements profonds qui s’opèrent dans l’économie mondiale et qui modifient les façons de faire du commerce international et les modes d’investissement; nous devons les accepter et nous y adapter. Cette évolution a des répercussions sur l’économie de nos deux pays et ouvrira inévitablement un nouveau chapitre dans les relations entre le Canada et les États-Unis.

Pour commencer cette discussion, je tiens à dire que nous ne pouvons pas tenir notre prospérité pour acquise. Au début du mois, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a publié son rapport annuel, qui indique que les États-Unis seront presque autosuffisants sur le plan de l’énergie, en termes nets, d’ici 2035.

Selon l’AIE, le passage à l’autosuffisance nette s’accompagne d’une réduction des importations de pétrole aux États-Unis, de quelque 9,5 millions de barils par jour en 2011 à 3,5 millions de barils par jour en 2035. Même s’il y aura une période de transition, il est évident qu’à l’avenir, les États-Unis ne seront plus un marché en croissance pour nos exportations de ressources.

Cela est important étant donné que 98 % des exportations canadiennes de pétrole brut et 100 % des exportations canadiennes de gaz naturel sont destinées aux États-Unis. De plus, les exportations de ressources naturelles servent à financer d’importants programmes sociaux, comme les services de santé et l’éducation, auxquels 22 milliards de dollars ont été consacrés l’an passé.

Nous continuerons à proposer de nouveaux projets aux États-Unis parce qu’ils soutiennent les emplois et la prospérité à long terme du Canada. Mais nous devons aussi prendre les mesures qui s’imposent pour protéger notre économie à long terme et c’est ce que notre programme vise à faire.

Les facteurs fondamentaux d’ordre économique et financier du Canada sont solides comme le roc. Le Canada est un allié des États-Unis qui croit en la libre entreprise, accueille favorablement les capitaux étrangers et est ouvert au monde des affaires. Pour les États-Unis, le Canada est un ami qui a un système juridique solide et équitable. C’est un voisin dont le potentiel en ressources naturelles offre, pour les prochaines décennies, des perspectives économiques remarquables, attribuables à l’essor du marché des produits de base canadiens.

Voilà donc mon message. Les assises économiques du Canada sont robustes, nos finances sont saines et notre porte est ouverte aux affaires. Et nous avons de bonnes perspectives. L’influence économique mondiale du supercycle des produits de base est en train de changer de région pendant que l’investissement en capital européen reprend peu à peu en faveur des États-Unis, de l’Asie et du Moyen-Orient.

Le pic pétrolier est maintenant une idée dépassée et, dans leur vision apocalyptique la plus récente, les alarmistes voient maintenant une surabondance de pétrole et de gaz naturel. Voilà bien une autre prédiction catastrophique qui se retrouvera dans les oubliettes de l’histoire.

La découverte, dans de très nombreux pays, d’énormes réserves de ressources non classiques, comme le gaz de schiste et le pétrole difficilement acidifiable, est positive pour les acheteurs qui ont besoin de diversifier leurs sources d’approvisionnement comme c’est évidemment positif pour ceux qui ont de nouvelles ressources à vendre ou qui doivent compenser le coût de leurs importations.

Cette situation a d’importantes répercussions géopolitiques, ce qui est excellent pour la croissance économique et la stabilité politique mondiales.

Nous devons aussi reconnaître qu’un milliard et demi de personnes parmi les plus pauvres du monde n’ont toujours pas l’électricité et nous savons que l’éradication de la pauvreté ne peut se faire sans accès à l’énergie. Une quantité accrue d’énergie sera donc essentielle au développement social.

Dans ce nouveau contexte, le Canada est particulièrement privilégié puisqu’il a la possibilité d’assurer la prospérité et la sécurité de ses citoyens aujourd’hui et pour les générations à venir, tout en contribuant à pallier au manque de ressources énergétiques à l’échelle internationale.

Bien sûr, derrière le supercycle des produits de base il y a la demande accrue et la croissance économique des économies en développement. La prochaine décennie sera probablement la première depuis la révolution industrielle où les « économies émergentes » ajouteront plus à la croissance mondiale que tous les pays développés réunis.

Ce tourbillon de changements et de défis renferme une grande incertitude et de formidables possibilités. Parce qu’on peut certainement compter sur le fait que les économies en croissance auront besoin de ressources. 

À mesure que les pays du BRIC – Brésil, Russie, Inde et Chine – ainsi que de nombreux autres pays d’Asie, d’Afrique et d’Europe de l’Est – joueront un rôle de plus en plus important dans l’économie mondiale, la demande de produits de base augmentera de façon spectaculaire. Et la demande d’énergie augmentera parallèlement, 90 % de cette augmentation étant attribuable à des pays non-membres de l’OCDE.

À elle seule, la Chine consommera près de 70 % plus d’énergie que les États-Unis en 2035 et la consommation d’énergie en Inde, en Indonésie, au Brésil et au Moyen-Orient est appelée à croître encore plus rapidement.

C’est une classe moyenne émergente qui fera grimper la demande d’énergie. En effet, la Banque mondiale et l’OCDE prévoient toutes deux que la croissance rapide continue dans les marchés émergents entraînera une expansion sans précédent de la classe moyenne mondiale, qui passera de moins de 2 milliards de personnes en 2009 à quelque 5 milliards en 2030.

Et la montée de la classe moyenne sera accompagnée d’une urbanisation croissante. Un rapport de McKinsey & Company indique que la Chine s’urbanise cent fois plus vite que le Royaume-Uni au 19e siècle. D’ici 2025, la Chine aura une population urbaine de près d’un milliard de personnes, pour lesquelles il faudra cinq millions de nouveaux bâtiments, dont 30 000 gratte-ciel, ce qui est assez étonnant.

L’Inde s’urbanise également. Au cours des cinq prochaines années seulement, le gouvernement indien prévoit dépenser plus d’un billion de dollars étatsuniens en infrastructures.

Donc, que deviendra la demande de produits de base? Elle sera sur le point d’exploser!

À l’échelle mondiale, le Canada se classe au troisième rang pour l’importance des réserves pétrolières; il en a beaucoup plus que l’Iran, le Koweït ou les Émirats arabes unis. Notre pays est le troisième producteur mondial de gaz naturel, le deuxième producteur d’uranium et le troisième producteur d’hydroélectricité.

Nous exploitons aussi d’autres formes d’énergies renouvelables comme l’énergie éolienne, l’énergie marémotrice et la biomasse.

À cela, il faut ajouter le gaz naturel liquéfié. En se basant sur les projets potentiels et proposés sur la côte Ouest, on peut dire que le Canada pourrait exporter l’équivalent de 66 millions de tonnes de GNL par an d’ici la fin de la décennie.

Lors d’un voyage que j’ai fait récemment en Inde, j’ai rencontré des dirigeants d’entreprise qui ne s’intéressaient pas seulement au pétrole, mais voulaient également investir massivement dans le gaz naturel liquéfié.

Et lors de récentes visites au Japon et en Corée, j’ai pu constater qu’il y a un immense intérêt pour le GNL de la côte Est du Canada. Notre objectif est de faire du Canada une plateforme nord-américaine, d’où serait exporté le gaz naturel liquéfié canadien et américain vers les marchés étrangers. Actuellement en Asie, le GNL se négocie à environ 17 $ sur le marché au comptant. En Amérique du Nord, il oscille autour de 3,50 $, ce qui crée une forte possibilité d’arbitrage.

Où se trouve donc l’occasion à saisir pour les investisseurs? Eh bien, le Canada a entrepris une série de projets de mise en valeur des ressources sans précédent. Plus de 600 grands projets d’une valeur jusqu'à 650 milliards de dollars sont en voie de réalisation ou sont planifiés pour les dix prochaines années. Peu de pays entreprennent des projets de mise en valeur des ressources naturelles de cette envergure ou à ce rythme, en offrant ainsi aux investisseurs une occasion que l’on ne rencontre qu’une fois par génération.

Permettez-moi d’insister sur un aspect de cette occasion : le pétrole. Selon l’Agence internationale de l’énergie, en 2035, les combustibles fossiles (pétrole, gaz naturel et charbon) serviront encore à répondre aux trois quarts de la demande mondiale d’énergie. Donc, même si les États-Unis et le Canada, et d’autres pays, travaillent fort pour développer des sources d’énergies renouvelables, les combustibles fossiles continueront à jouer un rôle essentiel pendant des décennies. La demande de pétrole seule devrait augmenter de 14 %, en passant de 87 millions de barils par jour en 2011 à 100 millions en 2035.

La production de gaz naturel devrait grimper en flèche partout dans le monde en raison des importantes découvertes de schiste, depuis le champ Marcellus aux États-Unis jusqu’au bassin de la Baltique en Pologne. Cette situation crée d’importants débouchés pour les investisseurs.

Mais en ce qui concerne le pétrole, les choses sont très différentes. Environ 80 % des réserves de pétrole mondiales sont contrôlées soit par des États, soit par des sociétés pétrolières nationales. Ce qui ne laisse que 20 % de ce que l’on pourrait appeler « pétrole de libre entreprise », pleinement accessible au secteur privé. Le Canada détient environ 60 % de ces 20 % dans ses sables bitumineux.

Donc si les sables bitumineux ne sont peut-être pas la seule option possible, ils constituent toutefois la plus importante. Et pour les investisseurs américains, les sables bitumineux sont certainement la solution la plus proche.

À l’aide de la nouvelle technologie, les réserves de sables bitumineux pourraient produire jusqu’à 315 milliards de barils de pétrole, en dépassant ainsi l’Arabie saoudite et le Venezuela, et en faisant des réserves canadiennes les réserves les plus vastes du monde.

Ce que cela signifie pour les États-Unis, ce sont des possibilités d’investissement attrayantes dans la mise en valeur d’une ressource énergétique mondiale importante. Déjà près d’un millier d’entreprises américaines, petites et grandes, provenant de presque tous les États, fournissent le secteur des sables bitumineux en biens et services. Cela se traduit par des emplois aux États-Unis. La mise en valeur des sables bitumineux et la construction de nouveaux pipelines pourraient ajouter en moyenne 15 milliards de dollars par an au PIB américain jusqu’en 2035 et soutenir 168 000 emplois.

Et il n’y a pas que les emplois et la croissance qui comptent. En effet, le pétrole canadien peut réduire la dépendance des États-Unis à l’égard de pays hostiles et éventuellement peu fiables; il y a donc une dimension de sécurité nationale d’importance critique, du moins à moyen terme, et peut-être même à long terme.

La production canadienne devrait doubler en passant à six millions de barils par jour en 2035 et notre production de gaz naturel, qui est de 14 milliards de pieds cubes par jour, devrait atteindre 18 milliards en 2035.

La valeur stratégique du Canada comme source fiable et « amicale » de pétrole et de gaz pour les États-Unis et le reste du monde ne peut être sous-estimée, compte tenu surtout de l’instabilité constante qui règne au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

C’est pourquoi nous appuyons fermement la construction du pipeline Keystone XL, qui transporterait du bitume liquéfié du Canada aux États-Unis, renforcerait la sécurité nationale des États-Unis, créerait des emplois et favoriserait la croissance économique dans nos deux pays.

Le Canada sait qu’un changement fondamental est sur le point de se produire dans le paradigme mondial de l’offre et de la demande. Mais il sait aussi que l’occasion qui s’offre à lui ne se réalisera pas automatiquement.

Nous devons nous organiser pour réussir et mettre en œuvre des politiques qui nous permettront de le faire.

Et c’est exactement ce que nous sommes en train de faire.

Ainsi par exemple, nous venons d’adopter une approche tout à fait nouvelle pour réglementer le développement des ressources. C’est ce que nous appelons le développement responsable des ressources. Il est axé sur les projets importants et la réduction des chevauchements de réglementation. Le résultat est un régime réglementaire prévisible, transparent, rapide et solide.

Il était essentiel de mettre en place un régime réglementaire adéquat. Mais cela ne suffit pas. Le Canada et les États-Unis doivent élaborer une infrastructure – comprenant entre autres des pipelines – qui nous permettra d’atteindre les économies mondiales dynamiques.

Voilà pourquoi nous avons des plans d’expansion des ports et des installations de liquéfaction pour la côte Ouest et également pour le Canada atlantique. Voilà pourquoi aussi nous devons construire des pipelines vers l’ouest, le sud et l’est. Et l’idée d’un pipeline allant vers l’Est est fermement soutenue par notre gouvernement et trouve de nombreux appuis au Canada.

Je veux être bien clair. La relation du Canada et des États-Unis en matière d’énergie continuera d’être une force importante dans nos relations bilatérales.

Le Canada est le plus important fournisseur d’énergie des États-Unis, à qui il fournit 2,2 millions de barils de pétrole brut par jour, ce qui est plus que leurs deux autres sources suivantes combinées. Nos deux pays sont reliés par un vaste réseau de pipelines et de lignes de transport.

Mais étant donné que les États-Unis libèrent de nouvelles sources de pétrole et de gaz très importantes, le Canada doit élargir la portée de son marché. L’industrie et notre gouvernement, travaillant en collaboration, en ont fait une priorité stratégique.

Le Canada est un pays très prometteur en tant que destination de capitaux et source de ressources naturelles pour un monde qui en a tant besoin. Pour les États-Unis, il représente une possibilité de travailler avec un voisin qu’ils connaissent et un ami en qui ils peuvent avoir confiance.

Merci.