Pionnier
Monsieur Roy M. (« Fritz ») Koerner
(1932-2008)
Scientifique émérite, glaciologue
Commission géologique du Canada (CGC)
Une « relique » de l'Empire britannique
Le célèbre glaciologue Roy Koerner se qualifiait de « relique » de l'Empire britannique. Né dans le port naval de Portsmouth, en Angleterre, il y grandit fasciné par les gens qui voyagent et par l'idée d'aller un jour à l'étranger. Mais c'est une remarque fortuite lancée pendant une fête de Noël en 1956 qui l'incite l'année suivante à mettre le cap sur Hope Bay, en Antarctique, à titre de météorologue de la British Antarctic Survey.
« On rejoignait la base en traîneaux à chiens, racontait M. Koerner, et on parcourait la péninsule dans tous les sens. Et, bien entendu, il y avait des glaciers partout, alors naturellement j'ai commencé à m'y intéresser de très près. »
L''expérience l'incitera d'ailleurs à rédiger une thèse de doctorat sur la glaciologie de l'île canadienne de Devon, à l'Université de Londres.
Au terme de 12 années au service de la British Antarctic Survey, Roy Koerner passe à l'Université de Birmingham, où il publie son travail sur l'Antarctique. Il consacrera plusieurs années à des recherches qui le feront voyager entre l'île Devon et les stations de Byrd et de Plateau en Antarctique.
Là-haut en Arctique
En 1968, l'Arctique canadien s'impose à son imagination. Il attelle des chiens et entreprend un périple de 16 mois au terme duquel il aura accompli la première traversée en surface de l'océan Arctique. Cet esprit aventurier l'animera durant toute sa carrière.
« Je dirais presque que la science était une excuse pour faire tous ces voyages », confiait celui qui est entré au service de l'Étude du plateau continental polaire du Canada en 1969. « J'ai toujours très hâte de faire du travail de terrain et je me trouve privilégié de pouvoir le faire tout en étant à la retraite, grâce à ma santé qui me le permet et à la Commission géologique du Canada qui me soutient. »
Remarquable dans son domaine de glace
Officiellement retraité depuis 1999, M. Koerner n'en demeurait pas moins un chercheur et conférencier très en demande à l'échelle internationale. Son travail de pédagogue lui procurait un plaisir indéniable, comment en fait foi sa participation à plusieurs voyages en Antarctique et en Arctique en tant que conférencier sur les glaciers, les changements climatiques et la pollution des pôles pour divers programmes, entre autres dans le cadre du réputé programme Students on Ice.
Quand il passait à son bureau, à Ottawa, M. Koerner abattait encore régulièrement des journées de travail complètes en attendant avec impatience le début de la prochaine saison de travail de terrain. En tout et pour tout, il n'aura manqué que deux saisons de terrain l'été en Arctique ou en Antarctique depuis 1957.
Les derniers travaux de M. Koerner portaient sur les diminutions de la neige acide qui résultent de notre utilisation réduite des sulfates, un effet qui, selon lui, serait un facteur dans l'équation du réchauffement planétaire. Il a aussi continué d'étudier l'évolution du climat en analysant des carottes de glace et en contrôlant le bilan massique de quatre calottes glaciaires de l'Arctique sur lesquelles il tenait des dossiers depuis plus de 40 ans. Enfin, il parlait aussi avec enthousiasme de l'Année polaire internationale 2007-2008, pendant laquelle il espérait retourner dans la région circumpolaire pour réévaluer les effets de la contamination humaine en Arctique.
« Nous l'avons fait au milieu des années 1990. Nous avions prélevé des échantillons de calottes glaciaires en Russie et chez nous, et nous avons constaté que l'autre côté de l'océan Arctique était pas mal plus sale que le nôtre. Maintenant, nous voulons voir ce qui a changé. »
Réalisations
- 1957 – Première mission de terrain avec la British Antarctic Survey en tant que météorologue puis glaciologue
- 1957-1958 – Chercheur de l'Année géophysique internationale
- 1961-1962 – Première expédition de l'Institut arctique dans l'île Devon
- 1969 – Première traversée en surface de l'océan Arctique, de l'Alaska à la Norvège via le pôle Nord (livre Guinness des records)
- 1968 – Entre au service de l'Étude du plateau continental polaire d'Énergie, Mines et Ressources, et étudie le bilan massique des glaciers de l'Arctique et le climat passé en analysant des carottes de glace polaire
- 1979 – Nommé chef du Groupe national de recherche en glaciologie de la Commission géologique du Canada
- 1973-1978 – Préside le sous-comité des glaciers du Conseil national de recherches du Canada
- 1994-2008 – Représente le Canada au sein de l'International Arctic Science Committee
- 1995-2002 – Codirecteur du programme Ice Core Circum-Arctic Paleoclimate (ancien projet Past Global Changes du Programme international Géosphère Biosphère.)
- 1999-2002 – Représente le Canada au sein Comité scientifique pour les recherches antarctiques
- 1999-2008 – Scientifique émérite, Commission géologique du Canada, Ressources naturelles Canada