Comment les perturbations façonnent-elles les forêts du Canada

Les forêts du Canada sont influencées par divers événements naturels de gravité, d’ampleur et de fréquence variables. Des perturbations naturelles ont eu lieu dans les forêts canadiennes au moins depuis la dernière glaciation, il y a plus de 10 000 ans, et permettent souvent de renouveler des paysages forestiers entiers, en modifiant la composition et la structure des forêts, ainsi que la diversité des habitats qu’elles offrent. Les incendies, les insectes, les maladies, les sécheresses et les tempêtes modifient sans cesse la forêt, mais leur incidence relative varie selon la région. Les changements climatiques ont une incidence sur toutes ces perturbations et, par leur intermédiaire, peuvent modifier les futurs paysages forestiers, ce qui se répercute sur la société.

Changements climatiques et incendies

Dans l’ensemble du Canada, la superficie touchée par des incendies de forêt est très variable selon les régions et les années, car le climat est différent d’une région à l’autre, et les conditions météorologiques varient d’une année à l’autre. Les changements climatiques imposent progressivement une tendance à la hausse des feux de forêt, tendance qui est partiellement cachée par la grande variabilité de cette perturbation. Avec l’augmentation de la superficie de forêt brûlée annuellement, les forêts canadiennes deviendront progressivement plus jeunes, ce qui mettra éventuellement en évidence la lenteur du processus de changement dans la dominance et la composition des espèces. Une augmentation de la superficie brûlée pourrait également avoir une incidence sur la société, que ce soit directement – en augmentant les risques d’incendie près des collectivités et les infrastructures, ou indirectement – en réduisant la superficie pouvant être exploitée.

Changements climatiques et insectes

Les populations d’insectes réagissent également aux changements climatiques, mais dans le cadre d’interactions biologiques plus complexes qui pourraient augmenter ou diminuer l’étendue et la gravité des infestations. Une succession d’hivers doux au centre de la Colombie-Britannique a favorisé l’infestation par le dendroctone du pin ponderosa, ce qui a eu une incidence sur des dizaines de millions d’hectares de forêts. L’actuelle infestation par la tordeuse des bourgeons de l’épinette dans l’Est du Canada se déroule dans les régions du Nord qui étaient trop froides auparavant pour que cet insecte cause des dégâts importants. Les changements climatiques peuvent aussi pousser progressivement cet insecte encore plus au nord, à l’extérieur de l’aire de répartition du sapin baumier, son arbre hôte préféré à l’heure actuelle.

Changements climatiques et espèces envahissantes

Les risques posés par les maladies et les insectes envahissants sont ce qu’il y a de plus incertain. Le climat froid qui est typique dans une grande partie des terres forestières du Canada a servi d’obstacle à de nombreuses espèces envahissantes, mais il est menacé par le réchauffement climatique. Certaines espèces envahissantes déjà établies en Amérique du Nord se déplacent lentement vers le nord, tandis que de nouveaux arrivants peuvent avoir de meilleures chances de survie. L’expansion du commerce international augmente le risque d’introduire de nouvelles espèces envahissantes, même si des mesures phytosanitaires toujours plus efficaces aident à réduire ce risque.

La migration assistée est une mesure d’adaptation grâce à laquelle le mouvement général vers la pente ascendante ou vers le nord des conditions de croissance plus chaudes est reproduit lors de la régénération d’un site après la récolte (plantation de graines ou de semis d’espèces ou de populations mieux adaptées aux conditions plus chaudes). Avec plus de 400 000 hectares de forêts plantés au Canada chaque année, les aménagistes forestiers ont l’occasion de mettre en pratique cette approche à risque et à coût relativement faibles. Certaines provinces mettent en œuvre la migration assistée. Par exemple, en Alberta, la zone de semences indiquée dans les lignes directrices s’étend désormais plus au nord jusqu’à 2° de latitude et remonte jusqu’à 200 mètres.

Adapter nos forêts et le secteur forestier

Les connaissances sur l’accroissement passé des forêts et sur leur dynamisme continueront d’être utiles aux gestionnaires des forêts, mais les changements climatiques doivent aussi être considérés comme un agent capable d’augmenter l’incertitude et le changement. En raison de la durée de vie relativement longue des arbres, les forêts ont tendance à réagir lentement aux changements climatiques. Qu’elles soient seules ou combinées, les perturbations peuvent néanmoins créer de rapides changements locaux, comme un changement dans les espèces d’arbres dominantes ou même une réduction du nombre d’arbres qui repoussent. L’identification et la surveillance des zones susceptibles d’être touchées par ces événements pourraient aider la prise de décision en matière de gestion des forêts. Dans bon nombre de régions du Canada, on envisage également, à titre de mesure d’adaptation, de comprendre le potentiel de croissance accrue découlant du réchauffement climatique.

 
Sources
 
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