En primeur : Migration assistée comme outil d’adaptation aux changements climatiques

On s’attend à ce que les changements climatiques exercent de la pression sur les espèces, qui devront alors s’adapter ou se déplacer. Les limites climatiques de nombreuses espèces d’arbres canadiennes devraient se déplacer d’environ 300 kilomètres (km) vers le nord au cours des 50 prochaines années. Étant donné que le taux de migration moyen des espèces d’arbres est d’environ 5 km tous les 50 ans, il est peu probable qu’elles soient en mesure d’évoluer au même rythme que les changements prévus. Par conséquent, il se pourrait que les espèces d’arbres ne soient plus adaptées à leur environnement, ce qui pourrait détériorer la santé et la productivité des forêts de même que se répercuter sur leur biodiversité.

Préoccupation en matière de conservation par rapport aux risques

La migration assistée est le déplacement, assisté par l’humain, de plantes et de graines vers de nouveaux emplacements où elles se trouveront adaptées aux conditions climatiques prévues. On croit que certaines espèces sont particulièrement vulnérables aux changements climatiques, et les promoteurs de la migration assistée laissent entendre que cette approche pourrait être le seul moyen de les sauver. Toutefois, il existe des risques bien documentés qui sont associés aux déplacements des espèces, y compris la propagation d’espèces envahissantes et l’introduction de nouveaux ravageurs et de maladies dans l’ensemble du nouvel emplacement, ainsi que du gaspillage de ressources associé aux tentatives infructueuses de déplacement d’espèces. Ces risques ont mené à des débats sur la pertinence de considérer ou non la migration assistée dans la conservation de la biodiversité.

Risque moins élevé avec les espèces d’arbres commerciales

Néanmoins, un mode différent de migration assistée a vu le jour dans le cadre de l’aménagement des forêts. Étant donné que les principales espèces d’arbres ont généralement de grandes aires de répartition géographique, la migration assistée de graines ou de semis peut avoir lieu à l’intérieur des limites actuelles de l’aire, ou légèrement au-delà, ce qui réduirait ainsi considérablement les risques. Au Canada, alors que les organismes provinciaux de gestion des ressources ont précédemment limité le déplacement des graines pour s’assurer que les sites s’étaient régénérés à l’aide de sources adaptées aux conditions locales, l’intérêt concernant la migration assistée grandit. À cette fin, plusieurs provinces ont récemment modifié leurs politiques pour permettre le déplacement des graines plus au nord et ascendant (à savoir, semer des graines à des altitudes plus élevées).

Des progrès scientifiques dans ce domaine sont en cours de réalisation, grâce à l’utilisation de données tirées d’essais sur la génétique des forêts, ce qui permet de mieux comprendre la façon dont les sources de graines peuvent réagir aux changements climatiques rapides. Dans la mesure où des centaines de milliers d’hectares de forêts sont régénérés chaque année au Canada, la migration assistée d’espèces d’arbres commerciales peut représenter une approche potentiellement efficace et à risque relativement faible. Elle apporterait un certain degré de résilience des forêts canadiennes de l’avenir devant les changements climatiques.

Photo d’un homme près d’un jeune chêne, espèce soumise à un essai de migration assistée
Un chêne soumis à un essai de migration assistée, près de Pickering en Ontario. Dans cette collaboration entre Ressources naturelles Canada et le ministère des Richesses naturelles et des Forêts, toute une variété d’espèces feuillues ont été plantées, en provenance de sources de semences localisées entre 200 et 600 km au sud du site d’essai. On veut évaluer la réaction – autant des espèces que des populations – à la différence du climat.
Sources