Tordeuse des bourgeons de l’épinette

Les régions forestières boréale, des Grands-Lacs et acadienne subissent régulièrement des infestations de tordeuse des bourgeons de l’épinette. Ces perturbations naturelles font partie intégrante de ces écosystèmes forestiers.

Tordeuse des bourgeons de l’épinette

La tordeuse demeure néanmoins l’un des insectes indigènes qui cause le plus de dommages aux épinettes et aux sapins au Canada. Au cours d’une infestation majeure, des dizaines de millions d’hectares d’arbres peuvent être gravement défoliés par l’insecte. Comme l’infestation peut s’échelonner sur plusieurs années, la défoliation cumulative est susceptible d’entraîner de la mortalité et une perte de croissance appréciable dans la forêt mûre de résineux. De telles infestations peuvent donc engendrer d’importantes pertes de ressources ligneuses et non ligneuses, qui auront des répercussions négatives sur l’industrie forestière et les collectivités tributaires de la forêt.

Après l’infestation, les arbres morts et endommagés créent à leur tour des problèmes, puisqu’ils constituent des sources majeures de carburant pour les feux de végétation et un milieu de reproduction pour d’autres insectes.

Situation

Au Canada, la dernière vaste infestation de tordeuse des bourgeons de l’épinette a atteint son sommet dans les années 1970, endommageant alors une superficie de plus de 50 millions d’hectares. À la fin des années 1990, la superficie infestée était inférieure à 1 million d’hectares. Depuis, les populations de tordeuse des bourgeons de l’épinette ont connu des remontées suivies de déclins, particulièrement dans l’Ouest des portions boréales de leur vaste aire de répartition canadienne.

  • De 1999 à 2001, au nord-est de la Colombie-Britannique, près de 1,6 million d’hectares étaient infestés par la tordeuse.
  • De 2002 à 2003, dans les Territoires du Nord-Ouest, 2,4 millions d’hectares étaient infestés.
  • En Saskatchewan, les populations demeurent à la baisse, mais de récentes augmentations ont été signalées en Alberta. Au Manitoba, la superficie défoliée est relativement stable depuis 1997 (environ 100 000 hectares), et une forte diminution a été observée en 2011.
  • En Ontario, une infestation relativement petite — environ 850 000 hectares — a atteint son sommet entre 2006 et 2007. La superficie infestée a depuis diminué à environ 300 000 hectares.
  • Au Québec, les populations de tordeuses des bourgeons de l’épinette augmentent de façon constante depuis 2006, la superficie infestée atteignant environ 2,6 millions d’hectares en 2013. L’infestation a débuté à une latitude anormalement élevée, sur la rive nord du fleuve Saint-Laurent et au nord du lac Saint-Jean. Elle a atteint le Bas-Saint-Laurent, près de Rimouski, en 2010.
  • Aucune défoliation par la tordeuse des bourgeons de l’épinette n’a été observée dans les provinces de l’Atlantique depuis 1995. Cependant, la progression de l’infestation jusqu’au Bas-Saint-Laurent, au Québec laisse croire que des infestations peuvent très bientôt survenir à proximité du Nord du Nouveau-Brunswick.
  • L’augmentation constante de superficies forestières endommagées par la tordeuse des bourgeons de l’épinette observée dans l’Est du Canada depuis 2006 annonce vraisemblablement une nouvelle infestation généralisée dans cette partie du pays.
Vidéo - Tordeuse des bourgeons de l'épinette

Deepa Pureswaran, spécialiste en écologie des insectes forestiers, discute des recherches sur les infestations de tordeuses des bourgeons de l’épinette dans la forêt boréale canadienne. Durée : 2:09

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Facteurs déterminants

Les infestations de tordeuse des bourgeons de l’épinette se produisent à intervalles d’environ 35 à 40 ans dans l’Est du Canada. Les dommages les plus graves causés par cet insecte sont là où l’on trouve des peuplements forestiers ininterrompus mûrs dominés par le sapin baumier et l’épinette blanche.

Bien qu’on mentionne souvent les conditions météorologiques comme un facteur important des infestations de tordeuse des bourgeons de l’épinette, il n’y a pas de consensus sur comment la météo peut influencer le début ou la fin d’une infestation. Il est plus probable qu’il s’agisse des interactions entre les conditions météo et celles des forêts qui permettent de déterminer où plutôt que quand les infestations surviennent.

La présence de vastes forêts d’arbres-hôtes est le principal facteur favorisant l’apparition d’infestations de grande envergure, surtout parce que de tels milieux permettent la survie des petites larves, et la maturation des papillons qui se reproduisent et migrent vers de nouvelles superficies.

De nouvelles preuves montrent que les populations de tordeuses augmentent en premier dans les superficies où leurs ennemis naturels sont incapables de freiner les accroissements de densités locales de tordeuses. Le succès de reproduction augmente et la migration des papillons peut accroître les populations locales menant à l’accroissement des populations de tordeuses des bourgeons de l’épinette sur une très vaste superficie.

Les infestations prennent fin quand la combinaison de la réduction des ressources — résultant de l’endommagement des arbres — et de l’augmentation de mortalité des tordeuses par les ennemis naturels, tels que les oiseaux, les parasites et les maladies se trouve à réduire localement la survie des tordeuses.

Personnes-ressources du Service canadien des forêts

Michel Cusson, Chercheur scientifique, physiologie et biochimie des insectes
Rob Johns, Écologie des insectes forestiers
Deepa Pureswaran, Chercheuse scientifique, écologie des insectes forestiers
Marc Rhainds, Chercheur
Jacques Régnière, Chercheur scientifique, dynamique des populations d'insectes

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