Chancre du noyer cendré

Le chancre du noyer cendré est le nom donné à l’infection causée par le champignon Ophiognomonia clavigignenti-juglandacearum (V.M.G. Nair, Kostichka & J.E. Kuntz) Broders & Boland (Oc-j). Comme son nom l’indique, le champignon affecte surtout le noyer cendré (Juglans cinerea L.), mais d’autres membres de la famille des noyers (Juglandaceae) peuvent aussi être touchés.

Oc-j colonnes stromatiques

Colonnes stromatiques de l'Oc-j sur un rameau de noyer cendré.

Le développement d’une plaie (ou chancre) sur un arbre peut autant être provoqué par l’infection microbienne résultant d’un gel hivernal, de l’impact d’une blessure, de la présence d’un insecte ravageur que par l’infection d’un champignon pathogène. L’identification de ce qui cause un chancre peut donc se révéler difficile sur un noyer cendré. Toutefois, les symptômes associés à la présence du champignon Oc-j présentent quelques caractéristiques que les scientifiques savent reconnaître en observant minutieusement toutes les parties de l’arbre et en réalisant des cultures à partir des rameaux.

Symptômes

Ce n’est souvent qu’en soulevant l’écorce d’une brindille ou parfois d’une branche du noyer cendré qu’on peut détecter les petites taches noires renfoncées de forme allongée qui indiquent la présence de l’infection. Au printemps et au début de l’été, un liquide noirâtre peut même s’écouler des fissures de l’écorce des branches et du tronc. Il s’agit d’une caractéristique du début de l’infection. En effet, l’infection se déclare habituellement dans la partie inférieure de la cime de l’arbre et se propage vers le bas lorsque la pluie entraîne les spores du champignon le long des branches et du tronc. En été, une bordure blanchâtre se développe occasionnellement autour du chancre d’un noir charbonneux. Comme l’écorce a tendance à couvrir les chancres, ces symptômes ne sont souvent visibles que si on enlève l’écorce d’une branche ou d’une brindille. Si le cambium exposé (partie vivante de l’arbre) en-dessous et autour du chancre est de couleur brun foncé ou noir, cela indique que ce cambium est mort.

tronc chancrer

Chancre au tronc montrant de l'écorce effilochée dans son ouverture.

Évolution de la maladie

À mesure que la maladie s’intensifie sur l’arbre, des chancres multiples se forment sur les branches, le tronc et les racines. L’arbre infecté cesse alors de produire des noix. Ces chancres grossissent et se rejoignent, finissant par tuer les branches touchées; si les chancres annèlent le tronc, l’arbre meurt. Les chancres servent aussi de point d’entrée à d’autres organismes pathogènes et décomposeurs. Les agents propagateurs de la maladie que sont le vent et divers insectes transportent le champignon d’un noyer à l’autre.

Aire de distribution de la maladie

Le chancre du noyer cendré a été observé dans toute l’aire de distribution de l’espèce. Dans certaines régions des États-Unis, la maladie a tué jusqu’à 90 % de la population de noyers cendrés. Au Canada, elle a été signalée pour la première fois en 1990 au Québec, en 1991 en Ontario et en 1997 au Nouveau-Brunswick.

On ignore toutefois depuis quand le champignon est présent dans les forêts feuillues de l’Amérique du Nord. Les dommages causés par le champignon Oc-j ont été remarqués pour la première fois au Wisconsin en 1967, mais le champignon n’a été décrit qu’en 1979. Les scientifiques croient qu’il s’agit d’une maladie introduite en Amérique du Nord étant donné la faible variabilité génétique du champignon et sa très grande virulence.

Moyens de lutte

La progression constante du chancre du noyer cendré constitue une grave menace pour la survie de cette essence. Les chercheurs du Service canadien des forêts proposent diverses interventions pour lutter contre cette maladie.

noyers cendrés avec dépérissement de la cime

Cime de noyer cendré montrant 30 % de mort en cime.

Une fois que l’arbre est infecté, la lutte contre la maladie se révèle difficile. Les interventions visent donc à protéger les arbres sains en favorisant une croissance vigoureuse et la production de semences. Il convient entre autres de réduire la quantité d’ombre autour des noyers en éclaircissant les essences compagnes. Pour faciliter la reproduction, on suggère également de garder au moins une dizaine de noyers cendrés par hectare et de favoriser leur germination en créant des trouées d’une largeur égale à deux fois la hauteur des arbres avoisinants.

Dans les peuplements forestiers ou les boisés aménagés, il faut récolter les arbres infectés le plus rapidement possible, afin de limiter la propagation de la maladie. Tous les arbres dont plus de 25 % de la cime a été détruite et dont plus de 20 % de la circonférence de la tige principale présente des chancres devraient être supprimés, tout comme les arbres présentant un taux de mort en cime de plus de 50 %, et ce, même si leurs tiges ne portent pas de chancres. Il est possible de conserver des arbres de grande valeur qui sont fortement atteints en effectuant l’émondage des branches affectées et en excisant les chancres au tronc.

Un autre moyen de favoriser la vie de cette essence est de mettre à profit la résistance génétique au chancre que posséderait une partie de la population de noyers cendrés. Il s’agit de conserver les noyers dépourvus de chancres au tronc et présentant moins de 50 % de mort en cime, ainsi que ceux présentant moins de 20 % de mort en cime et dont 25 % de la circonférence de la tige principale ou moins porte des chancres.

La préservation de ce feuillu noble, prisé pour son bois et ses noix et faisant partie intégrante de la biodiversité de nos forêts, justifie sans aucun doute tous les efforts de lutte qui lui seront consacrés, d’autant plus qu’il figure depuis 2003 au rang des espèces qui sont sous la protection de la Loi sur les espèces en péril.

Personnes-ressources du Service canadien des forêts

Pierre DesRochers, Coordonnateur, santé des forêts
Krystyna Klimaszewska, Chercheuse scientifique, biotechnologie des arbres forestiers
Danny Rioux, Chercheur scientifique, pathologie forestière

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