Méthode d'évaluation des dangers d'incendie de forêt

Méthode canadienne d’évaluation des dangers d’incendie de forêt

Au cours de la saison des incendies de forêt au Canada, des centaines d’incendies peuvent brûler en tout temps, et peuvent être déclenchés par la foudre ou être d’origine humaine. Tous les feux n’ont pas besoin d’être éteints. Bon nombre cesseront d’eux-mêmes ou s’éteindront avec des conditions humides. De plus, tous les incendies ne peuvent être éteints, car les ressources consacrées à la lutte contre les incendies sont limitées.

Appareil CL415 larguant de l’eau sur un feu échappé (photo du ministère des Richesses naturelles de l’Ontario, reproduite avec permission)

Pour protéger les personnes ainsi que les propriétés et réduire la superficie de la zone touchée et les biens perdus en raison des feux de forêt, les gestionnaires des feux doivent prendre des décisions chaque jour sur la façon d’affecter des ressources de lutte contre les incendies au Canada.

Il incombe aux gestionnaires des incendies d’évaluer quels incendies présentent une menace pour la sûreté, les biens des personnes et les biens publics (y compris les habitations, les commerces, les couloirs de passage des services publics, les espèces sauvages et le bois d’œuvre marchand) et de décider ensuite quelles ressources doivent être consacrées à la lutte contre les incendies, et à quels endroits. Lorsqu’ils prennent de telles décisions, ces gestionnaires ont recours à leur expérience personnelle et aux informations fournies par la Méthode canadienne d’évaluation des dangers d’incendie de forêt (MCEDIF).

La MCEDIF est la principale source de renseignements sur les incendies utilisée par tous les organismes chargés de la gestion des feux de forêt au Canada. Il s’agit de la méthode d’évaluation des dangers d’incendie de forêt la plus largement utilisée dans le monde.

Historique de la MCEDIF

Années 1920
Des recherches qui combinent les observations météorologiques, les échantillons d’humidité recueillis sur le terrain, les types de combustibles et les couches de combustibles, ainsi que des simulations d’incendies à petite échelle commencent à la Station de la Forêt expérimentale de Petawawa, près de Chalk River, en Ontario. L’accent est mis sur les types de forêts renfermant des pins et des feuillus.

Des années 1940 au début des années 1960
Le programme de recherche s’élargit pour intégrer tous les grands types de forêts de l’ensemble du Canada.
Des tableaux des risques d’incendie et des dangers d’incendie sont élaborés pour diverses régions du Canada.

Du milieu à la fin des années 1960
Proposition d’un système universel d’indicateurs communs pour appuyer l’échange de ressources consacrées à la lutte contre les incendies.
Mise sur pied d’un groupe de travail sur les dangers d’incendie, formé de chercheurs sur les incendies du Service canadien des forêts (SCF) de l’ensemble du pays et destiné à guider l’élaboration de la MCEDIF qui est encore utilisée aujourd’hui.

Panneau de signalisation des dangers d’incendie en bordure de route à Canmore en Alberta. DANGER D’INCENDIE, FAIBLE, MODÉRÉ, ÉLEVÉ, EXTRÊME
DANGER D’INCENDIE
FAIBLE, MODÉRÉ, ÉLEVÉ, EXTRÊME
Les organismes responsables des feux de forêt au Canada utilisent des éléments de la Méthode canadienne de I'Indice forêt météo pour orienter les décisions sur la gestion des feux, y compris les paramètres concernant les dangers d’incendie à afficher sur les panneaux de signalisation en bordure de route.

Deux principaux sous-systèmes de la MCEDIF

La Méthode canadienne de l’Indice forêt-météo (IFM), qui dépend uniquement des lectures des indices d’humidité, fournit une mesure générale du danger d’incendie dans l’ensemble des zones forestières et rurales. Les codes et les indices de ce sous-système sont calculés sur la base d'un type de combustible forestier « standard » (principalement le pin gris et le pin tordu latifolié).

Les gestionnaires des feux utilisent l’Indice forêt-météo (IFM) pour prévoir le potentiel d’allumage quotidien dans l’ensemble du paysage, en considérant les feux dans deux catégories distinctes :

  • Incendies d’origine humaine – La probabilité de feu d’origine humaine dans une zone au cours d’une journée précise peut être prévue si on se fonde sur les facteurs suivants : 1) la réceptivité des combustibles forestiers légers à l’allumage et à la propagation (principalement déterminée par le contenu en humidité de ces combustibles de surface); 2) l'intensité d’activité humaine dans cette forêt ou à proximité (créant des « sources d’incendie »). Des modèles clairs de cette activité peuvent apparaître lorsque des incendies émergent en groupes près des zones habitées, des chemins et des voies ferrées.
  • Incendies allumés par la foudre – Les gestionnaires des feux suivent l’emplacement de tous les foudroiements dans leur région, en temps réel, chaque jour de la saison des feux. Ils utilisent cette information ainsi que les extrants de la méthode IFM, pour leur indiquer où on peut s’attendre à ce que les cellules d’incendies allumés par la foudre se prolongent (croissent lentement sous la surface des souches de bois sec décomposé) et pour connaître le moment où les feux allumés par la foudre peuvent se propager activement.

La Méthode canadienne de prévision du comportement des incendies de forêt (PCI) aide les aménagistes forestiers à évaluer la rapidité avec laquelle un incendie pourrait se propager dans un type de forêt particulière, la quantité de combustibles qu’il peut consommer et, finalement, l’intensité potentielle de cet incendie. L’intensité est le facteur qu'utilise un aménagiste forestier pour déterminer les tactiques et ressources requises qui permettront d'éteindre ce feu.

La Méthode PCI s’appuie sur 14 données principales regroupées en cinq catégories générales : les combustibles, les conditions météorologiques, la topographie, l’humidité foliaire, ainsi que le type et la durée des prévisions. Lorsqu’elles sont combinées, ces données fournissent une indication du comportement prévu de l’incendie. Par exemple, le contenu en humidité des combustibles de surface, combiné aux observations sur la vitesse du vent, permettent d’obtenir l’Indice de propagation initiale – un indicateur de la vitesse de propagation d’un feu — qui à son tour sert à calculer la vitesse de propagation d’un feu (p. ex. en kilomètres par heure)

La Méthode PCI utilise également des paramètres de la Méthode canadienne de l’Indice forêt-météo et les convertit en prévisions de comportement des incendies propres aux peuplements des grands types de forêts de l’ensemble du Canada.

Utilisation de la MCEDIF à l’échelle internationale

La MCEDIF et les produits d’information connexes du SCF ont valu au Canada d’être reconnu comme un chef de file mondial des sciences des incendies et expert en gestion des incendies.

Cette méthode d’évaluation a été pleinement mise en œuvre dans certaines parties des États-Unis et en Nouvelle-Zélande, et certaines composantes ont été utilisées dans de nombreux pays, y compris l’Espagne, le Portugal, la Suède, l’Argentine, le Mexique, Fidji, l’Indonésie et la Malaisie.

La MCEDIF est populaire car :

  • elle est relativement simple à utiliser;
  • elle peut être adaptée à la diversité des environnements;
  • elle comprend de nombreux outils d’interprétation (comme des affiches, des tableaux de référence, des systèmes électroniques de traitement de l’information et des systèmes d’affichage) qui appuient la diversité des situations.

L’avenir de la MCEDIF

Les aménagistes des feux de végétation ont vécu une évolution considérable dans le milieu décisionnel au cours des dernières décennies. Une des principales préoccupations est que l’étendue de la surface limite entre les terres non défrichées et les zones urbaines a augmenté, mettant ainsi à risque un nombre accru de collectivités et de ressources naturelles. Les avancées de la télédétection, l’utilisation accrue des technologies de l’information et la rapidité croissante des communications ont toutes contribué à fournir des renseignements plus détaillés et plus à jour et à les mettre en disponibilité aux gestionnaires des feux.

Grâce à la recherche continue sur les incendies, la MCEDIF évolue et intègre ces nouvelles sources d’informations, fournissant ainsi aux gestionnaires des feux une description précise de l’environnement des feux en évolution constante.

Malgré les changements survenus dans la gestion des feux de forêt depuis l’adoption de la MCEDIF, cette méthode demeure aujourd’hui le principal outil d’information utilisé par les organismes de lutte contre les incendies pour faire des prévisions concernant les répercussions potentielles des changements climatiques sur les dangers des feux et élaborer des stratégies d’adaptation appropriées.