Sécheresse

On s’attend à ce que la fréquence et la gravité des sécheresses augmentent dans certaines régions du Canada.

Les essences d’arbres sont adaptées à des conditions d’humidité précises. La raréfaction de l’eau suite à un épisode de sécheresse a plusieurs répercussions négatives sur la santé des écosystèmes forestiers. Parmi les impacts directs, citons le ralentissement de la croissance, la mortalité accrue d'arbres et l’échec de la régénération de la forêt. Les impacts indirects comprennent l'affaiblissement des défenses naturelles des forêts contre les insectes et les maladies, et l'accroissement du risque de feu. Ces impacts ont une incidence sur la fibre ligneuse destinée à l’industrie forestière.

Des régions de l’Ouest canadien subissent des sécheresses de plus en plus fréquentes et de plus en plus graves. Les scientifiques s’attendent à ce que le phénomène de la sécheresse touche de nouvelles zones partout au pays et qu'il continue de gagner en fréquence et en gravité, ce qui pourrait avoir des répercussions profondes sur les forêts canadiennes dans les années à venir.

Voir la définition de la sécheresse et de ses indicateurs

Pourquoi se préoccuper des sécheresses?

La raréfaction de l’eau a de multiples effets néfastes sur les forêts.

Les arbres sont adaptés à des conditions d’humidité précises. La sécheresse ralentit la croissance de la forêt et peut mener à plus de mortalité des arbres et à l’échec de la régénération de la forêt. La répartition de la forêt boréale et des pâturages des Prairies dans l’Ouest canadien correspond de près au régime d’humidité du climat, ce qui semble indiquer que le manque d’eau prévient la régénération des conifères au sud de la frontière actuelle de la forêt boréale. Les forêts peuvent également subir des effets indirects de la sécheresse, notamment l’affaiblissement de leurs défenses naturelles contre les insectes et les maladies, et l'augmentation du risque de feu.

Le suivi des sécheresses peut aider les gestionnaires forestiers à planifier les stocks de plantation (p. ex., choix des essences et des provenances) et les pratiques sylvicoles (p. ex., période de plantation, éclaircies, etc.) en fonction des conditions de sécheresse.

Qu’est-ce qui a changé?

Certaines zones subissent actuellement des sécheresses plus fréquentes et plus graves.

Plusieurs régions du Canada ont connu des sécheresses notables dans la période de 1951 à 2010, mais on observe beaucoup de variabilité d’une décennie à l’autre. Au cours de la première décennie du 21e siècle (2001-2010), des sécheresses exceptionnelles ont été observées partout au pays; par exemple, la sécheresse de 2001-2002 dans les Prairies (figures 1 et 2) a engendré un taux de mortalité anormalement élevé du tremble (voir Mortalité des arbres).

Des observations analogues sur plusieurs types de forêts ont été signalées partout dans le monde. Comme on s’attend à l'accroissement de la fréquence et de l'intensité des sécheresses dans de nombreuses régions du monde, y compris la majeure partie des zones forestières canadiennes, les préoccupations à l'égard de la répartition des forêts, de la santé des arbres et de la réussite de la régénération dans les années à venir sont de plus en plus pressantes.

Deux cartes, montrant par l’Indice d’humidité climatique moyen – la sécheresse dans la forêt-parc à trembles entre 1951 et 2000 et celle de 2001-2002 dans la même région.

Figure 1 – Indice d’humidité climatique (IHC) moyen de la période 1951-2000 et durant la sécheresse de 2001-2002 dans la forêt-parc à trembles

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Graphique montrant la variabilité annuelle de l’Indice d’humidité climatique dans la forêt-parc à trembles entre 1891 et 2010. Les valeurs les plus hautes indiquent les années les plus humides, et à l’inverse, les valeurs les plus basses indiquent les années les plus sèches.

Figure 2 – Changements à long terme de l’Indice d’humidité climatique (IHC) dans la forêt-parc à trembles

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Ensemble de cinq cartes du Canada montrant l'Indice d'humidité climatique (IHC) annuel moyen au cours de la période de référence 1981 à 2010 comparativement à l'IHC moyen projeté à court terme (2011-2040), à moyen terme (2041-2070) et à long terme (2071-2100), selon le scénario de réduction des gaz à effet de serre RCP 2.6, puis à long terme,  selon le scénario d'évolution du climat RCP 8.5.

Figure 3 – Indice d’humidité climatique (IHC) annuel moyen au cours de la période de référence (1981-2010) et projeté à court terme (2011-2040), moyen terme (2041-2070) et à long terme (2071-2100) selon le scénario des profils représentatifs d'évolution de concentration (RCP)Note de bas de page * 2.6 (réduction rapide des émissions) et, à long terme (2071-2100), selon le RCP 8.5 (augmentation continue des émissions) au Canada

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Données du graphique
Tableau présentant les valeurs de l’Indice d’humidité climatique (IHC) dans la forêt-parc à trembles pour chaque année entre 1891 et 2010. Les valeurs les plus hautes indiquent les années les plus humides, et à l’inverse, les valeurs les plus basses indiquent les années les plus sèches.
Année Indice d’humidité climatique (IHC)
1891 -8,2
1892 -12,8
1893 -12,7
1894 -18,1
1895 -18,6
1896 -2,6
1897 -13,7
1898 -14,8
1899 0,7
1900 16,8
1901 22,4
1902 7,3
1903 -2,9
1904 7,9
1905 -15,0
1906 -3,9
1907 -1,6
1908 3,7
1909 -2,7
1910 -29,8
1911 -4,6
1912 -3,7
1913 -3,8
1914 -10,2
1915 -6,8
1916 -0,6
1917 -11,9
1918 -19,7
1919 -30,0
1920 5,5
1921 -0,1
1922 -16,9
1923 -5,8
1924 -18,3
1925 -8,5
1926 -11,2
1927 13,4
1928 -11,1
1929 -21,9
1930 -16,2
1931 -11,0
1932 -0,5
1933 -9,5
1934 -0,8
1935 -4,4
1936 -13,4
1937 -15,1
1938 -18,8
1939 -5,9
1940 -7,7
1941 -24,0
1942 4,5
1943 -2,3
1944 -0,3
1945 -15,1
1946 -12,9
1947 -14,5
1948 2,3
1949 -19,4
1950 -12,5
1951 4,9
1952 -0,9
1953 1,5
1954 4,7
1955 10,3
1956 3,7
1957 -18,1
1958 -6,2
1959 -13,9
1960 6,6
1961 -11,2
1962 -10,9
1963 -9,1
1964 -23,1
1965 13,7
1966 -7,2
1967 -7,5
1968 -12,2
1969 -3,6
1970 9,2
1971 -5,6
1972 -7,8
1973 3,0
1974 14,9
1975 -0,2
1976 -7,6
1977 -9,7
1978 1,6
1979 4,4
1980 -15,8
1981 -5,0
1982 -11,9
1983 1,2
1984 -5,0
1985 1,4
1986 5,9
1987 -7,2
1988 -10,5
1989 -6,9
1990 -1,8
1991 -6,9
1992 -12,2
1993 -3,3
1994 0,5
1995 -13,3
1996 0,8
1997 1,8
1998 -11,7
1999 2,6
2000 -0,5
2001 -15,1
2002 -35,8
2003 -5,8
2004 -1,3
2005 4,5
2006 -2,5
2007 1,3
2008 -8,9
2009 -18,1
2010 -2,7

Perspectives d’avenir

On s’attend à ce que les sécheresses soient de plus en plus fréquentes et touchent des nouvelles régions forestières.

Les projections portent à croire que la fréquence et la gravité des sécheresses continueront de s’accroître dans plusieurs régions déjà sèches, telles que l’intérieur méridional de la Colombie-Britannique et les provinces des Prairies (figure 3). Dans plusieurs régions de l’Ouest canadien, l’assèchement futur du climat pourrait entraîner l’expansion de la prairie vers le nord aux dépens des zones aménagées de la forêt boréale, ce qui se traduirait par la dégradation de la forêt et par un bouleversement majeur de l’écosystème.

Les régions humides, comme les zones côtières du Pacifique et de l’Atlantique, devraient être moins touchées, le changement de leur IHC demeurant limité au cours des 100 prochaines années. Néanmoins, elles pourront se trouver davantage exposées aux impacts de sécheresses saisonnières, même si leur IHC annuel demeure positif.

La multiplication des sécheresses pourrait avoir des répercussions profondes sur les forêts canadiennes, aussi bien directes – ralentissement de la croissance des arbres, mortalité – qu’indirectes – accroissement de la fréquence des feux de forêt, des épidémies d’insectes et autres perturbations.

La définition de la sécheresse et de ses indicateurs

La sécheresse est un déficit de précipitation sur une période prolongée, habituellement une saison ou davantage, qui entraîne une pénurie d’eau ayant des effets néfastes sur la flore, la faune et la population. La sécheresse se distingue de l’aridité, laquelle est une caractéristique climatique permanente des régions caractérisées par de faibles précipitations, telles que les déserts.

Le programme Changements forestiers se sert de trois indicateurs de la sécheresse :

  • L'indice d’humidité climatique (IHC) exprime la différence entre les précipitations annuelles et l’évapotranspiration potentielle, c’est-à-dire la perte potentielle d’eau par évaporation d’un milieu couvert de végétation (voir les équations, [en anglais seulement]). Un IHC positif révèle des conditions humides et des précipitations suffisantes au maintien d’une forêt à couvert fermé. À l’opposé, un IHC négatif reflète des conditions climatiques sèches, qui peuvent au mieux soutenir des zones discontinues de type forêt-parc. L’IHC est particulièrement utile dans l'évaluation des conditions d’humidité des régions sèches telles que les Prairies.
  • L'indice d’humidité du sol (IHS) se calcule à partir des données météorologiques quotidiennes mensuelles ou des bilans mensuels des précipitations et des températures, de l’altitude et de la capacité de rétention d’eau du sol (voir les équations). Les valeurs faibles correspondent à des conditions plus sèches. L’IHS permet de fournir une mesure directe des changements d’humidité du sol dans la zone d’enracinement des arbres. Il est mieux adapté que l’IHC dans la représentation des sécheresses saisonnières dans les régions connaissant de fortes précipitations en hiver, telles que la Côte pacifique et l’Est canadien. Toutefois, le caractère récent de cet indicateur n’offre pas encore le degré de fiabilité qu'a l’IHC, dont la création remonte à 1997.
  • L'indice de sévérité de sécheresse de Palmer (ISSP) se calcule à partir des précipitations, de la température, de la capacité de rétention de l’humidité du sol et de l’infiltration locale (voir les équations). Les valeurs positives et négatives représentent des conditions respectives plus humides et plus sèches que la moyenne historique à long terme (30 ans ou plus) d’une région donnée. Cet indicateur est le plus souvent utilisé dans le domaine de l’agriculture, mais il peut s’appliquer à la foresterie.
Sources et références de la sécheresse et de ses indicateurs

Personnes-ressources du Service canadien des forêts

Ted Hogg, chercheur scientifique, interactions climat-végétation, Centre de foresterie du Nord
David Price, chercheur scientifique, modélisation des impacts des changements climatiques, Centre de foresterie du Nord

Outils d’adaptation et ressources disponibles

Trousse d’outils de Changements forestiers – liste d’outils d'adaptation aux changements climatiques et ressources disponibles

Pour en savoir davantage
Recherches connexes au Service canadien des forêts