Impacts

On constate déjà les impacts du changement climatique dans toutes les régions du Canada.

Le changement climatique a des impacts sur un grand nombre de systèmes physiques et biologiques, comme le couvert glaciel et nival, le niveau des cours d'eau, des lacs et des mers, et la répartition des espèces végétales et animales. Ces changements sont sans équivoque (voir le tableau RS-2) et ont d'ailleurs été documentés dans d'autres évaluations récentes du changement climatique (Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat, 2001, 2007; Arctic Climate Impact Assessment, 2005). En outre, l'augmentation de la fréquence et de l'intensité des vagues de chaleur, des feux de forêt, des crues causées par les ondes de tempête, de l'érosion côtière et d'autres aléas climatiques s'accorde avec les tendances climatiques constatées. Un grand nombre de ces impacts se répercute directement sur les systèmes humains. Par exemple, la réduction de l'épaisseur et de la durée de la glace de lac et de rivière a un effet important sur la durabilité de nombreux chemins d'hiver qui donnent accès aux collectivités éloignées et aux chantiers miniers dans le nord du Canada (y compris dans la partie septentrionale de plusieurs provinces; voir les chapitres 3, 5, 6 et 7), alors que l'érosion côtière menace des bâtiments, des infrastructures essentielles et des sites culturels sur toutes les côtes marines du Canada (voir les chapitres 3, 4, 5 et 8).

Les données attestent que le changement climatique contribue à créer d'autres problèmes environnementaux, sociaux et économiques, comme l'épidémie sans précédent de dendroctone du pin ponderosa en Colombie-Britannique, qui, en 2006, s'étendait sur plus de 9,2 millions d'hectares de forêt et qui, dans sa progression vers l'est, a maintenant pénétré en Alberta. S'il est vrai que la suppression des feux de forêt et d'autres facteurs historiques ont contribué à cette épidémie, la tendance dominante au réchauffement des étés, qui favorise la reproduction de cet insecte, et à l'adoucissement des hivers, qui favorise la survie des larves, a joué un rôle déterminant (voir le chapitre 8). L'invasion de la laitue de mer, qui, depuis 1990, rend les estuaires moins propices aux mollusques ou aux poissons et moins intéressants pour les résidents et les touristes dans certaines parties du Canada atlantique, constitue un autre exemple. La prolifération de cette algue a été attribuée en partie à une réduction d'origine climatique des apports d'eau douce estivaux (voir le chapitre 4).

Le changement climatique accentuera un grand nombre de risques climatiques actuels et s'accompagnera de nouveaux risques et de nouvelles possibilités, qui auront des conséquences importantes pour les collectivités, l'industrie, les infrastructureset les écosystèmes.

Le changement climatique se manifeste par des variations des conditions moyennes, une augmentation de la variabilité climatique et une augmentation de l'intensité et de la fréquence des phénomènes climatiques extrêmes. Dans bien des cas, les impacts les plus graves et les plus coûteux seront attribuables à l'augmentation projetée de la fréquence et de l'ampleur des phénomènes climatiques extrêmes et des désastres naturels qui y sont associés, notamment les crues causées par de fortes précipitations et des ondes de tempête, les tempêtes de verglas et de vent, les vagues de chaleur et les sécheresses (voir les chapitres 2 à 9). La connaissance des conditions extrêmes qui caractériseront le climat de demain joue un rôle particulièrement important dans la conception et l'entretien des infrastructures, la préparation aux situations d'urgence ainsi que la santé et la sécurité des collectivités (voir les chapitres 5 et 6).

Les variations graduelles des températures moyennes, des précipitations et des niveaux marins ont également une incidence sur la durabilité des collectivités et des écosystèmes. Au Canada, certains des impacts les plus importants et les plus susceptibles de se faire sentir seront liés aux ressources hydriques. Les superficies soumises à des stress d'origine hydrique augmenteront en raison de la diminution du ruissellement causée, à plusieurs endroits, par les variations dans le régime de précipitations et l'augmentation de l'évapotranspiration (voir le chapitre 2), tandis que toutes les régions du Canada seront touchées par une réduction saisonnière de la qualité et de la quantité de l'eau (voir les chapitres3 à 8). L'augmentation de la consommation d'eau aux fins d'agriculture, de production d'énergie, d'usage des collectivités et des loisirs exigera que l'on gère cette ressource de façon à tenir compte des besoins des écosystèmes (voir les chapitres 4 à 8). En plus d'accentuer les impacts qui se produisent déjà, le changement climatique fera apparaître de nouveaux risques dans certaines régions, comme l'introduction de maladies à transmission vectorielle dans des régions où les conditions climatiques actuelles interdisent la survie du vecteur (voir les chapitres 5, 6 et 9). Les répercussions du changement climatique sur les écosystèmes seront telles qu'elles présenteront un défi de taille à la gestion des aires protégées (voir les chapitres 6, 7 et 8).

Le changement climatique créera également des possibilités nouvelles. Par exemple, un allongement et un réchauffement des saisons de croissance pourraient augmenter la productivité des cultures et permettre de cultiver de nouvelles espèces végétales peut-être plus rentables (voir les chapitres 4 à 8). Les secteurs agricole et forestier du Canada sont sensibles aux changements survenant dans les régimes de perturbation et à l'augmentation de la fréquence des sécheresses, phénomène qui fait ressortir la nécessité de mettre rapidement en place des mesures d'adaptation efficaces (voir les chapitres 7 et 8). La réduction du couvert glaciel des mers, des cours d'eau et des lacs allonge la saison de navigation, quoiqu'une diminution des niveaux d'eau dans les lacs et les rivières pourrait avoir un effet défavorable sur le transport (voir les chapitres 3, 4 et 6). Une augmentation du transport maritime dans l'Arctique offrirait des possibilités de croissance économique en même temps qu'elle ferait croître les risques pour l'environnement et la sécurité (voir le chapitre 3).

Les impacts seront cumulatifs et, fréquemment, synergiques. Par exemple, l'augmentation de la fréquence et de l'ampleur des vagues de chaleur entraînera une hausse de la demande d'électricité en période de pointe aux fins de climatisation, alors qu'une réduction du volume des eaux de ruissellement en provenance des glaciers de montagne de l'ouest du Canada et un abaissement des niveaux d'eau dans les Grands Lacs réduiront probablement le potentiel de production d'hydroélectricité dans ces régions. Combiné à la hausse prévue de la demande d'électricité en raison de la croissance démographique et économique, le changement climatique risque de faire augmenter le nombre de pannes de courant et de creux de tension (voir les chapitres 6 et 8). Étant donné que les impacts sont cumulatifs et entraînent une cascade d'incertitudes, il est probable que le changement climatique créera des« surprises », c'est-à-dire que l'on franchira des seuils critiques qui n'auront pas été prévus. Comme dans le cas de tous les systèmes naturels humains et gérés, l'adaptation peut contribuer à réduire l'ampleur des impacts.

Les impacts que le changement climatique aura ailleurs dans le monde et les mesures d'adaptation prises pour les contrer auront une incidence sur le comportement des consommateurs canadiens, sur la compétitivité de certaines industries canadiennes et sur les activités du Canada en matière de développement international, d'aide et de maintien de la paix.

figure SR-4 : voir la version textuelle.

Figure RS-4: Nombre de désastres naturels imputables au climat survenus à l'échelle planétaire entre 1950 et 2006, par type d'épisode climatique (données tirées de Munich Reinsurance, 2006).

Version textuelle

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Le coût économique net des impacts du changement climatique au Canada dépendra dans une large mesure des impacts qui se produiront ailleurs dans le monde et de leurs répercussions sur la dynamique de l'offre et de la demande et sur la compétitivité de certaines industries canadiennes. Même si, par exemple, la productivité forestière au Canada accusait une hausse, des gains de productivité encore plus importants dans d'autres pays pourraient avoir un effet à la baisse sur les prix mondiaux des produits forestiers et réduire la part de marché des producteurs canadiens (voir le chapitre 9). Sur le plan touristique, le changement climatique pourrait réduire l'attrait de certains espaces naturels du Canada (voir les chapitres 3,4, 5, 7 et 8). Envisagé dans un contexte mondial, cependant, le tourisme au Canada sera vraisemblablement avantagé par le changement climatique, étant donné que des températures plus chaudes et des hivers plus cléments feraient du Canada une destination plus intéressante pour les touristes et inciteraient un plus grand nombre de Canadiens à renoncer à des vacances dans le Sud (voir le chapitre 9).

Le changement climatique qui se produit ailleurs dans le monde aura également une influence sur les activités humanitaires du Canada. En plus d'aider les pays en développement à s'adapter au changement climatique, le Canada sera davantage appelé à participer à des opérations de secours aux sinistrés. On constate que les tendances à la hausse de la fréquence des catastrophes imputables à des phénomènes climatiques extrêmes de plus en plus intenses devraient se poursuivre (voir la figure RS-4). Les stress environnementaux et les problèmes de rareté (de la nourriture et de l'eau principalement) causés par le changement climatique pourront aggraver les tensions politiques, sociales, économiques, ethniques, religieuses ou territoriales, causer de l'instabilité politique et entraîner des déplacements de populations (voir le chapitre 9).