Océans

Les trois océans (Arctique, Atlantique et Pacifique) qui bordent le Canada exercent de nombreuses influences sur lui, et les impacts du changement climatique qu'ils subissent peuvent à leur tour toucher la population et l'économie canadiennes. Tous les bassins océaniques de la planète ont en moyenne connu un réchauffement dû au forçage des gaz à effet de serre (voir la section 1.2), qui devrait se poursuivre. Il en résulte une élévation continue du niveau moyen de la mer et des changements au sein des systèmes biologiques, notamment des modifications dans les aires de répartition des espèces halieutiques et, par conséquent, des pêches, ainsi que le blanchissement des récifs coralliens dans les régions tropicales. On prévoit que l'élévation du niveau de la mer se poursuivra pendant quelques siècles, et ce, même si l'on parvient à stabiliser les concentrations de gaz à effet de serre dans l'atmosphère, en raison de l'intervalle de temps associé au processus d'expansion thermique des eaux marines et de fonte de la glace terrestre. En même temps, l'augmentation de l'activité cyclonique a mené à un accroissement important de la hauteur des vagues dans de nombreuses régions des océans du monde (voir la section 1.2). La fonte des glaces terrestres modifie la salinité des eaux marines et contribue aussi à l'élévation de leur niveau, tandis qu'une augmentation de l'absorption de CO2 en accroît l'acidité.

Les effets sur les systèmes biologiques et sur la répartition des poissons font l'objet d'une attention particulière dans les rapports d'évaluation du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, de sorte que : La reconnaissance croissante du rôle du système climat-océan dans la gestion des stocks de poissons conduit à formuler de nouvelles stratégies d'adaptation basées sur la détermination des pourcentages acceptables d'élimination et la résilience des stocks. (McLean et al., 2001, p. 345 [traduction]).

3.1 OCÉAN ATLANTIQUE ET MER DU LABRADOR

Changements dans l'océan

L'atmosphère au-dessus de l'océan Atlantique a connu et continuera de connaître des changements, notamment des accroissements constatés et projetés de l'activité cyclonique et l'augmentation de fréquence des ouragans intenses (voir la section 1.2). Le réchauffement, qui sera généralement plus prononcé dans les régions nordiques, aura pour conséquence de réduire la superficie de la mer couverte par la glace. L'accélération de la fonte de l'inlandsis du Groenland et d'autres glaciers terrestres, conjuguée à l'augmentation des précipitations, fera en sorte qu'il y aura un apport plus grand d'eau douce dans l'Atlantique Nord et, donc, une baisse concomitante de la salinité de l'océan (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, 2001a). Pour la période de 1960 à 2000, l'élévation de la température dans l'Atlantique Nord moyennée sur le volume à des profondeurs de 0 m à 700 m a été de 0,2 ºC, mais la température de la surface de la mer dans l'Atlantique Nord ne présente pas vraiment de tendance (Barnett et al., 2001; Pierce et al., 2006).

La circulation méridienne de retournement (CMR), ou circulation thermohaline, perdra de son intensité si les eaux des mers du Groenland, de Norvège et du Labrador deviennent plus chaudes ou plus douces, deux situations qui devraient se produire à cause du changement climatique (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, 2007a). L'affaiblissement de la CMR entraîne une réduction du transport d'eau de subsurface plus chaude du gyre subtropical vers les latitudes élevées, contrebalançant le processus de réchauffement planétaire. En conséquence, l'Atlantique Nord se réchaufferait moins que d'autres régions de latitudes similaires, et certaines parties pourraient même se refroidir au cours des prochaines décennies, bien que l'on soit encore incertain quant à la répartition géographique du phénomène (Stocker et al., 2001). Bien qu'on s'attende à ce que la CMR ralentisse au cours du présent siècle, il est très peu probable qu'elle s'arrête (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, 2007a ). Aucune recherche sur l'adaptation face au changement climatique abrupt qui aurait lieu si la CMR venait à s'arrêter ni sur ses implications quant aux politiques et aux décisions en matière de climat n'a encore été entreprise (Hulme, 2003). Il faut cependant noter que le ralentissement de la CMR ne déclenchera pas un nouvel âge glaciaire (Berger et Loutre, 2002; Weaver et Hillaire-Marcel, 2004).

Le réchauffement s'accompagnera d'une réduction de la couverture de glace de mer sur l'Atlantique Nord, l'exposant ainsi davantage à l'influence de l'atmosphère. L'augmentation de l'activité cyclonique (Lambert, 1996; Lambert et Fyfe, 2005) et, peut-être, du nombre d'ouragans intenses subissant une transition extratropicale, comme l'ouragan Juan (2003), créera des vagues océaniques plus hautes. On dispose maintenant de nombreuses preuves à l'appui d'une augmentation de l'activité cyclonique et de la hauteur des vagues dans l'Atlantique Nord, y compris sur les bancs de Terre-Neuve (Gulev et Hasse, 1999; Gulev et Gregorieva, 2004) et, à mesure que le climat se réchauffera, la plupart des régions océaniques des latitudes moyennes verront un accroissement des hauteurs de vague extrêmes (Wang et al., 2004; Wang et Swail, 2006a, b). À court terme, les icebergs pourraient se faire plus nombreux avec l'accélération de la fonte de l'inlandsis du Groenland et d'autres glaciers terrestres en vêlage. Ces situations se répercuteront sur les pêches, sur les activités pétrolières et gazières en mer, sur l'exploitation d'autres ressources naturelles des océans et sur l'utilisation de ces derniers aux fins de transport maritime. S'il y a moins de glace de mer, les navires de transport et de pêche circuleront plus facilement, mais l'augmentation des tempêtes et de la hauteur des vagues pourra avoir des effets défavorables sur les flottes et les activités d'exploration énergétique, et contribuera à la hausse du risque d'accidents en mer. L'élévation du niveau marin touchera les zones côtières de l'Atlantique en ayant une incidence sur les habitats des espèces halieutiques et en créant de nouvelles zones inondées par les marées. Les changements du niveau marin pourront aussi nuire à l'utilité des installations portuaires, tant à l'étranger qu'au Canada, ainsi qu'à la compétitivité sur la scène internationale. Il faudra probablement augmenter la capacité de recherche et de sauvetage dans l'Atlantique Nord.

Pêches

La pêche en mer contribue pour beaucoup à l'approvisionnement en nourriture et constitue un élément vital des économies du Canada atlantique (voir le chapitre 4) et d'autres pays, surtout les pays de l'Europe limitrophes de l'Atlantique Nord. Les fluctuations passées des pêches dans l'Atlantique Nord, au-delà des zones de pêche traditionnelles du Canada, sont bien documentées. Par exemple, au début des années 1950, le stock de hareng de Norvège à fraye de printemps était le plus gros stock de hareng de la planète, et d'une grande importance pour la Norvège, l'Islande, la Russie et les îles Féroé (Vilhjálmsson et al., 2005). En 1965, à la suite d'un refroidissement brutal et prononcé de l'eau, la plus importante source de nourriture de ces harengs a été décimée. Le stock, qui avait aussi été soumis à une surpêche considérable, s'est effondré. Des restrictions à la pêche et des conditions climatiques favorables ont par la suite contribué à son accroissement, et des ententes internationales ont été conclues pour fixer des quotas. Ces ententes pourront dans l'avenir être un important outil de gestion, à mesure que le changement climatique entraînera des modifications des stocks et des aires de répartition des poissons.

Par ailleurs, la disparition de la morue de l'Atlantique Nord a fait la preuve des coûts sociaux et économiques de l'évolution des stocks de poisson pour le Canada atlantique. Cette disparition était due en partie au refroidissement de l'eau dans la mer du Labrador ainsi qu'à la surpêche, mais les stocks ne se sont pas rétablis autant qu'on le pensait au départ une fois réduite la pression exercée par la pêche (Drinkwater, 2002, 2005; Barange et al., 2003). La relation avec le climat a été examinée par Drinkwater (2002, 2005) et par Barange et al. (2003). De façon générale, lorsque les stocks ont diminué, ils sont devenus plus sensibles à la variabilité ou au changement du climat parce que la répartition par âge et l'aire géographique rétrécissaient (Brander, 2005). Le réchauffement de l'eau aura certes des chances de contribuer au rétablissement des stocks de morue du Nord (Drinkwater, 2005), mais il faudra probablement qu'il soit accompagné d'une augmentation de l'abondance de son principal poisson proie, le capelan, et d'une baisse de celle des phoques. La situation de la morue du Nord montre bien comment la pêche, le changement climatique et d'autres facteurs touchant les écosystèmes marins peuvent exercer une forte interaction sur les marges de l'aire de répartition d'une espèce. Un stock faiblement exploité peut ne montrer que peu de grands changements à mesure qu'évoluent le climat et d'autres facteurs; par contre, comme dans le cas de la morue du Nord, cette évolution peut amplifier les effets de la surpêche, entraînant des répercussions brutales sur les paramètres vitaux que sont les taux de survie et l'abondance, ainsi que la répartition géographique (Rose et al., 2000; Rose, 2004; Drinkwater, 2005).

Étant donné que les poissons sont des ressources internationales, la concurrence qui intervient en pleine mer et pour les espèces chevauchant les frontières internationales a donné lieu à des différends majeurs. La Convention sur le droit de la mer de 1982 comporte des dispositions qui permettent aux États côtiers de fixer des zones économiques exclusives (ZEE) s'étendant jusqu'à 200 milles marins (360 kilomètres), dans lesquelles ils ont des droits souverains sur les ressources naturelles. Les pays sont cens és gérer ces stocks dans un souci de durabilité. Avec l'augmentation spectaculaire de la pêche au-delà des ZEE survenue dans les années 1980 et l'augmentation des prises à l'intérieur des ZEE elles-mêmes découlant de la croissance rapide de la capacité de pêche, la Convention des Nations Unies sur les stocks de poissons chevauchants et grands migrateurs de 1995 demande que l'on adopte une approche de précaution dans la gestion des pêches et souligne la nécessité de la coopération entre les pays. La Northwest Atlantic Fisheries Organization et la North East Atlantic Fisheries Commission ont alors été créées, lesquelles ont eu recours à des approches axées sur les écosystèmes en matière de gestion des ressources marines vivantes; c'est-à-dire qu'elles tiennent compte de facteurs naturels comme le changement climatique dans le processus de prise de d écisions. Le Sommet mondial sur le développement durable de 2002 indiquait dans son plan de mise en œuvre que ces approches axées sur les écosystèmes en matière de gestion doivent être en place d'ici à 2010.

L'Arctic Climate Impact Assessment (Évaluation de l'impact du changement climatique dans l'Arctique) a fourni une analyse détaillée des pêches de l'Arctique et de l'Atlantique Nord (Vilhjálmsson et al., 2005), et conclu qu'il n'est pas possible, dans l'état actuel des connaissances, de faire des prévisions précises au sujet des changements qui toucheront les stocks de poissons et les pêches ni de leurs effets sur la société à cause des incertitudes qui règnent sur :

  • l'identification des causes des changements historiques dans la biologie des poissons;
  • la prévision des changements possibles du climat de l'océan dans les scénarios de changement climatique;
  • les relations entre les facteurs socioéconomiques et les changements survenus dans les stocks de poissons.

De plus, comme nombre de ces stocks de poissons sont lourdement exploités, ils sont bien moins abondants aujourd'hui qu'ils ne l'étaient auparavant, et ils font preuve de changement extrême quant aux caractéristiques de leurs populations. On peut, cependant, formuler quelques conclusions d'ordre général en ce qui concerne les impacts du changement climatique sur les pêches et sur les économies qui en dépendent dans les pays de l'Atlantique Nord et de l'Arctique. Pour certaines espèces, le réchauffement sera avantageux; pour d'autres, il créera des problèmes. Les changements doivent être examinés dans le contexte d'une économie mondiale ainsi que dans celui de la diversification et de la capacité de s'adapter - politiquement, socialement et économiquement - de cette dernière. Il est important pour les Canadiens de comprendre les répercussions à l'étranger et de prévoir comment les autres pays peuvent réagir, afin de comprendre les impacts qui s'ensuivront pour le Canada. De nouvelles analyses en ce sens s'imposent.

Un autre aspect des effets du changement climatique sur le milieu marin est la modification des risques d'empoisonnement des poissons et des fruits de mer destinés à la consommation humaine et leurs impacts sur les écosystèmes. Le réchauffement de l'eau pourrait entraîner une expansion de l'aire de répartition de certaines toxines vers des latitudes plus élevées et mener à l'apparition plus fréquente de proliférations d'algues toxiques (Berner et al., 2005). Cet état de choses pourrait avoir sur la santé humaine des effets qui devront être pris en considération tant pour la production intérieure que pour l'importation de produits de la mer.

Les changements d'ordre climatique peuvent également avoir un effet sur la compétitivité des systèmes de pêche à l'échelle mondiale. Les conditions qui font baisser l'abondance du poisson dans d'autres régions de l'Atlantique Nord peuvent inciter encore plus les pêcheurs de ces régions à exploiter les eaux canadiennes. Les répercussions sur la pêche commerciale de mollusques et des crustacés pourraient en être les conséquences les plus remarquables.

Réchauffement de l'océan Atlantique et tempêtes tropicales

Les eaux de l'Atlantique tant Nord que Sud se sont réchauffées depuis les années 1950 à partir de la proximité de la surface jusqu'à des profondeurs de plus de 100 m, et cette situation est attribuable en grande partie à l'augmentation des concentrations de gaz à effet de serre (Barnett et al., 2001; Pierce et al., 2006). Plusieurs analyses de la fréquence des ouragans intenses et des tempêtes de plus longue durée révèlent une tendance importante à la hausse du nombre de tempêtes de catégories 4 et 5 au cours des 30 à 35 dernières années (Emmanuel, 2005; Webster et al., 2005). Pour certains prévisionnistes des ouragans, cette tendance est uniquement le fait de changements cycliques, mais l'analyse de l'importance relative des tendances du climat et des changements cycliques semble indiquer que les tendances au réchauffement planétaire contribuent pour les deux tiers à l'augmentation du nombre d'ouragans des catégories 3 à 5 (Faust, 2006). C'est pourquoi on peut s'attendre à ce que, dans l'avenir, il y ait en moyenne plus d'ouragans intenses à mesure que l'océan continuera à se réchauffer. Il faudrait donc mettre en place de meilleures mesures de préparation en cas de catastrophes conçues en fonction des ouragans touchant les Caraïbes, les régions côtières des États-Unis et les Maritimes au Canada, et prévoir une augmentation des demandes d'aide aux fins de préparation en cas d'urgence et de remise sur pied après sinistres (voir la section 2.2).

3.2 OCÉAN PACIFIQUE

Évolution des conditions

Le réchauffement moyen au large de la Colombie-Britannique a été minime entre 1901 et 1979, mais il s'est manifesté rapidement, jusqu'à 0,25 ºC par décennie, entre 1979 et 2004; durant cette période, une grande partie du réchauffement est survenue en juin, juillet et août (données du National Climate Data Center; Smith et Reynolds, 2005). Les tendances observées dans le Pacifique Nord sont en partie liées à l'oscillation décennale du Pacifique (Pacific Decadal Oscillation, ou PDO), qui est elle-même liée à l'effet d'El Niño-oscillation australe (El Niño-Southern Oscillation, ou ENSO). Ces deux phénomènes de circulation se traduisent par une alternance de périodes chaudes (de 1935 à 1945 et de 1975 à 2004) accompagnées d'un creusement de la dépression des Aléoutiennes et d'une période froide (de 1945 à 1975) dans l'est du Pacifique Nord. Ces grandes fluctuations et des tendances à plus long terme au réchauffement semblent être simultanément en action, se renforçant mutuellement pendant les phases chaudes. Selon certains océanographes et météorologistes, le changement climatique d'origine anthropique stimule la phase chaude du PDO et de l'ENSO (Corti et al., 1999; Timmerman et al., 1999).

En même temps que l'augmentation de la fréquence des tempêtes hivernales intenses dans certaines parties de l'hémisphère Nord (McCabe et al., 2001), on a constaté des changements importants dans la hauteur des vagues. Entre 1950 et 2002, elles ont augmenté d'environ 1 cm par décennie au large de la Colombie-Britannique (Gulev et Grigorieva, 2004). Les projections indiquent que ces augmentations devraient se poursuivre (Caires et al., 2006). L'élévation du niveau de la mer et l'augmentation des tempêtes intenses entraînent des épisodes d'inondation et d'érosion accompagnés de problèmes de qualité de l'eau, sur la côte Ouest et, surtout, dans les basses-terres continentales (voir le chapitre 8).

Pêches

FIGURE 6 : Répartitions actuelle et prévue (dans un scénario de doublement de la concentration de CO2) des limites thermiques qui contrôlent la répartition du saumon rouge dans le nord de l'océan Pacifique durant les mois de décembre et juillet (Ressources naturelles Canada, 2000).

FIGURE 6 : Répartitions actuelle et prévue (dans un scénario de doublement de la concentration de CO2) des limites thermiques qui contrôlent la répartition du saumon rouge dans le nord de l'océan Pacifique durant les mois de décembre et juillet (Ressources naturelles Canada, 2000).
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Le réchauffement continu des eaux dans l'est du Pacifique Nord fait en sorte que l'aire de répartition des populations de saumon rouge s'en trouve réduite et que ces dernières sont refoulées de plus en plus vers la mer de Béring (Welch et al., 1998; Beamish et al., 1999). La figure 6 montre les limites thermiques actuelles du saumon rouge en décembre (panneau du haut) et en juillet (panneau du bas). Les projections du climat dans un scénario de doublement du CO2 montrent que cette limite thermique reculerait jusqu'à la mer de Béring (Welch et al., 1998), hors d'atteinte de la plupart des pêcheurs canadiens. Même si on ne prévoit que de faibles changements des effectifs totaux, les régions d'occurrence étant changées, une espèce donnée sera capturée par les pêcheurs d'autres pays. Pour les poissons anadromes, le réchauffement de l'eau dans les cours d'eau de fraye pourra aussi entraîner des modifications des populations et des aires de répartition de certains stocks de poissons (voir le chapitre 8).

L'aquaculture dans les eaux côtières pourrait bénéficier de conditions plus chaudes qui feraient augmenter les taux de croissance et permettraient de pratiquer cette activité sur une région plus vaste. L'élévation de la température de l'eau et les changements physiques qui en découlent pourraient cependant être propices à une augmentation de la fréquence et de l'intensité des flambées de maladies et des proliférations d'algues (Kent et Poppe, 1998). La contamination bactérienne des huîtres et autres mollusques et crustacés pourrait aussi devenir plus courante avec le réchauffement de l'eau. L'augmentation de la fréquence des tempêtes hivernales intenses et la tendance au renforcement de la hauteur des vagues mettraient de plus en péril les installations d'aquaculture.

Le changement des conditions climatiques touchera les pêcheurs de plusieurs manières. Ceux-ci pourraient en effet devoir s'éloigner davantage de leur port d'attache pour prendre leur quota d'une espèce donnée, s'exposant ainsi à des risques plus grands à cause des tempêtes d'hiver intenses et plus fréquentes, et des vagues plus hautes au large de la côte Ouest. Outre ces considérations de sécurité, l'évolution des populations de poissons pourrait les obliger à s'adapter en faisant en sorte qu'ils doivent pêcher de nouvelles espèces à d'autres endroits (voir le chapitre 8; Beamish et al., 1999) .

Tourisme

Le tourisme dans les eaux de la côte Ouest subira des conséquences semblables. En général, avec les petits bateaux de plaisance, il faudra être plus soucieux de la sécurité, les vagues étant plus hautes et les tempêtes violentes plus fréquentes. L'élévation du niveau marin et les violentes tempêtes auront aussi des effets défavorables sur les marinas et autres infrastructures côtières utilisées par les pêcheurs et les plaisanciers, et dont le maintien pourra exiger le recours à des mesures d'adaptation coûteuses (voir le chapitre 8).

Transport maritime

On pourra observer une modification des routes maritimes préférentielles dans le Pacifique avec l'évolution de la circulation et des vents, et pour éviter les tempêtes violentes; mais c'est probablement dans les ports et les infrastructures littorales que se manifestera le principal impact sur le transport maritime. Il a été estimé qu'avec une élévation du niveau de la mer de un mètre, le maintien des fonctions et de la stabilité actuelles des 1 000 ports du Japon exigerait des dépenses de 110 milliards de dollars US (McLean et al., 2001). En Colombie-Britannique, il faudra planifier de renforcer et de surélever les brise-lames et les quais pour les adapter à des niveaux d'eau plus élevés et à des vagues plus hautes si l'on veut que les ports du Canada restent compétitifs sur la scène internationale (voir le chapitre 8).

3.3 OCÉAN ARCTIQUE

Transport maritime

À l'heure actuelle, il n'y a que peu de transport maritime international dans l'Arctique canadien. Les ports et les installations de débarquement y sont rudimentaires, à l'exception du port de Churchill (Manitoba), dans la baie d'Hudson, qui a quatre postes d'amarrage en eau profonde pour les navires céréaliers, les cargos et les pétroliers. En 2002, le Manitoba et la province russe de Mourmansk - la porte d'entrée du passage du Nord-Ouest pour l'Europe - ont signé une lettre d'intention dans le but de mettre en place une liaison maritime entre les deux provinces, connue sous le nom de « pont de l'Arctique ». Il s'agit de poursuivre la mise en valeur du port de Churchill en tant qu'élément d'un éventuel corridor commercial nord-américain. Le concept est en effet jugé viable étant donné l'allongement de la saison sans glace de mer dans la baie d'Hudson et le détroit de Davis. On a fait remarquer que la construction d'installations portuaires à Iqaluit pourrait contribuer aux efforts de croissance économique régionale (Aarluk Consulting Inc. et al., 2005). La durée de la couverture de glace dans l'archipel arctique devrait être plus courte d'un mois d'ici à 2050 et de deux mois d'ici à 2090 (Dumas et al., 2006). Cependant, la glace continuerait toujours de constituer un danger important pour la navigation (voir le chapitre 3).

Les mines de métaux communs, notamment la mine de plomb et de zinc Polaris, sur la petite île Cornwallis, et la mine de zinc Nanisivik, dans le nord de l'île de Baffin, étaient desservies par bateau et le concentré, expédié en Europe et ailleurs par voie maritime lui aussi. Cependant, ces mines ont respectivement mis fin à leurs activités en 2002 et 2003, ce qui ne laisse que la mine de nickel et de cuivre de Raglan, dans le nord du Québec, et la perspective d'une énorme mine de nickel à Voisey's Bay, au Labrador, à desservir par la mer. L'industrie minière espère mettre en service des installations portuaires et routières à proximité de la baie de Bathurst, ou sur la baie elle-même, pour desservir et approvisionner les activités d'exploration et d'exploitation des diamants et des métaux précieux et communs qui ont lieu dans la région de Kitikmeot et le nord des Territoires-du-Nord-Ouest (voir le chapitre 3).

Il semble également probable que la partie canadienne de l'océan Arctique sera beaucoup plus utilisée par des intérêts étrangers. L'Arctic Climate Impact Assessmente conclut en substance que :

« La poursuite du rétrécissement de la glace de mer va très probablement faire allonger la saison de navigation et améliorer l'accès par la mer aux ressources naturelles de l'Arctique. » (Arctic Climate Impact Assessment, 2004, p. 11 [traduction])
FIGURE 7 : Itinéraires principal (ligne pleine) et secondaire (ligne tiretée) dans le passage du Nord-Ouest, illustrés sur une carte des conditions glacielles moyennes au 3 septembre, entre 1971 à 2000 (gracieuseté de Humfrey Melling, Pêches et Océans Canada et Environnement Canada).

FIGURE 7 : Itinéraires principal (ligne pleine) et secondaire (ligne tiretée) dans le passage du Nord-Ouest, illustrés sur une carte des conditions glacielles moyennes au 3 septembre, entre 1971 à 2000 (gracieuseté de Humfrey Melling, Pêches et Océans Canada et Environnement Canada).
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De plus, cette même évaluation semble indiquer que la traversée de l'océan Arctique en bateau pendant l'été sera réalisable d'ici quelques dizaines d'années. La réduction de la glace de mer en été dans l'Arctique canadien pourrait inciter la communauté mondiale de la navigation à utiliser plus fréquemment le passage du Nord-Ouest (voir la figure 7) aux fins de transport international de marchandises, puisqu'il offre une route plus courte de l'Asie de l'Est vers la côte Est de l'Amérique du Nord et de la côte Ouest de l'Amérique du Nord vers l'Europe de l'Ouest. La plupart des modèles climatiques semblent indiquer que ces changements auront lieu dans la seconde moitié du présent siècle (Walsh et al., 2005), peut-être plus tôt selon des données récentes. Cependant, les mers bordières situées au nord de la Fédération de Russie seront probablement ouvertes en premier, et l'infrastructure appuyant le trafic maritime sur cette route y sera probablement mise en service plus t ôt que dans les eaux canadiennes.

Pour donner suite à cette évaluation, les ministres du Conseil de l'Arctique ont lancé en 2004 une étude intitulée Arctic Marine Shipping Assessment (Évaluation de la navigation maritime dans l'Arctique). Cette dernière, qui doit être présentée aux ministres en 2008, fournira un état de la navigation dans l'Arctique en 2004 et des projections du niveau probable de la navigation dans l'Arctique circumpolaire en 2020 et en 2050, à la lumière de scénarios de réduction de la glace de mer, de développement économique et de risques, tels que la possibilité que le danger posé par la glace augmente dans certaines régions.

Pêches et chaîne alimentaire

La répartition des poissons et des mammifères marins de l'Arctique est régie par la température de l'eau et la couverture de glace, ainsi que par les changements de l'apport en eau douce des grands fleuves de Russie et du Canada (Arctic Monitoring and Assessment Program, 2002). Sur la c ôte de l'Amérique du Nord, des stocks importants de poissons, comme ceux du hareng et de la morue de l'Atlantique, sont déplacés par le réchauffement de l'eau et remontent vers le nord-est, où ils seront plus accessibles aux pêcheurs de Scandinavie et de Russie. La perte de glace dans les estuaires pourrait d éplacer le cisco. Cette perte de glace rend les mers bordières de la plate-forme de l'Arctique plus semblables à des mers tempérées, mais les conséquences de ce phénomène pour les structures des réseaux trophiques sont difficiles à prédire. Un signe avant-coureur surprenant a été une prolifération de méduses dans la mer de Béring dans les années 1990(Arctic Monitoring and Assessment Program, 2002).

Au moment de la mise bas, les phoques annelés, qui sont une des sources de nourriture favorites de l'ours blanc, ont besoin d'une vaste couverture de glace de mer. Un rétrécissement de l'habitat adéquat pourrait avoir des conséquences pour toute la chaîne alimentaire, puisque les phoques se nourrissent de morue polaire. Pour les Canadiens de l'Arctique, la capture de poissons ou de phoques à des fins alimentaires exige des voyages plus longs dans les mers de l'Arctique, qui sont de plus en plus dangereuses à cause de la tendance à l'intensification des tempêtes d'hiver (voir la section 1.2). Pour certaines collectivités de l'Arctique, cette situation implique des changements importants de leur mode de vie (voir le chapitre 3).

La contamination de la chaîne alimentaire est elle aussi une source de préoccupation. La fonte du pergélisol libère dans les cours d'eau et l'océan de plus en plus de mercure, qui s'accumule tout au long de la chaîne alimentaire. Ces quantités de mercure et d'autres matières contaminantes provenant de latitudes plus basses peuvent avoir des effets défavorables sur les peuples de l'Arctique et, en particulier, sur les femmes autochtones. On a trouvé chez des femmes de l'île de Baffin, du Nunavik et du Groenland des concentrations très élevées de mercure dans le sang et dans le lait maternel. Or, ces populations consomment beaucoup de viande de phoque et de poisson (Arctic Monitoring and Assessment Program, 2003).

Le développement industriel dans le Nord viendra probablement ajouter à la contamination des aliments marins provenant de l'Arctique. L'exploitation des gisements de gaz naturel et de pétrole à Hammerfest, en Norvège, progresse à mesure que la glace disparaît. Des réserves de pétrole ont été identifiées à 320 km du pôle Nord, et le champ de Shtokman, dans la partie russe de l'océan, est considéré comme la plus grande réserve extracôtière de gaz du monde. Le réchauffement et la réduction de la glace de mer qui l'accompagne rendent l'exploitation de ces ressources de plus en plus envisageable (voir le chapitre 3).

Substances toxiques

Des polluants organiques persistants (POP), dont l'hexachlorocyclohexane (HCH), le dichloro-diphényl-trichloroéthane (DDT), le toxaphène et des polychlorobiphényles (PCB), d'origines industrielle et agricole, ainsi que certains métaux lourds, ont été détectés dans tout le milieu circumpolaire à des concentrations étonnamment élevées (Affaires indiennes et du Nord Canada, 1997). Les sources de POP dans l'Arctique canadien, de même que les PCB provenant des stations du Réseau d'alerte avancée (Distant Early Warning, ou DEW), sont peu importantes comparées à la quantité de ces substances transportées sur une grande distance à partir du Sud (Europe, Asie et Amérique du Nord). La bioaccumulation et la bioamplification des POP dans le milieu arctique se sont traduites par des concentrations élevées de certains d'entre eux dans les tissus lipidiques de certains animaux, en particulier de mammifères marins, comme le béluga, le narval, le morse, le phoque annelé et l'ours blanc. Ces animaux faisant partie de l'alimentation des Inuits, la présence de certains POP dans leur organisme atteint parfois des niveaux susceptibles d'avoir des effets sur le système immunitaire, sur le développement neurocomportemental et sur la reproduction (Dewailley et Furgal, 2003).

Macdonald et al. (2003) font remarquer que l'élévation des températures planétaires aura des effets directs sur les contaminants : augmentation de la volatilité, accélération de la dégradation et modification du partitionnement entre phases (Macdonald et al., 2003). Les changements des dates de début des saisons et de leur longueur joueront probablement un rôle déterminant dans les modifications de la répartition spatiale et des concentrations des matières contaminantes arrivées dans l'Arctique par transport à grande distance. L'Arctic Climate Impact Assessment note que le changement climatique et la pollution dans l'Arctique sont étroitement liés et que :

« Une fonte plus généralisée de la glace de mer de plusieurs années et de la glace de glaciers pourra causer des rejets soudains des polluants qui ont été piégés dans cette glace pendant de nombreuses années ou même des décennies. » (McCarthy et al., 2005, p. 954 [traduction])

Bien que la nature bilatérale (Canada - États-Unis) des matières contaminantes constitue pour le Canada une préoccupation d'ordre particulièrement crucial, le transport atmosphérique à plus grande distance est de plus en plus préoccupant (Affaires indiennes et du Nord Canada, 1997). On a commencé à déceler dans le Nord canadien la présence de polluants liés aux émissions provenant des économies à croissance rapide de la Chine, du Japon et de l'Asie du Sud-Est. Certains d'entre eux sont produits par la volatilisation des eaux de surface des lacs, comme les Grands Lacs et les lacs de l'Asie, où le transport atmosphérique à grande ou à courte distance avait auparavant déposé ces substances. Ce processus se produit pendant la saison chaude, les contaminants toxiques remontant de plus en plus loin vers le nord, jusqu'aux régions où les eaux restent trop froides toute l'année pour qu'il se poursuive. À mesure que les lacs se réchaufferont sous l'effet d'un climat en évolution, la volatilisation se fera de façon plus courante. De cette manière, la contribution de ces sources de l'hémisphère Nord à la présence de matières contaminantes dans l'Arctique augmentera graduellement. On ne sait toujours pas à l'heure actuelle si les changements futurs des régimes de circulation atmosphérique atténueront ou aggraveront le processus de transport et de dépôt de matières contaminantes dans l'Arctique.

Contrôle et sécurité assurés par le Canada

Le Royaume-Uni a conféré au Canada la souveraineté sur l'Arctique par l'entremise de mesures juridiques et politiques qui remontent à la Charte de 1670 accordée par le roi Charles II à la Hudson's Bay Company (Compagnie de la Baie d'Hudson). En 1870, celle-ci a transféré au Canada le titre afférent au bassin versant de la baie d'Hudson et, après que le Parlement se fut adressé à la Reine Victoria pour exprimer des doutes quant à la frontière nord du Canada, le Royaume-Uni a transféré au Canada, en 1880, tout le territoire de l'Amérique du Nord britannique et les îles adjacentes, à l'exception de Terre-Neuve. Entre 1898 et 1910, le Danemark et la Norvège ont tous deux contesté la souveraineté du Canada sur certaines îles. Cependant, le Canada a pris plusieurs mesures pour réaffirmer sa propriété et, moyennant compensation, la Norvège a renoncé à ses revendications sur l'Arctique en 1931. Le seul point en suspens est le différend avec le Danemark au sujet de la minuscule île Hans, située entre le Groenland et l'île d'Ellesmere.

La souveraineté du Canada sur les terres étant acquise en pratique, l'attention s'est tournée vers l'océan et, en particulier, vers le passage du Nord-Ouest. Les États-Unis et l'Union européenne maintiennent que le passage est un détroit pouvant servir à la navigation internationale, leur permettant ainsi de traverser les eaux territoriales canadiennes, alors que le Canada le considère comme des eaux intérieures sur lesquelles il a pleine compétence et plein contrôle (p. ex., Rothwell, 1993; Charron, 2005). Le degré de contrôle que le Canada peut exercer sur ces eaux n'est pas le même s'il s'agit d'eaux intérieures, comme il le prétend, ou d'un détroit pouvant servir à la navigation internationale. Lorsque le superpétrolier américain Manhattan a emprunté, en 1969, le passage du Nord-Ouest, la situation a cristallisé les préoccupations du Canada à ce sujet et donné naissance à des mesures législatives, dont la Loi sur la prévention de la pollution des eaux arctiques. De même, le passage, en 1985, du brise-glace américain Polar Sea a porté le Canada à avoir recours à des mesures juridiques sous forme de « lignes de base droites » tracées autour des terres et des eaux océaniques qu'il revendique et, en 1988, les États-Unis et le Canada ont conclu l'Accord sur la coopération dans l'Arctique, aux termes duquel, dans l'avenir, le passage de brise-glaces serait assujetti au consentement du Canada. Cet accord n'a pas de portée sur les positions juridiques des deux parties quant au statut du passage. L'augmentation du trafic maritime dans les eaux arctiques canadiennes exigera probablement que l'on y accroîtra les mesures de contrôle, de surveillance et d'entretien des aides à la navigation maritimes et les services de recherche et de sauvetage.